Scévole (Du Ryer
(') Nous avons donné ci-dessus, chapitre III, §-9, page 210, note I. le répertoire complet de Pierre Corneille jusqu'à la fin de 1643, de MclUe à la Suite du Menteur.
228 Chap. IV,
dont s'était d'ailleurs détaché son chambellan [le comte de Modène] depuis les événements de Sedan; c'est bien plutôt, comme nous l'avons déjà dit (J), au crédit du poète Tristan. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 95.
«M. Paulin Paris a retrouvé dans un Recueil de diverses poésie», imprimé en 1646, et a communiqué à M. Bazin des Stances adressées à monseigneur le duc de Guise sur les présents qu'il a faits de ses habits aux comédiens de toutes les troupes. L'auteur anonyme de ces stances finit, dit M. Bazin, « par demander pour lui-même une part de la glo- » rieuse défroque, » et, après avoir nommé « ceux qui en avaient été déjà «nantis, savoir: de la troupe du Marais, Floridor; de celle du Petit- » Bourbon (la troupe italienne), le Capitan; de celle de l'hôtel de Bour- » gogne, Beauchàteau, » il passe à une quatrième troupe qu'il ne désigne pas, et termine ainsi ses stances :
La Béjart, Beys et Molière Brillants de pareille lumière (s) M'en paroissent plus orgueilleux, Et depuis cette gloire extrême Je n'ose plus m'approcher d'eux Si ta rare bonté ne me pare de même.
« M. Paul Lacroix a publié deux strophes de cette pièce de vers dans La jeunesse de Molière, 1859, in-16, p. 56 (3).
» La circonstance à laquelle ces vers font allusion ne doit pas être postérieure à l'année 1644, car en 1645 Denis Beys ne faisait plus partie de l'Illustre Théâtre.» Eudore Soulié, Recherches..., p. 34, 35 et en note.
«On trouverait étonnant aujourd'hui que les principaux acteurs de Paris se trouvassent si honorés d'avoir part à une distribution d'habits (*).
(1) « Tristan, qui faisait aux nouveaux comédiens la faveur de leur confier ses tragédies, peut leur avoir rendu encore d'autres services. 11 était gentilhomme ordinaire de la suite de Gaston de France... L'Illustre Théâtre avait obtenu du poète renommé sa Mort de Chrispe; ce fut assez vraisemblablement au même poète qu'il dul la protection du prince. On s'explique assez l'intérêt que portait Tristan à la nouvelle troupe. Son frère, Jean-Baptiste l'Henni te de Vauselle, était très ami des Béjart, mieux encore, comme on le soupçonnait depuis longtemps, et qu'on l'a récemment mis hors de doute, leur parent, plus exactement leur allié. « Pâli. Mksnard, Notice biographique sur Molière, p. 8lJ. —Voyez, mime ouvrage, page (J0, la note 1 très importante de M. Paul Mesnard a cet égard.
(2) Voici, pour plus de clarté, les vers qui précèdent immédiatement:
Déjà dans la troupe royale Beauchàteau, devenu plus vain, S'impatiente, s'il n'étale Le présent qu'il a de ta main.
(3) « On a cité deux Recueils, imprimés en lGit>, qui ont donné ces vers : Recueil de diverses poésies, Paris. Toussaint du Bray, et Nouveau Recueil des bons vers de. ce temps, Paris. Cardin Bcsongne. Dans aucune des bibliothèques publiques de Paris nous ne les avons trouvés. On peut s'en passer pour la date de la libéralité de Guise, qui est certainement antérieure à celle de ces impressions. Beys, comme l'a fait remarquer M. Soulié, n'était plus, au mois d'août 16'k>, un des comédiens de la troupe. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 95, note 1.
(4) Voyez ce que dit à cet égard M. Auguste Balufl'e, dans le long passage cité à la lin du présent paragraphe 3, page 230.
Mais alors 1rs habits des grands seigneurs avaient un prix considérable,
et c » sortes de libéralités étaient d'ailleurs, depuis les temps féodaux, le moyen le plus usuel de récompenser les artistes ou les poètes qui avaient plu. » Loris Moi.anii, Molière, sa vie et ses ouvrages, p. 56.
Qui avait recommandé spécialement les artistes de l'Illustre Théâtre à la libéralité du duc de Guise? Pour M. Louis Moland, c'est encore le coin le de Modène; pour M. Paul Mesnard, c'est encore le poète Tristan l'Hermite.
— Témoin les deux citations suivantes :
« On s'explique aisément la part que Molière et ses compagnons avaient eue dans la distribution. Le comte de Modène, dont on sait les relations avec Madeleine Béjard, était premier gentilhomme du duc de Guise. » Louis Moland, Molière..., p. 56.
« Il est probable que ce fut le même Tristan qui recommanda nos comédiens au duc de Guise, étant attaché à la maison de ce prince lorrain. Ils lurent compris, avec ceux de l'hôtel de Bourgogne et du Marais, dans une distribution que fit le duc de ses riches habits, au printemps... de 16i4,... lorsqu'il suivit Gaston dans ses campagnes. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 95.
Maintenant, de qui sont les vers cités plus haut? « L'auteur anonyme, dit M. Auguste Baluffe (I, p. 200), » n'est sans doute que J.-B. UHermite ('). » Et il ajoute, en homme que l'on ne prend pas sans verd, pour appuyer cette assertion assez inattendue, les considérations suivantes :
Je n'ose plus m'approcher d'eux, Si ta rare bonté ne me pare de même.
« Le poète est évidemment de l'entourage de la Béjart, Beys et Molière
— puisque d'ordinaire il s'approche d'eux. Pourquoi serait-ce J.-B. L'Hermite, comme je l'ai dit, plutôt qu'un autre? Parce que, en celte année 16ii, il fut plus que jamais « attaché à la maison du duc de Guise »... Son frère et lui ne discontinuaient pas d'adresser des vers à leurs protecteurs. Que d'odes, et de stances, et de sonnets, et d'épigrammes au duc et à la duchesse sa mère sur les moindres incidents de leur vie! Quel est le poète alors en pied chez les Guise et en intimes rapports avec la Béjart, Beys et Molière, qui le soit plus que J.-B. L'Hermite? Et notez l'exceptionnelle participation de Molière, Beys et la Béjart aux libéralités que vient de
(») Jean-Baptiste de l'Hermite, sieur de Vauselle, celui qui a tenu sur les fonts, pour Gaston d'Orléans, la fille du comte de Modène et de Magdeleinc Béjart, c'està-dire la petite Françoise, etc., etc., etc.. !
230 Giiap. IV,
faire le duc. Un seul acteur par troupe est honoré de ses présents ; ils sont de la même troupe tous les trois: d'où vient cette différence de faveur? On sait (?...) l'histoire de la Béjart, élevée presque chez les Guise. Les liens d'autrefois se sont encore resserrés depuis que le duc d'Orléans accorde son patronage honorifique à l'Illustre Théâtre. Si Molière et ses camarades ont été appelés en visite quelque part, durant le dernier Carnaval, c'est bien à l'hôtel de Guise, n'en doutez pas. La douairière de Guise est une des hautes patronnesses de la comédie contemporaine, et quel grand seigneur de France et de Navarre regarde- t-il moins à la dépense que le duc son fils, chez qui bals et ballets, comédies et divertissements se succèdent sans interruption? L'un n'y attend pas l'autre. Ils se suivent comme les jours, — et ne se ressemblent pas davantage. Il a distribué, non pas sa défroque personnelle, mais sa magnifique garde-robe du dernier Carnaval, sa collection variée de costumes travestis en disponibilité. Ceux qui trouveraient étonnant (*) que les plus célèbres comédiens du temps s'honorassent de recevoir en présent les habits d'un illustre gentilhomme,.. . ceux-là tiendront pour assez naturel que des costumes faits pour des pièces de théâtre revinssent par destination aux gens de théâtre : ce qui est le cas. En comédiens plus spécialement de la maison, la Béjart, Beys et Molière furent les mieux partagés. C'était de droit. (P. 207. 208.)
«Maintenant, et ne fût-ce que pour faire ressortir — à l'appui de ma méthode systématique, l'intérêt qu'a offert il y a quarante ans et qu'offre encore aujourd'hui une pièce de vers pour servir à l'histoire; maintenant, dégageons la date exacte, authentique de ces a Stances». M. Bazin... fixe à l'année « 1646» la date de la distribution des habits du duc de Guise, dans laquelle Molière ne fut pas oublié... (JP. 208, 209.)
» M. Moland, dans son dernier ouvrage (p. 56), estime « qu'on peut hésiter », entre les années 1644 et 1645. Mais il y a présomption absolue en faveur de 1644 si, comme le fait M. Moland, on est d'avis que la distribution des habits put être faite « avant de suivre le duc d'Orléans » dans l'une des deux successives campagnes de Flandre, en 1644 et en 1645. Il n'est pas certain que le duc de Guise ait suivi le duc d'Orléans en 1645. La Gazette n'en dit rien. Au contraire, elle annonce... le départ pour le siège de Gravelines. Pour cette campagne de 1644, il y a... à ne pas douter que le duc de Guise y soit allé...» Adguste Baluffe, Molière inconnu, t. I", p. 210.
j§ 4. — L'Illustre Théâtre en juin et en juillet 1644.
« Six mois après l'ouverture de l'Illustre Théâtre, Molière est déjà le chef de cette troupe; désormais son nom précède toujours ceux de ses associés, et l'on verra bientôt que cet honneur n'était pas sans inconvénients. » Eudore Soulié, Recherches sur Molière, p. 38.
f1) Comparez ces réflexions avec colles (reproduites ci-dessus, même paragraphe 3, p. 228-229), un peu moins précises, il est vrai, faites par M. Moland, le premier, dans le même sens.
§ -i. tr.i
« Ce temps a laissé peu d'autres traces que celles des dettes dont on ne tarda pas à être accablé. Cependant, quoique les documents que nous avons soient des papiers d'affaires, où l'on n'avait à traiter que des questions d'argent, ils nous fournissent un petit nombre de renseignements d'une autre nature. (P. 85.)
