‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 50 sur 70 · Eure-et-Loir. 31. Oise. 47. Vienne · texte numérisé non relu

Eure-et-Loir. 31. Oise. 47. Vienne

16. Hérault. 32. Orne. 48. Yonne. Quarante-huit départements bien comptés au lieu de douze accusés seulement par M. H. Monin, assurément la différence est forte... et M. H. Monin nous semble bien

528 Ghap. IX,

dans une douzaine de départements, dans les Côtes-du-Nord et la Vendée, la Charente-Inférieure et le Jura, le Calvados, l'Orne, la Manche et la Seine-Inférieure, etc., aucun de MM. les Maires, dont la plupart, honnêtes

avoir parlé de ces choses un peu trop à la légère... C'est dans de telles recherches que l'on ne saurait admettre les à peu près.

Sur les cent cinq Ferrïere curieusement offerts par le Dictionnaire des Postes, je n'en retiendrai pour ma part qu'un seul, qui doit être le bon :

« Ferrières ex Brie (Seine-et-Marne), arr. Meaux, canton Lagny, "00 habitants, » (château) 13. »

Il n'est pas en Normandie, c'est vrai, mais ce doit être le lieu de naissance du célèbre De Brie (Villequin, dit), Edme ; c'est, à coup sûr, celui de son frère Etienne Villequin, né en Brie, au village de Verrière, en l'an 1619 (Jal, Dict., p. 1220, colonne 2). — La Grange (Varlet dit De), Charles, le camarade de De Brie, est mort en 1692, à Paris, en sa maison à la porte de Bussy. Sa veuve, Marie Bagueneau, survécut trente-cinq ans à son mari; elle mourut également à Paris, paroisse Saint-André-des-Arcs, le 6 février 1727, âgée de quatre-vingt-huit ans (Jal, p. 1034).

« La veuve de La Grange, qui ne mourut qu'en 1727, vendit sa bibliothèque, et » ses manuscrits aussi, on n'en peut douter. — Mais, continue M. Jules Claretie » dans son mignon volume : Molière, sa vie et ses œuvres, p. 63-67 — mais La » Grange avait un gendre, M. Musnier de Troheou, payeur des états de Bretagne; » ne serait-il point, demandait Beffara, devenu propriétaire de tous ces manuscrits? »

Attention, maintenant : « Un vieillard, ne parlant que par tradition, assurait que » M. Musnier de Troheou avait déposé tous ses papiers (et, par conséquent, les » manuscrits de Molière s'il en possédait) dans un château situé en Normandie et « dépendant d'un endroit qui s'appelait Perrière ou La Ferrière. 1" seraient-ils » restés jusqu'à présent, disait encore Beffara [en 1828, s'il vous plait !"], sans que per- » sonne les fit connaître? »

Jal, qu'il faut toujours consulter, et qui nous ouvre tout grands les registres de paroisse si malheureusement brûlés à Paris en 1871, connaît, lui, ce gendre de La Grange, et il en sait môme relativement long à son sujet :

« Manon Varlet [Marie-Jeanne]... ne fut point élevée pour le théâtre, et n'épousa » pas un comédien. Le dimanche 16 décembre 1691, dans l'église de Saint-André- » des-Arcs..., elle fut unie à François- Louis Musnier, avocat en Parlement, de la » paroisse Saint-Jean en Grève. Les époux signèrent: De Trohcou [Troheou?] » Musnier, Marie-Jeanne Varlet. Louis Musnier et sa femme Fiacre de Graft n'as- » sistèrent point au mariage de leur fils, et l'acte ne dit pas qu'ils fussent morts; il » ne dit pas non plus qu'ils accordèrent leur consentement. Ce mariage leur » déplut-il? La tradition du théâtre, recueillie par Le Mazuricr, veut qu'il n'ait » pas été heureux, et que, tout de suite, le jeune époux ait eu de mauvais pro- » cédés pour la femme de dix-sept ans que lui avait confiée La Grange. Le malheur » de la pauvre Manon causa, <iit-on, un si violent chagrin à son père, qu'il eu » mourut le samedi 1er mars 1692. Je ne sais si, en effet, sa douleur fut mortelle, » mais la tradition est fidèle quant à l'époque de sa mort... Je ne sais ce que devin- » rent Marie-Jeanne Varlet et son tyran ; quant à Marie Ragueneau, elle survécut » trente-cinq ans à son mari, etc. » A. Jal, Dictionnaire, p. 728.

Raisonnons maintenant un peu : comment La Grange, ayant encore sa femme, aurait-il laissé en mourant, en admettant qu'il les eut gardés en sa possession, les manuscrits si précieux de son maître Molière, à un gendre si peu digne de son estime et devenu au contraire, pour lui, une sorte d'ennemi?

De tout ce qui précède, je ne veux retenir qu'une chose : l'identité curieuse de ce nom de Ferrière, allégué par le visiteur mystérieux de la Bibliothèque nationale

Qui ne dit pas son nom et qu'on n'a pas revu,

et se rencontrant précisément dans la biographie De Brie (Edme Villequin dit) avec lequel La Grange était étroitement lié, ainsi qu'en témoignent divers actes de baptême cités par Jal. Ce n'est peut-être qu'un pur hasard!... En ce cas, avouonsle, il est bien étrange !...

laboureurs, s'intéressaient assez peu à l'objet de ses recherches, ne prit la peine de lui répondre, et Befïara, presque octogénaire, en resta là.

