Le roi, qui m'écouta, m'applaudit, et mon père
Me dut, depuis ce temps, un destin plus prospère.
Voyez comme par lui je fus récompensé :
Il me mit au secret ; je me vis délaissé ;
Et lorsque, chaque soir, un public idolâtre 40. Accablait de bravos mes frères au théâtre,
Et la ville et la cour oubliaient leur aîné,
Comme s'il fût défunt ou pas encore né.
Boileau seul se souvint de moi, car il me nomme (*),
Boileau me regretta ; c'était un si brave homme!
95 Mais j'y pense,
Mon papier peut fournir mon acte de naissance; Mon orthographe aussi me servira, je crois, Car vous parlez français et je parle françois. Enfin j'espère en vous; oui, si ma gaîté brille, 100. Vous y reconnaîtrez le ton de ma famille,
Et les bravos perdus pendant mon long sommeil Pourront seuls par leur bruit achever mon réveil.
(i) « L'artiste qui disait ce prologue, très spirituellement d'ailleurs, s'appelait Boileau, ce qui fit bcaucouo rire. » (Sole de M. Friiext de Calonne.)
504 Chap. IX,
M. de Calonne, l'auteur de cette plaisanterie littéraire tant soit peu audacieuse et risquée, véritable mystification s'il en fut jamais, a publié en 4862, chez l'éditeur Michel Lévy, le Docteur amoureux, « pièce inédite de y> Molière, » continuant, du moins pour les yeux, la plaisanterie jusqu'au bout, à ce point que dans le Journal de la Librairie c'est bien sous le nom de Molière que cette brochure est cataloguée. Je me hâte d'ajouter que dans sa préface, intitulée Au lecteur, M. de Calonne raconte toute l'histoire, mais d'une manière très spirituelle et qui doit lui faire pardonner bien des choses. Yoici comment il termine :
« Et maintenant, ami lecteur, à nous deux. Vous avez toutes les pièces du procès, et vous jugerez en parfaite connaissance de cause. L'ouvrage est de Molière, ou de moi. Si, par impossible, il est de Molière, vous me devez une grande obligation pour l'avoir mis au jour; s'il est de moi, vous me devez une grande indulgence pour avoir eu vingt-trois ans à l'époque où il fut représenté.
» Quoi qu'il en soit de tout ceci, prenez la chose parle bon côté. J'ai pu commettre un gros péché, mais les péchés de jeunesse ont le privilège des pardons faciles. Je n'ajouterai plus qu'un mot. Le Docteur amoureux a fait applaudir une fois de plus le nom vénéré de Molière; — c'est là sa gloire, et il y tient. — S'il avait eu le malheur de le compromettre, il n'aurait pas attendu le second sifflet pour jeter au parterre son véritable nom. » (P. 31.)
De gaieté de cœur, M. de Calonne s'était jeté dans la plus redoutable, dans la plus émotionnante des situations, et c'est là, en même temps, la plus grande des circonstances atténuantes que l'on puisse plaider en sa faveur. La citation suivante, à la simple lecture, nous semble presque de nature à donner par moments la chair de poule au plus brave :
«En ce moment, j'éprouvai l'une des plus fortes émotions que j'aie jamais ressenties. Mon cœur battait violemment... C'est une impression que je n'oublierai de ma vie... La pièce du Docteur amoureux commença de la façon la plus sinistre. Le début en est froid, et le public se tenait obstinément sur la réserve. Il y a des auteurs qui se plaignent qu'on ne
les écoute pas assez; je trouvais qu'on écoutait trop. Je ne savais plus où j'en étais. J'aurais voulu me voir à cent lieues du théâtre, et pourtant rien n'aurait pu m'en arracher. J'attendais avec une impatience fébrile le premier sifflet ou le premier applaudissement.
» Ce fut un applaudissement. Mais qu'il avait été lent à venir! Il ne se fit pntendre que dans la septième scène, où M. Louis Monrose l'enleva de vive force par le comique de son débit et de son jeu. A partir de ce moment le public changea d'attitude. Il n'était plus à craindre : il avait ri. La scène du Paysan, dans laquelle M. Barré fit applaudir plusieurs fois et coup sur coup sa verve et sa rondeur, me rassura singulièrement pour la seconde partie de l'ouvrage. Il marcha sans encombre jusqu'au bout, avec un crescendo flatteur de rires et de bravos prolongés qui ne lui firent pas défaut aux représentations suivantes. » (P. 25-27.)
Un critique, c'est M. Ernest de Galonné qui nous l'apprend (p. 28), affirma dans son feuilleton «qu'on avait » dû retrouver des fragments inédits de Molière, pour les » faire entrer dans la comédie nouvelle. »
Après avoir représenté plusieurs fois la pièce de M. de Calonne, on ne recommença pas sur de nouveaux frais un pareil acte de sacrilège audace; on se contenta de continuer de jouer les pièces authentiques de Molière, et très bien fît-on. Si (ce que je n'espère pas) l'on retrouvait vraiment un jour le véritable Docteur amoureux de Molière, qui sait si certains ne le déclareraient pas apocryphe?