» Un croirait d'abord de peu d'intérêt l'acte d'engagement d'un danseur de Rouen, Daniel Mallet, que les comédiens, très vraisemblablement durant leur séjour en cette ville, avaient assisté dans une maladie, et qui s'obligeait à servir cbez eux « tant en comédie que ballets ». (P. 85-86.)
« Mais cet acte est celui que, par sa date (28 juin 1644) nous... jugeons digne d'être cité comme étant le premier où nous trouvons notre poète désigné sous le nom de théâtre qu'il a immortalisé. Il l'a signé: De Molière. La particule de ne signifiait aucune prétention à la noblesse. Elle était en usage chez les comédiens devant le nom de leur seigneurie comique... » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 85-86.
1644-28 juin. — Promesse de Daniel Mallet aux Comédiens
de l'Illustre Théâtre.
Minutes de Me Durant.
« Fut présent Daniel Mallet, danseur, demeurant ordinairement à la ville de Rouen, étant de présent à Paris, logé aux faux-bourgs de Saint- Germain, lequel a promis et s'est obligé envers la troupe des comédiens de l'Illustre Théâtre, ce acceptant par Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, (iermain Clérin, Nicolas Desfontaines, Georges Pinel et Magdeleine Malingre, tous acteurs de ladite troupe, de servir en icelle, tant en comédie que ballets, tous les jours qu'ils la représenteront, à commencer dès cejourd'hui et continuer tant et si longuement que ledit théâtre sera ouvert, et les suivre partout où ils iront, tant en visite que campagne, et les y servir au mieux qui lui sera possible, sans qu'il les puisse quitter en façon quelconque ni pour quelque cause et occasion que ce soit, le tout moyennant et à raison de trente-cinq sols tournois pour chacun jour jouant ou non, et les jours que l'on lui commandera de jouer et assister à la comédie, soit pour représenter ou jouer rôle, lui sera payé quarante sols, qui sera cinq sols de plus que lesdits trente-cinq sols, lequel prix lui sera payé tous les jours qu'il assistera et qu'il jouera rôle à ladite comédie; et en cas que ledit Mallet fût recherché ou inquiété par le nommé Cardelin , lesdits comparants promettent le protéger, reconnaissant ledit Mallet qu'il est extrêmement obligé de servir ladite troupe, en considération des services et grandes assistances qu'il a reçus d'eux en ses extrémités et maladies, car ainsi promettant, obligeant, etc. Fait et passé à Paris, es études des notaires soussignés, l'an mil six cent quarante-quatre, le vingtbuitième jour de juin après midi, et ont signé :
«G. Clérin. De Molière.
N. Desfontaines.
G. Pinel. Daniel Mallet.
Madelaine Malingre. Levasseur. «
Cbapellain.
Eudore Sout.ié. Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 175-176.
232 Chap. IV,
Nous trouvons sur ce document le nom d'un nouvel associe : Nicolas Desfontaines, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, au § 2 (p. 225-226), à propos du répertoire tragique de l'Illustre Théâtre dont ont fait partie très certainement quelques-unes de ses pièces. Enregistrons-le donc, comme artiste, sous le n° Xll :
XU. Nicolas Desfontaines (M.
s 11 était acteur-auteur, et avait un fils également « du parti de la « comédie ». Les historiens du Théâtre-Français no lui attribuent pas moins d'une douzaine de ti agi-comédies ou tragédies avant 1644. Directeur de troupe ou pensionnaire, ou « gagiste », il avait couru les provinces, sans acquérir la fortune ni conquérir la célébrité. Acteur estimable, auteur estimé, il avait une double manière d'être froid. En vingt années de théâtre, il n'avait pas eu le temps de démentir le proverbe qui veut qu'il n'y ait pas de fumée sans feu — pas de formes de gloire sans feu sacré. Nicolas Desfonlaines était comme on dit aujourd'hui « une grande utilité ». Avait-on à espérer qu'il relèverait la fortune chancelante de l'Illustre Théâtre? Ni son talent d'acteur expérimenté, ni la valeur de ses médiocre; pièces n'étaient susceptibles d'un tel prodige. La noire déveine s'acharnait contre l'entreprise. Et Desfontaines ne conjura pas le sort i nplacable. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 217.
Si nous ne trouvons pas, sur l'acte reproduit plus haut, les noms de D. Beys, de Magdeleine Béjart, de Geneviève Béjart, de Joseph Béjart, c'est qu'ils étaient absents de Paris, ainsi que nous le verrons plus loin au § 5 (p. 234- 236) : ils étaient allés faire un tour en Champagne.
» Pour soutenir la troupe dans sa très lourde entreprise, ce ne put être assez ni des tragédies d'auteurs célèbres, représentées dans leur nouveauté, ni de l'avantage, probablement plus honorable que lucratif, d'être entretenue par Gaston. La gène se fait déjà sentir dans un acte du 1er juillet 1644. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 96-97.
1644. 1er juillet. — Modifications à l'acte de société de l'Illustre Théâtre.
Minutes de Me Biesta, notaire à Paris.
« Philippe Millet, comédien nouvellement engagé dans la troupe de l'Illustre Théâtre, signe avec Molière, Madeleine et Geneviève Béjard,
(M «Nicolas-Marie Desfontaines, demeurant rue Neuve-Dauphine. » (Dominent du d septembre 1644.)
Madeleine Malingre, Nicolas Desfontaines et Georges Pinel, tous « faisant » et représentant la plus grande partie de la troupe.» un acte notarié modifiant une des clauses apposées au contrat de société du 30 juin 1CW. <k Attendu les dettes que la Compagnie a contractées pour faire metlre le o théâtre ainsi qu'il est à présent, il est convenu qu'à l'avenir nul ne > pourra prétendre aucun remboursement des frais qu'ils ont faits ou 9 feront faire ci-après pour les décorations et autres choses généralement » quelconques à faire audit théâtre, n Ji'LKS Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, p. 37N.
Cette nouvelle pièce, dont nous ne reproduisons que l'analyse fournie par M. J. Loiseleur, mentionne pour la première fois un autre sociétaire :
XIII. Philippe Millot. — Nous ne connaissons que son nom, — et son titre, bien entendu, de comédien associé sous le titre de l'Illustre Théâtre entretenu par Son Altesse Royale. C'est peu (').
Sur un acte passé le 3 septembre 1G44, et dont nous nous occuperons, à sa date, au § 6, nous trouvons encore le nom d'un nouvel associé :
XIV. Pierre Dubois. — Il est désigné comme maître brodeur, à Paris, et c'est tout ce que nous savons sur son compte.
«Il ne sera pas toujours utile, dit M. Paul Mesnard » (p. ^7, note 1), de nommer ceux des camarades de » Molière qui n'ont fait que passer dans la troupe, et n'y » ont marqué d'aucune façon. » J'avoue que je ne partage nullement cette opinion du très remarquable biographe de Molière, et que bien au contraire je m'inscris absolument contre. Ne nous appauvrissons pas! Nous savons actuellement si peu de chose sur ces années de début du grand homme que mon avis est au contraire de ne rien absolument laisser de côté : qui sait si tel nom propre qui nous
(*) Notons cependant que M. Auguste Balufle nous dit [Molière inconnu, t. I. p. 203): «Nicolas Bonnenfant s'est retiré.... par acte du l« juillet (1614),... l'hi- » lippe Millot, de Dijon,... entre dans les rangs. Philippe Millot lubrique et exhibe » dex inventions merveilleuses. » Voi'à toujours un renseignement !
234 Chap. IV,
parait insignifiant, et qui pour le moment ne nous dit absolument rien, n'acquerra pas dans l'avenir pour les Moliéristes, par suite de nouvelles découvertes, une importance très inattendue et toute spéciale?
Nous trouvons deux Dubois sur une liste de noms, du 20 août 1659, presque entièrement composée d'acteurs de la troupe de Molière [voyez chapitre huitième, § 1]; mais le premier est «bourgeois de Paris », le second « Huissier des tailles ».
« La saison, à Paris, promettait de n'être pas trop mauvaise pour Molière. En juillet, fêtes à l'hôtel de Schomberg : le maréchal est à Paris pour prêter serment comme lieutenant-général du Languedoc... Fêtes à la cour en l'honneur du nouvel ambassadeur d'Angleterre, reçu au nom du Roi par « le marquis de Chandenier », compatriote et protecteur de Magnon : la tragédie à'Artaxerce, « représentée par l'Illustre Théâtre, » et peut-être en cette circonstance, lui est dédiée. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 212.
§ 5. — Une partie de la troupe se détache et va jouer en Champagne (Eté i644).
« Où sont les Béjart? » se demande (p. 205) M. Auguste Baluffe en étudiant, au premier volume de son Molière inconnu, les actes que nous venons de présenter à nos lecteurs? Et voici sa réponse à la question que lui-même vient de poser; elle est extrêmement intéressante et curieuse :
«Où sont les Béjart? Par acte du 14 avril de cette même année, Alexandre Sorin, médecin d'Angers, s'engage à guérir Joseph Béjart, qui est « bègue », de « la difficulté de parler », dans l'espace de « vingt jours ». au prix de «200 livres». Guéri ou non, Joseph Béjart, qui a suivi son traitement à Paris, a for^rné très probablement, dans les premiers jours de juin, en compagnie de Begs, de Magdeleine et du reste de sa famille, le détachement comique qui va visiter la Champagne, en profitant des carrosses du due de Guise dirigés vers les Flandres. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 205-20(5.