11 Quelques années plus tard, M. Eud. Soulié, quand il prépara une nouvel lu édition des Œuvres de Molière pour la collection des Grands écrirtiuis de la France, reprit ces recherches. Homme d'activité, d'intelligence, de terme volonté, ne se bornant point à une correspondance bien ou mal accueillie, il se mit sur les traces de Molière, parcourut après lui les lieux qu'il avait visités, s'arrêta dans les villes où il avait séjourné, interrogeant sur sa route les traditions, fouillant les dépots publics, les archives des paroisses, les études des notaires. Un jour, jour de grande joie,

Dies albo notanda lapillo!

il crut toucher au terme de son odyssée et avoir retrouvé la malle aux manuscrits..., mais ce jour, brillant d'espérances au matin, s'assombrit, le soir, d'une cruelle désillusion... » H. Monin, Molière et les registres de l'état civil, p. 13 et 14.

Le Catalogue mensuel n° 16, octobre 1896, de la Librairie ancienne et moderne Pierre Lechanteux, 65, rue de Richelieu, en face de la Bibliothèque nationale, à Paris, contenait l'annonce suivante :

« 3872. Ferrières (Seine-et-Marne). Documents autographes sur le » domaine de Ferrières appartenant au duc d'Otrante, papiers relatifs à la » vente du domaine, 1827-1831. Dossier intéressant. 12 fr. »

Je n'ai pas eu, je l'avoue, la... naïveté de faire venir ce dossier par mon libraire. Mais qui sait s'il n'aura pas tenté, par contre, quelque autre dévot à Molière? On croit si facilement ce qu'on désire!... (J).

(i) J'ai cherché — et trouvé. — dans les Environs de Paris de M. Paul Joanne

(Hachette, 1887), l'article suivant sur le Ferrières de Seine-et-Marne :

« Ozouer-la-Ferrikre ou lks-Ferrières est un village de 702 habitants à 2 kil. 1/2

de la station, sur la route de terre de Paris à Coulommiers par Tournan, qui

oise le chemin de fer a droite de la gare. — La station d'Ozouer est, en réalité,

la station de Verrières, où se trouve la splendidc propriété de M. Alphonse de

Rothschild...

» Ferrières, o kil. 1/2 de la station d'Ozouer, 8 kil. de Lagny [De Lagny une voiture de correspondance conduit a Ferrière. V. p. 257], 839 habitants, dans un vallon entouré de bois de tous côtés... » (P. 26S.)

Suit la description de l'église, du xm» siècle; détails sur le fief de Ferrière, dépendant de la maison de Montmorency; sur le château de Ferrière, sa vaste pièce d'eau, son parc, sa bibliothèque de 8.000 volumes, etc.— Pour visiter, il faut avoir une autorisation de M. de Rothschild, qui a acheté la propriété, après la mort du Fouché, pour la modeste somme de deux millions six cent mille francs! Pour parfaire le troisième million, que n'a-t-on pu, par la même occasion, mettre aussi en vente les manuscrits de Molière.'...

530 Chap. IX,

Il est temps de conclure au sujet de la disparition totale des papiers et des autographes de Molière, qui me semble, et depuis bien longtemps, hélas! une question définitivement vidée.

La vérité simple et triste, c'est que les mêmes personnes qui ont eu la volonté, le crédit et la puissance de faire disparaître toutes les lettres de Molière y compris même les billets dans lesquels il invitait Dassoucy à dîner et les épîtres par lesquelles il répondait familièrement à Auteuil à son ami Chapelle, — billets et épîtres (*) dans lesquels il n'était certainement question ni du bon Monsieur Tartuffe, ni de Dom Juan, ni de l'immortalité de l'âme, — se sont bien moins gênés encore pour anéantir tous les manuscrits de l'homme contre lequel ils éprouvaient

(i) C'est avec battement de cœur qu'en recevant le numéro du Moliériste de mai 1887, j'y lus, p. 50-51 (t. IX), l'entrefilet suivant de M. Georges Monval :

« Je profiterai de l'intéressant article qui amène ici le nom de Templery pour signaler aux chercheurs un ouvrage publié par cet auteur, dans lequel se trouvent p des lettres de Balzac, de La Fontaine, de Molière, de Scarron, etc. ».

» Ce livre rarissime, qui ne figure au catalogue d'aucune des grandes bibliothèques de Paris, a pour titre : Réflexions nouvelles et critiques sur la manière de bien écrire des lettres, par M. de Templery. Lyon, 1695, in-12.

» Je ne l'ai vu catalogué qu'une fois chez le «bouquiniste briard» L. Joly, n° 751 du catalogue 37 (octobre 1882). 11 a été vendu à un amateur de passage dont je n'ai pu retrouver la trace. G. M. »

Je m'informai immédiatement auprès du bibliothécaire d'alors, M. Reinhold -Dezeimeris, le prédécesseur de M. Céleste, si la bibliothèque de Bordeaux ne possédait pas cet ouvrage. Sur sa réponse négative, j'écrivis sans perdre de temps, un article, flamboyant je puis le dire, dans la Gironde du 3 mai suivant, pour signaler le livre à tous les bibliothécaires de France et de Navarre et de l'étranger, avec prière instante à tous vies confrères en journalisme de reproduire ledit article.

