‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 19 sur 70 · LES RECHERCHES : MOLIÈRE ET LES BÉJART EN · texte numérisé non relu

LES RECHERCHES : MOLIÈRE ET LES BÉJART EN

1. Les commencements de l'Illustre Théâtre. — § 2. Le répertoire de l'Illustre Théâtre. — § 3. La protection de Gaston d'Orléans et les présents du duc dé Guise. — § 4. L'Illustre Théâtre en juin et en juillet 1CH. — § a. Une partie de la troupe se détache et va jouer en Champagne (été 1W4). — § 6. Ballets et mascarades. — § 7. L'Illustre Théâtre fait de mauvaises affaires. — § 8. Le jeu de paume de la Croix-Noire. — § 9. Conclusions de l'année 16U.

§ 1. — Les commencements de l'Illustre Théâtre.

L'ouverture de F illustré Théâtre, sis à Paris au jeu de paume des Mestayers, eut lieu enfin... le jeudi 31 décembre 1643, nous dit (Points obscurs, p. 121) M. Jules Loiseleur; le vendredi 1er janvier 1644, nous assure (Molière, sa vie el ses ouvrages, p. 51) M. Louis Moland; le dimanche 3 janvier 1644, nous affirme à son tour (Molière inconnu, t. Ier, p. 188) M. Auguste Baluffe. Yous pouvez choisir. Peu importe, après tout, le jour absolument exact; la date approximative est certaine, et c'est là tout ce qu'il nous faut.

« Si l'on s'en rapporte à Charles Perrault, les frais de décoration et de mise en scène ne devaient pas être considérables. On n'avait pas encore accoutumé le public à de coûteuses magnificences. Des tapisseries formaient tout le décor et laissaient beaucoup à faire à l'imagination. « Ces

» tapisseries, 'lit Perrault en parlant de ce qu*t'tait le théâtre dans les sou- » venirs des vieilles gens de son temps, ces tapisseries donnoient des centrées et des sorties aux acteurs par l'endroit où elles se jqignoient » l'une à l'autre. Ces entrées et ces sorties étaient fort incommodes et 9 mettaient souvent en désordre les coilTures des comédiens parce que, ne 0 s'ouvrant que fort peu en haut, elles retomboient rudement sur eux ■) quand ils entroient ou quand ils sort oient. Toute la lumière consistoit > d'abord en quelques chandelles dans des plaques de fer-blanc attachées i aux tapisseries; mais comme elles n'éclairoient les acteurs que par der- » rière et un peu sur les cotés, ce qui les rendoit presque tout noirs, on » s'avisa défaire des chandeliers avec deux lattes mises en croix, portant » chacun quatre chandelles, pour mettre au-devant du théâtre. Ces chan- » deliers, suspendus grossièrement avec des cordes et des poulies appai rentes, se haussoient et se baissoient sans artifice et par main d'homme, * pour les allumer et les moucher. La symphonie étoit d'une llùte et d'un « tambour (!) ou de deux violons au plus.» Telle était la scène; figurezvous maintenant la salle: une galerie courant de chaque côté et formant les loges où le prix des places était de dix sols; le parterre debout où l'on payait cinq sols; voilà à peu prés dans quelles conditions on jouait alors la comédie. Les représentations, quoiqu'elles fussent éclairées par les chandelles, avaient lieu l'après-midi, et non le soir. La porte était ouverte à une heure, on commençait à deux heures, et l'on finissait entre quatre et cinq. » Louis Moland. Molière, sa vie et ses ouvrages, p. 51 et 52.

Nous voudrions avoir des détails précis sur la représentation d'ouverture. Ne voulant pas les imaginer nousmême, nous les empruntons à M. Auguste Balufle, qui, ainsi qu'on va le voir, ne se compromet pas beaucoup, en restant dans les probabilités :

a II y eut foule à cette première. Les « carrosses » y vinrent-ils, comme on l'espérait et par égard pour le mal qu'on s'était donné à leur intention'.' Heau monde ou non, il y eut du monde. Voilà qui est certain. Quant à connaître le programme du spectacle, il a fallu y renoncer jusqu'à présent. Titre oblige, et ce n'est pas s'aventurer trop que de mettre une tragédie sur l'affiche probable du jour. L'Illustre Théâtre ne pouvait pas faire moins. La tragédie anonyme fut-elle précédée d'une « farce » à la parade? Peut-être. C'était l'usage. Le grand monde et le petit monde s'en délectaient. » Auguste Balufi f., Molière inconnu, t. I, p. 189.

