‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 22 sur 70 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

LES RECHERCHES : MOLIÈRE ET LES BÉIART PENDANT LES HUIT PREMIERS MOIS DE 16i5

§ I. Installation de l'Illustre Théâtre à la salle de la Croix-Noire. — § 2. Soirée du Luxembourg (7 février 1645); engagement d'un nouvel artiste. — § 3. Entrée en déconfiture de l'Illustre Théâtre; Molière fait un nouvel emprunt (31 mars 16.15). — § 1. Molière en prison. — § 5. Départ pour la province.

§ 1. — Installation de l'Illustke Théâtre à la Salle de la Croix- Noire.

Eudore Soulié, M. Loiseleur, M. Moland, M. Baluffe, nous parlent (plus brièvement que nous ne le désirerions

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pour notre part) de l'installation de la troupe Molière- Béjart dans son nouveau local. Nous voudrions avoir des détails nombreux, précis, bien prouvés surtout; contentons-nous, simplement, de ceux qui nous sont fournis.

« Au commencement de 1645, nous dit (page 41) » M. Eudore Soulié, la troupe était installée dans sa » nouvelle salle, et, malgré son changement de quartier, » continuait à être entretenue par Gaston. » Nous avons vu que le maître charpentier Girault s'était engagé, dans son marché passé à la date du 20 décembre 1644, à livrer la nouvelle salle le 8 janvier suivant. « C'est donc » vers cette époque, nous dit simplement M. Louis » Moland (p. 57), si le charpentier fut exact» [that is the question], «que les représentations de « l'Illustre Théâ- » tre » purent commencer. » Mais le fut-il, exact? C'est là ce que nous désirerions savoir, c'est ce que RI. Moland, n'ayant pas pu le découvrir, se trouve dans l'impossibilité de nous apprendre. « Le spectacle, continue-t-il » (même page), se trouvait ainsi dans le voisinage du » quartier de la place Royale, qui était alors le quartier » aristocratique, et dans le voisinage du quartier de » l'Arsenal. » L'ouverture eut donc lieu vers cette époque, les représentations purent commencer vers le 8 janvier 1645, mais encore faut-il que le charpentier ait été exact... ce que nous ignorons!...

« Voisin de la place Royale, ce quartier était alors celui des beaux esprits et des gens du bel air, et comme le centre de l'aristocratie. Ce n'était donc pas seulement, comme on l'a dit, sur les mariniers du port Saint-Paul, mais sur les gentilsbommes qui se piquaient de littérature, que Molière avait compté pour remplir son théâtre. Et, de fait, il eut là tout d'abord de nobles protecteurs, parmi lesquels le grand-maître de l'artillerie, Charles de La Porte, duc de la Meilleraye, qui exerçait une sorte de juridiction sur le quartier de l'Arsenal (*). » J. Loiselelr, les Points obscurs de la vie de Molière, p. 125-126.

(*) « Iconographie Moliéresque, p. '220. »

M. Daluffe, selon ses habitudes, est moins laconique! Il a de la peine à se résoudre à ne dire que ce qu'il sait,... lorsqu'en somme il ne sait presque rien! Il y a de bons aperçus, somme toute, dans son livre, sur cette réouverture de l'Illustre Théâtre, opérée dans une seconde salle, et force nous est bien d'en tenir compte, ne fût-ce que « pour tenir place», jusqu'à ce qu'une découverte imprévue, — comme il y en a tant eu, au sujet de Molière, pendant ces derniers cinquante ans ('), — nous renvoie tout à coup bien loin et ouvre de tout autres horizons aux historiens et aux biographes futurs du grand homme!...

« La salle de la Croix-Noire, située à proximité du Marais ou de la place Royale, confine au port Saint-Paul. Elle appartient à « dame Denise a Philippe, épouse du sieur Philippe de Parade, contrôleur des gages de » MM. du Parlement», et domicilié rue des Barrés. Comme d'ordinaire, le nouveau théâtre est un jeu de paume, et c'est avec le maître paumier qui l'occupe qu'on a traité pour l'avoir. (P. 228.)

» Du fait de ce déménagement général, la famille des Béjart est revenue dans son ancien quartier. On rentre dans le mouvement parisien; car la vie de Paris est intense et active vers la rue du Temple. Là-bas, d'où l'on revient, c'était le désert, en comparaison. Et la de[s] Urlis s'en était bien vite aperçue. Aussi plus que personne avait-elle eu hâte d'en déloger! — Elle n'était pas faite pour les ermitages, — ayant le diable au corps. Au Marais, elle était dans son élément, et, comme elle, allaient y être les actrices galantes que l'Illustre Théâtre pouvait ou pourrait compter dans ses rangs. Catherine Bourgeois était-elle «une demoiselle du Marais»'.' On l'a dit — mais que n'a-ton pas dit? — de Mad[el]eine Béjart (2), et c'est bien la moindre des choses. On sait ce que cela signifiait... (P. 228-229.)