Quelques-uns d'entre eux voulurent bien accéder à ma demande. Destiné à frapper fort, l'article fit même, à cause de cela, un certain bruit dans la presse, et quelques jours après, dans le numéro du Journal de Genève du 10 mai, M. Théophile Dufour voulut bien y répondre en ces termes :

« J'ai sous les yeux un exemplaire des Ré fictions nouvelles et critiques sur la manière de bien écrire des lettres (a), par M. de Templery, Lyon, 1695, in-12; ce petit livre, si ardemment désiré, est loin, par malheur, d'avoir tout l'intérêt qu'on lui suppose. La lettre unique de Molière qu'il renferme n'est autre que l'épître dédicatoire à Madame ^Henriette d'Angleterre, femme de Monsieur, duc d'Orléans, frère du Roi) mise en tète de toutes les éditions de l'École des Femmes, à partir de la première, 1663. »

En reproduisant cette réponse trois mois après, t. IX, p. 151 du Moliériste, M. Georges Monval a surtout bien soin de ne pas me nommer; je lui avais, cependant, adressé mon article aussitôt son apparition; et c'est à moi, sans aucune espèce de doute; c'est à cet article de la Gironde queM. Monval devait de posséder enfin le renseignement qui l'intriguait et qu'il désirait tant... !

(a) « Cet exemplaire du livre de Templery appartient à la bibliothèque d'Yverdon t Yuud). »

§ 8. y. il

une si féroce haine. A celui qui sourirait en haussant les épaules : Montrez-moi donc, alors, lui dirais-je simplement, quelques lignes, fussent-elles les plus insignifiantes du monde ('), réellement tracées par Jean-Baptiste Poquelin.

Nous nous sommes un peu écarté, n'est-il pas vrai? de la traduction du poème de Lucrèce, qui forme le

(l) Sauf, bien entendu, les deux reçus, parfaitement authentiques, découverts par M. de la Pijardière. et qui seraient si précieux pour servir de termes de comparaison avec les autographes de Molière que l'on pourrait croire, un jour, avoir découverts.

J'ai souvent pensé à une chose: c'est que nous possédons peut-être des autographes de Molière sans nous en douter, faute de pouvoir les reconnaître. On a toujours été si pressé de contester tous ceux que tels et tels, de parfaite bonne foi, ont cru avoir découverts ! Je serais fort d'avis, quant à moi, et j'en fais la proposition à tous les Moliéristes, que l'on publiât un Album, où seraient reproduits héliographiquewent — ainsi que l'on vient de faire, à Bordeaux, pour les deux actes de baptême du jeune Jean-Baptiste Martin, — les pièces de tous genres où l'on croit que peut se trouver de l'écriture de Molière. Par exemple :

1° Avant tout, les deux reçus publiés par M. de la Pijardière, devant servir de pièce générale de comparaison et en quelque sorte de pierre de touche;

2° La distribution d'Andromède, qui pourrait, en somme, avoir été écrite par Molière lui-même. La chose, sans être probable, reste, après tout, possible;

3° Une page de chacun des manuscrits de la Jalousie du Barbouillé et du Médecin volant conservés à la bibliothèque de l'Arsenal. Il est bien invraisemblable, certes, que ces manuscrits soient de la main de Molière. Pour ma part, je ne le crois pas. 11 serait bon, dans tous les cas, de posséder à cet égard une certitude complète et absolue. A force de vouloir tout récuser et contester a priori, on finit par repousser souvent ce qui possède le plus de valeur;

4° Toutes les signatures que nous possédons de Molière, et qui n'ont pas été anéanties par l'incendie de la Commune en 1871 ;

5° Tous les soi-disant autographes de Molière, c'est-a-dire même les pièces dont la non-authenticité semble jusqu'ici la mieux démontrée.

Ce qui, en effet, me frappe par-dessus tout, ce qui me porte particulièrement à donner ce conseil, c'est que les deux autographes découverts par M. de la Pijardière, de l'authenticité la plus évidente (sinon il faudrait donc repousser, aussi, les pièces qui les accompagnent: les reçus de Joseph Béjart .'.'...), ont cependant été contestés par les épilogueurs et les eplucheurs quand même. Puisque du moins nous possédons ces deux dernières pièces, de la haute valeur desquelles nous sommes aujourd'hui absolument sûrs, et que de plus celui qui les a découverts est mort et ne suscite plus d'ombrage (car il faut, hélas! faire entrer cela en ligne décompte...), au moins serait-il à désirer que l'on en fit le meilleur usage possible en s'en servant en quelque sorte comme de mètre étalon pour opérer des comparaisons devenues bien nécessaires.

Les manuscrits de Molière ont tous été détruits jusqu'au dernier, cela ne paraît que trop évident. Mais il ne peut guère en être absolument de même (les deux pièces La Pijardière le prouvent) des moindres lignes de son écriture, qu'il a certainement dû tracer à droite et à gauche, et qu'il s'agirait simplement de savoir reconnaître, partout où elles se trouvent, en publiant, pour ce, des spécimens plus ou moins authentiques de cette écriture, destinés à être répandus dans le public et parmi tous ceux que la chose intéresse. De chacune de ces comparaisons finirait par jaillir une certitude quelconque.