C'est à ce sujet, c'est-à-dire à celui de l'absence du nom de Joseph Béjart de certains actes, que M. Eudore
Soulié nous dit, page ;Î2 de ses Recherches sur Molière: « Béjard l'aîné paraît avoir quitté momentanément les » associés de l'Illustre Théâtre pendant Tannée 164-4-, mais » il s'était de nouveau réuni à eux Tannée suivante, peu » de temps avant leur départ pour la province. » M. J. Loiseleur a fait attention à celte remarque, puisqu'il la reproduit, en citant Eudore Soulié, p. 124 de ses Points obscurs. La vérité, c'est que Joseph Béjart n'avait pas plus quitté l'association que Denis Beys, que Magdeleine Béjart, que Geneviève Béjart, qui avaient été simplement en Champagne tenter la fortune. Nous retrouverons leurs noms dans les actes postérieurs.
M. Baluffe a découvert un sonnet fort curieux de Beys, daté précisément de 1 G44 (1), et qui confirme le départ en carrosse des comédiens, profitant des magnifiques équipages du duc de Guise après avoir reçu de lui, en cadeau, ses superbes costumes de théâtre (2). Voici le début de ce sonnet :
Dans un char bien doré, sur la rase campagne, Exposés aux rayons du plus ardent soleil, Avec un magnifique et pompeux appareil, Nous allons visiter les bourgs de la Champagne.
« C'était assez la coutume des comédiens en campagne de voyager dans les « carrosses ■» des grands seigneurs, qui n'y voyaient pas d'inconvénient. Dassoucy eut maintes fois cet avantage, et il s'en vante :
Grand Séguier me fîtes l'honneur
De me renvoyer en carrosse!
o II n'y avait pas d'indiscrétion à Beys, Joseph, Louis (3), Magdeleine et Geneviève Béjart à demander la permission de monter dans l'un des « chars dorés » — style noble — du duc de Guise, qui n'en faisait rien. En été, les troupes de théâtre de Paris se dédoublaient pour faire
1 1 1 Voir cependant, ci-après, page "23t>. note 1.
(») Voir, ci-dessus, § 3, pages 228 et suivantes.
(:<) Louis Béjard, dit l'Éguisè, et qui était boiteux, baptisé à Paris le 4 décembre loSO, à la paroisse Saint-Gervais, n'ai ait donc pas encore quatorze ans en juin 1644. Il ne faisait donc pas encore partie de la troupe proprement dite de l'Illustre ThCâtre. On ignore, ainsi que le fait remarquer M. Louis Moland (p. 133), à quel moment précis il s'en mil; textuellement : « On ne sait ii quel moment précis il fut incorpore » dans la troupe formée par ses frères et sœurs. »
236 Chap. IV,
* une sortie » en province,., la Champagne offrait l'agrément de la nouveauté comme aussi le plaisir probable de quelques bonnes aubaines productives. Une partie de l'Illustre Théâtre avait donc été détachée dn gros de la troupe pour faire dans a les bourgs de Champagne 9 une excursion d'été. Et les détails datent bien de l'été de 1614 ce sonnet de Bevs, qui d'ailleurs (') ne l'a pas daté autrement. (P. 211.)
» Voilà donc longuement expliquée l'absence des Béjart et de Beys, qui ne figurent pas sur l'acte du 28 juin 16*4. Ils ont 'été détachés en province, en Champagne, tandis que l'Illustre Théâtre garde la place et tire parti de la situation à Paris. » AUGUSTE Baluffe, Molière inconnu, t. Pr. p. 212.
Revenant une dernière fois nu sonnet de Beys, M. Auguste Baluffe (p. 210-217) s'écrie avec juste raison : «Ce « n'est pourtant pas à nous à faire bon marché de ce » médiocre sonnet... Il nous apprend... les motifs de l'ab- » sence de Beys et des Béjart, constatée d'après l'acte du » %8 juin, et qui était restée inexpliquée jusqu'à présent. » Preuve à ajouter à tant d'autres que rien n'est à dédaigner, en Histoire, — pas même parfois une simple pièce de poésie, sonnet, chanson ou épigramme!...
5 6. — Ballets et mascarades.
Nous avons donné, au § 4 (p. 231), la promesse de Daniel Mallet, danseur, aux comédiens de l'Illustre Théâtre. M. Auguste Baluffe nous offre quelques détails intéressants sur le compte de cet artiste :
« Le 28 juin (16{4), pour parer à l'insuffisance manifeste des machines et des phénomènes, le danseur- gymnasiarque Daniel Mallet, élève et pensionnaire du fameux Cardelin (s), est engagé, d'urgence, avec dédit et en dépit de son directeur et maître. On l'a fait venir de Rouen, où il était dom'eilié et où, lors de la récente excursion de l'illuslre Théâtre,
(') En relisant attentivement cette citation, je m'aperçois qu'il y a ici amphibologie : « Et les détails datent bien de l'été de 16ii ce sonnet de Beys, qui d'ailleurs » [Beys] ne l'a pas daté autrement. » Ce dernier membre de phrase de M. Auguste Baluffe pourrait être plus clair : Le sonnet de Beys est-il daté de 1644 expressément. ainsi que je l'ai indiqué moi-même plus haut (page 23o) peut-être à tort, — ou bien est-il daté sans l'être et par le fait seul qu'il se rapporterait bien à certains événements [le départ en carrosse des comédiens, etc.] qui se sont passés précisément pendant cette année-là (lMi)?...
(-1 « Il y avait il compter avec Cardelin.,., car c'était presque un personnage en son genre. En Itfil, il avait représenté la Victoire, en dansant sur une corde, envi-
Molière et ses camarades l'avaient « assisté dans ses extrémités et
I maladies ». Molière fut toujours charitable (') (p. 202-203).
» Dans la troupe de Molière, Daniel Mallet était appelé à rendre plus d'un service : moyennant une rétribution de « 45 sols», il figurerait « tant en comédie que ballet». Les ballets, à l'Illustre Théâtre, laissaient à délirer jusque-là : il n'était guère permis de les retrancher d'un programme attrayant et bien ordonné (2); certains théâtres même ne coupaient pas seulement les pièces d'intermèdes chorégraphiques et musicaux, la gymnastique y était introduite de force pour ses tours d'adresse. » AUGUSTE Baluffe. Molière inconnu, t. Pr, p. 203-204.
«Gaston-Jean-Baptiste de France, duc d'Orléans, frère du feu roi Louis XIII et oncle du jeune Louis XIV, était parti de Paris le 10 mai précédent pour aller commander l'armée de Picardie, et, le 20 juillet, s'était emparé de Gravelines. Celte conquête avait été célébrée, le 10 août, au palais du Luxembourg, sa résidence, par un feu d'artifice accompagné d'une pantomime dont la Gazette [de 1644, pages 058-660], nous a conservé tous les détails. La troupe de l'Illustre Théâtre établie au faubourg Saint-Germain fournit peut-être (!...) pour cette pantomime quelques comparses, le danseur Daniel Mallet entre autres. Lors du retour de Gaston à Paris, vers la fin d'août, elle put (!...) donner des représentations au Luxembourg — c'est ce que les comédiens appelaient aller en visite — et obtenir ainsi la protection du prince...» Eudore Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 39.
« En août, dit à son tour M. Baluffe, fêtes au Luxembourg et dans tout Paris, à propos de la prise de Gravelines. La ville s'est rendue le 20 juillet; Gaston d'Orléans de retour de l'armée est l'objet d'universelles démonstrations et de réjouissances. Le 11, v grands et pelits» sont reçus
r<mné de nuages, dans le ballet de la Prospérité des anses île France. 11 était d'une agilité vertigineuse et d'une sveltesse aérienne. Comme voltigeur, son pareil était à trouver; et ses grâces légères étaient passées en proverbe. Bacliaumont, dans la jolie réponse A la Levrette des comtesses; fait dire au Levrau: Je saute mieux que Cardelin.
» Kn un mot. Cardelin était un des artistes célèbres du Paris pittoresque. Daniel Mallet. qui lui servait de second, le quitta pour devenir son émule. Pourtant, il n'avait point pour unique spécialité la gymnastique et l'acrobatie. 11 «dansait" habilement. » Ait.istk B.vlifff, Molière inconnu, t. I, p. 203.
(') « Les comédiens malheureux éprouvèrent sa généreuse bienfaisance. Le danseur Mallet est un des premiers, le premier peut-être, sur la longue liste de ceux qu'il se lit un devoir d'obliger. Dans sa reconnaissance envers Molière, Mallet avait-il oublié le traité qui le liait déjà avec Cardelin? Un article de son nouvel engagement le donnerait à croire... » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. I, p. '203.
-i.\ l'affût de renseignements sur cette époque, faisant flèche de tout bois, et ne voulant négliger aucune menue broutille, je ne puis cependant in'empécher de faire remarquer qu'ici M. Auguste Baluffe en dit trop... ou trop peu. « Les ballets, à l'Illustre Théâtre, laissaient à désirer jusque-là » 11 y en avait donc, et qui contentaient médiocrement les habitués de la salle des Métayers? Qui peut l'avoir appris à l'ingénieux Moliériste? où a-t-il vu cela? qu'en sait-il'.' qui l'a mis sur une pareille voie? "11 n'était guère permis de les retrancher d'un programme, etc. »
II y a loin de là à une démonstration en règle. Que de choses pourraient être, devraient cire, qui ne sont pas, qui n'ont jamais été! De te qu'un fait n'est pas signalé, j'accorde qu'il ne s'ensuit pas qu'd n'ait pas existé ; mais il s'ensuil encore bien moins qu'il ait eu lieu.' .'...
238 Ghap. IV,
au palais du Luxembourg. Les «24 violons du Roi y jouent» toute la soirée. M. Eudore Soulié a supposé que Molière et ses camarades avaient dû être chargés des divertissements, bal, ballet ou comédie C'est possible, quoique le compte-rendu de la soirée publié par la Gazette ne dise rien qui le fasse soupçonner. On a prétendu, et M. Eudore Soulié n'y est pour rien, que le ballet de la Fontaine de Jouvence et celui de la Sibylle de Pansoust avaient été représentés alors au Luxembourg parla troupe de Molière. C'est peu probable. Mais les hypothèses ont été plus loin. Les deux ballets auraient pour auteur Molière lui-même. Sur quoi se base cette dernière opinion? Il faut se résoudre à l'ignorer. » Acguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 212-213.