M. Ernest de Calonne est mort le 24 septembre 1887. A cette date, le Moliériste paraissait encore! Nous avons eu la curiosité — que l'on comprendra — de chercher dans sa collection l'article nécrologique qui, peut-être, avait été consacré à cet auteur dramatique.
Nous ne nous trompions pas en formant cette conjecture, et nous n'avons pas été déçu dans notre recherche : nous avons trouvé en effet, tome IX, page 250, les lignes suivantes :
« Nécrologie. — Nous avons à enregistrer le décès dé M. Ernest de Calonne (21 septembre), qui n'appartenait au moliérisme que par son ingénieuse mystification du Docteur amoureux (Odéon, 1845). — G[eorges]
M[onval]. »
506 Chap. IX,
C'est court, mais anodin : « ingénieuse mystification ! » Quand il écrivit ces lignes et traça ces deux mots, le Directeur rédacteur en chef du Moliériste était évidemment dans ses bons jours. — Et cependant, cependant!
C'est un véritable crime de lèse-majesté littéraire et dramatique, un crime sans excuse contre Molière, qu'accomplit sans vraiment paraître s'en douter, de gaieté de cœur et à vingt -trois ans M. Ernest de Calonne, en attribuant sur les a /fiches de spectacle et dans tous les journaux, au sublime créateur du Misanthrope et des Femmes savantes, la petite comédie (cinquième du nom... pour le moins!) du Docteur amoureux, qu'il venait de composer avec tant de laisser-aller, de confiance et de désinvolture.
Le même rédacteur en chef du «Moliériste», qui donne les étrivières]que l'on sait à Théophile Gautier et à Stendhal, et qui adresse de si singuliers compliments à MM. Auguste Vitu, Paul Lacroix, Ch.-L. Livet, Auguste Baluffe, — mais la liste est trop longue, arrêtons-la...! — est donc tout sucre et tout miel pour M. Ernest de Calonne !
Reproduisons maintenant, pour terminer ce § 7, l'article curieux consacré au Docteur amoureux par Paul Lacroix, n° 234, pages 64-65 de sa Bibliographie Moliéresque [2e édition, 1875] :
« Il était assez difficile de se prononcer sur l'authenticité de cette pièce, que M. de Calonne n'avait!] jamais voulu reconnaître pour son œuvre, sans toutefois s* expliquer sur l'origine du manuscrit, qu'il prétendait avoir retrouvé, en province, dans les papiers d'un ancien comédien. Quelques journalistes n'ont voulu voir qu'un pastiche assez bien réussi dans cette comédie-farce, qui a été jouée avec succès (février 18i5) sur le théâtre de l'Odéon, et dont le manuscrit, faux ou authentique (!), fut exposé alors dans le foyer du théâtre, où un ]amateur passionné et indélicat eut l'adresse[d'en arracher un feuillet (J). Il parait certain aujourd'hui que la
(l) « Pendant qu'une foule avide assiégeait de nouveau [après la représentation du Docteur amoureux] le foyer pour y voir le manuscrit devenu déjà plus authentique, — la pièce lui rendait le service qu'il avait rendu à la pièce; —pendant
pièce et le manuscrit n'ont été qu'une ingénieuse supercherie littéraire de M. de Calonne. — Cependant (!) on peut rapprocher de ce fait la note suivante, publiée en 1844, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (t. Ier de la 2e série, p. 300) : «On annonce que M. A. Guérault, descendant du comédien Lagrange, vient de retrouver, à Rouen, au milieu de « papiers laissés par son aïeul, une copie du Docteur amoureux (*). Depuis
qu'un admit fanatique en enlevait une pane, à la barbe des gendarmes; — M. H. Lucas lui dit bien son fait le lendemain, dans le Siècle : — pendant qu'une discussion des plus vives s'élevait autour de la table d'Orgon sur la comédie qui venait de finir, tout chancelant encore d'émotion, je me sauvais dans l'intérieur du théâtre pour féliciter les artistes de leur succès et les remercier de leur zèle, au nom de Molière, s'il vous plaît. » E. de Calonne, Le Docteur amoureux, p. 27.
(») Voici ce que dit précisément, à ce sujet, M. Ernest de Calonne lui-même :
« Dépité, découragé, désespéré d'une éternelle attente [avoir arriver. àl'Odéon, son tour de lecture pour l'acte en vers : Sous te masque (a)], je perdis patience et finis par me donner au diable. Le diable est toujours la pour profiter de nos imprudences; il me prit au mot. et me souffla une idée naturellement diabolique. (P. 7-8.)
» Trois jours après, l'Enlr'acte insérait dans ses estimables colonnes une lettre timbrée Je Rouen, par laquelle M. Guérault-Lagrange, qui se disait avocat en cette ville et descendant de Lagrange, l'ancien camarade de Molière, annonçait urbi et orbi qu'en fouillant dans une armoire où s'étaient entassés de vieux papiers de famille, il avait mis la main sur une copie du Docteur amoureux. (P. 8.)