1 Nous avons reproduit ci -dessus (pai^e 205 1, d'après les Points obscurs de AI. J. Loiseleur, l'acte d'engagement des quatre musiciens de l'Illustre Théâtre : MM. Claude Godard, Michel Tisse. Adrian Lcfcbvre et Laurent Gaburet.

« Le tambour, en 16i4, était déjà une hérésie; et dans une troupe qui avait pour amis Lamhert, et D'Assoucy. et Nyert.... il n'était ni permis d'ignorer qu'il fallait un théorbe ou un luth, ni difficile de le trouver. « Aci.iste Bai.ifke, Molihe inconnu, t. 1. p. 190.

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« Il ne paraît pas douteux que le mois de janvier lflii n'ait vu s'ouvrir le petit théâtre qui portait Molière et sa fortune. — Il grandira, ce petit théâtre, mais plus tard et à une meilleure place dans Paris. Les commencements auraient pu décourager; des embarras d'argent sont ce qui nous reste surtout de leur histoire... Ce temps a laissé peu d'autres traces que celles des dettes dont on ne tarda pas à être accablé... » Paul Mesxard, Notice biographique sur Molière, p. 84-85.

Si la représentation d'ouverture sembla pleine de promesses, les recettes devinrent bientôt nulles, et les dépenses de s'accroître... «Malgré les facilités d'entrée » données au public, dit M. Edouard Fournier, il n'entra » pas. La gêne se fait bientôt sentir, et les actes en » témoignent. » (Études, page 13.) Le même auteur dit encore, et c'est à notre avis une de ses meilleures pages :

« La troupe alors n'était pas heureuse, et je jurerais que, si le talent de Molière était nécessaire dans les représentations, son petit avoir ne l'était pas moins, pour suppléer, dans les mauvais jours, aux défaillances de la recette. C'est ainsi qu'il devint intéressé dans la direction, comme on dirait aujourd'hui, et <]ue dut commencer, entre la Béjard et lui, une association qui semble avoir existé pendant toute la durée de leurs courses en province... (P. 60.)

» Les jours les plus mauvais pour la fortune ont souvent de bonnes heures pour l'amant, lorsque, s'oubliant lui-même, il transforme, en dévouement pour celle qu'il aime, tous les sentiments qu'il éprouve. 11 me semble que Molière eut de ces heures-là, dans le temps dont nous parlons... » Edouard Fournier, Etudes sur la vie et les Œuvres de Molière, p. 60.

Mais, ce sur quoi nous devons surtout insister, c'est sur le talent, réel et très remarquable, de Magdeleine. «Je ne l'ai jamais vue jouer, disait ïallemant des » Réaux (l), mais on dit que c'est la meilleure actrice de » toutes... Elle a joué à Paris, mais c'a été dans une » troupe qui ny fut que qtielque temps. Son chef-d'œuvre, » c'était le personnage d'Epicharis, à qui Néron venoit de y> faire donner la question (2). » — M. Moland cite aussi

I1) Tallv.maNt des Kkaux, Historiette de Mondory. t. VU, p. 177 des Historiettes. (2) « Il suffit de lire la Mort de Séntque (a), par Tristan l'Hermite, pour y recon-

(a) «Lu Mort île Sinîque, par le sieur Tristan l'Hermite. A Paris, chez Toussaint Quinet.

(p. 53) au sujet de Magdeleine Béjart ces deux vers de La Fontaine :

Nymphe excellente dans son art, Et que pas une ne surpasse.