Lorsque M. Reinhold Dezeimeris. mon éminent collègue à l'Académie de Bordeaux, découvrit chez un bouquiniste un gros volume imprimé, annoté de la main

532 Chap. IX,

sujet du présent § 8, et dont la revue et l'indication des œuvres de Molière existant déjà en 1656, date de son

même de Michel de Montaigne, c'est qu'il s'était familiarisé de longue date avec l'écriture de l'immortel auteur des Essais. Que de gens, avant lui. depuis la fin du xvi« siècle jusqu'à nos jours, avaient ouvert ce volume et l'avaient même feuilleté sans en soupçonner l'inappréciable valeur!...

Je demande donc à ce que l'on fasse autant que possible le nécessaire pour mettre les dévots à l'auteur du Misanthrope à même d'acquérir la même connaissance familière, la même habitude, en ce qui regarde les caractères tracés sur le papier par Jean-Baptiste de Molière. Au lieu de nier que nous possédions des échantillons de son écriture, combien ne vaudrait-il pas mieux se mettre à même de la reconnaître, cette écriture, au cas inespéré, mais toujours possible, où l'on viendrait vraiment a la rencontrer!...

La proposition contenue dans les lignes qui précèdent est essentiellement différente, je tiens à le faire remarquer, de celle faite par M. Jules Loiseleur, p. 9G-1M de sa très intéressante brochure a couverture bleue : Molière, Nouvelles Controrerscs sur sa vie et sa famille (1886). M. Loiseleur, en effet, demande que l'on nomme une commission « dans laquelle entreraient... des paléographes experts » en pareille matière «; ce que je désirerais, moi, ce dont aujourd'hui je fais la proposition, c'est que l'on publie un Album, mis dans le commerce et a la pleine disposition du public, où seraient reproduites, hclio/jraphiquement (et sauvées ainsi à jamais de la destruction), toutes les pièces sans exception où l'on a cru jusqu'ici, à loti ou à raison, reconnaître et retrouver l'écriture de Molière.

En relisant encore une fois cet excellent, ce remarquable article de M. Loiseleur. j'y trouve mention de deux autographes fort douteux, de Molière, dont mes lecteurs me reprocheraient sans doute de ne pas leur avoir donné connaissance :

« Le premier consiste en trois lignes écrites sur une bande de parchemin collée au dos d'un tableau représentant une Sainte Famille. Molière y certifie que ce tableau lui a été donné par son ami Sebastien Bourdon, «peintre du Roy et direc- » leur de l'Académie de peinture (a). »

» Sébastien Bourdon était recteur, mais non directeur de cette Académie. Le directeur était M. de Ratabon, surintendant des bâtiments du Roi, le même qui joua un vilain tour à la troupe de Molière en jetant bas, sans façon, la salle du Petit-Bourbon, où elle avait débuté à Paris, ce qui l'obligea de chercher asile dans la salle du Palais-Royal.

» De plus, le faussaire a placé un accent grave sur le premier e de la signal ure :

(a) J'ai cherché, mais je n'ai pas trouvé ou su trouver, cette Sainte Famille dans l'Iconographie du Bibliophile Jacob.

Eu revanche, elle figure, sous le n° 1615, dans la Bibliographie Moliéresque du même bibliophile, avec des détails f jrt curieux que nou6 n'hésitons pas à reproduire ci-dessous ;

■c 1645 [p. 337]. DÉCOIVEKTK D'UN Al'ToGRAPH K DE MOLIÈRE. Réfutation impartiale de quelques points de controverse élevés à ce sujet. Aycc un tableau comparatif des variations qu'offre récriture de Molière dans les signatures qu'on a de lui (par P.-Jal. Fontaine^, l'aris, Cit. l'resse, 1840, iu-S° de 11 pages, avec fac-similé in-4°.

» Cet autographe, de deux lignes avec signature, écrit et signé sur parchemin, avec la date du 1!4 juin 1670. avait été découvert derrière la toile d'un ancien tableau de sainteté, attribué à Sébastien Bourdon. Il fut généralement contesté et dédaigné; mais par un hasard rraiment Inexplicable , un Utbtcàu analogue est mentionné dans l'inventaire du mobilier de Molière. après décès, inventaire retrouvé en original dans les arc'tives d'un notaire de Paris, par M . Eudore Soulié. Le tableau de Sébastien Bourdon, derri re lequel se trouve encore l'autographe de Molière, appartient aujourd'hui [1S75] a M. Louis Viardot. Il a figuré à l'Exposition du Musée Molière, lors du jubilé organisé au Théâtre-Italien, du 15 an 23 mai 1873, par les soins de M. Ballande. Yoy. le catalogue de ce Musée il" 2 et 3.» BIBLIOPHILE JACOB, Bibliographie Moliéresque, p. 337 et 338.

La publication de M. P. Jul. Fontaine (1840), si cetti dernière date est juste, jetant antérieure de vingt-trois ans (J863) à celle de M. Eudore Soulié, il rassort avant toute chose que l'autographe n'est pas une mystification suggérée par l'iuventaire après décès du ni tbilier de Molière, qui n'a étéconnu que grâce aux Recherches sur Molière et sa famille. C'est un granl point, et cela rend de suite la question plus curieuse et plus intéressante.