» A cette nouvelle, grand émoi dans le monde littéraire. On avait déjà retrouvé le Médecin volant et la Jalousie du Barbouillé. Pourquoi le Docteur amoureux n'auraitil pas la même fortune? A cela, rien d'invraisemblable... (P. 8.)
«Cependant ma bonne fortune voulait qui1 M. Guérault-Lagrange et moi nous fussions amis, non de rencontre ou de passage, mais amis d'enfance et de collège, amis partout et toujours, de ces amis enfin dont il faut dire que les deux ne font qu'un... (P. 9.)
«Je me rendis, selon ma coutume, au petit lever de mon directeur. On parlait déjà de la grande nouvelle. Je fis savoir, sans trop d'empressement, que M. Guérault ne m'était pas inconnu. On m'accabla de questions sur son compte, sur sa découverte, sur ses intentions au sujet du Docteur amoureux. Quand on sut que j'étais son mandataire avec plein pouvoir, on me considéra comme un personnage.., (P. 9.)
» La critique n'est pas aussi méchante qu'elle en a l'air et surtout la réputation. Les feuilletons du lundi furent d'une extrême courtoisie pour le Docteur amoureux... (P. 27.) — Il y en eut un pourtant, — car il faut tout dire, — il y en eut un, M. Etienne Arago, qui laissa tomber sur lapièce un de ces mots qui valent un coup de massue. Il observa que le titre était faux et que l'ouvrage devait se nommer non pas le Docteur amoureux, mais l'Amour docteur. Que voulezvous qu'on réponde à cela? (P. 28.)
» Quelques jours après le feuilleton si redouté du lundi, il se commit certaines indiscrétions. Il paraît que. la bataille une fois gagnée, le général avait révélé sa tactique à ses intimes... (P 28.) Bref, on l'en rendit responsable, et pour l'en punir, on le mit en demeure de faire voir; mort ou vif, M. Guérault-Lagrange, avocat — inconnu — à Rouen — qu'il n'avait jamais habité ; — descendant du comédien Lagrange — lequel n'a pas laissé de postérité : un personnage enfin do>it l'existence était difficile à constater d'une manière authentique. J'aurais bien voulu le produire chez des gens qui le désiraient si fort; mais il se devait à sa chère santé et son médecin venait précisément de l'envoyer à Mice... (P. 29.)'
» Je dois reconnaître pourtant que le départ si opportun de M. Guérault pour Nice n'ébranla pas la foi juvénile d'un élève de l'École des Chartes, qui vint examiner à la loupe et en savant le manuscrit du Docteur amoureux, exposé non plus
(a) Dans cette pièce, il ne s'agissait pas de Molière, à coup sûr ; c'est cgal, le titre est singulier... Cf. ci-dessus, t. II, p. 483, et Despois, Molihe-IIachettt, t. I", p. 90.
508 Chap. IX,
» longtemps on cherchait cet opuscule qui, comme on sait, est l'une des d premières farces composées par Molière. » — Paul Lacroix (}).
Tant il est vrai que le bon Bibliophile Jacob avait toutes les peines du monde à renoncer à ses chimères! On croit toujours ce qu'on désire! Même après l'aveu dépouillé d'artifice d'Ernest de Calonne, qu'il ne semble pas avoir lu avec une certaine attention, et que je viens de placer, en note, sous les yeux de nos lecteurs, il ne peut s'empêcher de hasarder un timide « cependant »! ...
§ 8. — La traduction du poème de Lucrèce.
Nous voulons, dans ce paragraphe, essayer de rassembler tout ce que l'on sait aujourd'hui au sujet de cette traduction de Lucrèce, qui existait encore manuscrite en 1682 au témoignage de Trallage, et que les ennemis de Molière ont ensuite si bien fait disparaître qu'on n'en a plus onc entendu parler. Elle semble avoir été rejoindre la fameuse Histoire de l'Étincelle de Cyrano de Bergerac
au foyer, mais à la régie du théâtre. Dans un article qu'il lit paraître au Courrier français, l'obligeant paléographe, — c'est un homme d'esprit, un peu étourneau et très myope, que j'ai vu depuis chez une femme a la mode, — conclut de la façon la plus formelle et du ton le plus convaincu à l'authenticité du manuscrit fondée sur le papier, l'encre, l'écriture et l'orthographe. Que diable allait-il faire dans cette régie? (P. 29-30)
« Vous seriez peut-être curieux de savoir ce que devint Sous le Masque, petite cause d'un grand événement. M. Lireux, fidèle à sa parole, avait mis cet acte en répétition; mais, par l'effet de la fatalité qui s'attachait alors à tout ce que j'écrivais sous mon nom, la direction vint à changer au moment même où j'allais voir représenter mon premier ouvrage dramatique. Voilà bien le train des choses humaines ! L'accessoire avait pris la place du principal et le principal restait dans le néant. » E. de Calonne, Le Docteur amoureux, p. 28-30.