Quelle époque, pour Molière, âgé de vingt-deux ans, et sortant à peine de l'adolescence! Être artiste, être comédien, ce qu'il avait toujours désiré, et jouer avec celte belle femme, cette admirable artiste, dont il élait l'heureux possesseur. Après cela, que lui faisaient les déboires, la mauvaise fortune, les épreuves de toute sorte?...

« .Molière ne trouva... point la voie facile, unie et fleurie : il fut dès les premiers temps rudement averti de l'âpreté de la route où il s'engageait. Il connut immédiatement ces premières blessures qu'infligent presque également la moquerie ou l'indifférence du public. Mais il n'était pas de ceux qui se découragent et se rebutent. Il n'avait pas fait, comme on le dit d'ordinaire, un de ces coups de tête qui sont toujours suivis d'un prompt repentir. Une telle conduite n'est pas dans son caractère; Molière est l'homme qui sait où il va et qui ne livre rien au hasard. En entrant dans la carrière du théâtre, il y portait une volonté arrêtée et une ambition résolue ; rien ne devait le faire reculer. » Loris Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, p. 59.

Cette époque fut certainement le plus heureux temps de toute la vie de Molière. Rempli d'amour, d'espoir,

naître la tragédie où la Béjart avait si fort brillé;... elle fut certainement représentée en iGil... Cette Epicliaris, que nous nous garderons de donner pour l'égale des plus grand s héroïnes de Corneille, esl cependant de leur famille, surtout lorsque, au sortir do la torture, elle brave Néron et insulte Sabine (Poppée) dans la forte scène (fl) où le jeu de l'actrice avait frappé Tallemant. On ignore si Molière faisait le personnage île l.ueain. épris des charmes d'Epieharis. Il semble que Tristan, très galant, soit pour son propre compte, soit pour relui du jeune comédien, ait voulu rendre un flatteur hommage à l'interprète du rôle de la séduisante affranchie, lorsqu'il lui a t'ait dire par l.ueain :

Fille égale à Minerve, en beauté de visage,

Divine Kpicharis. ... -

o beauté sans seconde.

» Pour être tout a fait une Minerve, si ce n'était pas le beau visage, c'était une autre ressemblance avec la sage déesse qui manquait aussi bien a l'Epicharis de la troupe de l'Illustre Thédtre (b) qu'a celle de l'histoire. » P.ul Mr.sv\iu>, Notice biographique, p. 88-8'J.

MDCLXV. — L'achevé d'imprimer e*t du 10 janvier 1645, le privilège du 19 octobre 1614. — La pièce est dédiée au comte de Saiut-Aignau. »

[n\ « La scène III de l'acte V. »

[b) Assurénienr, je ne suppose i as que oc fut Molière qui s'en plniguit !■ . .

222 Ghap. IV,

d'une noble ambition, du plaisir de vivre et de « faire du théâtre» à côté de la femme dont il admirait le grand talent et qui lui rendait la vie si douce et si heureuse, le reste était-il donc quelque chose pour lui?

Et cependant, Dieu sait si les affaires allaient déjà mal, quelques semaines après l'ouverture, à l'Illustre Théâtre f. . .

§ 2. — Le répertoire de lTllustke Théâtre.

Et puisque nous venons de parler, dans le paragraphe précédent, d'une des pièces représentées par rillustre Théâtre: la Mort de Sénèque de Tristan l'Hermite, — qui a laissé un souvenir tout spécial dans la mémoire des contemporains, grâce au talent hors ligne déployé par sa principale interprète : Magdeleine Béjart, souvenir plein de retentissement, et dont l'écho est même arrivé jusqu'à nous, — nous allons profiter de l'occasion pour réunir et comme englober dans le présent paragraphe, en devançant toutefois un peu l'ordre des temps, les titres de tous les ouvrages qui paraissent avoir été représentés sur rillustre Théâtre, et avoir formé conséquemment le fonds du répertoire de la première troupe de Molière.

Et il y a d'autant moins à nous occuper ici de chronologie rigoureuse pour dresser une semblable liste, que l'Illustre Théâtre n'a pas eu une si longue existence : sa durée parisienne active n'a certainement pas dépassé une vingtaine de mois.