» Au Marais, l'esprit y avait la liberté des mœurs. Scarron y était bien chez lui. Il y donnait le ton — même au théâtre. Et c'est dans l'endroit le plus joyeux de Paris que le fils de Jean Poquelin, dont la vie est pleine de douloureux contrastes, allait passer par la phase la plus critique de sa carrière. — La misère l'attendait là pour le prendre corps à corps et pour

(i) * Ou a plus d'une fois la surprise de voir les faits les mieux attestés être mis en doute par la découverte inattendue de nouveaux documents.» Pacl Heskabb, XolUe. p. 318.

O « Magdeleine a laissé [au Marais] de nombreuses connaissances, dans ie temps « où, menant joyeuse vie en sa petite maison du cul-dc-sac Thorigny, elle s'est fait » un nom parmi ces aimables fdles qu'on appelait les demoiselles du Marais. » Ainsi parle Edouard Fournicr ! Nous l'avons déjà relevé à ce sujel . Cf. ci-dessus, page 844, note I.

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savoir enfin s'il était capable de se moquer de tout et detre Molière quand même! » Acguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 229.

Quittant son domicile officiel de la salle des Mestayers, où alla demeurer Molière? Nous avons, sur ce point, jusqu'à sept auteurs pour nous renseigner :

1° « Molière logeait alors au coin de la rue des Jardins-Saint-Paul, en la maison où est demeurant un mercier. » E. Soulié, p. 42.

2° « Il habitait alors, au coin de la rue des Jardins-Saint- Paul, dans une maison encore debout;... Rabelais... mourut dans cette même rue. » Edouard Fournier, p. 41.

3° « Molière., était venu loger au coin de la rue des Jardins-Saint-Paul, dans une maison qui subsiste encore. » Paul Lacroix, Iconographie Moliéresque, p. 220.

4° « Molière, pour se rapprocher de sa nouvelle salle, alla habiter au coin de la rue des Jardins-Saint- Paul. » Louis Moland, p. 57.

5° « 11 prit gîte à côté de son théâtre, dans une maison qu'habitait un mercier et qui « subsiste encore », au coin de la rue des Jardins-Saint- Paul. » J. Loiseleur, Points obscurs, p. 125.

6° « Un acte nous apprend qu'il est maintenant logé en la maison où est demeurant un mercier, au coin de la rue des Jardins, paroisse de Saint-Paul. » Paul Mesnard, Notice, p. 98-99.

7° « L'entrée [de la Croix Noire] donne sur le quai des Ormes, au coin de la rue des Jardins-Saint-Paul : la rue même où Molière prend son domicile personnel dès ce jour, en la maison d'un mercier. » A. Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 228.

Il est difficile, on le voit, d'être mieux d'accord! Reste à savoir si, au moment où nous traçons ces lignes (octobre 1897), la maison qui servait de demeure à Molière au commencement de 1645, existe encore. Les années passent si vite, et elles amènent tant de changements!...

§ 2. — Soirée du Luxembourg, 7 février 1645. Engagement d'un nouvel artiste.

« L'Illustre Théâtre dut figurer le 7 février 1645 dans « la grande assemblée en l'hôtel du Luxembourg où » Mgr le duc d'Orléans donna la comédie, le bal et ensuite » une superbe collation à tous les princes, princesses, » grands seigneurs et dames de la cour. » Ainsi s'ex-

prime, d'après la Gazette de 1645, page 124, M. Eudore Son lié , pages 41-42 de ses Recherches sur Molière et sur sa famille. La nouvelle n'est pas considérée par lui comme bien certaine, puisqu'il insinue seulement que le théâtre de Molière dut figurer!... M. Auguste Baluffe, remarquons-le bien, n'est pas à ce sujet beaucoup plus affirmatif que M. Eudore Soulié, quand il nous dit, tome Ier, page IlSo de son Molière inconnu :

« A la Croix Noire, comme à la salle des Mestayers, il va sans dire que Tristan L'Hermite n'abandonna pas ses amis, et s'il est vrai que l'Illustre Théâtre, comme on l'a cru et écrit, fut mis ou se maintint dans les bonnes grâces — platoniques trop souvent — d'un certain monde et du grand monde, à coup sur Tristan L'Hermite y était pour sa légitime contribution d'influence. Chez le duc d'Orléans, Molière était en pied. Le 7 février, il y eut bal et ballet au palais du Luxembourg. L'Illustre Théâtre y fut de service peut-ètke bien. Mais qu'était-ce que le bénéfice d'une soirée, plus ou moins payée, pour solder l'arriéré et combler le déficit? » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 233.

