‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 46 sur 70 · L'ESTOURDY · texte numérisé non relu

L'ESTOURDY

«Il n'est guère vraisemblable... qu'un génie doué comme Molière, qui en 1653 avait déjà trente et un ans, n'ait pas au moins ébauché à cette date, non seulement l'Etourdi, mais plusieurs des pièces qui plus tard parurent à Paris sur son théâtre. Il n'est pas non plus probable que plusieurs de ces pièces n'aient pas été représentées pendant ses courses en province. Une production si tardive serait une exception dans la biographie des grands poètes dramatiques; et ce qui paraîtrait encore moins naturel, ce serait qu'ayant tous les moyens de soumettre ses pièces au jugement du public, il eût si bien résisté à la tentation de les montrer aux gens. II est donc fort raisonnable de croire qu'il n'a attendu ni la date de 1655, ni même celle de 1653, pour se révéler à lui-même et au public. »

Ainsi s'exprime M. Eugène Despois, tome Ier, page 86 du Molière-Hachette.

VEstourdy a été représenté pour la première fois à Lyon, c'est incontestable. Mais en quelle année? c'est ce qu'il est difficile de déterminer rigoureusement.

La Préface des Œuvres de 168% nous dit bien :

« Il vint à Lyon en 1653 ('), et ce fut là qu'il exposa au public sa première comédie ; c'est celle de l'Etourdy. S'étant trouvé quelque temps après (*) en Languedoc, il alla offrir ses services à feu Monsieur le prince de Conty, gouverneur de cette province et vice-roi de Catalogne, etc. »

Mais La Grange nous indique, dans son Journal :

« Cette pièce de théâtre a été représentée pour la première fois à Lyon l'an 1655. »

De là une différence d'opinion très tranchée entre les Moliéristes : les uns tiennent pour 1653, les autres pour 1655. Et croyez bien que de part et d'autre on raisonne à

(«) La troupe de Molière « était installée à Lyon dès avant la date du 19 décembre » 1652 (M. Brouchoud, Lectures faites à la Sorbonne en 1865, p. 253). C'est à partir » de ce moment que cette grande ville devint, et pour longtemps, sa principale "résidence et le chef-lieu de son exploitation.» Jules Loiseleui», Points obscurs, p. 151.

(*) ... « Molière fut au moins deux fois appelé pour le service du prince en Languedoc : une première fois à la fin de 1653; une seconde fois à la fin de 1655. La Grange et Vinot [Vivot] ne parlent-ils que du second voyage? C'est possible, quoique nous ne prétendions rien affirmer sur ce point. » Eugène Despois, Molière- Hachelte, t. I", p. 80.

merveille ('). J'avoue que cette question me laisse, pour ma part, singulièrement froid (2). Si j'avais un moyen pour

(t) Raisonnement de M. Moland en faveur de 1653:

« On donne avec raison la préférence a la date de l'édition, celle à laquelle le » camarade de Molière s'est attaché en dernier lieu et qu'il a dû établir avec plus >i d'attention et de réflexion. » [T. I«, p. lxih.]

Raisonnement de M. Despois en faveur de 1655 :

« Rien ne serait plus juste, en effet, si dans leur édition La Grange et Vinot » [Vivot] affirmaient nettement que l'Étourdi a été représenté en 1653... 11 n'en est » pas ainsi... Leur phrase ne signifie qu'une chose : c'est que la première représen- » tation de l'Étourdi eut lieu à Lyon, après 1652; mais elle n'en précise pas la date. » [T. 1«, p. 79-80.]

Raisonnement de M. Jules Loiseleur en faveur de 1653 :

«Pour ce qui est de l'année, celle de 1653, qu'on s'ingénie à contester aujour-

«d'hui, il faut remarquer que l'allégation contenue dans une préface dont La

» Grange dut reviser les épreuves et qui est d'ailleurs postérieure à la rédaction de » son journal, mérite plus de foi qu'une note non destinée à l'impression et où » l'auteur se bornait à résumer sommairement les événements antérieurs à ceux » qu'il commençait à consigner quotidiennement. » (Points obscurs, p. 152 et 153.)

Raisonnement de M. Mesnard en faveur de 1655:

« Il est surtout impossible de croire, à moins qu'il [Molière] n'ait apporté à Lyon » sa comédie déjà toute faite, qu'elle y ait été représentée dès le commencement »de 1653. Une des raisons, dût-on la juger un peu faible, qui nous ferait pencher » pour 1655, c'est qu'il plaît assez de ne pas éloigner de la première représentation » de l'Étourdi celle du Dépit amoureux, où Molière a suivi le même filon et qui, ■i sans contestation (a), est de 1656. Stimulé par le succès, et une fois en train d'ins- » piration comique, note poète, dans la première joie de son génie, a-t-il attendu » trois ans pour le laisser continuer son élan, et pour exploiter une seconde fois la « veine italienne? » P. Mesnard, Notice..., p. 135.

(2) «Nous ne voudrions pourtant pas être plus décisif et tranchant qu'il n'est » juste. Despois nous a donné l'exemple d'une sage réserve : il a laissé quelque » doute entre 1655 et 1653. Sans vouloir dire ce doute extrêmement fâcheux, nous » aurions mieux aimé qu'il eût été possible de le lever. Si l'on n'a pas eu tort » d'attacher quelque importance à la vraie date, longtemps méconnue, de la nais- »sance de Molière dans le berceau où, comme tout autre enfant, il ne vécut » d'abord que de la vie végétative, cet autre jour dans lequel il a commencé, sur »le théâtre, sa vie de grand poète, est également celui d'une naissance dont il » serait, ce nous semble, moins indifférent encore de découvrir l'acte dûment cer- » tifié. » Paul Mesnard, Notice biographique..., p. 135.

Mais l'apparition de l'Estourdy à Lyon, — si nous arrivions à en connaître la date exacte, — constituerait-elle donc bien réellement « cet autre jour », comme dit M. Paul Mesnard? Laissons absolument de côté les Ballets de cour et les Farces proprement dites, dont Molière a pu composer un certain nombre de fort bonne heure, à une époque conséquemment où il n'avait pas encore « commencé sa vie de grand poète ». Et pour ne citer que la Thébaïde : qui nous dit que cette tragédie ne date pas d'un premier séjour de Molière à Bordeaux, antérieur, celui-là, aux deux dates (1653, 1655) assignées tour à tour par La Grange à la première représentation de l'Estourdy à Lyon ? Qui nous dit, pour bien préciser, que la tragédie de Molière mentionnée par Montesquieu, — en vers, sans aucun doute, comme toutes les autres, — ne remonte pas, par exemple, jusqu'à l'année 1647, indiquée, on se le rappelle, par de Trallage, comme étant la date du premier séjour de Molière à Bordeaux avec la troupe du second duc d'Épernon, Bernard de Nogarct '. — Ceci nous doit consoler, plus que tout le reste, de ne pas posséder la date scrupuleusement exacte, de la première représentation, à Lyon, de la comédie de l'Estourdy, ou plutôt de ne l'avoir en réalité qu'à deux ans près.