Nous ouvrons doue Eudore Soulié, et nous lisons, page 273 :

u Item. Un grand tableau couché, de quatre pieds de loug, d'uno famille de «■ Jésus ». Et voilà tout! De Sébastien Bourdon, pas un mot! Rien d'étonnant a ce que Molière ait eu chiz lui une Sainte

séjour prouvé dans la capitale de la Guienne, nous avaient, très particulièrement, incité à parler. Mais nous n'avions

Molière n'en mettait pas. non plus que ses contemporains. C'est seulement dans la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie, publiée en 17i0, qu'on voit apparaître un accent sur les mots terminés en iïrc; encore est-ce d'abord un accent aigu; le grave ne figure a cette époque que dans les mots qui finissent par ire, tels que père, colère. » (P. 99 et 100.)...

« Le titre de l'autre pièce est un peu long, mais il importe de le citer en entier :

« Devis que Jean Pastel et André Mazières, jurés du roy en ouvraiges de macon- » neries. fournissent, en suivant l'ordre du Roy, au sieur Poquelin Molière, des » ouvraiges de maçonnerie à faire pour les fondations de la grande salle des come- » dics et bailetz a machines que Sa Majesté désire faire construire en toute dili- « gence dans la place qui reste a baslir du palais des Thuilleries. depuis le corps de » logis qu'occupe M. le comte d'Harcourt tenant vers la grande écurie. <•

«Au bas de la page petit in-folio qui contient ce devis se lisent les lignes suivantes :

» Ce deuis me paroit bien entendu reste a scatioir dans quel temps on rendrait les » ouvrages.

» J.-B. P. Molière. »

(P. 10-2 du livre : Holiè/e..., de M. Loiseleur.)

M. Gabriel Cbaravay formula ainsi son opinion sur cette pièce dans l'Amateur d'Autographes du 1er janvier 1863 :

« Nous l'avons vue et revue plusieurs fois, et nous sommes resté convaincu qu'elle est d'une authenticité incontestable, et que les deux lignes signées de Molière sont parfaitement de sa main (a). »

Voici de son coté ce que dit contradicloirement, à ce sujet, le Bibliophile Jacob. n° 250, p. "9-80 de son Iconographie Molicresque :

« C'est sur le grand théâtre du Palais des Tuileries, que fut représenté, pour la première fois, en janvier 1671, l'opéra (sic) de Psyché, composé par Mol:crc, P. Corneille et Quinault, et mis en musique par Lully (b).

» On a prétendu que Molière avait été chargé, par le Roi, de diriger la construc-

Famifle. Xe trouvez-vous pas le hrttard vraiment inexplicable, du Bibliophile Jaob, jiu contraire 1res facilement e\plieable pour qui ne veut pas à l'avauce a se monter la tête » ''

Mais M. Enclore Soulié, môme page 273, a. à ce sjjct, une assez longue note.

Lisons avec atteotion :

" Le sujet île C2 tableau... « — L2 sujet! rien que le sujet! pas autre chose que le sujet! Et qui n'avait, au xvu* siècle, une Sainte Famille dans sou alcôve! au pied île s m lit! Mais reprenons :

« Le sujet de ce tableau semblerait donner quelque poids à une brochure publiée en lsto et intitulée : Découverte, d'un autographe île Molière. D'après cette brochure, on aurait retrouvé derrière un tableau représentant une Sainte Famille où figure saint Jean-Baptiste, uue inscription ainsi conçue : Votmè par mon ami Séb. Bourdon; peintre du Roy et directeur d* l'Académie de peinture. — l'art/, ce vingt-quatrième de juin mil six cents septante, J.-B. P. Moi.ikre.

» Plusieurs circonstances doivent faire douter de l'authenticité de cette inscription, dont l'écriture ne r.jss.?mble en rien au fac-similé publié par M. Charavay, d'après l'origiual appartenant à M. Chambry (Bultet'n de l'amateur d'au'ographes , l" janvier 1S63). L'orthographe n'est pas celle du temps ; la signature n'offre aucun rapport avec celles de Molière que l'on connaît: enfin Sebastien Bourdon n'a jamais été que recteur de l'Académie de peinture, a EtTDORK SOIILIÉ, Recherches sur -Vnliire..., p. 273, note 2.

à] ■ °n se demande sur quelles preuves le savant expert pouvait asseoir un jugement si positif, puisque, à l'époque ou ce jugement fut formulé, on ne connaissait de ifvlière que des eignetturee Peut-être croyait-il pins que déraison à l'authenticité de l'inscription collée au dos d? la p.-intnre de .■Sebastien Bourdon, inscription dont M. Enlore Soulié n'avait point encore signalé les principales i n vra isembl ances.

» 11 se pourrait bien, en effet, que ce soit uniquement d'après des signatures, combinées peut-être avec les donné es fournies par l'écriture de cette étrange inscription, que l'approbation mise au bas du devis de la salle des machines ait été fabriquée par quelque habile fau-saire .. » Je LES LotSEt.EUR, Motibe.... p. 104.

[If) La Psyché dont il est ici question, et qu'il faut bien se garder de confondre avec la tragédie lyrique du même nom et presque des mêmes auteurs [Académie royale de musique, (I avril 107s], n'es* pas un opéra : c'est une tragédie-ballet, .. représentée pour le roi dans la grande salle des machi- » nés du Palais des Tuileries, en janvier [1671!] et durant tout le carnaval de l'année 1671 par la » troupe du Ro!.