(•} Sous le n° 1656et page 3il de la Bibliographie Moliéresque, le Bibliophile Jacob donne les détails suivants au sujet desquels, par convenance, je me refuse de présenter de trop longues observations : « 11 y a une vingtaine d'années, M. A. Gué- » rault annonça, dans les journaux, qu'il avait découvert un manuscrit du Docteur « amoureux, provenant de la bibliothèque laissée par le comédien La Grange dans » une maison qui lui avait appartenu à Rouen. Cette bibliothèque renfermait, en » outre, les éditions que La Grange a données des oeuvres de Molière, dont l'une » d'elles porte des annotations de sa main. » La critique se montra incrédule, et » mit au défi M. Guérault de produire le manuscrit (sic). M. Guérault persista >• dans ses déclarations (!!.'), mais ne montra pas son manuscrit, a [Et celui exposé au théâtre ?| — Mais enfin, voyons, le Bibliophile Jacob croyait donc à M. A. Guérault ? n'av ait-il donc pas lu la préface : Au lecteur, de M. Ernest de Calonne?
qui, elle non plus, et malgré toutes les recherches, n'a jamais pu être recouvrée (().
t On ne trouverait aucune époque où il [Molière] ait pu avoir le loisir, disons même le goût, d'y travailler, sinon au temps des leçons de Gassendi. Le poème De la Nature des clioses était le bréviaire de ce maître qui le cite continuellement dans ses lettres, et le savait tout entier par cœur, au témoignage de Bernier. Une prédilection si décidée indique par qui fut conseillée au jeune Molière, comme l'exercice poétique le moins étranger de tous à ses travaux philosophiques, une traduction hérissée de tant de difficultés^); il n'est pas à supposer qu'il ait de lui-même choisi cette rude tâche. » P. Mesnard. Notice biographique sur Molière, p. 53.
(*) Puisque nous reparlons — tout à fait incidemment — de Cyrano de Bergerac, un des camarades de prédilection de notre grand Molière, et sur le lieu de naissance duquel nous nous sommes très spécialement étendu, pages 127-135 de notre premier volume, il nous parait vraiment utile et important de reproduire ici certain passage du Bibliophile Jacob sur lequel on ne saurait trop appeler la plus sérieuse attention de tous ceux qui seraient tentés de s'occuper de Cyrano, personnage historique mis à la mode tout récemment, au moment où nous écrivons ces lignes (1808), par une remarquable comédie en vers; et au sujet duquel M. Auguste Vilu, l'éminent Moliériste, avait rassemblé, dit-on, dans les dernières années de sa vie, un important dossier, composé de pièces fort intéressantes. Voici donc ce passage fort curieux de Paul Lacroix :
» En publiant une nouvelle édition des Œuvres de Cyrano de Bergerac, nous aurions voulu pouvoir remplir les déplorables lacunes qui existent dans YHisloire comique des Etats et Empires de la Lune- Mais le savant M. de Monmerqué, qui possède un manuscrit complet de cet ouvrage, se propose de le publier lui-même. « l! y a"plus de vingt ans, nous écrit-il à ce sujet, que j'ai acquis un manuscrit des » Etats et Empires de la Lune du singulier Cyrano de Bergerac, dans lequel les pas- » sages retranchés, et dont l'absence est indiquée par des points, se trouvent sans » que le sens éprouve d'interruption. Je le publierai, dès que j'aurai achevé de » payer mon tribut à Madame de Sévigné... Cyrano faisait partie d'une coterie pré- » tendue philosophique, avec d'autres littérateurs du temps, sur laquelle je » lèverai quelques voiles... Publiez donc votre édition sans moi et sans mes manus- » crits; je viendrai après vous et je profiterai de vos recherches.
« Tout ce que je puis vous dire, c'est que les passages retranchés dans les » Etal* de la Lune, outre certaines bizarreries propres à Cyrano, sont les avant- •> coureurs de la philosophie du xvm« siècle, dont les auteurs n'ont cherché qu'à » nier et à repousser toutes les bases religieuses.
» Mon manuscrit est du temps de Bergerac; je ne serais pas éloigné de croire » qu'il est de sa main; mais je n'ai jamais vu une lettre écrite et signée par lui. * Quand je le publierai, les morceaux inédits seront, je pense, imprimés en caractères italiques, pour les faire mieux distinguer des autres, sauf les observa- » tions de mon éditeur, qui pourrait demander de simples guillemets. »
» Les indications que nous fournit la lettre de M. de Monmerqué sont dénature à nous faire regretter davantage de n'avoir pu faire usage de son manuscrit. » P.-L. Jacob, Avertissement de l'Editeur, pages vu et vin du premier volume des Œuvres de Cyrano de Bergerac, Paris, Adolphe Delahays, libraire-éditeur, 1858.