La troupe de Molière se rendit-elle au Luxembourg pour les fêtes données par Son Altesse Royale? Nous n'en possédons aucune preuve. Quant aux deux ballets cités plus haut par M. Baluffe, ce dernier a pleinement raison de considérer comme peu probable qu'ils aient été représentés le 10 août : le premier, la Fontaine de Jouvence, est antérieur d'une année à 1644; le second, la Sibylle de Pansoust, lui est postérieur d'une année.
La Fontaine de Jouvence, ballet divisé en deux parties, à Paris, 1643, in-4° de 8 pages, non cité par le duc de la Vallière, a été inséré, sans attribution d'aucune espèce, par le bibliophile Jacob (Paul Lacroix), pages 73-89 du tome VI des Ballets et Mascarades de Cour publiés à Turin, en 1870, chez J. Gay et fils, éditeurs (â).
Le Balet de l'oracle de la Sibylle de Pansoust « dansé au » Palais Royal et à l'hostel de Luxembourg» a été inséré, par le même Paul Lacroix, pages 103 à 1 17 du tome VI
(') En 16-43, ayant son théâtre à fonder, ses tragédies a apprendre, ses répétitions a faire... et sa Magdeleine a aimer, Molière ne s'occupait guère, évidemment, d'écrire le ballet mi-français, mi-espagnol, mi-italien de la Fontaine de Jouvence.'... Voici, comme échantillon, une strophe de ce ballet, qui très évidemment n'a jamais pu être composé par Molière! !
Vieux penarts a l'antique face,
Petits cœurs, tendrons innocens,
Mères-grands à laide grimace
Et vous, jeunes adolescens,
Qui voulez maintenir vos ans
Dans une longue et douce vie,
En voicy les moyens plaisans,
Il n'est que faire la folie.
du même recueil. Il y est accompagné de la note suivante :
«Ce ballet, que les connaisseurs attribuent à Molière {sic), fut dansé en 1645 par les gentilsbommes et les officiels de Gaston d'Orléans. Il est imprimé de format in-4°, sans nom et sans date, comme la plupart des ballets du répertoire de Monsieur, et il forme 12 pages. Le duc de La Vallière ne l'a pas connu. L'exemplaire que nous avons sous les yeux présente les noms des danseurs, écrits en marge : nous n'avons pas manqué de les recueillir. Un de ces noms, qu'il n'était pas facile de déchiffrer, peut être lu: Ratière ou Molière ('). » Paul Lacroix, Ballets et Mascarades de Cour, t. VI, p. 102, note 1.
Edouard Fournier fit représenter au Théâtre-Français, le 15 janvier 1868, pour le 246e anniversaire de la naissance de Molière, une pièce intitulée : La Valise de Molière, comédie en un acte et en prose, avec des fragments peu connus attribués à Molière; [«précédée d'une introduc- » tion historique et suivie de notes d'après des docu- » ments nouveaux inédits, » par Edouard Fournier]. Paris, Dentu, éditeur, 1868, in-12.
Sous le n° 3°, figure la strophe suivante, que nous reproduisons ci-dessous d'après le recueil cité plus haut de M. Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), tome VI, p. 106 :
Qualriesme entrée.
« Panurge, avec deux de ses compagnons, consultant les docteurs s'il se doit marier, ou non. »
MONSIEUR DE SaINCTE-FrIQUE, LES SIEURS SoUYILLB, BaLON.
Je ne sçay si le mariage Est le party qu'il me faudroit, Les uns l'appellent une cage, D'autres le nomment tout à droit Le grand chemin du cocùage ; Il n'est rien tel que le ménage, Dit l'un; l'autre : romps-toy le cou Plulost que d'entrer en servage ; Si je me lie ou me dégage, A vostre avis, seray-je fou?
A vostre avis, seray-je sage?
(*) En admettant qu'il y ait réellement Molière, et sachant 1res bien que J.-B. Poquelin n'a jamais danse de ballet, il s'agirait donc ici de son homonyme Louis
240 Chap. IV,
« Extrait du ballet de l'Oracle de la Sybile de Pansoasl, IVe entrée. Le ballet de l'Oracle de la Sybile de Pansoust fut dansé au palais du Luxembourg, occupé alors par Gaston d'Orléans, et publié à Paris, chez Jean Beslin, en 16i5. L'illushe Théâtre, dont Molière fut l'un des premiers associés, jouit, il est vrai, de la protection honoraire de Gaston d'Orléans et s'intitula « la troupe de l'Illustre Théâtre entretenue par » Son Altesse Royale ». Mais Molière, âgé de 23 ans, n'était pas en situation de composer et diriger un grand ballet comme celui-là, qui n'a pas moins de dix-liuit entrées; et s'il l'avait fait, cela eût paru assez rare et extraordinaire pour que le bruit en fût arrivé jusqu'à nous. » Louis Moland, Moli're-Garnier, t. 1er, p. 523.
... « S'il faut en croire MM. Paul Lacroix et Edouard Fournier, le chef de la troupe [Molière] avait fait tous ses efforts pour captiver la bienveillance de Son Altesse [Gaston duc d'Orléans]. Il aurait composé, dans cette intention, deux ballets: la Fontaine de Jouvence et l'Oracle de la Sibylle de Pansoust. Ce dernier ballet fut dansé en 1644 ou 1615 par les gentilshommes et les ofliciers du duc. Mais qui ne connaît le faible des bibliophiles et des collectionneurs, de ceux surtout qu'enflamme, à l'égard d'un écrivain célèbre, une passion de tous les instants? Ils n'hésitent pas à grossir le plus possible son bagage littéraire, en lui attribuant des œuvres d'origine suspecte, et qui, souvent, seraient plutôt propres à amoindrir qu'à augmenter sa réputation. Un excellent juge, M.Victor Fournel, a réimprimé le ballet de la Sibylle dans le second volume de ses Contemporains de Molière, mais il n'a pas songé à l'attribuer à l'auteur du Misanthrope.
» Ce ballet [l'Oracle de la Sibylle de Pansoust] a été imprimé à Paris chez J. Bessin, en 1645, in-4° de 12 pages. Après M. Victor Fournel, M. Paul Lacroix, qui incline à attribuer ce ballet à Molière, l'a réimprimé aussi au tome VI des Ballets et Mascarades de Cour sous Henri IV et Louis XIII. Enfin, M. Ed. Fournier en a inséré des vers dans sa comédie intitulée: La Valise de Molière, représentée au Théâtre -Français le 15 janvier 1860 [lisez : 1868]. » J. Loiseleur, Les Points obscurs de la Vie de Molière, p. 127 et note 1 au bas de la même page.
de Moliier ou Molière («). Mais le bibliophile Jacob, un peu plus loin, en donnant la strophe suivante — dont nous ne voulons pas priver nos lecteurs — la reproduit définitivement (p. 107-108) comme dite par « .Messieurs de Luynes, de Itouencs, Saint- Agnan, rt'Aluy, et — lia litre ».:
Ha, que la desbauche est funeste;
Nous avons, sans nous en vanter,
Dévoré tout, et ne nous reste
Rien que le dessein d'emprunter :
De sçavoir où s'est dispersée
La somme trop tost despensée,
Ce n'est pas un trop grand secret :
La moitié de nostre escarcelle
Est demeurée au cabaret,
Et l'autre chez la Damoiselle.
ia) Mais l'on peut nie répondre — et Ion aura raison, — que notre Molière, c'est-à-dire Jean-
Baptic-te Poqueliu, a, sans danser lui-]nOme; figure plus tard dans des tibalets», p.ir tscniple (16J.W dans le l).'.llet des tiicom.pallV.ee.
Terminons ce paragraphe, — qui renferme, « de vrai », bien peu de chose, tout en ayant Pair cependant de contenir beaucoup, — par une citation, un peu longue peut-être, mais bien nécessaire, empruntée à M. Victor Fournel : il s'agit du culte de Molière.
v Je souris îles exagérations de ce culte et du fanatisme de certains Moliéristes. qui dépasse peut-être celui des Napolitains pour saint Janvier; mais je les comprends. Sans avoir jamais été l'un des dévots de Molière, j'ai mérité, et suis loin de m'en défendre, d'être rangé parmi ses fidèles. Admirer, aimer Molière, rien de plus naturel, je dirais presque : rien de plus inévitable. Le mettre non seulement au premier rang, mais dans une place à part, bien au-dessus de tous nos écrivains, l'hyperbole est flagrante, mais elle peut se soutenir néanmoins par des arguments spécieux, elle s'explique par certaines natures d'esprit, moins ouvertes à des beautés d'un ordre plus noble, plus sensibles à tout ce qu'il y a de vérité, de naturel, de connaissance du cœur humain, de force comique et d'observation pénétrante dans Molière. Ce qu'il est permis de demander seulement, c'est qu'on garde dans l'admiration cette mesure qui est une question de goût et dont l'oubli conduirait à l'un de ces ridicules raillés par Molière lui-même dans les Femmes savantes; c'est de n'en pas parler comme d'un patriarche et d'un saint; de ne pas vouloir en faire, parce qu'il fut un homme de génie, le type accompli de toutes les vertus publiques et privées; de ne pas changer la critique en une fade apothéose; de ne point rabaisser son culte par des superstitions puériles et idolâtriques. Qu'on élève le piédestal aussi haut qu'on voudra; mais que ce piédestal ne soit pas un autel et que, pour apprécier l'auteur de Tartuffe, on n'aille point prendre le ton onctueux et mystique d'un prédicateur de village prononçant le panégyrique d'un bienheureux. Rien de plus insupportable pour les vrais admirateurs de Molière que ces homélies (*) : la première condition qu'impose l'étude d'un génie si large et si franc, c'est la sincérité.