(a) Nous Terrons plus loin que Dépit amoureux, malgré l'affirmation catégorique du Registre de La Grange, pourrait bien n'avoir été représenté pour la première (ois à Béziers que dans les premiers mois de 1657.

la résoudre, j'y recourrais sur-le-champ. Du moment où il n'en existe aucun, je passe..., — et c'est, je crois, ce qu'il y a de plus simple à faire, — mais après avoir placé, bien entendu, toutes les pièces du procès sous les yeux de mes lecteurs.

Il est assez à croire que Molière fit représenter à Bordeaux, en 1056, l'Étourdi alors dans sa nouveauté. Il offrit bien aux Bordelais une véritable « première » (et qui n'eut guère de succès), celle de la Thébaïde, sans parler même de la farce des Précieuses et de celle du Docteur amoureux, dont nous ignorons les lieux de premières représentations, et qui ont fort bien pu être représentées, elles aussi, tout d'abord, sur la scène du jeu de paume de l'ancienne rue Saint-Ghristoly (aujourd'hui rue Montméjan). — Deux ans après, en 1658, au mois de novembre, l'Étourdi était représenté à Paris.

Il est à remarquer que dans le rôle de Mascarille (Mascarilla veut dire «demi-masque»), Molière jouait avec un masque sur le visage, — et, comme on disait alors, «sous le masque» (cf. Despois, t. Ier, p. 90). — Ainsi donc, après avoir connu la prison en 4645, Molière, en 1653 ou 1655 (puisqu'on n'est pas d'accord) devait en outre, au théâtre, tâter du masque. Et c'est en prison et le visage recouvert d'un masque, précisément, que se seraient écoulées ses dernières années... (*).

On a retrouvé, ai-je lu quelque part, un vieux cahier autographe de Napoléon écolier, cahier contenant des notes géographiques qu'il prenait dans ses classes. Au milieu d'une page, l'enfant s'est arrêté. Le dernier nom inscrit est Sainte-Hélène.

Sans croire pour cela le moins du inonde — comme

(l) Chose piquante, quoique en somme fort naturelle, n'a-t-on pas découvert et signalé un masque dans « ses armes » ?

484 Chap. IX,

Shakespeare, dont nous reproduisons en note l'étonnante exclamation, — à ce qu'on appelle les présages (*), il est permis de trouver tant soit peu étonnants les rapprochements de ce genre, chaque fois qu'on les rencontre au passage. — C'est qu'il n'existe pas de chances réservées dans le grand tirage de cette loterie que l'on nomme la vie humaine. On y rencontre parfois antécédents et conséquents; et aucun cas, d'ailleurs, à proprement parler, n'est isolé dans l'infini. Hamlet avait donc raison, dans sa conversation, au cimetière, avec Horatio!

Plus belle et plus frappante encore est cette pensée, du même poète et du même ouvrage (Hamlet, I, v. 166), prise par M. H. Gaidoz pour épigraphe de son très intéressant et très curieux recueil intitulé Mélusine : « Il y a plus de » choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en » conçoit notre philosophie. »

§ 5. — Despit amoureux.

Le Théâtre de Molière, en 1656, pendant le séjour des comédiens du prince de Conti à Bordeaux, se composait : de quelques ballets et mascarades appartenant bien plutôt à Joseph Béjard, Yauselle, Chasteauneuf ou Ragueneau (2) qu'à l'auteur futur du Misanthrope, mais auxquels cependant, il nous faut bien l'admettre, ce dernier avait certes, de-ci de-là, pu mettre aussi du sien ; d'un assez bon nombre de petites farces, en prose, sans texte bien arrêté, mais au contraire à canevas très élastiques, et dont deux

(•) « Je brave les présages ; il ne meurt pas un passereau sans un ordre spécial de la Providence... Maintenant ou plus tard, il faut toujours que mon heure vienne... Puisque nul, en mourant, n'a le sentiment de ce qu'il quitte, qu'importe le moment où cette séparation a lieu? » Shakspeare (sic), Hamlet, acte V, scène II. (Traduction Benjamin Laroche.)

(a) C'est M. Loiseleur qui met, Points obscurs, page 176, ces trois derniers noms en avant.

surtout, les dernières, plus réellement écrites que les autres, et où commençait à se montrer Molière, obtenaient beaucoup de succès : 1° les Précieuses, qui n'étaient pas encore celles que nous avons aujourd'hui; 2° le Docteur amoureux, qui sera, dans deux ans d'ici (1658), si goûté de Louis XIV. Nous aurons bientôt, tout à l'heure, l'occasion spéciale de parler de chacune d'elles. Et enfin, et surtout, de trois pièces de théâtre en vers, achevées, celles-là, dans toute la force du terme : une tragédie, la Thébaïde; deux comédies : l'Estourdy et Despit amoureux. — Quelques mots, maintenant, sur ce dernier ouvrage.

S'il est vrai que Despit amoureux (sans article) fut joué pour la première fois à la fin de 1656 (*), à Béziers, aux États présidés par le comte de Bieule (c'est le nom français) ou de Bioule (c'est le nom languedocien), c'est à Bordeauxt conséquemment, que cette pièce a dû être, je ne dirai pas conçue, mais tout au moins écrite par Molière.

En effet, d'où venaient les comédiens de Son Altesse Sérénissime quand ils se sont dirigés sur Béziers? De Bordeaux, presque tout le monde aujourd'hui est sur le point de l'admettre (2). Or, si Molière apportait aux États une pièce nouvelle, c'est qu'il venait de la faire, de la répéter, de la préparer complètement, enfin, de manière à ce qu'on pût la jouer de suite. Car notez bien que ce n'a jamais été son habitude de conserver indéfiniment en portefeuille une comédie prête à passer, bien au contraire. Il en a plutôt fait jouer d'inachevées (le Tartuffe a même été dans ce cas) pour les offrir plus vite à ses

(») Le commencement de 1657 me semble à cet égard plus probable, et l'on va voir bientôt (page 490) pourquoi.

(*; On a cependant, dans ces derniers temps, et avec assez de vraisemblance, soupçonné un séjour de la troupe à Agen en décembre 1676. Il n'est possible de supposer cette station quelque peu marquée des comédiens venus de Bordeaux qu'en reculant de plusieurs semaines, ainsi que je l'indique dans la note précédente, la première représentation de Dépit amoureux. — Tout ceci est fort obscur et très discutable.

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auditeurs, et les exemples de ce fait ne manquent pas. Si donc Molière vient de mettre sur ses pieds « Dépit amoureux », ce n'a pu être quà Bordeaux, — et, ce qu'il y a de piquant, en plein quartier Saint-Christophe (Saint-Christoly), et pas bien loin, comme on voit, de la future salle du « Théâtre Français » de Bordeaux, alors dans les brumes de l'avenir, où M. Hippolyte Minier nous a fait voir (j'y étais!), le 14 janvier 1865 [et non pas le 14 février, comme le dit à tort le Bibliophile Jacob], Molière jeune homme interprétant à Bordeaux, avec Magdeleine Béjart, la fameuse scène entre Gros-René et Marinette.