534 Ghap. IX,

rien de plus à ajouter au sujet de ce poème introuvable; et c'est ainsi que nous avons été peu à peu entraîné à

tion de la salle des Machines, en 1660! On se fondait, pour appuyer cette êtranf/e supposition, sur un devis d'architecture... [Nous l'avons donné ci-dessus.] Ci: soidisant autographe est évidemment faux (a). Ce qui eût été possible en 1670 ne l'était pas en 1660. Il est bien certain que le théâtre des Tuileries n'a pas été construit en 1660 et que Molière n'avait rien à y voir. La salle des Machines ne fut mise en état que dans le cours de l'année 1670, sous la direction de Vigarani. » Paul Lacroix (b).

M. Etienne Charavay, dans le journal le Temps du 12 janvier 1886, écrivait, au sujet encore de cette même pièce :

«Je considère comme faussks les deux lignes qui auraient été apposées par Molière sur le devis ayant appartenu à M. Chambry. J'ai exprimé formellement mon opinion à cet égard dans le catalogue que j'ai dressé, en 1881, de la collection de cet amateur. Le document lui-même m'avait tout d'abord paru authentique ; mais après examen, il me semble également fabriqué. J'y reconnais l'encre jaunâtre et la main assez habile du faussaire qui a composé et écrit les lettres de Rabelais, de Bayard, d'Agnès Sorel, de Charles V, etc., du trop fameux cabinet Letellier. » [Etienne Charavaï.]

Reproduisons maintenant les considérations suivantes de M. Loiseleur, qui appartiennent à cette même année 1886 :

« Piganiol de La Force, dans sa Description de la ville de Paris, a parlé de cette salle des machines dont l'italien Vigarani donna le plan et conduisit l'exécution (c). Les fondations durent être commencées au printemps de l'année 1660, et telle serait la date de l'autographe.

«Bien qu'à cette époque la troupe de Molière, qui n'était à Paris que depuis dix-huit mois, n'appartînt pas au roi, mais à son frère, il n'est pas absolument invraisemblable que Louis XIV ait fait consulter le directeur des comédiens de Monsieur sur l'aménagement et môme sur les dimensions qu'il convenait de donner à la salle projetée. Mais qu'il ait prescrit de lui soumettre un devis concernant exclusivement les fondations et les tranchées, à remplir « de bonne maçon- » nerie faite moitié de grands quartiers de pierre et moitié de bon moesllon dur » de Vaugirard », voilà qui peut sembler plus étonnant.» S. Loiseleur, Molière, ?îonrelles Controverses, etc., p. 102-103.

Je reviens à mes moutons : Tant que le public, le vrai public, le public en masse, n'aura pas été mis a même de comparer entre eux, dans un recueil d'épreuves héliographiques, tous ces autographes, nous n'aurons sur leur compte que des appréciations personnelles, excellentes sans doute, mais qui ne peuvent

(a) Mais d'où Tient-il ? comment a-t-il été mis en circulation ? Voilà ce qu'on délirerait bien savoir!...

« L'autographe où est consigné ce fait étrange [la prescription de Louis XIV, de faire présenter un devis de construction à Molière au printemps de l'année 1660] faisait partie d'une collection dépendant de la succession de M, Letellier et qui souhva bien des doutes quand elle fut 7nise en vente, tant à cause de l'exceptionnel état de conservation des pièces qui la composaient qu'eu égard à certaines invraisemblances qu'on crut y découvrir. M. Chambry... avait acquis celle-là en même temps que beaucoup d'autres, parmi lesquelles une lettre de Raphaël... (!) » JULES Loisbleub, Molière... 1'. 103.

[b) Le Bibliophile Jncob, page 339 de sa Bibliographie Moliéresque, dit encore quelques mots au sujet de ce prétendu autographe:

« 1651. Dissertation sur un faux autographe de Molière, par P.-L., bibliophile.

« Cette dissertation, qui roule sur l'époque de la construction de la salle des Machines aux Tuileries, a paru dans l'Amateur d'autographes, de Gabriel Charavay, 3' année, 15 sept. 1864, pages 274-79. Bile a pour objet de. combattre l'authenticité du prétendu autographe de Molière, qui avait servi de texte à routeur anonyme d'un article publié dans le même recueil, le 1" janvier 1S63. Ce prétendu autographe appartenait à M. Chambry, qui l'avait acquis aux enchères dans une vente d'autographes, faite par Charon en 1845. » [PAUL LACBOIX.]

(ci « C'est une des plus vastes, dit-il, et certainement la plus ingénieusement et la plus richement décorée qu'il y ait en Europe. Elle a été construite par ordre du roi Louis XIV pour la représentation des ballets et des comédies, et peut contenir sept ou huit mille personnes.» [Piganiol DE La FoaCE],

revenir sur cette question brûlante des manuscrits de Molière en général (manuscrits bien autrement difficiles à découvrir que les sources du Nil), et aussi sur les endroits où il pourrait y avoir encore peut-être quelque chance (oh ! bien improbable...) de les recouvrer ('). De là à la question de l'écriture de Molière, écriture si peu connue, — je dirais volontiers : si ignorée, — il n'y avait qu'un pas, un seul, que nous nous sommes décidé, finalement, à franchir. L'écriture, les autographes, les manuscrits, les ouvrages inédits de Molière! !...