» On trouve des traces de cette idolàti ie dans les titres mêmes de quelques-uns des ouvrages enregistrés par la Bibliographie moliéresque de M. Lacroix. Ce livre fait connaître, en son ensemble comme en ses détails, le mouvement prodigieux de travaux de tout genre qui s'est produit depuis deux siècles autour du nom et des écrits de Molière... En feuilletant ce copieux répertoire, on verra combien, en dépit de son apparente aridité, la bibliographie peut devenir une science amusante sjiis rien perdre de sa précision, comme l'avait déjà prouvé Quérard; quelle piquante variété de renseignements elle embrasse sous la plume d'un ingénieux écrivain qui anime tout ce qu'il touche, et à quel point même l'imagination peut s'y donner carrière.
(•) A bon entendeur salut. ' Il est facile de deviner quel est le « Moliériste » intolérant et exclusif visé par M. Fournel dans ces lignes si réussies!!...
II 1fi
242 Chap. IV,
»Car M. Paul Lacroix, homme d'imagination autant que de savoir, abonde en rapprochements, en inductions, en hypothèses, surtout dans les chapitres qui traitent des ouvrages divers attribués à Molière, des farces anonymes et inédites, généralement jouées- par sa troupe et mentionnées dans le registre de La Grange. Qu'il s'agisse du ballet des Incompatibles, de la Sibylle de Pansoust, ou de la pastorale de Mélisse, nous persistons à penser qu'on appauvrit un écrivain comme Molière en cherchant à grossir son catalogue de pièces médiocres. Nous croyons qu'on ne saurait être trop difficile en pareil sujet, et nous demanderions plutôt deux preuves que de nous contenter d'une conjecture, quand il s'agit de lui prêter un ouvrage à peu près sans valeur. » Victor Fournel, De Malherbe à Bossuet, p. 117, 118, 119, 120.
Nous arrêtons ici le présent paragraphe, que nous compléterons en lui empruntant même beaucoup au § 2 du chapitre IX, qui portera textuellement le même titre que lui : Ballets et mascarades, et pour lequel il est bien naturel que nous gardions quelque chose à dire.
§ 7. — L'Illustre Théâtre fait de mauvaises affaires.
M. J. Loiseleur publie, page 379 de ses Points obscurs, l'abrégé suivant d'une pièce, datée du 9 septembre 1644, tirée des minutes de Mes Biesta et Lamy, et reproduite d'ailleurs en entier dans le Correspondant littéraire :
Prêt par Lotus Baulot aux comédiens de l'Illdstre Théâtre.
Marie Hervé, veuve de Joseph Béjard, Madeleine et Geneviève Béjard, ses filles, Jean-Baptiste Poquelin, « demeurant à Saint-Germain-des-Prés, » entre les portes Dauphine et Nesle, au jeu de paume appelé le Mestayer >i , Nicolas-Marie Desfontaines, demeurant rue Neuve-Dauphine, Germain Clérin, sieur de Villars, Georges Pinel, Catherine Bourgeois, Denis Beys, Philippe Millot et « Pierre Dubois, maître brodeur y> à Paris, a tous comé- » diens associés sous le titre de l'Illustre Théâtre entretenu par son » Altesse Boyale», confessent devoir à « Messire Louis Baulot, seigneur » d'Acigny, conseiller et maître d'hôtel ordinaire du Roi », la somme de onze cents livres pour prêt d'argent destiné « tant au payement des pièces » qu'ils ont achetées des auteurs du Scevolle, la Mort de Crispe et autres, » pour servir à leurdit théâtre, que pour le payement du jeu de paume où » ils font la comédie et autres affaires de leurdit théâtre ». La veuve Béjard donne encore pour caution sa maison de la rue de la Perle, mais depuis un an cette propriété se trouve grevée d'une hypothèque de deux mille quatre cents livres. »
Un acte beaucoup moins important, c'est l'obligation de Germain Clérin à Sébastien Chanteloup, tirée des minutes de Me Durand, datée de huit jours après : du 17 septembre 1644 ; aussi nous contentons-nous de la donner en note(l).
Nous sommes arrivés à l'époque où l'Illustre Théâtre passa, comme nous dit M. Paul Mesnard (p. 96), par « de rudes épreuves».
« Pour soutenir la troupe dans sa très lourde entreprise, ce ne put être assez ni des tragédies d'auteurs célèbres, représentées dans leur nouveauté, ni de l'avantage, problableinent plus honorable que lucratif, d'être entretenue par Gaston. » Paul Mesnard, Notice, p. 96-97.
« Ce qui est en harmonie avec les révélations contenues dans l'acte notarié du 9 septembre 1644, c'est l'état de détresse où se trouvait l'asso ciation quinze mois après sa formation... Elle avait obtenu le permission de se dire « entretenue par son Altesse Royale». Ce haut patronage et la faible subvention qui en était la conséquence ne suffirent point à assurer la prospérité de l'entreprise. » J. Loiseleur, Points obscurs, p. 121-125.
« Le Jeu de paume des Mestayers n'avait pas été favorable aux débutants. Comme toujours, ils attribuèrent leur mauvaise chance à la situation du local qu'ils avaient choisi. » Louis Moland, Molière, p. 56.
« Tout va de mal en pis. L'argent manque, le crédit s'épuise, et « le t maître brodeur» Pierre Dubois, en posant de beaux galons d'or et d'argent aux costumes, n'aura bientôt plus travaillé que pour les préteurs sur gages, les premiers confidents habituels des déconfitures comiques! On lutte cependant, on lutte contre la mauvaise fortune. Mais les emprunts usuraires ne font qu'aggraver le mal. Le présent n'est plus seul engagé, l'avenir l'est aussi. Des gens dont c'est le métier grèvent de frais l'exploitation aux abois. Bien heureux s'estiment encore les infortunés comédiens que la complaisance coûteuse de quelque usurier leur permette d'apaiser les créanciers trop récalcitrants!» Auguste Baluffe, Molière inconnu, I, p. 225-226.
Tous les biographes de Molière, tous les historiens de l'Illustre Théâtre, on le voit, sont bien d'accord entre eux et arrivent finalement au même résultat... On entre en mauvaises affaires, l'entreprise est en pleine déconfiture...!
(*) «Fut présent Germain Clérin, comédien de la troupe de l'Illustre Théâtre, entretenue par Son Altesse Royale, demeurant à Paris, rue et proche la porte Dauphine, paroisse Saint-Sulpice, lequel confesse devoir en gage à Sébastien Chanteloup, maître paveur à Paris, y demeurant rue ÎSeuvc-Saint-Roch. absent.
244 Chap. IV,
§ 8. — Le Jeu de Paume de la Croix-Noire.
« La protection de Gaston ne put compenser le peu de succès Ae l'Illustre Théâtre clans le faubourg Saint-Germain ('); Molière et ses associés ne tardèrent pas à tenter la fortune dans un autre quartier, mais ils avaient des dettes auxquelles il fallait parer avant de déménager.
»Le 17 décembre 1644 (2) les comédiens reconnaissent d'abord, par une première obligation notariée, devoir à un sieur François Pommier la
la somme de cent vingt livres tournois, pour cause de pur et loyal prêt d'argent fiit par ledit sieur créancier audit detteur, etc.
» Fait et passé a Paris, es études, l'an mil six cent quarante-quatre, le dix-septième jour de septembre après midi, et a signé :
» G. Clérin.
Ogier. Morel. »
Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eudore Soulié, page 176.)
(•) « 11 faut bientôt aviser aux grands moyens, quitter ce quartier, où le voisinage du palais de Gaston, le Luxembourg, n'a valu a la troupe qu'un titre dérisoire et pas une recette. Le Marais vaudra mieux : les Béjard y sont nés, et Magdeleine y a laissé de nombreuses connaissances, dans le temps où, menant joyeuse vie en sa petite maison du cul-de-sac Thorigny, elle s'est fait un nom parmi ces aimables filles qu'on appelait « les demoiselles du Marais ». Edouard Fournies, Étude sur la vie et les œuvres de Molière, p. 14.
Rien de plus inexact, rien de plus injuste, rien de moins prouvé que ces simples allégations d'Edouard Fournier, dont chaque ligne aurait tant besoin de pièces justificatives !
« ... 11 faut bien du monde, pour faire une belle recette, à cinq sous par personne ! La troupe, en effet, ne comptant que comme troupe de campagne, ne fait pas payer davantage. » Edouard Fournie», même ouvrage, p. 15.
» C'est en hiver, triste saison pour déloger, mais excellent moment pour tàter un nouveau public. 11 faut deux choses indispensables: une salle, c'est-à-dire un jeu de paume, et de l'argent. On trouve l'un et l'autre. » Edouard Foursier, même ouvrage, p. 14.
(2) « Par deux obligations datées du 17 décembre 1644, les comédiens reconnaissent devoir deux mille livres à un sieur Pommier, trois cents par la première, mille sept cents par la seconde. Pour le payement, les débiteurs consentent que tout ce qui peut revenir aux créanciers sur les recettes des représentations ordinaires et des visites, les frais du théâtre préalablement payés, soit retenu par eux jusqu'à concurrence de leur dû, et même qu'ils payent desdits deniers la somme de six cents livres non encore remboursée au sieur Baulot. On devait donc à ce moment deux mille six cents livres. Marie Hervé donne de nouveau sa garantie, mais seulement pour ses fdles et pour Molière, qui ainsi a linéique peu l'air d'être entré dans la famille. D'autres comédiens ont, de leur côté, leurs répondants.» Paul Mesnard, Notice, p. 97.