« En changeant de quartier, l'Illustre Théâtre a-t-il rien changé à ses conditions et à ses moyens d'existence? Le personnel et le répertoire, comme le public, sont-ils différents? Il n'y parait pas. Il traîne ici le boulet de ses engagements récents. Le droit de percevoir les recettes accordé à François Pommier paralyse sa liberté, annule son crédit. Le présent et l'avenir sont rivés au passé, Molière a les mains liées par la main de fer d'un usurier. Comment payer les fournisseurs et les gagistes? — Le personnel est le même, à un nom près, celui de Georges Rabel (')... » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 229.

Ce Georges [ou plutôt ce Germain (2)] Rabel, nous devons le cataloguer parmi les artistes de V Illustre Théâtre, par la raison qu'il figure, dans un acte du 13 août 1645 que nous donnerons à sa date, parmi les comédiens de la Compagnie. Si nous n'avons pas accordé

(') « Nicolas Desfontaines est sorti des rangs, au retour de Beys, dont il avait rempli les fonctions de lecteur et de conseiller littéraire, par intérim et l'espace d'une saison. Comme beaucoup d'autres comédiens de campagne, il était venu passer l'été a Paris. Molière et ses camarades feront ainsi plus tard. Nicolas Desfontaines, si vous tenez ii le savoir, est sans doute allé rejoindre la troupe privilégiée du duc d'tpcrnon, dirigée par Ch. Du Fresne, à laquelle il appartenait sûrement en 1G13, et avec laquelle l'Illustre Théâtre fusionnera prochainement. » Auguste Bai.ii i e, Molière inconnu, t. 1, p. 229-230.

(2) « Germain Rabel a : l'acte du 13 août 1645 est formel à cet égard.

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plus haut une place semblable à Daniel Mallet, danseur comme lui, c'est uniquement parce que le nom de Mallet ne se trouve, en qualité de comédien de l'Illustre Théâtre, sur aucun acte de notaire, sur aucune pièce officielle. Nous en avons conclu que c'était un simple gagiste, et non pas un membre proprement dit de l'association, et nous avons agi pour lui exactement comme pour les trois musiciens composant l'orchestre, les sieurs Claude Godart, Michel Tisse et Adrian Lefebvrc, auxquels nous n'avons pas donné de numéros d'ordre.

XV. Germain Rabel. — «Un nouveau camarade, du » nom de Germain Rabel, )) voilà tout ce que nous dit (Notice, p. 101) M. Paul Mesnard sur son compte; M. Auguste Baluffe, au contraire, entre, au sujet du nouveau venu, dans des détails qui paraissent fort précis :

« G. Rabel, le nouvel engagé, n'est pas précisément un comédien. C'est un danseur. Plus tard, on le retrouvera dans le ballet de Lully et de Molière, car, tôt ou tard, ces artistes qui vont et viennent, reviennent aussi. Ce Rabel remplace Daniel Mallet (')... La dispersion des artistes nomades n'est jamais telle qu'ils aient à désespérer de se revoir jamais, et c'est ce qui fait attacher aux noms des artistes d'alors, même aux « moucheurs de chandelle », comme Ragueneau, une importance documentaire et justificative pour l'histoire de Molière. On a sans doute remarqué l'époque où l'Illustre Théâtre s'installe à la Croix-Noire, et la date (8 janvier) où la salle doit être entièrement mise à sa disposition. L'engagement d'un danseur était commandé par les circonstances, puisqu'on est aux premiers jours du Carnaval. Encore et toujours, les ballets, l'acrobatie et la gymnastique, avec accompagnement de machines et de musique, sont une nécessité du programme. — La tragédie (-) seule, même signée de Corneille, ne suffit pas à la consommation publique. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ier, p. 230-231.

(•) «Vous intéressez-vous à Daniel Mallet? 11 figurera aux états de Pézenas (10o0-51j aux côtés du musicien Jacques Boissct, pour les concerts, et dans la troupe encore de Molière. Rapprochement singulier ! Ce Mallet, objet du premier témoignage connu de la bonté de Molière pour les comédiens malheureux, devait être également l'objet, en la personne de sa tille, de la dernière preuve de confraternité de Molière envers les membres de la grandi' corporation comique. Six jours avant sa mort, le II février 1673, Molière tiendra sur les fonts baptismaux de Saint-Sauveur une fille de « Claudine Mallet >>, épouse de Jean Uscet de Beauchamp. Et ce Beauchamp sera le partenaire de La Pierre dans le Ballet des Muscs de Lully. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. 1er, p. 230.