Par où pourrais-je mieux finir;'

Au moment de terminer notre travail, nous croyons ajouter beaucoup à sa clarté en offrant maintenant à nos lecteurs, avant de prendre congé, un Tableau des âges respectifs des principaux personnages qui figurent dans cet ouvrage ; tableau dont ridée et la réalisation premières nous appartiennent en propre (2), et dont la grande utilité ne nous semble pas douteuse.

Ce tableau, en effet, permet de se rendre compte instantanément, à sa simple inspection, de l'âge réel, de l'âge exact que se trouvaient avoir mutuellement et simultanément tel et tel personnage de l'histoire de Molière, à chaque époque, bien déterminée, de leur existence commune et synchronique. (Voye: ci-contre.'

pas toutes se trouver vraies, par la raison trop évidente qu'elles sont différentes, et quelquefois même opposées entre elles... ! L'examen des pièces, d'abord et avant lotit '••• Le prononce des jugements aura bien ensuite le temps de venir.

• lieux lettres de Molière auraient été retrouvées, dans un vieil exemplaire de )a Consolation philosophique de Boèce, par « un bibliophile parisien» en juin 1877. s'il fallait du moins en croire la revue anglaise The Théâtre: « Une, adressée a « La fontaine sur la première représentation des Femmes savantes, l'autre conte-* » nant le plan de V Avare quelque temps avant l'impression de cette pièce. »

Le Muliéri.ste, tome I", pages -21 et 48, réclame, mais en vain, des renseignements sur cette découverte vraie ou prétendue.

Enfin, sous ce titre à coup sûr fort alléchant : « In m utuscMT v rbtroover, « la même revue de M. Monval demande, tome III, page 213: « Quelle est la ville du » Midi dont les archives posséderaient (si l'on en croit l'.UIienœum de 1856, p. 2So) t un manuscrit autographe signé de Molière, intitulé: le Barbon médecin, petite » comédie ou farce !

A cette question, d'un si vif intérêt, il n'a jamais, que nous sachions, été fait de réponse.

t}) Nous en avons, du moins, la conviction. — En tout cas, elle nous est venue et nous l'avons eue. cette idée, de fort longue date.

Chap. IX,

Tableau des âges respectifs des principaux personnages de la vie de molière

Duc d'Èpernon. 159*4661

Gassendi. 1392-165.";

Marie Hervé. 159S?-t670

Jean Chapelain. 1593-1674

Poquelin père. 1399-1669

Louis XIII. 1601-1643

Dassoucy. 1604-1679

Pierre Corneille. 16i J6-1684

Comte de Modène. 1608-1673

Pierre Mignard. 1610-1693

Joseph Béjart fils. 1617-1659

Magdelcine Béjart. 1618-1672

Cyrano de Bergerac. 1619-1653

De Brie. 1620-1676

La Fontaine. 1621-1695

Molière. 1622-1673?

Geneviève Béjart. 1624-1675

Thomas Corneille de Lisle. 1625-1709

Bernier. 1625-1688

Chapelle. 1626-1686

Saint-Mars. 1626-1708

Prince de Conti. 1629-1666

Louis Béjart l'Éguisé. 1630-1678

Mademoiselle de Brie. 1630?-1706

Lully. 1633-1687

Charpentier. 1634-1702

Quinault. 1633-1688

Boileau-Despréaux. 1636 1711

Guérin d'Estriché. 1636-1728

Louis XIV. 1638-1715

Donneau de Vizé. 16o8-1710

La Grange. 1639-1692

Jean Racine. 1639-1699

Louvois. 1641-1691

Mademoiselle Molière. 1642 1700

Baron. 1633-1729

Mademoiselle de Montalant. 1665-1723

10 20 10 20 t€ là 1-2 1-2

30 40 30Jl0 27 [37 26136 25 35 2i 34 24 34 o-2

su

Ce tahleau nous montre à merveille, et d'un simple coup d'œil, la durée respective d'existence, et comme la longueur de carrière, comparées, de chacun des principaux contemporains de Jean-Baptisle Poquelin ayant eu

quelque part un pou notable dans les événements les plus importants de sa vie; de chacun des amis, ou des indifférents, qui l'ont particulièrement accompagné dans sa course, si brusquement, si prématurément interrompue, et jusque-là si merveilleusement remplie!

C'est une procession d'êtres humains, en général peu ordinaires •■( pas insignifiants du tout, débouchant d'un long passé aux mystérieuses, aux insondables origines; surgissant tout à coup les uns après les autres, à tel moment de la durée, et poursuivant ensuite dans le devenir leur marche ascendante, leur carrière, oserons-nous dire leur destinée"? pour s'engouffrer subitement chacun à son tour, on dirait à point nommé, dans cel abîme mystérieux, toujours et malgré tout quelque peu sombre, qui doit s'ouvrir, béant, pour chacun de nous, et que l'on nomme l'au-delà.

Il y a des existences de personnages, célèbres ou illustres, qui sont claires, lucides, je dirais volontiers transparentes, sans nuages ni mystères aucuns. Telles sont, par exemple, celle de Pierre Corneille le sublime tragique, celles de Boileau, de Racine, de La Fontaine. C'est le calme, c'est la quiétude dans la production plus ou moins continue.

Mais il faut bien convenir, par contre, que telle n'a pas été la vie, constamment accidentée, de notre grand Molière! Combien M, Auguste Baluiïe a donc été dans le vrai quand il a intitulé un de ses livres Molière inconnu! Que M. Jules Loiseleur a donc eu raison, en se donnant la mission spéciale d'élucider les Points obscurs de la vie de Molière, qui en contient, elle, et c'est bien évident, un si grand nombre !