Je sais fort bien que s'il fallait prêter quelque attention aux choses de ce genre, tout, absolument tout, ici-bas, historiquement parlant, rappellerait des souvenirs. Et qu'importe, au demeurant? Sans trop appuyer ici sur un fait, non absolument prouvé d'ailleurs, je me réjouis pour ma part de penser que ce fut probablement à Bordeaux que Molière composa Dépit amoureux, et que M. Minier a eu comme une lueur intuitive du passé en le lui faisant répéter précisément dans notre ville.

Bien différent de tant de farces de Molière qui sont devenues plus tard de grandes comédies, Dépit amoureux n'est resté au théâtre qu'en se dégageant, qu'en se «dépouillant» (comme disent à Bordeaux nos dégustateurs-experts et nos maîtres de chais) au contraire des trois quarts de son poème. La chose, concernant cette pièce, est même tellement passée dans les habitudes théâtrales que l'on n'y fait plus, aujourd'hui, pour ainsi dire attention. Elle né choque pas. Voici, je crois, comment elle est naturellement arrivée :

On a attendu d'abord avec impatience, aux représentations, la fameuse scène, qui ne venait jamais assez vite au gré des spectateurs. On a pris enfin le parti, pour

complaire à ces derniers, de réduire la pièce à deux petits actes en y introduisant même, pour plus de facilité, quelques vers postiches, c'est-à-dire qui n'ont jamais été de Molière. Je ne blâme ni ne loue cette singularité, qui n'a pas été longuement méditée ni préparée à l'avance, mais qui est advenue en quelque sorte par la force des choses : je me borne à la constater. Ajoutons, comme dernier mot à ce sujet, qu'on a voulu revenir à la pièce primitive, à la pièce dans son entier ('), et que le succès ne semble pas avoir accueilli décidément cette tentative. Le Registre de La Grange, page 4, nous dit :

Le Dépit amoureux a été représenté pour la première fois aux États du Languedoc, à Béziers, l'an 1656, M. le comte de Bioule, lieutenant du Roi, présidant aux États. »

Les pauvres comédiens du prince de Conti, à leur retour de Bordeaux, et si ce furent bien eux, en effet, qui arrivèrent au commencement de novembre (ce qui est devenu douteux), eurent beaucoup à décompter à Béziers.

« Privé de l'appui du prince de Conti près des États, Molière s'ingénia pour y suppléer par ses propres ressources. La gratification de 6,000 livres allouée l'année précédente par le bureau des comptes n'avait pas été sans soulever quelques critiques. Le chef de la tribu errante ne l'ignorait pas; mais il comptait sur le Dépit amoureux, et il espérait bien que le bruit des applaudissements que cette pièce allait soulever couvrirait la voix des opposants. Aussi, le grand jour de la première représentation arrivé, fit-il distribuer gratuitement des billets d'entrée aux députés, espérant par là les engager à ne pas demeurer en reste de générosité avec lui. On convint de plus que Joseph Béjart leur ferait hommage de son Armoriai augmenté d'un supplément.. » Ji'les Loiselecr, Les Points ob$curs de la vie de Molière, p. 209.

Or, voici les lignes précises que les États de Béziers

(i) Les 17 et 21 mai 1873, notamment, M. Ballande donna deux représentations de Dépit amoureux en cinq actes à la salle Ventadour. « sur les instances de M. Mon- •> val. « — Cf. Le MoUérsstc-, t. X, nu d'octobre 1888. p. 219.— « L'année suivante « (1874), à la matinée du 1er mars, il [Dépit amoureux] a encore été donné en entier ■> sur le théâtre de la Poite-Saint-Martin. » Arthur Desfeuilles, Moliére-Hachette, t. XI. p. 281.

488 Ghap. IX,

firent littéralement consigner dans le procès-verbal de leur séance du 16 décembrel 656 :

« Sur les plaintes qui ont été portées aux États par plusieurs députés de l'assemblée, que la troupe des comédiens qui est dans la ville de Béziers (??...) fait distribuer plusieurs billets aux députés de cette compagnie pour les faire entrer à la comédie sans rien payer, dans l'espérance de retirer quelque gratification : a arrêté qu'il leur sera notifié par Loyseau, archer des gardes du Roi en la prévôté de l'hôtel, de retirer les billets qu'ils ont distribués, et de faire payer, si bon leur semble, les députés qui iront à la Comédie, l'assemblée ayant résolu et arrêté qu'il n'y sera pas fait aucune considération, et défendu par exprès à messieurs du bureau des comptes de, directement ou indirectement, leur accorder aucunes sommes, ni au trésorier de la bourse de les payer, à peine de pure perte et d'en répondre en leur propre et privé nom. »

Quant au pauvre Joseph Béjart, alléché par les 1 ,500 fr. reçus en février 1656, on ne lui envoya que cinq cents livres, mais en spécifiant bien, dans une séance très postérieure : « qu'à l'avenir l'assemblée n'accorderait aucune » gratification pour de pareils ouvrages, à moins qu'ils ne je» fussent expressément commandés. » Tels sont les termes singulièrement durs du procès-verbal du 16 avril 1657... Ah! dame! le prince de Conti n'était plus là...

Je suis cependant extrêmement hésitant : Est-ce bien contre la troupe de Molière que fut rédigé le procès-verbal du 46 décembre 4656? La dernière date très postérieure de l'alinéa précédent, relatif à Joseph Béjard, nous en ferait douter très fort. 11 nous faut bien citer, en effet, certaine lettre de recommandation adressée aux Consuls d'Agen, écrite de Bordeaux, découverte par M. G. Tholin, archiviste départemental du Lot-et-Garonne, et publiée par M. Adolphe Magen page 31 de son opuscule : la Troupe de Molière à Agen (1877) :

« A Bordeaux, le 5me décembre 1656.

» Messieurs les Consuls, — Une troupe de comédiens qui a demeuré quelque temps en cette ville, à la satisfaction de touts ceux qui les ont ouys déclamer, s'en allant en la vostre, m'a demandé de vous recom-

mander leurs intérêts dans le seiour qu'ils y fuiront. le vous prie de les bien traitter et de les appuyer dans les choses qui dépendront de l'authorité de vos charges, a quoy ie m'asseure que vous vous conformerés et que vous me croirés tousjours,

» Messieurs les Consuls, — Vostre très afî1^ à vous servir, — Saint- Ut (»). t

On trouve en effet, dans le Journal des Consuls cTAgen, BB. 61, f° 73, les lignes suivantes:

« Le neuviesme dudict mois (décembre 1656) nous avons reçu une lettre de Monseigneur de Saint-Luc, par laquelle il nous mande de recepvoir les comédiens en la présente ville, ce que nous avons faict. Et leur avons bailhé la grand'salle haute, quy est au dernier du parquet, pour faire leur théâtre. »

Cette pièce n'a pas été considérée jusqu'ici, et pour cause, comme se rapportant à la troupe Molière-Béjart- Dufresne.

« A la lecture de ces documents , dit M. Adolphe Magen (p. 32), le nom de Molière s'offre naturellement à l'esprit, mais les fait» contredisent cette idée. Molière, à la date indiquée, ne pouvait vanir à Agen, pas plus qu'y arriver par Bordeaux, puisqu'il était en Languedoc où il avait séjourné pendant plus de trois ans (juillet 1653-décembre 1656)... »

(*) Quel est ce Saint-Luc? Ce n'est pas un gouverneur de la Guienne : en 1636, ledit gouverneur n'était autre que Louis de Bourbon, prince de Condé. C'était un commandant en chef de Bordeaux.