(-) «Quelles tragédies allait-on jouer? On a cité Arla.rerce; mais la pièce fut

«Les recettes, dit M. Louis Moland (p. 57), ne furent )) pas plus brillantes au port Saint-Paul qu'au faubourg 9 Saint-Germain. » «Il avait bien fallu, » dit de son côté (p. 90) M. Paul Mesnard, « emporter avec soi le fardeau des dettes. » Et M. Auguste Baluffe (p. 232) complète ainsi cet affligeant tableau :

«... L'Illustre Théâtre ne faisait pas mieux ses frais à la nouvelle salle qu'à l'ancienne. Là le public ne venait pas. Pourquoi? Cet hiver encore la misère était grande et le froid était rigoureux. Dassoucy... en perdit son « luth fracassé». Le carnaval eut un entrain médiocre. La chronique de la vie parisienne, telle qu'on peut vaguement la reconstituer par les menues indications de la Gazette de France et par les Mémoires du temps, lu chronique mondaine de janvier et février 1645, n'offre qu'un maigre relevé de prétextes aux « visites » des comédiens. Dès le 10 février, le duc d'Orléans part pour les eaux de Bourbon, d'où il ne revient que le 12 mars, après une absence de « cinq semaines». L'Illustre Théâtre est en plus triste position que jamais. La ruine s'achève — et le désastre à courte échéance est fatal. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ior, p. 233.

§ 3. — Entrée en déconfiture de l'Illustre Théâtre; Molière fait un nouvel emprunt (31 mars 1645).

(Test au livre de M. Edouard Fournier : Étude sur la vie et les œuvres de Molière, ouvrage publié après la mort de mon spirituel compatriote ('), que je m'adresse cette

imprimée en cette année 1645, et c'est une raison ]>our en croire la mise a la scène antérieure. C'est aux frais de t'Illustre Théâtre qu'elle fut éditée, pour la vente en librairie et la ferme des droits de représentation aux troupes de campagne. Les pièces n'étaient mi-ses dans le commerce qu'après épuisement de succès par la troupe qui en avait l'exclusive propriété. Ce n'est donc pas sans toute sorte de motifs que nous avons rapporté la mise en scènp d'Arlaxerce à l'année précédente. La date d'impression d'Arlaxerce indique seulement que le poète Magnon était de plus en plus attaché à l'Illustre Théâtre comme fournisseur ordinaire et extraordinaire. Josapliat et Scjanus, qui vont se produire en HH6, attesteront la continuation de son concours. Mais aucun des auteurs habituels, payés ou non, ne fait défaut, probablement. » Auguste Ballffe, t. Ier, p. 231.

M. Eudore Soulie (p. 12), arrivé à la même date, parle aussi d'Artaxerce: « C'est » à la môme époque, dans la salle du port Saint-Paul, qui avait dû être choisie par » Magdeleinc Béjart comme ayant longtemps habité ce quartier, que dut être joué » VArlaxerce de Magnon. imprimé pour la première fois le 20 juillet Wt3 et repré- » sente sur l'illustre théâtre. » Et M. Soulié, par une note, renvoie à l'Histoire du Théâtre français, par les frères Parfaict, tome VI, page 37ti.— On le voit, en avançant pas a pas et en consultant les divers auteurs, nous retrouvons toujours a peu près les mêmes renseignements.

(i) Études sur la vie el les œuvres de Molière, par M. Edouard Fournier, revues et mises en ordre par M. Paul Lacroix (Bibliophile Jacob), et précédées d'une préface

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fois pour obtenir des détails particulièrement piquants sur un fait, hélas! qui par lui-même ne Test guère : un emprunt fait par Molière à une marchande publique du nom de Jeanne Levé :

« Trois mois après [la réouverture], tout va de mal en pis. On doit beaucoup, il faut emprunter encore; c'est Molière, cette fois, qui emprunte seul. Le 31 mars 164"), il est dans la maison de la Barre du Temple, signant une obligation de deux cent quatre-vingt-onze livres à Jeanne Levé, « marchande publique », entre les mains de laquelle il laisse, comme nantissement, deux magnifiques rubans de broderie d'or fin.

» 11 est gêné, mais fait le grand seigneur; il donne des gages de roi de théâtre ('). Pendant sa dernière détresse, il n'avait plus signé que « Poquelin»; maintenant, il reprend son nom d'emprunt, il signe : a Sieur de Molière, » ce qui est un grand effort de vanité comparé à ce qu'il signait encore sur quelques-uns des actes des années précédentes, où souvent il mettait seulement : « Poquelin, dit Molière. »

» Il veut éblouir sa prêteuse. Non content de ses rubans d'or fin, il fait briller ses titres. Il ne se donne pas la triste caution de celui de comédien, il le cache même ; il signe : « Sieur de Molière, tapissier et valet de chambre du roi ! » Edouard Folrnier, Etude sur... Molière, p. 40 et 41.

