VIII. Le Médecin volant
Nous avons, dans le Registre de La Grange, la mention de seize représentations du Médecin volant : une en 1659, cinq en 1660, deux en 1661, trois en 1662, une en 1663, quatre en 1664.
Voici ce que dit M. Despois (p. 47) de cette petite pièce : « Cette farce, ou plutôt ce simple canevas, est-il » bien de Molière? Nous le croyons, sans pouvoir l'affir- » mer. Mais ce qu'il nous est encore plus impossible de » décider, c'est dans quelle mesure Fauteur de cette » petite pièce a imité il Medico volante; nous ne connais- » sons pas l'original Italien. » Boursault a prétendu l'avoir connu, et traduit en vers français, dans son Médecin volant qui n'est autre, au fond, que la pièce de Molière mise en rimes. «Cette farce, dit encore M. Des- » pois (p. 50), contient en germe plusieurs des traits » vraiment comiques de l'Amour médecin et du Médecin » malgré lui. Ces traits appartiennent-ils à Molière ou » aux comédies italiennes? Voilà, selon nous, tout l'intérêt » de la question. »
Sur ces huit «farces», dont deux seulement sont venues jusqu'à nous, il est extrêmement probable (pour ne pas dire absolument certain) que plusieurs ont été jouées à Bordeaux, par Molière et sa troupe, au jeu de paume d'Ibarolla, rue « Saint-Christoly » d'alors, après des tragédies, parmi lesquelles sa propre Thébaïde. En 1656, les tragédies en cinq actes étaient principalement dans
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le goût du jour; et les petites pièces gaies avaient ensuite l'avantage de bien terminer les spectacles, et de renvoyer les auditeurs chez eux hilares et satisfaits.
IX. Le Pygmée. — Je reçois de M. Ducaunnès-Duval, archiviste de la ville de Bordeaux, la pièce suivante, que je m'empresse de reproduire pour clore le présent § 3 :
« Du vendredy 20e juin 1704.
» Marionnettes. — À esté donné permission à la vefve Hubert de represanter dans la presant ville aveq des marionnetes le Pigmé et autres pièces de Molière (sic), et de faire batre la caisse et mètre des affiches pour avertir le publiq et ne pourra prendre que sols par personne,
à la charge d'observer les dimanches jusques après le service divin.
» BB. Délibérations des Jurats, 1702-1705, f° 175 recto. »
Le Pigmé (sic) de Molière!... Ce titre ne fait-il pas rêver? Ne serait-ce pas celui d'une autre petite pièce, d'une neuvième farce, qui n'aurait pas été jouée à Paris, que La Grange, que La Thorillière, que les frères Parfaict n'auraient jamais connue, et dont le scénario manuscrit se serait conservé à Bordeaux ou dans certaines troupes nomades du Sud-Ouest? — Mais laissons là des conjectures inutiles. Un autre, peut-être, plus heureux que nous, rencontrera ce titre sans nom d'auteur dans d'anciens catalogues de pièces. Je l'ai cherché en vain, dans tous les cas, dans les recueils d'Adrian Braakrnan (1695), et autres Scènes françoises de la fin du xvir3 siècle. Mais je ne connais pas tout, et je n'ai pas pu tout fouiller ni tout feuilleter!... Que de documents rarissimes de l'époque, même conservés dans des dépôts publics, existent peut-être encore, et que l'on ne peut arriver à découvrir que par occasions très particulières, que par suite de circonstances tout à fait fortuites!...
Je consacrerai un paragraphe spécial à chacune des deux autres farces de Molière : les Précieuses (sic), et le Docteur amoureux.