Dans la liste de ces commandants en chef, cependant, fournie par M. Bernadau, Histoire de Bordeaux, 8e édition, 1839, p. 322-323, nous le trouvons seulement de 1G30 à 1654 :

1649. Le maréch. de Schomberg.

1650. Le marquis de Saint-Luc fils.

1654. Le comte d'Estrades.

1671. Le comte de Montaigu.

(Bernadau. )

Mais si nous consultons maintenant la Chroniqve bovrdetoise, t. II, nous y lisons, d'abord, p. 79 :

« Le 11 mars [1656], Messieurs les Iurats ayant eu advis que Monsieur le Marquis » de Saint-Luc, Gouverneur et Lieutenant du Roy dan.i celte prouince, devoit arriuer » à Libourne, députèrent Messieurs de Pomarede et Lafon, Iurats, pour l'aller ■> saluer de la part de la Ville «

Et plus loin, p. 93 :

« Le S juillet lb61, Monsieur de Saint-Luc, Lieutenant pour le Roy en la Prouince,

» revenant de Paris, etc., etc. »

(Ieam Darnal.)

Il nous paraît probable que ce fut là ce Saint-Luc qui, le 5 décembre 1656, écrivit et signa, aux comédiens [quels qu'ils soientj se rendant à Agen, une lettre de recommandation.

490 Ghap. IX,

M. Magen est dans Terreur, ou plutôt il ne sait nécessairement que ce qu'on avait découvert déjà de son temps, et la chose est trop naturelle. Molière, nous en sommes sûrs aujourd'hui, dans Vête et l'automne de 4656, n'était plus en Languedoc : il était précisément à Bordeaux, cela est désormais prouvé.

De deux choses Tune, maintenant : 1° ou, comme le veut le Registre de La Grange, c'est dans l'année 1656 que fut représenté pour la première fois, à Béziers et aux États, Dépit amoureux; la chose est possible (*), mais peu probable; 2° ou, tu contraire, prenant par le plus long, la troupe aura fait une pose à Agen, avant de se rendre à Béziers, où Dépit amoureux n'aurait été représenté que plusieurs semaines après l'époque marquée par La Grange, c'est-à-dire en janvier 1657, — et non en novembre ou décembre 1656. Il est très naturel de

(!) Voici comment, à mon avis, elle serait possible :

Avant toute chose, considérons bien que la session des États du Languedoc s'ouvrit le 17 novembre 1656. C'est alors quelques jours auparavant qu'il nous faudrait placer en ce cas la première représentation de la troupe de Molière, sinon celle de Dépit amoureux lui-même. Le refus des billets par les députés indiqua bien vite aux comédiens qu'ils n'avaient rien à attendre, ou bien peu de chose, de la session des États La troupe ne dut pas rester longtemps à Béziers. Si réellement, comme le veut La Grange, ce fut vraiment à la fin de 1656 qu'elle donna, aux États de cette dernière ville, Dépit amoureux, ce ne put être qu'un bien petit nombre de fois, tout au commencement de la session, et en novembre. Devant le désastre inattendu qui les accablait et faisant flèche de tout bois, je serais fort tenté de croire, toujours dans la première hypothèse, que les comédiens rebroussèrent

chemin et se dirigèrent vers Agen (ceci serait nouveau) à petites journées, en

dépêchant vers Bordeaux, où ils avaient été bien accueillis, un des leurs, Dufresne par exemble, afin de demander au lieutenant du Roy en Guyenne, François II d'Épinay, marquis de Saint-Luc, une lettre de recommandation pour les consuls d'Agen.

Dans les deux cas, l'idée était heureuse d'aller à Agen, où ils avaient fait, six ans auparavant, un séjour qu'ils se rappelaient. Dans la première hypothèse, celle qui motive cette note, ils eurent le temps d'envoyer à Bordeaux solliciter leur lettre de recommandation qui n'est datée après tout que du 5 décembre et d'effectuer sans trop se presser ce nouveau voyage. C'aurait donc bien été, dans un cas comme dans l'autre, la troupe de Molière que la lettre de recommandation écrite à Bordeaux aurait concernée: Cette troupe, en effet, et cela est à faire valoir, n'aurait pas pu être immédiatement remplacée, dans la capitale de la Guyenne, par d'autres comédiens ayant eu, depuis les premiers, le temps d'y être goûtés et appréciés, et cependant la quittant si vite.

Je penche, néanmoins, pour la seconde hypothèse : c'est-à-dire pour le voyage de Béziers effectué après l'installation à Agen.

penser que Molière, instruit par les écoles des années précédentes, et sachant peut-être qu'il allait avoir là-bas des concurrents à courir trop hâtés et ne doutant de rien, aura laissé les États s'installer tranquillement à Béziers, afin de n'y apparaître ensuite, avec sa troupe, qu'en vainqueur et maître définitif du terrain, et que pour y frapper un coup plus certain, plus décisif.

Je suis donc, sauf renseignements imprévus, de l'avis de M. Dast de Boisville lui-même, qui cite, lui aussi, la lettre aux Consuls d'Agen (cf. ci-dessus, chapitre huitième, § 4-, p. 411) et ne croit pas trop s'avancer (ce sont les termes mêmes dont il se sert) « en conjecturant que » cette lettre... pourrait bien concerner la troupe de » Molière ».

La lettre signalée par M. G. Tholin et publiée par M. Adolphe Magen et par M. Francisque Habasque me parait donc en dernière analyse, par ces rapprochements, qui n'avaient pas pu être faits avec la même certitude avant la découverte de M. Dast de Boisville, acquérir désormais une importance tout à fait inattendue (*).

(i) « Molière était-il à Béziers à l'ouverture de la session des États? De nombreux indices en font douter... Le 5 mai, Molière était à Narbonne. Combien de temps mit-il pour se rendre a Bordeaux, et, une fois là, combien de temps y séjourna-t-il? Je l'ignore. Mais je soupçonne fort qu'il en repartit le 6 décembre... pour retourner en Languedoc, aux États de Béziers. La lettre suivante, retrouvée par M. G. Tholin, archiviste départemental du Lot-et-Garonne, me semble significative. Le marquis d'Epinay de Saint-Luc, lieutenant du Boi en Guienne, écrit de Bordeaux le om» décembre 16.SG aux consuls d'Agen (c'est précisément la lettre que nous venons de reproduire) ... Molière pouvait si bien venir de Bordeaux, qu'il ne pouvait même guère venir d'ailleurs... Molière a fait savoir en février qu'il allait à Bordeaux en montrant qu'il en prenait le chemin ; on croit le retrouver à Béziers le 16 décembre : c'est apparemment qu'il en était revenu. D'Agen à Béziers, c'est une affaire de trois a quatre jours de marche à petites étapes : on avait sept jours pour faire le chemin. Il y a donc correspondance de temps et de lieu pour supposer que c'est bien Molière et ses camarades que le marquis de Saint-Luc avait recommandés.