Voici, du reste, le texte même de cette obligation, tel qu'il a été publié par M. Eudore Soulié, pages 185-186 (Documents) de son précieux livre : Recherches sur Molière et sur sa famille :

1645. — 31 mars. — Obligation de Molière à Jeanne Levé. Minutes de Me Aumont-Thiéville.

« Fut présent Jean-Baptiste Poquelin, sieur de Molière, tapissier et valet de chambre du Roi, demeurant à Paris en la maison où est demeurant un

par M. Auguste Vitu. Paris, Laplaee, S3iichez et Ce, éditeurs, 3, rue Séguier, 1885. — 1 vol. gr. in-18 de xiv-464 pages.

(!) « Ces rubans d'une si grande valeur provenaient sans doute de la part que Molière avait eue dans les présents faits par le duc de Guise aux comédiens de Paris, et dont il a été question à propos de Denis Beys. » Ecdoue Soclié, Recherches..., p. il. - Cf. t. II, p. 2-28-229.

« Peut-être avaient-ils cette origine, en effet; mais il faut croire aussi que dès la création de l'Illustre Théâtre,... Molière, en fils de sa mère qui avait le goût des beaux habits et des bijoux rares, Molière avait pu se monter une riche garde-robe. Toujours il se piqua d'avoir de superbes costumes... Des magnificences du premier jour, Molière, au 31 mars, devait avoir de beaux restes, même sans compter les présents du duc de Guise. » Auguste Baluffe, Molière inconnu, t. Ie», p. 234.

« Molière... donnait en nantissement deux rubans en broderie or et argent, que l'on a supposés avec plus ou moins de vraisemblance être un des affiquets dus à la libéralité du duc de Guise. Étant un emprunteur plus honnête que le prêteur de sa comédie, l'homme a la peau de lézard remplie de foin, il est probable que son gage n'était pas sans valeur. » Paul Mes.nahd, Volice. p. 99.

mercier, au coin de la nie des Jardins, paioisse de Saint-Paul, lequel a reconnu et confessé volontairement que Jeanne Levé, marchande publique, lui a fait prêt ci-devant de la somme de deux cent quatre-vingt-onze

livres tournois, pour nantissement et sûreté de laquelle il lui auroit déposé deux rubans en broderie d'or et argent, l'un de satin et l'autre de drap vert; et, attendu l'échéance du payement passée, ledit sieur Poquelin a promis et s'est obligé, ladite Levé ce acceptant, qu'au cas que par la vente qui en pourroit être faite, faute d'avoir fait ledit payement des dits ii1 iiii" xi", ils ne soient délivrés moyennant ladite somme, les frais préalablement déduits, de lui bailler et payer à sa volonté ou au porteur ce qui s'en défaudra, et a ledit sieur Poquelin élu domicile en ladite maison où il est demeurant, devant déclarée, auquel lieu nonobstant, obligeant, etc., corps et biens, etc. Fait et passé à Paris, en la maison de la Barre-Royale, rue du Temple, l'an mil six cent quarante-cinq, le dernier jour de mars, après midi, et a ladite Levé déclaré ne savoir écrire ne signer, et ledit sieur Poquelin a signé :

» J.-B. Poquelin.

» Colas. Manchon. »

» Combien d'autres actes sans nul doute que l'obligation à Jeanne Levé, — s'écrie (p. 99) M. Paul Mesnard, — révéleraient dans le même temps, s'ils étaient retrouvés, la triste pénurie! Mais la voilà déjà très suffisamment attestée. » (Notice.)

Ce n'est que le 13 mai 1650 — quatorze ans un mois et treize jours après — que Jeanne Levé donnera quittance à Molière de son obligation! On trouve cette pièce intéressante dans le livre de M. Eudore Soulié, p. 201, n° xxviii. C'est là que nous apprenons que la susdite « marchande publique », femme de Michel Lecomle, maître paumier, demeurait à Paris, rue ïireboudin, paroisse Saint-Sauveur. Dans ce dernier acte, notre héros est ainsi désigné: «Jean-Baptiste Poquelin, sieur de » Molière, comédien de la troupe de Monsieur, frère unique » du Poi, et ci-devant valet de chambre du Pvoi. » Ladite quittance est passée à Paris en la maison de l'image Saint-Germain, sise sur le quai de l'École, paroisse Saint- Gcrmain-l'Auxerrois.

Il est difficile, par exemple, de réprimer un léger sourire en prenant maintenant connaissance des commentaires sans fin que motive chez M. BaluflTe cette oblir/ation.