On sera donc bien aise d'avoir, offerts une fois pour toutes, les titres de toutes ces œuvres, aujourd'hui si profondément oubliées; mais qui eurent alors, et c'est pour nous leur meilleur titre, l'avantage d'occuper les premiers mois de théâtre de Molière, de Magdeleine, et

de leurs jeunes compagnons, associés et émules. Comme telles, ces tragédies devaient avoir une place, si minime fût-elle, dans l'histoire de leurs nobles efforts, pour nous d'un si grand intérêt. Elles ne furent d'ailleurs point sans influence, soyons-en bien sûrs (ne fût-ce la plupart du temps que par réminiscences vagues), sur le répertoire futur et tout personnel de notre grand Molière. Et en cherchant bien, j'imagine que Ton pourrait même parfois s'en apercevoir, et signaler au passage bien des éclairs de souvenir de ce genre dans ses Œuvres.

On est assez d'accord sur les noms des auteurs qui auraient eu des œuvres représentées sur tllluslre Théâtre: ce seraient, jusqu'à nouvelles découvertes, Tristan l'Ilermite, Nicolas Desfontaines, Magnon et Du Ryer.

La Mort de Sénèque, de Tristan, nous en avons parlé avec détails dans le paragraphe précédent. On aimerait à croire que ce serait cette tragédie, où Magdeleine Béjart était si belle et si remarquable, qui aurait constitué la pièce de résistance du spectacle d'ouverture dont M. Baluffe regrettait fort, tout à l'heure (p. 219), de ne pas connaître le menu. On ne peut rien affirmer à cet égard, la chose est seulement possible. Nous avons vu que le privilège de cette tragédie, pour l'impression, était du 19 octobre 1644.

Inférieure de tout point à l'ouvrage que nous venons de nommer, la Mort de Chrispe, du même auteur, fut également jouée, dès l'année 1644, par la troupe de l'Illustre Théâtre: «La Mort de Chrispe ou les Malheurs d domestiques du grand Constantin, par le sieur Tristan » l'Hermite. A Paris, chez Cardin Besongne. mdcxxxxv. » La tragédie est dédiée à la duchesse de Chaulnes, dont » la présence à la représentation est constatée par l'Épitre » de Tristan. — L'achevéd'imprimerestdu20juillet 1645. »

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« Le nom de l'auteur de Mario une, dit M. Paul Mesnard (p. 88), suffisait pour recommander une tragédie. Les moins heureux de ses ouvrages, ceux «ni le laissent le plus loin des maîtres de notre scène, s'élevaient audessus de la médiocrité de la plupart des pièces de ce temps. Telle fut la Mort de Chrispe... (*)• »

Une autre tragédie sur le même sujet : V Innocence malheureuse ou la Mort de Chrispe, par Grenaille, un Limousin, venait d'être jouée depuis peu. C'est M. Auguste Baluffe {Molière inconnu, I, p. 214) qui nous apprend cette particularité. Et il ajoute: « Rien n'est plus fréquent » en ce temps-là que le choix des mêmes titres de pièces » par les auteurs rivaux. On ne considérait pas ces cm- » prunts comme des procédés de concurrence déloyale. » — Et puisque nous citons M. Baluffe, empruntons-lui encore quelques détails sur Tristan :

« II n'est pas certain que Tristan L'Hermite se fit payer sa collaboration à l'Illustre théâtre. On l'a toujours dit pauvre; mais quand il mourut, dix ans plus tard, « l'hôtel de Guise, il était loin d'être dans un hôpital. Il y était logé en i644, et c'est même dans l'appartement qu'il y occupait alors, qu'il avait invité à l'y venir voir « M. Bourdon, gentilhomme de la «maison de M. le comte de Saint-Aignan», — c'est-à-dire Sébastien Bourdon. L'objet de la visite était de jeter un coup d'œil sur la petite mais précieuse collection de tableaux du poète.

Tes yeux seront régalés

De dix tableaux étalés

Qui montrent par aventure

Que j'ai du bien en peinture.