» Au surplus, est-il vraisemblable que Molière eût été à Béziers durant les premières semaines de la session des Élats, sans que Dassoucy en fit mention?.... Mais, dira-t-on, il y a dans les Avanlures de Dassoucy une chanson en deux couplets dont le premier (a) aurait été fait par Molière à Béziers. Sans doute, Molière

(« i Voici ce premier couplet :

Loin de moi, loin de moi, tristesse.

Sangloti, larme», soupirs ;

492 Chap. IX,

§ 6. — La Farce des Précieuses.

«Lorsque les Précieuses ridicules furent imprimées pour la première fois au commencement de 1660 (*), elles le furent sous le titre de Comédie, qui, depuis, leur a toujours été donné, et auquel elles ont le plus incontestable droit. Il n'en est pas moins à remarquer que Mlle Desjardins, dans le Récit qu'elle en a fait, la nomme la Farce des Précieuses; et probablement Molière lui-même l'avait ainsi nommée en province, si, comme il ne nous a pas semblé impossible, c'est là qu'elle a d'abord été représentée. Nous ne serions pas étonné qu'il n'eût pas eu pour elle l'ambition d'un autre titre, lorsque, le 18 novembre 1659, il la fit jouer pour la première fois à Paris : le nom de farce n'était pas pour l'effrayer. »

De ce texte de M. Paul Mesnard, emprunté à la page 214 de la Notice biographique sur Molière, il faut conclure cette nouveauté : c'est que les Précieuses ridicules, avant d'être jouées à Paris comme comédie, l'avaient été d'abord comme farce en province. Cela semble du moins extrêmement probable, et sera admis, croyonsnous, tôt ou tard.

« Cette pièce, dit Grimarest, quoique jouée dans les provinces pendant » longtemps, eut cependant à Paris tout le mérite de la nouveauté. »

et Dassoucy se trouvèrent ensemble à Béziers, et plus d'une fois, cinq ou six fois peut-être, mais pas en novembre et décembre 1656...» Auguste Baluffe, Le Moliériste, t. VI (octobre 1884), p. 212, 213, 214, 215.

A la fin dudit article, M. Baluffe ajoute : « Dans de prochaines notes, je fixerai, » sinon la date, du moins le lieu absolument exact de la représentation du Dépit » amoureux à Béziers. » (P. 217.)

Ce"nouvel article a paru, en effet, dans le même volume du Moliériste (p. 261- 273). 11 est à lire; mais il ne nous donne pas la date, même approximative, de la première représentation de Dépit amoureux, qui, d'après M. Baluffe, aurait cependant bien eu lieu à Béziers. Si la troupe de Molière a réellement joué à Agen à la fin de 1656, ce serait donc en 1657 qu'il faudrait reporter cette soirée mémorable...?

(') « Les Précieuses ridicules, comédie représentée à Paris, au Petit-Bourbon, le 18 novembre 1659. Privilège du 19 janvier 16G0, accordé pour cinq ans, sans que Molière y soit nommé, à Guillaume de Luynes, qui en fait part à Charles de Sercy et à Claude Barbin... — Édition Originale: Paris, 1660, achevée d'imprimer le 29 janvier, in-12... » Akthuii Dksfeuilles, Notice bibliographique, p. 1 et 2.

Je revois la Princesse Qui fait tous mes désirs.

O (-'«lestes plaisirs, doux transports d'allégresse Viens, Mort, 'quand tu voudras, Me donner le trépas :

J'ai revu ma Princesse.

Cette princesse est Christine de France, duchesse de Savoie.

Voltaire et La Serre sont ensuite du même avis. Ils copient Grimarest, et conséquemment lui donnent leur confiance; — et après avoir cité ces trois autorités :

« Rœderer à son tour, dit M. Mesnard (p. 185), a placé la première représentation des Précieuses à Béziers; nous n'aurions pas eu à le citer, s'il n'avait donné la date de 1654, qui mérite quelque attention. La raison la plus forte de la préférer ne serait pas qu'on se trouve ainsi plus d'accord avec Grimarest, qui fait jouer la pièce pendant longtemps dans les provinces, mais plutôt que la date de 1654 indique Montpellier, où l'on s'expliquerait mieux que dans toute autre ville la composition, puis la représentation des Précieuses. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 184-185.

M. Loiseleur prouve par d'excellentes raisons que la Farce des Précieuses n'a pas pu être jouée devant le prince de Conti en 4656 ('). Nous sommes de son avis. — Mais elle aurait pu l'être deux ans auparavant, — sous sa forme primitive bien entendu. Cette farce des Précieuses aurait été à la future comédie des Précieuses ridicules ce que la Jalousie du Barbouillé fut à Georges Dandin, ce que le Fagotier fut au Médecin malgré lui : la simple esquisse d'un futur tableau.

Comme le fait très bien ressortir M. Paul Mesnard (Notice..., p. 185-186), si les auteurs de la Préface de 1682 considèrent la pièce comme ayant été faite en 1659, c'est qu'ils parlent des Précieuses corrigées, tour à tour augmentées et même diminuées, telles que nous les avons seulement depuis cette dernière date.

«On peut regarder comme certain, dit le sagace biographe, que les Précieuses ridicules n'ont pas été tout d'abord telles que nous les avons

(•) « A tous les arguments qu'il [M. Despois] a si bien fait valoir, nous en ajouterons ici pourtant un nouveau, purement historique et qui touche de près notre sujet. Les Précieuses ridicules ne furent point jouées devant le prince de Conti à Béziers, par la bonne raison que, dès le printemps de 1556, ce prince avait quitté la province pour se rendre à la cour et ne reparut plus de longtemps en Languedoc. Il cédait alors de plus en plus aux obsessions de l'évèque d'Alet et se détachait des comédiens, contre lesquels, plus tard, il écrivit un livre, le Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Église. » Jules Loisei.ecr, Les Points obscurs de la lie de Molière, p. 207-208.

494 Chap. IX,

aujourd'hui. Dans le Récit de la Farce (') écrit par MUe Des Jardins, la mauvaise réception faite par la fille et la nièce de Gorgibus aux deux honnêtes hommes, leurs prétendants, est mise en action. Il est vraisemblable que ce n'est pas une invention de l'auteur du Récit, non plus que cette particularité des Règles de l'amour débitées en vers par les deux précieuses. La « balle étemuée » et l'expression bouffonne de la soucoupe inférieure sont évidemment des débris d'un premier état de la, pièce. Il n'est sans doute pas impossible que les changements aient été faits après les premières représentations, à Paris; mais ils peuvent s'expliquer aussi bien par l'existence d'une farce qui aurait été refondue pour le théâtre du Petit-Bourbon, après avoir été essayée, peut-être ébauchée seulement, en province, t Pacl Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 186.