Ce manuscrit de M. de Monmerqué, si précieux, qu'est-il devenu après sa mort? — Nous en disons tout autant des documents sur Cyrano, recueillis et rassemblés, sans doute à grand'pcine, par feu Auguste Vitu.
H « Bestàt-il des doutes sur l'époque où Molière traduisit le poète de la philosophie d'Epicure, nous dirions encore : Gassendi est là : Il n'y a que ses leçons qui aient pu engager Molière, plus tôt ou plus tard, dans ce commerce avec Lucrèce.
» Quoiqu'un tei indice, très frappant à la condition de n'être pas le seul, nç
510 Ghap. IX,
Sans dire un mot, ni du poème de Lucrèce, ni de Gassendi, La Grange et Vivot, dans la Préface de 4682, confirment admirablement ces velléités, ces aspirations de Molière :
« Le succès de ses études fut tel qu'on pouvait l'attendre d'un génie aussi heureux que le sien. Sïl fut fort bon humaniste, il devint encore plus grand philosophe. L'inclination qu'il avoit pour la poésie le fit s'appliquer à lire les poètes avec un soin tout particulier. Il les possédoit parfaitement. »
Faisant marcher de front les humanités, la philosophie et la poésie, il devait donc en quelque sorte traduire Lucrèce. C'était une tâche qui lui était, d'avance, comme dévolue et presque imposée par la force des choses. Nous donnerons à ces études et à ces essais la date approximative de 1641.
Dix-huit ans après, en 1659, l'abbé de Marolles écrivait, p. i et vin de la préface de sa traduction de Lucrèce:
« On m'a dit qu'un bel esprit en a fait une traduction en vers, dont j'ai vu deux ou trois stances du commencement du second livre, qui m'ont semblé fort justes et fort agréables (l). ,1e m'assure que de ses bons amis, que je connois et que j'estime extrêmement, ne manqueront pas de nous dire cent fois que le reste est égal, ce que j'aurai bien moins de peine à croire que le poète n'en doit avoir eu à le composer. »
puisse raisonnablement paraître avoir la même valeur pour tous ceux qui ont traduit Lucrèce vers ce temps-là. il n'en a pas fallu d'autre pour que l'on ait cru voir dans notre petite école gassendiste un homme célèbre par des vers élégamment traduits du début du même poëme. On lit partout aujourd'hui le nom de Hesnault associé à ceux que donne Grimarest [Molière, Chapelle, Bernier, Cyrano de Bergerac]. N'acceptons pas ce nouveau discii le, enrôlé arbitrairement et trop tard. 11 l'a été pour la première fois, a notre connaissance, par Auger dans son édition des Œuvres de Molière (1819), plus digne ordinairement de confiance. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 54-55.
(') « Que n'a-t-il [l'abbé de Marolles], rendant un meilleur service aux lecteurs que par sa pauvre version, cité ces stances, où vraisemblablement on reconnaîtrait, à quelque âge que Molière les ait écrites, la main d'un poète dans la lutte avec les vers magnifiques: Suave mari magno...? » Paul Mesnard. Notice biographique sur Molière, p. 54, au bas de la page, fin de la note 5 de la page précédente.
« On a soupçonné qu'il [l'abbé de Marolles] s'était quelque part servi, sans en avertir, de vers empruntés à cette traduction. Ce serait dans la préface des Estais et empire du Soleil de Cyrano, publiée en 1662, après sa mort, par un ami qui a gardé l'anonyme, mais dans lequel on pourrait à la rigueur reconnaître Marolles; car il ii était pas sans quelque liaison avec Cyrano (a). » Paul Mesnard, Notice..., p.- 481.
(a) n Cyrano, qui n'avoit que trop de cœur et d'esprit, parce qu'en effet il le portoit quelquefois dans >> l'excès, me donna son livre du Voyage dans la Lune, qui est une pièce ingénieuse, et sa tragédie v&'Agrippim. » L'ABBÉ de MABOLLE» , Mémoires (édition in-12, de 1755), p. 250 et 260.
En 1659, trois ans après son séjour à Bordeaux, Molière n ava.t encore rien publié. Son premier ouvrage imprimé • Les Précieuses ridicules (t), n'avait pas encore paru.
C'est bien lui, néanmoins, qui est le bel esprit dont veut parler Marolles. Dans la nouvelle préface, qu'il mit en tête de la troisième édition de sa propre traduction, cette fois-ci en vers, de Lucrèce, parue en 1677, l'abbé de' Marolles dit expressément, pages 3 et 4 :
« Plusieurs ont ouï parler de quelques vers après la traduction en prose lui ut faite [la Sienne] de Lucrèce... Ces vers n'ont vu le jour que par a bouche du comédien Molière qui les avoit faits. C'était un fortVe) Zrtt décidément, U y tient !], que le Roi même honoroit de son stime et don toute la terre a ouï parler. Il les avoit composés, non pas de Zle maïs selon les divers sujets tirés des livres de ce poète lesquels lui avoïent „ï„ davantage, et les avoit faits de diverses mesures.* P
De ces deux citations de l'abbé de Marolles, il ressort qu'il courait de par le monde quelques vers de la traduction de Molière, et que Molière les avait faits, non pas alexandrins, mais « de diverses mesures»; cette dernière assertion est très importante. On verra tout à l'heure (p. 517) pourquoi.