Danc ce petit nombre étaient des fleurs de Picard et plusieurs toiles « du Poussin ». Que ces relations de Tristan L'Hermite avec Sébastien

(l) «Le sujet a de grandes ressemblances avec celui de Phèdre. Faustc. marâtre de Chrispe, est. comme la marâtre d'Hippolyte, « perfide, incestueuse », et jalouse d'une rivale. On se demande si Racine n'a pas fait l'honneur à Tristan d'avoir gardé quelque souvenir de sa tragédie, par exemple dans ce beau vers :

Je sentis tout mon corps et transir et brûler («>, que rappelle, malgré sa faiblesse, celui du rôle de Fauste :

Je m'en sens tour à tour et brûler et glacer (b).

» 11 est d'ailleurs trop évident que toute comparaison avec le chef-d'œuvre de Racine serait écrasante pour la Mort de Chrispe. Et néanmoins, dans cette tragédie, quelques passages ne sont pas à dédaigner. Le rôle de Fauste dut permettre ii Madeleine Béjart de faire preuve de son talent. » P.u*l Mesnard, Sotice biographique sur Molière, p. 88-89.

(a) « Phldre, note I, scène III. vers 276.»

(b) « la Mort de Chri-tpe. acte I. spene I. »

Jtoordon ne surprennent pas trop. Le beau-père du peintre était l'ami d'enfance du poète. C'est Du Guernier qui a giavé le portrait de Tristan L'Hermite, placé en tète des vers héroïques du sieur Tristan. D'autre part, Sébastien Bourdon avait un oncle «avocat au parlement» qui fut en relations contentieuses avec le prince de Conti. — Tous ces amis et connaissances de Molière ont l'air d'être coude à coude. A combien de relations, tôt ou tard utiles à la fortune de Molière, le poète Tristan L'Hermite n'a-t-il pas alors contribué et présidé?» Auguste Baluffk, Molière inconnu, p. 215.

Nicolas Desfontaines, le second auteur tragique dont les pièces figurèrent au répertoire de l'Illustre Théâtre, fit lui-même partie de la troupe et nous aurons tout à Tlieure à le signaler à nos lecteurs au nombre de ses comédiens de 1644.

« Nicolas Desfontaines était un auteur qui avait déjà composé plusieurs tragi-comédies, dont l'une était Eurymédon, ou l'Illustre Pirate [composée dés 1637]. Celles de ses pièces auxquelles les frères Parfait donnent les dates de 1644 et de 1645 ne peuvent avoir été jouées que sur le théâtre dont il faisait partie, et il aurait suffi de leurs litres pour le faire conjecturer. C'étaient Perside ou la Suite de l'Illustre Bassa(l), Saint Alexis ou l'Illustre Olympie, l'une et l'autre de 16i4 (f); l'Illustre Comédien ou le Martyre de Saint-Genest (1645), sujet qui l'année suivante a si bien inspiré Rotrou. Les fondateurs de l'Illustre théâtre, lorsqu'ils le nommèrent si pompeusement, avaient-ils pris conseil de Desfontaines, possédé de la manie de l'Illustre (3)? Au reste, il n'était pas le seul qui, à cette époque, eu mit partout. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 86.

M. Eudore Soulié remarque (Recherches , p. 38) que Nicolas Desfontaines était plus fécond que Beys (4), et

(') « D'Ibrahim Bassa, tragi-comédie, » dit M. Moland (p. Si).

(-) M. Paul Mesnard ne cite pas ici le Martyre de Saint-Euslache, tragédie, 1615, mentionnée par M. Louis Moland (Molière, p. 54). — Il esi vrai qu'il n'y a pas d' Illustre dans le nom de rette pièce, non plus du reste que dans celui de Perside [ou la suite îririii.wiiM Bassa], toujours d'après M. Moland (p. 54) : Voir la note précédente.

(a) « Ainsi s'explique ce nom d'Illustre Théâtre; le mot était alors à la mode et la qualification d'illustre s'employait surtout à la scène. Le nom de Molière lui-même n'a peut-èlre pas d'autre origine que celle d'être un nom à la mode. » Kidorf. Soii.ik, Recherches sur Molière, p. 38-39.