« L'hiver est rude, les recettes sont rares : il n'y a plus à espérer dans cette salle îles Mestayers dont une année de sacrifices n'a pas appris le chemin au public. Réflexions laites, conseil pris, on se résout à déménager. On ira tenter fortune dans un autre quartier. Une combinaison financière leur permet de réaliser ce dessein. Un manieur de fonds, un homme d'affaires, le sieur F. Pommier, prête à la Société de l'Illustre Théâtre une somme totale de « 2,000 livres » en deux contrats, l'un de 1,700 livres, l'autre de 300, sous la caution expresse de Marie Hervé, qui garantit particulièrement pour 300 livres ses deux filles et Molière. F. Pommier sait qu'il a affaire à «des enfants de famille» pour la plupart, mais il ne juge pas superflu de se réserver un droit de mainmise sur les recettes: le remboursement n'en sera que moins aléatoire pour lui, et, de plus, l'Illustre Théâtre sera à sa discrétion et merci en cas d'insuccès trop persistant. C'est le 17 décembre qu'a lieu la passation de l'acte en vertu duquel, et contre un prêt de v2,000 livres, l'Illustre Théâtre, outre une hypothèque sur les biens de Marie Hervé, s'engage envers
somme de trois cents livres, remboursable sur «les premiers deniers qui leur reviendront de la comédie, tant des chambrées, visites que autrement (M; puis, par une seconde obligation du même jour (8), ils lui
F. Pommier a le désintéresser graduellement et même « avec les premiers deniers qui lui reviendront de la comédie, tant «en chambrées, visites, que autrement, » eu quelque sorte et manière que ce soit ». Comment vivra donc la troupe, désormais, sous le coup de cette aliénation de ses ressources éventuelles? L'espoir confiant de réussir ailleurs lui l'ait voir, avant tout, dans la disponibilité de ces 2,000 livres, le moyen d'une libération immédiate. < Acciste Baluffe, Molière inconnu, t. I. p. 2-20.
(') 1GS4. — 17 décembre. — Première obligation des comédiens de l'Illustre Théâtre à François Pommier.
Minutes de M* Durant.
« Furent présents Jean-Baptiste Poquelin, Germain Clérin, Nicolas Desfontaines, Denis Bcys, Georges Pinel, damoiselles Magdeleine Béjard, Magdeleine Malingre, Catherine Bourgeois et Geneviève Béjard, tous associés pour faire la comédie sous le titre de l'Illustre Théâtre, entretenue par Son Altesse Royale, lesquels confessen devoir bien et loyaument l'un pour l'autre, chacun d'eux seul et pour le tout, sans division ne discussion, renonçant aux bénéfices et exceptions desdits droits, à François Pommier, bourgeois de Paris (a), et Catherine Gauvin, sa femme, qu'il autorise pour l'effet des présentes, à ce présents et acceptants, la somme de trois cents livres tournois, pour cause de pur et loyal prêt d'argent fait par lesdits créanciers auxdits detteurs pour survenir à leurs urgentes affaires, si comme dont à payer et rendre ladite somme de trois cents livres tournois auxdits créanciers ou au porteur, en cette ville de Paris, à la volonté et première requête desdits créanciers, sans préjudice d'autres dus; pour faciliter le payement de ladite somme, lesdits detteurs ont consenti et accordé que lesdits créanciers les prennent et reçoivent des premiers deniers qui leur reviendront de la comédie, tant des chambrées, visites que autrement, en quelque (sic) sorte et matière que ce soit, desquels il leur font dès a présent cession et transport jusques a la concurrence desdites trois cents livres tournois; et pour l'exécution des présentes et dépendances, lesdits detteurs ont élu leur domicile irrévocable en cette ville de Paris, en la maison de M0 ... Triton (son prénom manque dans l'original), procureur au Chàtelet de Paris, sise rue Neuve-Saint-Martin, auquel lieu promettant, obligeant l'un pour l'autre, chacun d'eux seul et pour le tout, sans division ne discussion, corps et biens, renonçant, etc. Fait et passé à Paris, es études, l'an mil six cent quarantequatre, le dix-septième jour de décembre avant midi, et ont signé, fors ladite Gauvin, qui a déclaré ne savoir signer :
<> G. Clérin. Desfontaines.
J.-B. Poquelin. M. Béiart.
Geneuiefuc Béjart. D. Beys.
Malingre. Catherine Bourgeois.
Georges Pinel. Pommier.
Morcl. Levasseur. »
(Recherches sur Molière et sur su famille, par Eudore Soulié. Documents, p. 177-178.)
(*) 16U. — 17 décembre. — Deuxième obligation des comédiens de l'Illustre Théâtre ii Franco/* Pommier.
.M unîtes de M" Durant.
« Furent présents Jean-Baptiste Poquelin, Germain Clérin. Nicolas Desfontaines. Denys Beys, Georges Pinel, damoiselles Magdeleine Béjard. Magdeleine Malingre, Catherine Bourgeois et Geneviève Béjard, tous associés pour faire la comédie, sous le nom de t'Illustre Théâtre, entretenue par Son Altesse Royale, demeurant fauxbourgs Saint-Germain-des-Pres lès Paris, paroisse Saint-Sulpiec, lesquels confessent devoir bien et loyaument l'un pour l'autre, chacun d'eux seul pour le tout,
(a) « La profession de Pommier n'est indiquée dans aucun des documents qui suivent ; il demeure en 1644, rue Coratesse-d'Artois (Document iC AT), et, en 1646, rue Mauccnseil [Document ?i° XXIII), e'est-à-dlre toujours à proximité de l'hôtel de Bourgogne. ■ EL'DORK SOULIÉ, Recherchée sur iloliire, p. 177, note ï.
246 Ghap. IV,
" empruntent dix-sept cent» livres payables « dans le jour de la mi-carême prochain venant », c'est-à-dire le 23 mars suivant. Pour faciliter le payement de cette somme, les comédiens autorisent Pommier à percevoir leurs bénéfices «tous les jours de comédies ou visites qu'ils feront, les Irais préalablement payés, » jusqu'à concurrence, non seulement de ces dix-sept cents livres, mais en outre de « la somme de six cents livres » qui est due au sieur Baulot, restant de plus grande somme. » A cette date, les comédiens devaient donc en tout aux sieurs Pommier et Baulot deux mille six cents francs, et ce n'étaient pas là leurs seuls créanciers,
sans division ne discussion, renonçant aux bénéfices et exceptions desdits droits, ii François Pommier, bourgeois de Paris, et Catherine Gauvin, sa femme, qu'il autorise, à ce présents et acceptants, la .tomme de dix-sept cents livres tournois pour cause de pur et loyal prêt d'argent fait par lesdits créanciers auxdits detteurs pour subvenir à leurs urgentes affaires, si comme dont à payer et a rendre ladite somme de dix-sept cents litres tournois auxdits créanciers ou au porteur, en cette ville de Paris, dans le jour de la mi-carême prochain venant; pour faciliter le payement de laquelle somme lesdits detteurs ont consenti et accordé que lesdits créanciers prennent et reçoivent, tous les jours de comédies ou visites qu'ils feront, les irais préalablement payés, ce qu'il leur en pourra revenir, jusques à la concurrence de leur dû, même qu'ils payent desdits deniers concurremment la somme de six cents Unes qui est due au sieur Baulot, restant de plus grande somme, des deniers qu'ils recevront desdites chambrées et visites, sans qu'ils puissent prétendre rien partager que les sommes ci-dessus n'aient été entièrement payées, et sans que l'acceptation de ce que dessus (dont, en tant que besoin est ou seroit, lesdits det teurs font cession et transport auxdits créanciers) puisse empêcher l'exécution de la présente obligation à rencontre et sur les biens desdits detteurs, ainsi que lesdits créanciers verront bon être. A ce faire étoient présents et sont intervenus : damoiselle Marie Hervé, veuve de feu Joseph Béjard, vivant bourgeois de Paris, demeurant èsdits faux-bourgs, laquelle s'est rendue et constituée caution envers lesdits créanciers de la somme de trois cent soixante livres tournois, de laquelle elle répond, s'oblige et fait son propre fait et dette pour lesdits Poquelin et damoiselles Mandeleine el Geneviève Béjard seulement, l'un pour l'autre, par constitut, sans division ne discussion, et sans garder la forme de fidéjussion, à quoi elle renonce envers lesdits créanciers, auxquels elle promet en son propre et privé nom payer lesdiles trois cent soixante livres tournois dans ledit jour de la mi-carême prochain venant, en cas qu'elle n'ait été reçue par lesdits créanciers des chambrées et visites de comédies comme dessus est dit; et encore sont intervenus honorables hommes Jacques Picquet, bourgeois de Paris, demeurant rue et près la porte Dauphine, Charles Prieur, commis de M. le Musnier, demeurant rue des Quatre-Fils, paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, lesquels se sont rendus et constitués cautions envers lesdits créanciers, savoir, ledit Picquet peur ladite damoiselle Malingre, ledit Prieur pour ladite Bourgeois, et ledit Dubois pour ledit Pinel, chacun à leur égard, envers lesdits créanciers, de la somme de cent vingt livres tournois, dont ils font leur propre fait et dette, auxquels ils promettent, chacun à leur égard, pour ladite somme, dont ils sont chacun caution, dans ledit jour de la mi-carême prochain venant, et sans que lesdits cauteurs puissent empêcher l'exécution de la présente obligation à rencontre desdits detteurs, ainsi que lesdits créanciers verront bon être; reconnaissant lesdits créanciers que ladite damoiselle Marie Hervé leur a mis es mains, pour sûreté et nantissement de ce que dessus, un contrat portant vente et obligation a son profit de la somme de cinq cents livres tournois par François Pothonnier. bourgeois de Paris, passée par devant Bauldry et Le Koy, notaires, le vingt-sept août mil six cent quarante-trois, de laquelle, en tant que besoin est ou seroit, elle fait cession et transport, et promet garantir, fournir et faire valoir auxdits Pommier et sa femme, ce acceptant, pour en disposer comme à eux appartenant, et sera néanmoins rendue à ladite damoiselle Hervé lorsque lesdits créanciers auront été payés de toute la susdite somme de dix-sept cents livres tournois, et ont lesdits detteurs obligé, affecté et hypothéqué au payement de ladite
comme on en aura bientôt la preuve. Afin de donner plus de garantie à Pommier, les associés cherchèrent des répondants. Marie Hervé, mère de Madeleine et de Geneviève Béjard, se rend caution pour ses deux filles et pour Molière, et dépose comme nantissement une obligation de cinq cents Hures à son nom; Clérin, Pinel, les demoiselles Malingre et Bourgeois ont également leurs répondants; Desfontaines et Beys sont les seuls qui ne fournissent pas de caution. En outre, comme dernière sûreté, exigée sans doute par Pommier, les comédiens passent entre eux un «accord» par lequel ils s'engagent mutuellement à ne rien partager de leurs bénéfices jusqu'à ce que leurs dettes soient entièrement payées (*). Enfin le
nomme ci-dessus tous et chacuns les bois des loges et galeries qui leur appartiennent, ensemble les toiles et autres choses concernant leur théâtre, loges et parterre; et pour l'exécution des présentes lesdits detteurs ont élu leurs domiciles irrévocables en cette ville de Paris, en la maison de Me Tri-ton fie premier acte dit Triton], procureur au Chàtelet de Paris, sise rue Saint-Martin, auquel lieu promettant, etc. Fait et passé au jeu de paume des Métayers, faux-bourgs Saint- Germain, l'an mil six cent quarante-quatre, le dix-septième jour de décembre après midi, et ont signé :
« J-B. Poquelin. Desfontaines.