Voici un second témoignage qui a au moins tout autant de valeur que le premier. Il émane de Jean Chapelain, Parai de Molière, l'auteur, si notre conjecture est juste,' de la Lettre sur la comédie de l'Imposteur, lettre qui nous a sauvé, ce que l'on ignore généralement, tant de passages du Tartuffe depuis disparus. — Cf. notre premier volume, p. 309-341.
Voici ce que, le 25 avril 1602, Chapelain écrivait à Bernier :
« On dit que le comédien Molière, ami de Chapelle, a traduit la meiU heure parité de Lucrèce, prose et vers, et que cela est fort bien (V
'^S^StSSSfSuS! {T<-7 Editr °rigina,e : Paris< ,6C0- Achevée d'im- /sT / \fl , ,1 T , - CL AnT"lR Desfeui^es, Notice bihliçgr., p. i et 2. i») « La date de cette lettre montre assez que cette traduction avait été faite par
512 Chap. IX,
(Cité par Sainte-Beuve, Causeries du lundi [décembre 1857], t. XIV, p. 138.)
Pour être courtes, ces lignes n'en sont pas moins extrêmement précieuses. Elles nous donnent deux renseignements d'un prix inestimable : elles nous apprennent d'une part que Molière n'avait traduit que la meilleure partie du poème de Lucrèce, et de l'autre que sa traduction était en prose et en vers (*), deux points dont nous serions moins sûrs sans leur témoignage!
Kntin Brossette, le commentateur de Boileau, raconte le fait suivant, bien significatif, qui s'est passé en 1664 :
« L'auteur [Boileau] étant chez M. du Broussin, avec M. le duc de Vitry et Molière, ce dernier y devoit lire une traduction de Lucrèce en vers français, qu'il avoit faite dans sa jeunesse. En attendant le dîner, on pria M. Despréaux de réciter la satire adressée à Molière : Rare et fameux esprit, dont la fertile veine Ignore en écrivant le travail et la peine, etc.; mais après ce récit [cette récitation], Molière ne voulut plus lire sa traduction, craignant qu'elle ne fût pas assez belle pour soutenir les louanges qu'il venoit de recevoir. Il se contenta de lire le premier acte du Misanthrope, auquel il travailloit en ce temps-là ; disant qu'on ne devoit pas s'attendre à des vers aussi parfaits et aussi achevés que ceux de M. Despréaux, parce qu'il lui faudroit un temps infini, s'il vouloit travailler ses ouvrages comme lui. »
Cette citation du plus haut intérêt corrobore bien l'idée que c'est dans sa jeunesse que Molière fit, ou du moins commença, sa traduction de Lucrèce. — Mais qui n'aurait voulu assister, par impossible, à ce dîner chez M. du Broussin ; entendre Boileau réciter sa Satire à Molière, Molière lire son premier acte du Misanthrope et parler de sa traduction, qu'il avait apportée avec lui, du De Natura rerumt...
Molière dans ses années de jeunesse et de loisir. Tlus tard, il n'avait pas même le temps indispensable à l'achèvement de ses pièces. » E. Despois, Revue politique et littéraire du 16 septembre 1876.
(•) Je croirais volontiers que Molière avait tout traduit :« la meilleure partie » en vers, le reste en prose. Chapelain ne le dit pas expressément; mais ces lignes, écrites au courant de la plume, et comparées à ce que dit l'abbé de Marolles dans ■ta seconde citation, sembleraient à mon avis le sous-entendre.
N'est-il rien resté absolument du poème de Lucrèce traduit et imité par Molière? On a longtemps cité le Misanthrope même,, — dont nous venons de voir Molière réciter le premier acte aux hôtes heureux de du Broussin, — comme contenant jusqu'à vingt vers (ce serait encore quelque chose!) de cette traduction à la scène IV de I'acte deuxième. C'est tout le couplet (vers 711-730) dit par Eliante. Ouvrons donc bien vite le chef-d'œuvre, et reproduisons ici ces vers :
Eliante.
