I. Beys
« Le premier nom qui, dans le marché du 28 décembre 1643, se présente à la tète des associés de l'Illustre Théâtre, est celui de Denis Beys. On connaissait jusqu'à présent, sous les noms de Charles Beys ou de Beys, l'auteur de deux tragi-comédies données en 1653 à l'hôtel de Bourgogne, et d'une comédie, V Hôpital des Fous, jouée l'année suivante sur le même théâtre, et reprise en 1658 sous le titre des Illustres Fous Q. Il est impossible que ce Charles Beys ne soit pas le même que le Denis Beys de l'Illustre Théâtre. » Eudore Soulié, Recherches sur Molière, p. 3i.
« Bien qu'il fût le promoteur et le bmite-en-train de l'entreprise, Jean- Baptiste avait encore trop peu d'âge et d'expérience pour que ses associes l'acceptassent comme chef et directeur : il fallait un imprésario moins jeune et de sens plus rassis. On fit choix de Denis Beys, qui, dans l'opinion de M. Eudore Soulié, serait certainement le même que Charles de Beys, poète dramatique, auteur de plusieurs comédies, parmi lesquelles L'Hôpital des Fous et Le Jaloux sans sujet, jpuéea en 1635, Céline ou Les Fous rivaux, représentée l'année suivante, et Les Fous illustres, qui virent le feu de la rampe en 1652. Charles de Beys était né à Paris en 1610 et mourut le 26 septembre 165'.». Scarron lui a adressé une épilre où il
(i) « Histoire du Tlioitre François, par les frères Parfaict, t. V. p. 1-23. » E. Sollii:, p. 34, note 2.
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le compare à Malherbe, et, comme ce dernier écrivain, il avait composé un poème à la louange de Louis XIII, qui parut, en 1649, dans Les Triomphes de Louis le Juste. Dix ans auparavant il avait été enfermé à la Bastille comme auteur de la satire dirigée contre Richelieu et intitulée La Miliade. (P. 115.)
» Mais M. Soulié et tous ceux qui Font copié sont-ils assurés que Denys Deys et Charles de Beys soient un seul et même personnage? On a dit(1), pour le prouver, que Beys, le poète, aimait les titres pompeux et que, de même que plusieurs autres auteurs du temps, il avait prouvé sa prédilection pour le qualificatif illustre. Il écrivit Les Fous illustres et donna à son théâtre un titre analogue, en faisant des Enfants de famille, l'Illustre Théâtre. La preuve est légère assurément : il se pourrait fort bien que Denis et Charles fussent simplement de la même famille. Dans tous les actes relatifs à t'Illustre Théâtre, la signature de Beys est toujours précédée d'un D seulement, s Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, p. 115 et 116.
« Denis Beys est considéré généralement comme ne faisant qu'une seule et même personne avec l'auteur de l'Hôpital fies Fous et de trois ou quatre autres pièces... Les frères Parfaict nomment Charles Beys l'auteur en question. Mais les contemporains ne donnent pas de prénom, et l'on peut croire que le poète et l'acteur ne font qu'un. Beys était, à ce qu'il p. irait, un bon ivrogne, et c'est le vin qui le tua. Loret, dans sa lettre du 4 octobre 1659, lui fait cette épitaphe :
Beys, qui n'eut jamais vaillant un jacobus,
Courtisa Bacchus et Phœbus,
Et leurs lois voulut toujours suivie.
Bacchus en usa mal, Phœbus en usa bien. Mais en ce divers sort Beys ne perdit rien : Si l'un l'a fait mourir, l'autre l'a fait revivre. »
Louis Mol and, Molière, p. 46.
« Denys Beys est pour quelques-uns le même que Charles Beys... Il aurait été, avec Georges Pinel, un des doyens d'âge de la troupe ; mais il est probable que l'on a fait, à tort, une seule personne des deux Beys, qui étaient parents. » Paul Mesnard, Notice, p. 79.
Si, en effet, D. Beys était bien le même que le poète dramatique né en 1610, il aurait donc eu trente-trois ans en 1643. — Nous avons vu qu'il demeurait rue de la Perle.
II. Jean-Baptiste Poquelin. — C'est Molière! c'est Molière à vingt et un ans et demi! C'est Molière, heureux, au milieu de ces jeunes garçons et de ces jeunes filles,
(l) « M. E. Gosseli.n, Molière à Rouen en i643, p. 10. »
de réaliser enfin son vœu, de voir s'accomplir son plus grand désir, le rêve de toute son adolescencel De jouer la comédie, de monter sur le théâtre, de paraître en public, en beaux costumes, avec du linge fin, et d'exprimer en vers 'des sentiments nobles, chevaleresques, amoureux! Et n'est-ce pas la belle Magdeleine qui guide et surveille ses premiers pas sur cette scène dont il sera un jour, un peu grâce à elle, une des plus grandes gloires? N'est-elle pas doublement sa «maîtresse»?