Inutile de faire remarquer que le nom d'Illustre Théâtre avait été choisi par l'association bien avant que Nicolas Desfontaines y entrât.

(') En admettant que Boys, l'acteur de l'Illustre Théâtre, fût le même que Ch. Bcys, c'esl-àdirc que l'auteur de l'Hôpital des Fous, du Jaloux sans sujet, de Céline ou tes Fous rivaux, des Fous illustres, etc., etc.; il serait fort étonnant que l'on n'eût représente aucune t'agédie de lui sur l'Illustre Théâtre. Rappelons-nous que, comme le dit si bien (p. 87 de sa yotice) M. Paul Mesnard, les renseignements qui nous sont parvenus sont incomplets.

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cependant moins connu encore : On n'a même pas, dit-il, pris la peine de lui fabriquer un faux prénom. — Nous reviendrons sur lui, § 4, pa-ge 232, en signalant son entrée dans la troupe.

« On connaît, sans avoir besoin d'une conjecture, d'autres pièces jouées par nos comédiens dans ces mêmes années. Le titre de YArtaxerce, tragédie de Magnon, imprimée eu 1G45 (*), porte cette indication, qui n'était pas ordinaire alors, du théâtre sur lequel elle avait paru : « Représentée par l'Illustre théâtre. » Paul Mesnard, Notice biographique, p. 86.

Joignons-y une dernière pièce : le Scévole (2) de Du Ryer, joué dès Tannée 16-44, la même année que la Mort de Chrispe de Tristan.

« Si nous savons avec certitude qu'elles [ces deux pièces] furent jouées par elle [l'association de l'Illustre TltSàtre], et dès l'année ICii, c'est qu'elles sont nommées dans la reconnaissance, datée du 9 septembre de cette année [nous la donnerons à cette date], d'un emprunt de onze cents livres fait à Louis Baulot, conseiller et maître d'hôtel ordinaire du Roi. On les y mentionne parmi les dépenses qui, jointes au loyer du jeu de paume, forçaient à consacrer cette dette. Le prix auquel elles avaient été payées avait été sans doute un peu élevé (s) pour les faibles ressources des associés; mais elles avaient dû leur faire un honneur dont Molière se souvenait, lorsqu'il les fit représenter de nouveau, en 1651), au Petitliourbon (i). » Paul Mesnard, Notice biographique, p. 87.

» En tout huit pièces (5); c'est un aperçu du répertoire des compagnons de Molière. Ce sont, comme vous voyez, toutes grandes tragédies. La tra-

(i) « A Paris, chez Cardin Besongne, MDCXLV (<?). Achevé d'imprimer pour la première fois le -20 juillet 1645. — Le privilège donné à Paris, le 11 juillet 1645. »

(*) « Scévole, tragédie de M. du Ryer, à Paris, chez Antoine de Sommaville, M DCXLV1I.— Achevé d'imprimer pour la première fois le 2e janvier 1647. — Le privilège du Roi donné a Paris le dernier août 1647. »

(3) Ce n'est pas ce que dit (au contraire!) M. Auguste Balulïe, lomc Ier, pages 214-215 de son Molière inconnu :

» Est-ce eu partie pour acheter la Mort de Crispe ou la Mort de Sénèque que l'on avait eu recours au crédit de Louis Baulot? Il n'est pas certain que Tristan l'IIermite se fit payer sa collaboration à l'Illustre Théâtre. »

{*> «Quinze ans plus tard, la troupe, établie au Petit- Bourbon, jouait encore les deux tragédies mentionnées dans l'acte de 1644, ainsi qu'on le voit par le registre de La Grange, à la date des 5, 7, 18 juin, 15 juillet, 7, 9 octobre 165'J, etc. » Louis Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, p. 54.

«•Le Scévole fut encore joué le jeudi 1er janvier de l'année suivante (1660). On le joua ce jour-là avec les Précieuses ridicules. » Paul Mesnard, ÏSotice biographique sur Molière, p. 87, note 4.

(6) Il y en a bien huit, en effet. Au surplus, voici leurs noms :

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