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Cilons-en seulement les premières lignes : « Par le harcèle- » ment de quel cruel besoin était-il amené là? Lui fallait- » il d'urgence quelques écus pour calmer les exigences » inexorables du farouche créancier Pommier? Avait-il, » et sans retard, à donner du pain aux camarades dans » la gêne? Ou bien réalisait-il quelques fonds pour une » nouvelle expédition provinciale, etc., etc.? Les trois » hypothèses, et d'autres encore, sont possibles et plau- » sibles (p. 235).» Soit! mais tout cela est un peu du remplissage, et le sagace, et souvent profond Moliériste, M. Auguste Baluffe, nous a habitués, Dieu merci! à beaucoup mieux qu'à de telles considérations! Molière et sa troupe avaient cruellement besoin d'argent, on ne le sait que de reste, et pas n'est besoin de chercher ni de développer pour quels motifs les comédiens cherchaient à s'en procurer; et à quoi surtout ils destinaient plus particulièrement celui qu'ils empruntaient tous les jours, comblant un trou pour en ouvrir en même temps un nouveau...! La situation est là, elle n'est que trop visible, et en vérité elle dit tout... et le reste!...

§ 4. — Molière en prison.

L'état de choses devient de plus en plus critique et alarmant. « Le 2 août suivant, dit Éd. Fournier (p. 41), Molière » ne rit plus : il est au Ghàtelet... » Tout n'est pas roses dans la vie d'un directeur de spectacle poursuivi, pourchassé par de nombreux créanciers ('). a Nous n'avons

(!) « En devenant le chef des comédiens de l'Illustre Théâtre, en signant le premier les obligations souscrites par eux, et nous n'en connaissons encore qu'un petit nombre, Molière assumait sur lui une lourde responsabilité. Les recettes étaient insuffisantes, les fournisseurs n'étaient pas payés, les obligations n'étaient pas remboursées au terme stipulé, et Molière, répondant pour tous, se vit un jour saisi et emprisonné au grand Chàtelet. Cette épreuve, subie par le poète au commencement de sa carrière, semble avoir été pressentie, et, s'il en était besoin, justifiée à l'avance par M. Sainte-Beuve qui a dit(a), en citant comme des génies

(a) « Critiques H portraits littéraires, 1836, in-8% tome III, page 132. »

» pas cependant encore tout dit, fait remarquer M. Paul » Mesnard (p. 90), sur la sévérité de la destinée, qui, » dans les difficiles débuts d'un homme de génie, lui a i> imposé d'humiliantes années d'apprentissage. L'ironie » du sort a été poussée loin. » Qu'on en juge par les détails suivants, que nous empruntons tour à tour et directement, pour ne pas avoir à résumer autrui, aux livres de M. Mesnard, de M. Soulié et de M. Fournier :

« Voici qu'un des plus humbles fournisseurs, celui dont les chandelles éclairaient le théâtre où s'essayait un si magnifique avenir, le maître chandelier Fausser, faute du paiement d'une somme, d'ailleurs contestée, de cent quarante-deux livres, fait arrêter Molière et le recommande aux prisons du Chàtelet. » P. Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 99.

« Le 2 août, Molière était au grand Chàtelet en vertu d'une sentence donnée par les juges consuls, par défaut, contre lui, « au profit de Antoine « Fausser, maître chandelier, faute de payement de la somme de cent » quinze livres d'une part et vingt-sept livres d'autre. » C'est évidemment le fournisseur de chandelles de l'Illustre Théâtre qui avait fait saisir le chef des comédiens, et ce détail jette un peu de comique sur la pénible situation dans laquelle nous le trouvons. » Eudore Soulié., Recherches sur Molière, p. 43-44.

« Il est au Chàtelet, où l'a fait mettre en geôle Antoine Fausser, marchand chandelier, pour cent quinze livres qu'il lui doit, puis pour vingtsept autres encore, qui ont comblé la mesure; il s'est lassé d'éclairer le théâtre gratis, et, faute de mieux, la liberté du chef de la bande lui paiera ses chandelles.

» Molière adresse une requête au lieutenant civil, qui était alors M. d'Aubray, père de la Brinvilliers : il fait sonner bien haut son titre de comédien de l'Illustre Théâtre entretenu par Son Altesse Royale; mais il oublie, cette fois, prudemment de se nommer sieur de Molière. » Edouard Fournier, Elude sur la vie et les œuvres de Molière, p. 41.

Le père de la Brinvilliers? Eh! oui : tout se tient, tout s'enchaîne, dans l'Histoire véritable et authentique; et mieux on connaît une époque, plus on y retrouve des points de repère!...

exceptionnels, Shakspeare, Cervantes, Rabelais, Molière: «Ces hommes ont des

«destinées directes, traversées; ils soufl'rcnt, ils combattent, ils aiment. Soldats, «médecins, comédiens, captifs," ils ont peine à vivre; ils subissent la misère, les

.. passions, les tracas, la gène des entreprises. Mais leur génie surmonte les liens, » ri. nuii^ se ressentir des étroitesses de la lutte, il s>ardc le collier franc, les couu dées franches. » Et dore Soeur.. Recherches sur Molière, \>. 43.