M. Eugène Despois, en reproduisant, tome II, pages 117- 134 du Molière-Hachette^ le Récit de la Farce des Précieuses de MUe Desjardins, donne la note suivante, d'Edouard Fournier, qui corrobore singulièrement l'opinion émise plus haut par M. Paul Mesnard :

« Pour expliquer les divergences de l'analyse [de M"« Des Jardins] et de la pièce [représentée le 18e novembre 1659, à Paris], on pourrait se demander si Molière n'avait pas fait pour les Précieuses ce qu'il fit pour toutes ses premières pièces, c'est-à-dire si, avant de venir à Paris, il ne les avait pas jouées en province (*), notamment à Avignon, où il se trouvait, en 1657, avec MI,e des Jardins, et si par conséquent celle-ci n'avait pas fait alors le Récit, qui courut plus tard à Paris, lorsque la pièce y fut reprise. La comédie avait reçu les changements que Molière ne manquait jamais d'apporter à ses pièces faites en province (3), lorsqu'il se décidait à les offrir au public plus difficile de Paris. L'analyse

(•) Abrégé de la Farce des Précieuses, fait par M"8 des Jardins. A Mmc de Morangis. — Reproduit en 1856 par Edouard Fournier dans ses Variétés historiques et littéraires, tome IV, p. 283 et suivantes; et par Eugène Despois dans le Molière- Hachette, tome II, p. 118-13i.

(2) « 1653. Les Précieuses ridicules, farce représentée en province par la troupe de Molière.

» Il est à peu près incontestable que la farce des Précieuses... fut jouée d'abord un province. La plupart des historiens du Théâtre, les frères Parfaict, de Léris, de Mouhy, etc., se fondant sur la tradition, sont d'accord sur ce point; les auteurs du grand Dictionnaire de Moréri le disent positivement; enfin, on trouve, dans le Récit de la farce des Précieuses, plusieurs scènes qui ne sont pas dans la comédie. Il faut donc en conclure que nous n'avons point la farce primitive dans laquelle Molière s'était moqué des fausses précieuses de province, dix ou onze ans avant que la comédie des Précieuses ridicules fût représentée a Paris. » Paul Lachoix, Bibliographie Moliéresgue, p. 340.

(3) « Molière tient une large place dans la thèse de M. Emile Roy sur la Vie et les Œuvres de Charles Sorel, car Sorel fut un des principaux fournisseurs de Molière. Son nom n'est pas tout à fait inconnu ni son œuvre complètement oubliée et on réimprime encore son Histoire comique de Francion. Mais Sorel a écrit bien

seule était restée la même. Un passage de la scène IX, relatif au siège d'Arras, qui avait eu lieu en 1654, ne contredit pas, loin de là, cette opinion, que les Précieuses pourraient avoir été écrites par Molière avant 1660. Pour leur donner plus d'à-propos, lorsqu'il les reprit à Paris, il y aurait ajouté, dans la même scène, un mot sur le siège beaucoup plus récent de Gravelines. » (Note de M. Edouard Fournier.)

Dans les Précieuses ridicules, les noms des personnages de la pièce paraissent en général être les mêmes que les noms de guerre ou de théâtre des artistes chargés de les interpréter. Ainsi, Lagrange, c'est Lagrange; Jodelet, c'est Jodelet; Magdelon, c'est Magdeleine Béjart; Cathos, c'est Catherine Du Rosé [de Brie]; Du Croisy, c'est Du Croisy, etc. Mais La Grange, Jodelet et Du Croisy, engagés depuis peu à Paris, n'avaient pas joué en province avec sa troupe. Or, c'est ici que le Récit de MUe des Jardins va nous servir. Si elle parle des trois personnages-acteurs nommés plus haut, ce n'est plus à Avignon ou à Montpellier qu'elle a rédigé ce Récit, c'est à Paris et à propos de la pièce de 4659.

«Il reste... remarquable qu'elles [les deux précieuses] soient des provinciales. On peut trouver significatif aussi le nom de Mascarille, qu'à Paris, du moins après cette comédie, Molière a laissé de côté, et qui peut paraître là une dernière trace de son théâtre de province. Mascarille est dans le Récit de Mlle des Jardins. Le faux vicomte, son amf, n'y est pas nommé, non plus que les deux amants rebutés. Si, au lieu d'y être anonymes, ces personnages avaient été désignés par les noms qu'ils ont portés depuis 1659, il n'y aurait plus à douter que le Récit n'eût été

d'autres livres qui ne sont guère étudiés, eux, et qui méritent cependant de l'être, car il est désormais certain que Molière y a beaucoup puisé... (P. 146.)

• La partie la moins intéressante du livre de M. Roy n'est pas celle qu'il consacre à Sorel écrivain précieux, et là encore l'histoire des ouvrages de Molière tient autant de place que celle de Sorel. Les Précieuses ridicules soulèvent bien des questions qui ne sont pas résolues. M. Roy a cru pouvoir les examiner à nouveau, de plus près, et il a bien fait. Grâce à d'ingénieux raisonnements, nous savons maintenant que les Précieuses ridicules n'ont pu être composées qu'à Paris et non durant les voyages de Molière, et que la représentation du 18 novembre i659, dont parle La Grange, est bien la première de l'ouvrage. » Pail Bonnefon, Quelques faits nouveaux sur Molière [dans la Revue universitaire du V6 février 189G, t.V, p. 147].

M. Paul Bonnefon a raison, et le Bibliophile Jacob n'a pas tort. La Farce des Précieuses, jouée en province, n'est que l'embryon des Précieuses ridicules, comédie donnée pour la première fois à Paris. De même, le Fagoteux et le Médecin malgré lui forment bien de leur côté deux pièces différentes, malgré que la seconde ne soit qu'une ampliation de la première.

496 Chap. IX,

écrit à Paris, puisque c'est à Paris seulement que La Grange, Du Croisy et Jodelet sont entrés dans la troupe. Le hasard y a mis de la malice, si c'est lui qui nous a privés, dans le petit écrit; d'un moyen facile de mettre la province hors de cause (4). » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 187.

La pierre de touche est bonne; et l'épreuve tourne décidément du côté de l'antériorité : c'est-à-dire d'une ancienne ébauche ayant précédé la comédie définitive.

Donc, les Précieuses ridicules de 1659 auraient eu en province, pour précédent et embryon, une farce, tout comme le Médecin malgré lui, tout comme Georges Dandin, les Fourberies de Scapin et d'autres encore sans doute.

Les Bordelais ont-ils applaudi cette farce en 1656? Je n'y vois rien que de très vraisemblable. Molière, arrivant à Paris, n'eut rien de plus pressé que d'offrir au public les pièces qui venaient d'avoir le plus de succès en province, au nombre desquelles V Étourdi, Dépit amoureux, les Précieuses, — et le Docteur amoureux, dont nous allons parler dans le paragraphe qui va suivre.

Deux mois et demi avant la première représentation à Paris (2) de la comédie des Précieuses ridicules, fut passé, le 26 août 1659, chez les notaires parisiens Le Fouyn et Le Vasseur, un contrat de mariage sur lequel nous nous sommes longuement étendu, chapitre huitième, § Ier (3), entre Jean-Louis Citoys, sieur de La Richardière, un

(i) * Puisque nous en sommes sur les noms, notons encore, sans prétendre toutefois trouver là rien de décisif, que Cathos et Madelon, suivant l'auteur du Récit, demandent à leur père d'être appelées Clymène et Philimène, et non, comme plus tard, Polyxène et Aminte. Ces changements de noms ne nous apprennent pas, il est vrai, où et quand la pièce a subi des transformations. En résumé, l'on a, ce semble, quelques raisons de regarder comme tout au moins spécieuse la conjecture d'Edouard Fournier, que le Récit de Mlle des Jardins a été écrit, non à Paris, mais dans quelqu'une des villes où elle rencontra Molière et sa troupe ambulante. Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il y ait là des preuves assez fortes pour trancher la question; elle est une de celles qui sont en suspens devant le juge...» Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 187.