Georges Pinel. G. Clérin.
M. Béiart. Geneuiefue Bejart.
Catherine Bourgeois.
Madelaine Malingre.
D. Beys. Marie Herué.
Prieur. Pommier.
Jacques Picquet, pour cent vingt litres pour ladicte Malingre.
Morel. Levasseur. •
(Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eud. Soulié. Documents, p. 178-180. i
(*) 1644. — 17 décembre. — Accord entre les comédiens de l'Illustre Théâtre.
Minutes de M* Durant.
«Furent présents en leurs personnes Jean-Baptiste Poquelin, Germain Clérin, Nicolas Desfontaines, Denis Beys, Georges Pinel, damoiselles Magdeleine Béjard, Magdcleine Malingre, Catherine Bourgeois et Geneviève Béjard, tous associés pour faire la comédie, sous le titre de l'Illustre Théâtre, entretenue par Son Altesse ltoyale, demeurant faux-bourgs Saint-Germain-des-Prés lès Paris, paroisse Saint- Sulpice; lesquels sont demeurés d'accord de ce qui ensuit : c'est à savoir qu'ils ont tous consenti et accordé, consentent et accordent par ces présentes, que tous les deniers qui leur pourront revenir a cause de ladite comédie, tant du jeu que des visites, soient entièrement employés au payement de ce qu'ils peuvent devoir généralement quelconques, a cause de leur troupe, et où ils voudroient pendant ledit temps quelques choses partager (aie), ils partageront tous chacun pour part également jusques à ce que lesdites dettes soient entièrement payées, et, jusques à ce, ne pourront lesdits dessus nommés faire manquer le théâtre pour quelques (sic) causes que ce soit, à peine de cinq cents livres tournois, payables par celui qui se voudroit désister, incontinent le cas advenu, et lesdites dettes étant payées le présent écrit demeurera nul; promettant, obligeant, etc., l'un envers l'autre, corps et biens, renonçant, etc. Fait et passé au jeu de paume des Métayers, l'an mil six cent quarante-quatre, le dix-septieme jour de décembre, après midi, et ont signé :
«J.-B. Poquelin. Desfontaines.
G. Pinel. G. Clérin.
M. Béiart. Catherine Bourgeois.
G. Béjart. Madelene Malingre.
D. Beys.
Morel. Levasseur. »
(Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eud. Soulié. Documents, p. 181-182.)
248 Chap. IV,
même joui-, François Pommier emprunte dix-lniit cents livres à Louis Baulot, déjà créancier des comédiens, en donnant à son tour pour garantie l'obligation de dix-sept cents livres souscrite par Molière et ses associés, celle de cinq cents livres appartenant à Marie Hervé, et en outre la caution de Jean Buot, écuyer (*). En cherchant à éclaircir tous ces actes passés le même jour, on se rappelle involontairement ce que dit la Flèche à Cléante : « Mais comme ledit prêteur n'a pas chez lui la somme dont il » est question, et que pour faire plaisir à l'emprunteur il est contraint lui- » même de l'emprunter d'un autre sur le pied du denier cinq, il con- » viendra que ledit premier emprunteur paye cet intérêt, sans préjudice
(i) 1644. — 17 décembre. — Obligation de François Pommier à Louis Baulot.
Minutes de M* Durant.
« Furent présents François Pommier, bourgeois de Paris, y demeurant, rue Comtessc-d'Artois, paroisse Saint-Sauveur, et Catherine Gauvin, sa femme, qu'il autorise pour l'effet des présentes, lequels confessent devoir bien et loyaument l'un pour l'autre, chacun d'eux seul et pour le tout sans division, etc., k Louis Baulol. écuyer, seigneur d'Areigny? en partie, conseiller et maitre d'hôtel ordinaire du Hoi, demeurant à Paris, rue et paroisse Sainte-Croix en la Cité, k ce présent et acceptant, la somme de dix-huit cent* livres tournois pour cause de pur et loyal prêt d'argent fait par ledit sieur créancier auxdits detteurs pour subvenir k leurs urgentes affaires et nécessités, et qui leur a ladite somme baillée et payée par les notaires soussignés, en louis, pistoles et monnoic, le tout bon, si comme dont a payer et rendre ladite somme de dix-huit cents livres audit sieur créancier ou au porteur, savoir : huit cents livres tournois dans le jour de mardi-gras prochain venant, et le surplus, montant k mille livres tournois, dedans d'hui en un an prochain venant, et où faute y auroit du premier payement, lesdits detteurs consentent être contraints pour le tout; et pour sûreté et nantissement de ladite somme de dix-huit livres tournois, lesdits detteurs ont présentement mis es mains dudit sieur créancier une obligation de la somme de dix-sept cents livres tournois passée k leur profit par les comédiens de la troupe de l'Illustre Théâtre, entretenue par Son Altesse Hoyale, passée par devant les notaires soussignés ce jourd'hui, avec un contrat de vente portant obligation de la somme de cinq cents livres tournois, due par Laurent Pothonnier, bourgeois de Paris, qui a été mis es mains dudit Pommier, aussi pour nantissement de leurdite obligation, en faisant ledit créancier porteur et le subrogeant en leur lieu, etc., promettant lesdits detteurs payer auxdits créanciers, des deniers qu'ils auront des chambrées et visites de leur troupe de l'Illustre Théâtre, la somme de six cents livres tournois restant de plus grande somme qu'ils lui dévoient, auparavant que ladite troupe puisse partager autre chose et des premiers deniers que ledit Pommier recevra desdites visites ou chambrées, ainsi qu'elle l'a consenti par l'obligation par eux faite auxdits Pommier et sa femme, et sans que toutes les conditions ci-dessus puissent empêcher l'exécution de la présente obligation, etc. A ce faire étoit présent et est intervenu Jean Buot, écuyer, contrôleur clerc du guet des gardes du corps du Roi, demeurant k Paris, rue de Montmartre, paroisse Saint-Eustache, lequel s'est volontairement rendu et constitué pleine caution, répondant et principal detteur. et payeur pour et avec lesdits Pommier et sa femme, etc., de ladite somme de dix-huit cents livres tournois ci-dessus dont il répond, etc. ; et pour l'exécution des présentes lesdits detteurs et caution ont élu leur domicile irrévocable en cette ville de Paris, en la maison où lesdits detteurs sont demeurants, susdite rue comtesse-d'Artois, où est pour enseigne le Sauvage, auquel lieu promettant, etc. Fait et passé k Paris, en la maison où lesdits detteurs sont demeurants, l'an mil six cent quarantequatre, le dix-septième jour de décembre, après-midi, et ont signé fors ladite Gauvin, qui a dit ne savoir signer.
» J. Buot. L. Baulot. Pommier.
Morel. Levasseur. »
(Rechtrches sur Molière et sur sa famille, par Eud. Soulié. Documents, p. 182-183.)
»dil reste, attendu que ce n'est que pour l'obliger que ledit prêteur s'en- » gage à cet emprunt. » (Molière, L'Avare, acte If, scène II.) Les documents qui suivent [ceux mîmes que nous venons de donner en notes] semblent, en effet, indiquer une entente usuraire entre Pommier et Louis Raulol, bien que ce dernier ait le titre ."écuyer et la charge de maître d'hôtel ordinaire du Roi. » Eupore Soulié, Recherches sur Molière, p. 40-il.
» L'Histoire des vicissitudes de l'Illustre Théâtre au jeu de paume des Métayers se termine le 19 décembre 1644 par le désistement du bail passé avec Noël Gallois le 12 septembre 1643. Ce désistement est signé par Jean- Baptiste Poquelin, seul, tant en son nom que comme se faisant fort de la compagnie de l'Illustre Théâtre. » Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, p. 379.
» Noël Gallois, le propriétaire du jeu de paume des Meslayers, est désintéressé du loyer: il consent à une amiable résiliation du bail, qui devait être d'une durée de trois ans; — et le départ suit le congé. Gallois est réglé le 19 décembre ('). Le lendemain même, par marché conclu avec le maître charpentier Girault, la salle de la Croix Noire, qu'ils avaient en vue, rue des Barrés, et qu'ils ont louée de suite pour un an, est mise en réparation. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. I, p. 226-227.
»Leur séjour d'une année au faubourg Saint-Germain se réglait par une dette de deux mille six cents livres... — Molière et ses compagnons ne se découragèrent pas. Ils louèrent un autre jeu de paume, celui de la Croix Noire, situé rue des Barrés, ayant issue sur le quai des Ormes, au port Saint-Paul (s). » Louis Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, p. .r)6-57.
1644. — 20 décembre. — Ma relié passe entre Antoine Girault et les comédiens de l'Illustre Théâtre.
Minutes de Me Durant.