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-1645. — 2 août. — Première requête de Molière au lieutenant civil

Dreux d'Aubray.

Archives de l'Empire. Minutes du Chàtelet. Y. 3915.

« A Monsieur le lieutenant civil,

» Supplie humblement Jean-Baptiste Poquelin, comédien de l'Illustre Théâtre, entretenu par Son Altesse Royale, disant que en vertu des sentences données par les juges consuls, par défaut contre ledit suppliant qui n'est leur justiciable, au profit de Antoine Fausser, maître chandelier, faute de payement de la somme de cent quinze livres d'une part, vingtsept livres d'autre, le suppliant a été arrêté et recommandé èsdites prisons du Chàtelet, et d'autant qu'il ne doit les sommes, désireroit lui être sur ce pourvu.

»Ce considéré, Monsieur, et attendu ce que dessus, il vous plaise, joint la modicité de la somme, ordonner que le suppliant aura provision de sa personne et sera mis hors des prisons pour trois mois, joint qu'il ne doit rien, nonobstant opposition ou appellation quelconque, et vous ferez bien.

» De Lamarre (•).

■>■) Mis hors des prisons à sa caution juratoire pour six mois, en cas qu'il ne soit détenu que pour cent quinze livres d'une part et vingt-sept livres d'autre. » Daubray. »

» Fait ce 2 août 16i5.

(Recherches sur Molière et sur sa famille, par Eudore Soulié; Documents, p. 186.)

« Ordre est donné de le relâcher, quand survient Pommier, qui a obtenu contre lui sentence, le 19 mai précédent, pour les sommes à lui prêtées, et qui le fait retenir (2). Léonard Aubry accourt alors au secours

(M « Celle requête, présentée au lieutenant civil Dreux d'Aubray par André de Lamarre, procureur des comédiens, décline la compétence du tribunal devant lequel Molière avait été condamné par défaut et nie en son nom la dette qui sans doute existait, mais dont il ne devait pas être seul responsable. » Ecdoke Soulié, Recherches sur Molière, p. 41.

(2) « Les obligations souscrites envers Pommier, et dont la principale avait été remise par lui comme nantissement à Louis Baulot, n'avaient pas été payées; les bénéfices abandonnés d'avance par les comédiens avaient été nuls ou a peu près, et Pommier n'avait pu à son tour tenir ses engagements vis-a-vis de Baulot avec qui il s'entendait peut-être pour exploiter par l'usure l'état de gène des comédiens et pour les poursuivre à outrance. Des le 19 mai il y avait eu « sentence donnée par les sieurs des requêtes du Palais » pour ordonner une comparution des parties, dans laquelle Pommier avait affirmé qu'il n'avait reçu « aucunes choses sur lesdites obligations » ; le lendemain les comédiens avaient, sur leur demande, obtenu du lieutenant civil des lettres de répit et le v2l mai des « défenses » de ce magistrat contre les poursuites exercées contre, Molière. Enfin le ± août le procureur de Lamarre, qui ce jour même avait rédigé la requête de Molière relative au marchand de chandelles, comparaît devant le lieutenant civil en son hôtel « sis rue » des Petits-Champs », au nom des « comédiens de Son Altesse Royale, sous le titre » de l'Illustre Théâtre », pour demander que <■ Jean-Baptiste Poquelin dit Molière » soit mis hors des Prisons à sa caution juratoire. » De son côte, le procureur de François Pommier soutient au nom de son client « qu'à la prière desdits comé- » diens, il s'est obligé pour eux envers le sieur Baulot d'une somme de deux mille » livres, faute de payement de laquelle il a fait arrêter et recommander ledit » Poquelin. pour laquelle somme il soutient qu'il doit tenir prison jusques en \\n

du malheureux aux abois (')• Une caution de quarante livres par semaine, pendant deux mois, suffirait à Pommier; Aubry la donne (s).

« Molière est libre ! Non, pas encore. Le Chàtelet ne veut pas sitôt làcber une si belle proie. Un «linger», le sieur Dubourg, à qui Molière doit cei)t cinquante livres, l'a, comme on dit, recommandé, et, faisant droit à cette recommandation, le Cbàtelet le garde, mais, cette fois, sans sévérité. » Edouard Fournier, Etudes sur la vie et les œuvres de Molière, p. 4l-«.

« La requête porte que le « suppliant ne doit et n'est pas seul obligé par » corps » et qu'il demande, vu la modicité de la somme, à être « mis hors » des prisons pour trois mois, à sa caution juratoire ». Le lieutenant civil fait droit à cette nouvelle requête « en cas qu'il ne soit détenu que pour i> cent cinquante livres. » On peut espérer que c'était, en effet, la dernière dette qui retenait Molière en prison, car neuf jours après cet arrêt il était réuni à ses associés. » Ecdore Soulié, Recherches sur Molière, p. 45-iti.