(*) Au théâtre du Petit-Bourbon, le 18 novembre 1659.

(3) Voir spécialement ci-dessus, au bas de la page 388, la fin de la note 1 de la page précédente [387].

comédien sans doute, et Anne Gobert, veuve de feu Pierre Qiiéneaux, préposée à la recette et au contrôle du Théâtre du Petit-Bourbon. Nous avons vu que tous les comédiens (y compris, c'est nous qui l'avons établi, la dernière venue, Mlle du Croisy) de la troupe de Molière signèrent à ce contrat, du plus haut intérêt à cause des détails très curieux qu'il nous fournit sur la dite troupe.

Aux notes fort intéressantes, reproduites par nous, sur plusieurs des comédiens signataires de l'acte Citoys- Gobert, et qui sont dues à M. Georges Monval, ce dernier ajoute, pour finir, la piquante distribution suivante de la comédie des Précieuses, que nous nous empressons également de lui emprunter :

« Une remarque pour terminer; noustrouTons là, réunie au grand complet, la « distribution » originale des Précieuses ridicules, représentées deux mois et demi plus tard :

» Mascarille. — Molière.

» Jodelet. — J. Bedeau.

» La Grange et Du Croisy, sous leurs noms de théâtre.

y> Magdelon. — Magdelaine Béjart(J).

» Cathos. — Catherine de Brie.

y> Gorgibus. — F. Bedeau.

» Almanzor. — Villequin.

» Marotte. — Marie de l'Étang.

» Les deux porteurs de chaise: Louis Béjard et... (pourquoi pas des Mazures ?)(*).

y> Lucile et Célimène, les voisines qu'on envoie quérir pour remplir les vides de l'assemblée, Geneviève et Manon, ou, à défaut de l'une d'elles, Gresinde qui a seize ans à peine et doit commencer à jouer des bouts de rôles.

» En cadence, violons, en cadence!

» Qui créa les violons? Peut-être ceux-là même qui avaient fait danser la troupe aux noces de M. de La Bichardière et de M118 Gobert, la receveuse du Petit-Bourbon. » Georges Monval, le Moliériste, t. VIII, p. 177-178.

(*) Sous ce nom de Maudelon, nous trouvons sur notre liste, portant le n" xxvi, la fille de Jean-Baptiste l'IIermite de Vauselle (notre n" xxiv) et de Marie Courtin de la Dehors (notre n° xxvu). Or, si la mère de cette « Magdelon » est parmi les témoins du mariage Citoys-Gohert, celte dernière, elle-même, n'y figure pas.

Serait-ce elle, à qui Molière aurait destiné originairement le rôle de Magdelon de la farce des Précieuses? J'ai été tenté, je l'avoue, de me le demander.

(*J Ogier Lallemant, sieur des Mazures [contrat Citoys-Gobert].

498 Ghap. IX,

§ 7. — Le Docteur amoureux.

Une autre farce en prose et en un acte, composée originairement par Molière pour la province (et qu'une fantaisie de M. de Calonne, nous le verrons tout à l'heure, a voulu rattacher particulièrement à Bordeaux), doit maintenant nous arrêter quelque temps : je veux parler du Docteur amoureux, la première en date des comédies jouées à Paris par la troupe de Molière, à partir de son établissement définitif dans la capitale. Cette pièce obtint en effet les suffrages, non seulement de Louis XIV et de toute sa cour, mais encore, et nous le ferons bientôt res sortir, d'un juge bien autrement difficile, et devant qui trouvaient à peine grâce Torquato Tasso, Quinault et La Fontaine : on devine que je veux parler du grand critique littéraire Nicolas Boileau-Despréaux (1).

« Le 24e octobre 1658 cette troupe commença de paraître devant Leurs Majestés et toute la cour, sur un théâtre que le Roi avoit fait dresser dans la salle des Gardes du vieux Louvre (2). Nicomède, tragédie de M. Corneille l'aîné, fut la pièce qu'elle choisit pour cet éclatant début. Ces nouveaux acteurs ne déplurent point, et on fut surtout fort satisfait de l'agrément et du jeu des femmes. Les fameux comédiens qui faisoient alors si bien valoir l'hôtel de Bourgogne étoient présents à cette représentation. La pièce étant achevée, M. de Molière vint sur le théâtre; et après avoir remercié Sa Majesté, en des termes très modestes, de la bonté qu'Elle avoit eue d'excuser ses défauts et ceux de toute sa troupe, qui n'avoit paru qu'en tremblant devant une assemblée si auguste, il lui dit que l'envie qu'ils avoient eue d'avoir l'honneur de divertir le plus grand Roi du Monde leur avoit fait oublier que Sa Majesté avoit à son service d'excellents originaux, dont ils n'étoient que de très foibles copies; mais que puisqu'Elle avoit bien voulu souffrir leurs manières de campagne, il la supplioit très humblement d'avoir agréable qu'il lui donnât un de ces petits divertissements qui lui avoient acquis quelque réputation, et dont il régaloit les provinces.

(1) Voir ci-après, page S00, à la fin de la citation d'Eugène Despois.

(2) M. Georges Monval, dans sa Chronologie Molièresque (Paris, librairie Flammarion, 1897), donne des indications historiques fort intéressantes, p. 96, note 1, sur cette salle, aujourd'hui dite des Cariatides, où eut lieu cette première représentation restée si fameuse. Nous nous sommes empressé de reproduire textuellement ladite note ci-dessus, tome II, p. 472, note 1.

» Ce compliment, dont on ne rapporte que la substance (l), fut si agréablement tourné, et si favorablement reçu, que toute la cour y applaudit, et encore plus à la petite comédie, qui fut celle du Docteur amoureux (f). Cette comédie, qui ne contenoit qu'un acte, et quelques autres de cette nature, n'ont point été imprimées; il les avoit faites sur quelques idées plaisantes sans y avoir mis la dernière main; et il trouva à propos de les supprimer, lorsqu'il se fut proposé pour but dans toutes ses pièces d'obliger les hommes à se corriger de leurs défauts. Comme il y avoit longtemps qu'on ne parloit plus de petites comédies, l'invention en parut nouvelle, et celle qui fut représentée ce jour-là divertit autant qu'elle surprit tout le monde. M. de Molière faisoit le Docteur; et la manière dont il s'acquitta de ce personnage le mit dans une si grande estime, que Sa Majesté donna ses ordres pour établir sa troupe à Paris. » La. Grange et "Vivot, Préface de l'édition des Œuvres de Molière de 1682. [Molière- Hachette, t. Ier, p. xiv et xv.]

Grimarest donne un second récit de cette représentation, mais qui n'a pas, à beaucoup près, l'autorité du premier. Au Docteur amoureux, il substitue les Trois Docteurs rivaux. En plusieurs endroits, il copie visiblement la préface de 1682. Bref, je ne trouve, dans ses quelques lignes, rien à glaner de nouveau; il ne sait aucun détail en dehors de ce qu'il a lu dans La Grange et Vivot.