« Fut présent Antoine Girault maître charpentier à Paris, y demeurant, rue et paroisse Saint-Paul, lequel a promis et promet par ces présentes à [et] envers Jean-Baptiste Poquelin, Germain Clérin, Nicolas Desfontaines, Denis Beys, Georges Pinel, dainoiselles Madeleine Béjard, Madeleine Malingre, Catherine Bourgeois et Geneviève Béjard, tous associés pour faire la comédie sous le nom de l'Illustre Théâtre, entretenue par son Altesse Royale, à ce présents et acceptants, de faire faire, faire et parfaire bien et dûment, ainsi qu'il appartient, toutes et chacunes les ouvrages de charpenterie, menuiserie, serrurerie et maçonnerie, voitures et autres choses
(') L'acte de résiliation, publié par M. Eud. Soulié dans la Correspondance littéraire (9« année;, page 84, note '.'>, donne la date du Ht décembre. On trouve celle du 1-4 dans le Jeu de paume des Métayers, d'Auguste Vitu, page 69, et dans la Solive biographique de M. Paul Mesnard, page 98.
(î) « La Salle de Théâtre de Molière, au port Saint-Paul, avec le plan du Jeu de Paume de la Croix-Noire, celui de l'hôtel Boileau et des autres propriétés détruites, par Ph. Colardeau. 1876, broch. gr. in-8". » Louis Moland, Molière, etc., p. 57, note 2.
250 Chap. IV,
généralement quelconques, nécessaires pour transporter et rassembler, et faire dresser des loges, portes et barrières en un jeu de paume sis rue des Bnrrés, ayant issue sur le quai des Ormes (l), et pour cet effet fournir tout ce qu'il conviendra de plus que ce qui est à présent au jeu de paume des Métayers d'où il fera démolir et enlever lesdits bois, fermer le jour dudit jeu de maçonnerie ou charpenterie, en sorte que lesdites fermetures puissent subsister, faire deux rangs de loges de telle quantité qui lui sera commandé et de la façon de celles du Marais, les ais du plafond et devant lesquelles loges seront à doubles joints; remonter le théâtre audit jeu de la Croix-Noire et y faire la quantité des loges telles et semblables qu'elles sont à présent audit jeu des Métayers; lesdites loges garnies de sièges et barres comme elles sont à présent, faire rétablir le jeu de paume desdits Métayers, tant du toit (*), charpenterie que maçonnerie, et des vieilles démolitions, reboucher les vieilles ouvertures et en r'ouvrir s'il convient; à commencer à travailler aux susdits ouvrages dans jeudi prochain, vingtdeuxième du présent mois et le tout rendre bien et dûment fait et parfait dans le huitième janvier prochain venant (1645), à peine de tous dépens, dommages et intérêts; ces marchés ainsi faits, moyennant le prix et la somme de six cents livres tournois, tant pour tout ce que dessus que de tout ce qu'il pouvait prétendre contre eux pour autres ouvrages qu'il a ci-devant faits pour eux, laquelle somme lesdits comédiens promettent l'un pour l'autre, sans division ne discussion, renonçant aux bénéfices et exceptions desdits droits, bailler et payer audit Girault, savoir: deux cents livres dans demain prochain, et les quatre cents livres restant: savoir: cent livres tournois dans le premier février prochain venant et les autres trois cents livres, cinquante livres quinze jours après et ainsi continuer de quinze jours en quinze jours pareilles cinquante livres jusques en fin de payement; et pour faciliter le payement desquelles sommes lesdits Poquelin et consorts ont consenti et accordé que ledit Girault prenne et reçoive des mains de François Pommier, tant des deniers qu'il a en ses mains à eux appartenant que de ceux qu'il recevra pour eux de leurs comédies, chambrées et visites, aux termes comme il est dit ci-dessus, et que ledit Pommier en retire quittance et qu'il en demeure déchargé ; car ainsi promettant, etc. Fait et passé à Paris, es études l'an mil six cent
(l) « D'après le document n° XXII, ce jeu de paume est » rue de la Barée, proche l'Ave Maria. L'avocat Pierre Bouquet, dans les comptes imprimés à la fin de son Mémoire historique sur la topographie de Paris, 1"7'2, in-i°,page 213, mentionne un jeu de paume de la Croix-Noire, près la Potlerie de la fteguignere (poterne des Béguines) Ce jeu, ajoute M. Bonnardot, à qui je dois ce renseignement, était probablement situé le long du gros mur de l'enceinte de Philippe-Auguste; une tour de cette enceinte existe encore dans la caserne de l'Ave Maria, rue des Barrés. « En août 18o0, dit encore M. Bonnardot («), on démolissait l'ilot de maisons placé entre le quai Saint-Paul et la rue des Barrés. » Eu dore Sollié, Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 181, note 1.
(2; « L'intérieur d'un jeu de paume est garni sur trois eûtes d'un petit toit sur lequel roule la balle. >> Eipore Soclii . Recherches sur Molière et sur sa famille, p. 184, note 2.
(al a Dissertations archéolnyiqties sur les ancienne» enceintes Je l'aris, 1?53, in-4", page 77. »
quarante-quatre, le vingtième jour de décembre, avant midi, et ont
signé :
» Desfontaines. G. Clérin.
Girault.
J. B. Poquelin. M. Beiart.
Geneuiefue Béjart. B. Beys.
Georges Pine). Malingre.
Morel. Levasseur. »
| Recherches sur Molière et sur sa famille, par End. Soulié. Documents, p. 183, 18i, 185.)
«Le même charpentier avait déjà été employé à l'installation de leur premier théâtre, car dans le prix de six cents livres stipulé par le marché du '20 décembre 1614 se trouve compris ce qu'Antoine Girault pouvait prétendre contre les comédiens pour autres ouvrages qu'il a ci-devant faits pour eux. C'est encore François Pommier qui est chargé de payer cette dépense, tant des deniers qu'il a en ses mains, à eux appartenant, que de ceux qu'il recevra pour eux, de leurs comédies, chambrées et visites. » Eidore Soulié, Recherches sur Molière, p. 41.
§ 9. — Conclusio)is de l'année 1644.
Les derniers jours de Tannée 1644-, pour nos comédiens, ressemblent beaucoup à ceux de 1643. Une salle de spectacle leur est préparée, ils vont commencer une campagne... mais ils ont, en plus, de terribles dettes, et l'année qui va s'ouvrir ne se présente pas absolument pour eux, il s'en faut, sous les meilleurs auspices.
Remarquez bien que cette année qui arrive — 1645 — est précisément celle où nous devons rencontrer Molière à Bordeaux, s'il y a du moins quelque chose de vrai dans la tradition rapportée et exposée par nous, tome Ier, pages 11, 12 et 13, au commencement de notre premier chapitre.
Rendons-nous cette justice que nous connaîtrons alors notre Molière, — âgé des vingt-trois ans qu'il va prendre le 15 janvier prochain, et entré conséquemment, à partir de cette date, dans sa vingt-quatrième année, — aussi bien, aussi complètement que le permettent les rares, mais précieux et très exacts documents, que l'on est par-
252 Cii.vp. IV,
venu jusqu'ici, en cherchant bien, à rencontrer et à réunir sur son compte.
Mais, hélas! nous ne saurons jusqu'à nouvel ordre, de ces années de sa vie, que l'extérieur, que les dates et les lieux; nous ne connaîtrons que la partie, si nous pouvons nous exprimer ainsi, tout officielle de l'époque à coup sûr la plus attrayante et la plus curieuse de sa libre et pittoresque existence... Nous suivons le jeune Poquelin mois par mois, parfois jour par jour, mais sans jamais le voir agir ni penser par lui-même, sans assister à ses faits et gestes, sans avoir surtout la consolation de lire une seule de ses lettres, n'eût-elle que quelques lignes (4), ou seulement d'entendre parler de lui par ses contemporains. Il faut bien nous y résoudre : il sera encore, en 16-45, le plus inconnu, le plus ignoré des hommes; et si les actes des notaires ou d'état civil n'existaient pas, nous ne saurions rien, absolument rien le concernant...
Mais nous aurions tort de récriminer, quand nous devons, au contraire, nous réjouir de voir du moins notre désir d'apprendre et de connaître partiellement satisfait, grâce aux découvertes de détail les plus étonnantes et les plus inattendues, et qui tiennent vraiment du miracle; nous devons nous féliciter, et hautement, de vivre à une époque curieuse du passé, et où les recherches historiques sont poussées à un point, poursuivies et conduites avec une méthode, une sagacité, une divination, dont, au commencement même du xixe siècle, on n'avait pas, on peut le dire, la plus légère idée.
(i) La chose a cependant failli arriver une fois: En consultant l'inventaire de Jean Poquelin père, on y trouve mention d' « une lettre missive dudil sieur Molière. » fils aine audit défunt son pire, non datée, par laquelle il [Molière] le [Jean Poque- » lin] prioit de payer pour lui une somme y mentionnée, etc. » Cf. Eidore Soilié, Recherches, etc., p. il, note 3. Cette lettre de Molière, de son écriture (!!), n'a pas plus été retrouvée que les autres...! Véritable fantasmagorie, que cette disparition inouïe de tous les autographes du grand homme !....
Que l'on se rappelle ce que, à l'époque (1825) où Taschereau écrivit son Histoire de Molière, si remarquable cependant pour le temps où elle a paru, l'on savait uniquement, au sujet des jeunes années de son héros; que l'on se reporte à ce que cet auteur a pu bien trouver à nous dire en ce qui regarde les deux années 1643 et 1644, à chacune desquelles nous venons de consacrer un long chapitre si bien rempli! Le fait est que c'est à n'y pas croire, lorsqu'on se rend compte surtout de quelle manière cet auteur ne voulant, n'osant rien perdre, embellissait et amplifiait de son mieux toutes les conjectures invraisemblables ou absurdes de ses prédécesseurs!...
Je prends donc sa Table des matières (3e édition, 1844), si détaillée et si bien faite, et où tous les faits sont rangés par ordre chronologique; et je constate (p. 301) qu'entre l'année 164-1, où Molière eut dix-neuf ans, et l'année 1645, où il eut vingt-trois ans..., c'est-à-dire dans l'espace de quatre ans bien comptés, il ri y a rien :