Après avoir seulement fourni le résumé de MM. Edouard Fournier et Eudore Soulié pour les actes qui précèdent, dont la reproduction nous aurait entraîné beaucoup trop loin, et que l'on lira, si Ton ne se juge pas suffisamment renseigné, dans les Recherches sur Molière et sur sa famille, nous tenons au contraire à fournir in extenso, car elle est pleine de renseignements précieux en tout genre, Yobligation des comédiens de l'Illustre Théâtre à Léonard Aubry, tirée des minutes de Me Durant, et rédigée le 43 août 1645. La voici (3) :

» de payement de ladite somme, ou lui apporter acquit et décharge dudil Baulot. » Les parties entendues le lieutenant civil réduit la demande de Pommier de deux milles livres à trois cent vingt (Document n» XXU) et ordonne «qu'en baillant par » ledit Poquelin bonne et suffisante caution de payer par semaine quarante livres « pendant deux mois, il sera mis hors des prisons. » Ce n'était plus sur le serment de représenter sa personne que cette fois Molière pouvait être rendu à la 1 berté; il fallait trouver un répondant solvable. » Ecdore Soulié, Recherches sur Molière, p. ii-4.'..

t1) « Léonard Aubry, ce paveur des bâtiments du Roi que l'on a vu employé dès les débuts de l'Illustre Théâtre, lui rendit ce service en comparaissant le même jour au grotte de la chambre civile du Chàtelet et en se rendant (Document 11° XX) « pleige caution répondant pour Jean-Baptiste Poquelin de Molière, prisonnier es » prisons du grand Chàtelet. » Ecdore Soulié, Recherches sur Molière, p. 43.

(2) «Les Frères Parfaiet nous ont conservé(n), sur ce paveur des bâtiments du Roi, l'inestimable témoignage d'un contemporain qui a dit de Léonard Aubry «qu'il avoit toujours fait paraître beaucoup de probité dans son emploi, qu'il a » vécu avec assez d'honneur selon sa condition, et qu'il est mort dans l'estime de » tous ceux de sa connaissance. » Eudore Soulié, Recherches suc Moliè/e, p. iii.

(3) « La reconnaissance des comédiens pour celui qui les avait aidés à sortir d'un si grand embarras et leur affection pour Molière se font jour à travers les foi

(a) » Les Frères Pabtaict, Bùtoire >/» Th '-8m François, tome xin. ]>n?e l~;>. »

266 Chap. V,

« Aujourd'hui [13 août 1645], sont comparus par devant les notaires au chàtelet de Paris soussignés, Jean-Baptiste Poquelin, Joseph Béjard ('), Germain Clérih, Germain Rabel {-), Magdeleine Béjard, Catherine Bourgeois et Geneviève Béjard (3), tous faisant et représentant la comédie sous le titre de l'Illustre Théâtre, demeurant à Paris, tous assemblés au jeu de paume de la Croix-Noire, sis rue de la Barée, proche Y Ave Maria, pour faire et passer ce qui ensuit : lesquels ont promis et se sont obligés l'un pour l'autre, chacun d'eux seul et pour le tout, sans division ne discussion, renonçant aux bénéfices et exceptions desdits droits, à et envers honorable homme Léonard Aubry, paveur ordinaire des bâtiments du Roi, à ce présent et acceptant, de l'acquitter, garantir et indemniser de l'événement et issue du cautionnement par lui pour eux fait envers le nommé Pommier de la somme de trois cent vingt livres payable de semaine en semaine, quarante livres chacune d'icelles, jusqu'en fin de payement, laquelle somme ils promettent solidairement payer de terme en terme et en acquitter ledit Aubry, ensemble de toutes pertes, dépens, dommages et intérêts; auquel en outre ils promettent solidairement comme dessus rendre et payer tout ce que payé, frayé, mis et déboursé en auroit, ou ce pour quoi poursuivi et contraint en seroit, incontinent le cas paradvenu, parles mêmes peines, à sa volonté, d'autant que ce qu'en a fait ledit sieur Aubry n'a été ijuù leur pure requête et pour leur faire plaisir, et pour tirer hors des prisons du grand Chàtelet ledit Poquelin, consentant que faute de payer par eux lesdites quarante livres de semaine en semaine, ledit sieur Aubry les contraigne ou fasse contraindre pour ce qu'ils pourront devoir desdites trois cent vingt livres; élisant leur domicile irrévocable en la maison de Me [André] de Lamarre, procureur au Chàtelet de Paris, y demeurant rue des Jardins, auquel lieu promettant, etc. Fait et passé au jeu de paume de la Croix-Noire, l'an mil six cent quarante-cinq, le treizième août, et ont signé :

» M. Beiart. J.-P. Poquelin.

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