L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix;
Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,
Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable: 715. Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est aux jasmins en blancheur comparable ;
La noire à faire peur, une brune adorable;
La maigre a de la taille et de la liberté; 720. La grasse est dans son port pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée;
La géante paroit une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux; 725. L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne;
La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne;
La trop grande parleuse est d'agréable humeur;
Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême 730. Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
Voici maintenant la traduction en prose française de mon cousin Ernest Lavigne (correspondant au passage de Molière), des vers 1149 et suivants du livre IV du poème de la Nature (4) :
« Et cependant, même dans les filets, même captif, tu pourrais éviter ta perte, si tu n'y courais tête baissée, et si tu n'étais volontairement aveugle sur les imperfections de l'âme et du corps de l'objet que tu désires, que tu veux. C'est ce qui n'arrive que trop souvent : la passion
(!) Dans les Trois Dorothée* ou le Jade/et souffleté, de Paul Scarron, on retrouve II 33
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ferme les yeux. On attribue à ce qu'on aime des qualités qu'il n'a pas : aussi voyons-nous des femmes vicieuses et laides captiver les cœurs et jouir de la vogue et des hommages. Ils se raillent les uns les autres, conseillant à leurs amis d'apaiser Vénus qui les a affligés d'une passion si peu honorable, et souvent les malheureux ne voient pas qu'ils ont eux-mêmes des maux plus grands à guérir... Leur maîtresse est noire? c'est une jolie brune. Malpropre et dégoûtante? c'est du négligé. Elle louche? c'est un peu comme Pallas. Toute en nerfs, décharnée? c'est une biche. Petite, naine? c'est une des Grâces, c'est la gentillesse même. Qu'elle soit grande, d'une taille démesurée, ce sera de la majesté, un port avantageux. Qu'elle bégaye, qu'elle ne puisse dire un mot, ce sera un charmant embarras; et muette, ellâ sera réservée. Mais qu'elle soit colère, hargneuse, bavarde, ce sera un feu continuel. Puis elle deviendra une délicate créature si la phthisie la met près de la mort, — ou une beauté languissante, si la toux l'exténue. Grasse, avec d'énormes mamelles, ce sera Cérès, sortant des bras de Bacchus. Avec un nez camus, ce sera une silène, une satyre; avec de grosses lèvres, elle appellera le baiser. Sur ce sujet, si je voulais tout dire, j'en aurais pour longtemps. » Lucrèce, De la Nature des choses, traduction Ernest Lavigne [librairie Hachette, 1870], p. 203.
Taschereau, page 67 de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, ne met pas un seul instant en cloute que les vingt vers du Misanthrope ne soient tirés de la traduction du De Natura rerum de Molière :
avec stupéfaction, dix-neuf ans avant le Misanthrope, le même passage de Lucrèce ainsi imité en vers :
Dom Félix à Jodelet.
Enfin également de toutes je me joue;
De ce qu'elles ont moins, c'est dont plus je les loue :
Aux sottes, de l'esprit; aux vieilles, de l'humeur [humour].
Aux jeunes, qu'avant l'âge elles ont l'esprit meur;
La grasse se croit maigre et la maigre charnue,
Aussitôt que de nous elle est entretenue :
Aux petites je dis que leur corps est adroit;
Aux grandes, que leur corps, quoiqu'en voûte, est bien droit;
A celles que je vois d'une taille bizarre,
Qu'ainsi le Ciel l'a faite afin d'être plus rare;
Aux minces, qu'une reine a moins de gravité ;
Aux grosses, qu'elles ont beaucoup d'agilité;
Aux propres [bien attifées] que j'admire en eux [pour elles] la nonchalance.
C'est Castil-Blaze le premier (Molière-musicien, t. I. p. 209-210), François Génin ensuite (Récréations philologiques, 1. 1, p. 216), qui ont retrouvé ces vers de Scarron et qui les ont signalés aux curieux.
« On ne lit plus Scarron, — s'écrie avec raison François Génin, — c'est bien dommage ! du moins au point de vue de la langue, qui est excellente chez lui, et dont ses écrits nous présentent le côté familier, précieux à connaître, et qu'on chercherait vainement ailleurs. Ses œuvres, en leur tems si brillantes, sont aujourd'hui des ruines; mais dans ces ruines il y a des trésors cachés.» F. Gékm, Récréations philologiques, t. I, p. 215-216.
« Le morceau d'Éliante du Misanthrope, dit-il (p. 67), sur les illusions des amants, est tout ce qui reste de cette traduction, qui, si l'on en croit Grimarest, était en vers pour la partie descriptive, et en prose pour les discussions philosophiques (i). »
Telle n'est pas, il s'en faut, l'opinion de M. Loiseleur, qui jette feu et flamme à ce propos. Voici ce que nous dit, du reste, à cet égard, page 48-49 de ses Points obscurs, l'ingénieux bibliothécaire de ma ville natale, après avoir fait de Ilesnaut un des condisciples de Molière, de Dernier, de Chapelle et de Cyrano, nous ignorons absolument d'après quelle autorité autre que celle de M. Auger, si rudement, si justement réfuté (cf. notre tome Ier, p. 99) par M. Paul Mesnard; mais laissons décidément la parole à M. Loiseleur :
« Il reste, dit-on, de la traduction... de Poquelin, le passage du quatrième livre sur l'aveuglement de l'amour, inséré depuis dans la scène cinquième du second acte du Misanthrope. Voilà du moins ce qui se lit partout et ce qu'aucun éditeur de Molière n'a omis de noter au bas de celte scène. Oserons-nous conseiller aux éditeurs à venir et en particulier à M. Despois, qui va bientôt arriver au Misanthrope dans l'excellente édition qu'il dirige pour la maison Hachette, de renoncer à ce cliché? Le charmant passage dont il s'agit n'est qu'une libre imitation où Molière en a pris à son aise avec son modèle. » Jules Loiseleur, Les Points obscurs de la vie de Molière, p. 48-49.