(i) « 11 est regrettable, dit M. Paul Mesnard (Solice.-., p. 204) que nous n'ayons là qu'un abrégé du petit discours, et qu'on nous en ait seulement donné à peu près le sens, sans que nous puissions regarder comme textuelles les paroles mises dans la bouche de Molière. « Le plus grand Roi du Monde, » déjà ! Cette flatterie trop prophétique étonnerait à cette date. Ce que l'on peut tenir pour sûr, c'est, que la harangue fut très spirituelle. Louis XIV, en l'écoutant, put se dire, avec son droit sens, que l'esprit de ce comédien de campagne n'était pas sans urbanité ni de qualité médiocre. 11 allait aussi, quoique dans une petite farce, se faire une idée de la verve plaisante de l'auteur comique. »

(-) « Mais quoi ! dans une si grande occasion, n'était-ce pas l'Étourdi ou le Dépit amoureux qu'il eût fallu représenter ? Molière, n'en doutons pas, savait ce qu'il faisait. Il n'y avait place que pour un petit acte après Mcoviède, et lorsqu'on paraissait pour la première fois devant des personnes royales, une tragédie avait du sembler de rigueur. Elle pouvait seule, d'ailleurs, permettre quelque comparaison entre les excellents originaux et leurs ambitieuses copies. Et puis il faut prendre garde de nous tromper sur le plaisir que faisaient ces légers canevas, à la mode italienne, qui laissaient beaucoup à l'improvisation des acteurs, et que Molière, plus que tous les autres, surtout en les reprenant alors, semait sans nul doute de traits étinectants. Ils avaient assez plu dans le Languedoc pour permettre d'espérer qu'ils ne seraient pas dédaignés par la cour elle-même, devant qui l'auteur du Docteur amoureux ne le produisit, soyons-en certains, qu'en le purgeant, s'il se trouvait qu'il en lut besoin, de tout sel grossier... Ce Docteur amoureux, choisi entre toutes [les farces] pour être représenté devant Louis XIV, peut bien avoir été celle que Molière estimait la meilleure... » Paul Mesnaiid, Solice biographique sur Molière, p. 20i-205.

500 Chap. IX,

«Le Registre du comédien La Grange est d'accord avec la préface de l'édition de 1682. On lit à la première page de ce registre que « la » troupe de Monsieur, frère unique du Roi, commença au Louvre, devant » Sa Majesté, le 2ie octobre 1658 (un jeudi), par Nicomède et le Docteur » amoureux ; » mais le titre de cette petite comédie ne se retrouve pas une seconde fois dans le Registre de La Grange. La troupe de Molière, dit ce manuscrit, « commença à représenter en public le jour des Tré- » passés, 3e novembre 1G58, et continua jusqu'à Pâques ensuivant (13 avril » 1659). » La Grange n'étant entré dans la troupe qu'à cette dernière époque, son registre n'est tenu régulièrement qu'à partir du 28 avril 1659. Il est probable que le Docteur amoureux fut représenté plusieurs fois pendant cette période du 2 novembre 1658 au 13 avril 1659, et c'est alors que Roileau put le voir jouer et l'applaudir ; en effet, si l'on en croit Moncbesnay (Bolœana, 1742, in-12, p. 31), « M. Despréaux, qui ne se lassoit » point d'admirer Molière,... regrettoit fort qu'on eût perdu sa petite » comédie du Docteur amoureux, parce qu'il y a toujours quelque chose » de saillant et d'instructif dans ses moindres ouvrages. » Eugène Despois, Molière-Hachette, t. Ier, p. 4 et 5.

Cette bienveillance si marquée de Fauteur des Satires, en faveur d'une simple i'arce en un acte, d'un des moindres ouvrages de Molière assurément, a de quoi nous étonner, quand nous songeons surtout aux vers si sévères, ou plutôt si injustes, du troisième chant de Y Art poétique, dans lesquels le poète n'admet décidément pas que Molière, de son art, ait remporté le prix (et qui donc aura ce prix, s'écrie Voltaire, si Molière ne l'a pas?), l'accusant en propres termes d'avoir

Quitté, pour le bouffon, l'agréable et le fin, Et sans honte à Térence allié Tabarin.

Nous n'avons pas le Docteur amoureux, représenté devant Louis XIV et sa cour, goûté par Boileau!... « La y> petite pièce, dit M. Paul Mesnard (p. 205), qu'elle ait » été parée ou non d'agréments nouveaux pour la cir- » constance, n'est pas venue jusqu'à nous; elle n'est pas » au nombre de ces juvenilia de Molière qui nous ont » été conservés, peut-être plutôt mal que bien, et sans y> que nous sachions ce que, sur la scène, il faisait entrer

» de spirituelles saillies dans ces cadres commodément » ouverts et toujours faciles à élargir (Notice..., p. 205). » Et cependant, Molière semble avoir eu l'intention de la faire imprimer; nous lisons, en effet, page 236 de la Notice de M. Paul Mesnard :

«. Somaize dit qu'on avait entendu Molière lire Don Garcie le même jour que les Précieuses qui n'étaient pas encore jouées. Il est mentionné avec l'Étourdi, le Docteur amoureux et le Cocu imaginaire dans le Privilège daté du 31 mars 1660, trois jours après la première représentation de la dernière de ces pièces. »

Reste à savoir, je l'ai déjà dit, si le Docteur amoureux n'est pas ici une faute d'impression, et s'il ne faut pas lire le Dépit amoureux...!

Edouard Fournier avait cru retrouver, à la IXe entrée d'un ballet intitulé Boutade des Comédiens, deux strophes où auraient été personnifiés deux personnages de la fameuse pièce de Molière : le docteur amoureux et sa maîtresse Hélène. M. Arthur Desfeuilles (Notice bibliographique, p. 276-277) a prouvé jusqu'à l'évidence que ces personnages ne sont pas ceux de Molière, mais appartiennent à la comédie du Docteur amoureux de Le Vert, qui n'est pas « postérieure à 1747 (*), année où certainement » il n'était pas question, à la cour, du Docteur amoureux » de Molière». Ainsi s'évanouit la dernière chance d'apprendre quelque chose — si peu que ce soit — concernant, de près ou de loin, la petite comédie de Molière.

— Mais on l'a retrouvé, le Docteur amoureux de Molière! Mais je l'ai vu jouer à l'Odéon, en 1845, s'il m'en souvient bien..., pourront m'objecter quelques lecteurs un peu plus âgés que moi, et possédant une bonne mémoire... !

(•) Il s'en faut! La comédie de Le Vert a été représentée à l'Hôtel de Bourgogne en 1637, et imprimée en 1638! — 11 y a eu un troisième Docteur amoureux, représenté au siècle dernier sur le Théâtre Italien ; — et un quatrième, de Pixérécourt, reçu à l'Ambigu en juin 1796. C'est M. Eugène Despois (t. 1", p. 5 et 6) qui nous fournit tous ces détails.

502 Chap. IX,

Une chose est absolument certaine — mais ne tire malheureusement pas à conséquence — c'est que le samedi 1er mars 4845, on pouvait lire dans tout Paris l'affiche suivante :

SECOND THÉATRE-FRAXÇAIS Samedi 1er mars 1845. On commencera à 6 h.

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