Le mot cliché est dur. Ainsi, tout le monde se serait trompé, à cet égard, jusqu'à M. Loiseleur exclusivement. Mais toutes les translations des poèmes latins en vers français ne sont-elles donc pas des traductions libres? Celle de l'Enéide, par Barthélémy, est-elle, elle-même, autre chose? « Je déclare, a dit Victor Hugo, qu'une tra- » duction en vers de n'importe qui, par n'importe qui, me » semble une chose absurde, impossible et chimérique. » Et j'en sais quelque chose, moi qui ai rimé en français » (ce que j'ai caché soigneusement jusqu'à ce jour) quatre
(») Voir ci-après, p. 520, note 1, notule (c).
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» ou cinq mille vers d'Horace, de Lucain et de Virgile; » moi, qui sais tout ce qui se perd d'un hexamètre qu'on » transvase dans un alexandrin!)) (Littérature et philosophie mêlées, p. 112) ('). En adressant donc « ex cathedra » un conseil aussi étonnant, aussi inattendu, donné dans des termes aussi formels, à ses confrères en moliérisme et aux «éditeurs à venir», M. Loiseleur ne pouvait cependant pas s'attendre de leur part à une obéissance passive, à un acquiescement respectueux.
«C'est Lucrèce, dit M. Arthur Desfeuilles; c'est Lucrèce qui est ici directement imité. Il parait bien prouvé, non pas que Molière eut précisément sur le métier, mais qu'il avait autrefois, au temps de sa jeunesse sans doute et des leçons de son maître Gassendi, entrepris une traduction complète du grand poème de la Nature. » Arthur Desfeuilles, Molière-Hachette, t. V, p. 559.
M. Paul Mesnard ne tient pas un autre langage dans sa Notice, bien qu'il essaie, en galant homme qu'il est, de faire toutes les concessions possibles.
nMolière simplifia sa tâche, nous dit-il; car on nous apprend qu'il s'était borné à traduire en prose et en vers la meilleure partie du poème. Il avait apparemment réservé les vers pour les morceaux les moins arides, tels que celui dont il a placé dans le Misanthrope une imitation (-) sans aucun doute retouchée, peut-être toute nouvelle. » Paul Mesnard, Notice biographique sur Molière, p. 53-5i.
Toujours le maudit «cliché» qui reparaît. Impossible de détruire certains faits trop évidents, et de démontrer que tous les prédécesseurs n'ont entendu goutte à la question, quelque envie que l'on puisse avoir d'ailleurs
(*) C'est égal! Nous voudrions que l'on retrouvât la traduction en vers de Lucrèce par Molière, moins encore pour Lucrèce, bien entendu, que pour l'auteur à jamais immortel du Tartuffe et du Misanthrope!... «Du Molière» est toujours «du Molière»! Et, du reste, disons-le aussi avec le plus grand empressement: « Du Victor Hugo » est toujours « du Victor Hugo ».
(2) «Personne n'ignore que Molière avait traduit, partie en vers partie en prose, presque tout le poème de Lucrèce De la Nature des choses, mais que de cette traduction on n'a pas même retrouvé de fragments, le couplet d'Éliante dans le Misanthrope pouvant à peine [textuel] passer pour nous en avoir conservé un.» Pail Mesnard, Molière-Hachette, t. IX, p. 568-564.
de faire plaisir à un érudit aussi ingénieux et aussi imaginatif que M. Loiseleur.
La seule chose qu'on n'ait pas dite, que nous sachions du moins, c'est que les vingt vers en question du Misanthrope, s'ils ont fait originairement partie de la traduction du De Natura rerum par Molière, ce qui est toujours possible jusqu'à un certain point (*), ont été depuis très retouchés et profondément modifiés; en effet, ils sont tous devenus uniformément des alexandrins, tandis que la traduction de Molière, elle, contenait des vers de divers rythmes et de pieds mêlés. L'abbé de Marolles est même ici d'une précision admirable, à laquelle il n'y a guère rien à répliquer, quand il nous dit : « Molière les y> avoit composés, non pas de suite, mais selon les divers » sujets des livres de ce poète, lesquels lui avoient plu » davantage, et les avoit faits de diverses mesures. »
Ce serait bien là une preuve, en effet, que les vingt alexandrins du Misanthrope, sous leur forme actuelle du moins, — car Molière a pu les retoucher pour sa comédie, — n'ont jamais fait textuellement partie de la traduction de Lucrèce par Molière, quoique étant très incontestarlement de lui, et imités, qui plus est, du