Nous sommes, en effet, par suite de raisons mystérieuses qu'il faut bien finir par aborder! nous sommes si peu, si mal, si incomplètement renseignés sur le compte de notre illustre et incomparable comique ! Après tant d'études longues et compliquées, patientes et passionnées, concernant la biographie du génie unique et transcendant devant lequel Go>the, l'illustre et profond Gœthe, s'inclinait et se déclarait un petit être ('), montrant ainsi combien il était vraiment digne de le comprendre et de l'apprécier!... Après, disons-nous, tant et tant de recherches et de publications en tout genre, concernant l'auteur du Tartuffe, et dont nous avons essayé de mesurer l'étendue et de résumer en peu de pages la liste imposante (-), nous en sommes encore, au sujet de certains événements très marquante de la vie de Molière, réduits à faire des conjectures... !

D'où vient cela?

On commence seulement à s'en apercevoir : telle qu'elle nous est parvenue par la filière historique, la vie, relativement si courte de Molière telle que nous la connaissons, n'est rien moins que simple et naturelle. Elle nous est arrivée pleine de légendes qui ne se raccordent pas. Pourquoi'?... A chaque instant, le narrateur fidèle, l'historien sagace et consciencieux est littéralement dérouté : il y pressent, y devine, y surprend des problèmes insolubles, des étrangetés redoutables. On croit bien posséder les documenls, authentiques et véritables, de telle ou telle époque de l'existence de Molière. On les recueille à droite et à gauche, on les

(i) Cf. t. II, p. 63-61, notes.

(î) Cf. t. I", p. 27-38.

538 Chap. IX,

rapproche, on les compare... et puis, ce n'est pas du tout cela : parmi ces pièces, en effet, il y en a de mensongères, il y en a de voulues, il y en a d'apocryphes dans toute la signification du mot!... et maintenant, oseronsnous avouer que celles-là même sont précisément celles qui se trouvent en majorité'?

Et puis, à force de chercher toujours et quand même, on a fini, d'un côté et d'un autre, par remarquer certains témoignages isolés, tout d'abord négligés comme « broutilles », mais dont il est vraiment impossible de nier la réalité d'origine: tel passage authentique, par exemple, d'un auteur contemporain qui n'a certainement pas été interpolé; mieux que cela encore : telle minute de notaire, oubliée depuis le xvne siècle, dans le fond d'une obscure étude, — et qui ne se rapportent, mais plus du tout, aux récits, aux allégations (de pure convention, alors!...) des brochures, des écrits, des pamphlets, de l'époque ou des temps avoisinants, consacrés à Molière et à sa femme... !

Des lueurs bien faibles, mais certaines, mais convaincantes, viennent nous indiquer de temps à autre que la vérité n'est nullement où l'on avait cru généralement la trouver jusqu'ici, et que l'histoire de Molière est tout entière a refaire. Il y a des livres dont il faut avoir le courage et la volonté de ne pas s'occuper tout d'abord (l) : c'est seulement après le méticuleux dépouillement de faits certains et qu'il a été impossible aux ennemis de supprimer entièrement, épars qu'ils sont un peu de tous les côtés, inscrits dans des documents ayant échappé par la force des choses à une destruction générale, étrange, invraisemblable et cependant parfaitement réelle (2); c'est après ce dépouillement que nous apprendrons, que nous saurons, enfin, enfin, à quoi nous en tenir touchant ce qui constitue seulement les éléments principaux d'information de la véritable et inaltérée biographie de Molière.

On est tellement prévenu à l'avance, à certains égards, contre l'ancien état de choses (celui que les hommes de la seconde et de la troisième génération n'avaient déjà plus sous les yeux), que l'on se refuse absolument, chose bizarre! à admettre ce qui est parfaitement réel, ce qui est absolument certain, lorsque, enfin, on le rencontre.

Par une sorte de miracle, qui s'est produit par deux fois, on a découvert fort heureusement, non plus seulement une simple signature, mais un échantillon bien certain de l'écriture de Molière (3)! C'était inespéré. Eh bien! on n'a pas voulu y croire. On a suspecté l'authenticité de cette écriture: «Il y a eu, a-t-on dit, plusieurs personnes qui se sont appelées Molière. » Voyons! il faudrait pourtant s'entendre. Si, dans les comptes du Languedoc si heureusement découverts et mis au jour par M. de La Pijardière, on trouve, entre plusieurs milliers de pièces du même genre, des reçus détaillés de Joseph Béjart et de Molière, écrits exactement au même lieu, à la même époque et pour le même genre d'affaires, pas de doute possible : Si ceux du premier sont authentiques, ceux du second le

C1) Cf. 1. 1", p. 117-120; 144-145; 168; 223 224.

(2) Cf. t. 1«, p. 10", 110, 113, 114,115, etc., etc.

(3) Cf. t. II. p. 395, 396, 397. 398.

sdnl également ! Si vous admettez (ainsi que vous le laites spontanément) sur oea pièces l'écriture et la signature de Joseph Béjart, pour peu que vous soyez logique, vous devez bien plus encore y admettre, en même temps, du môme coup et pour les mêmes raisons, l'écriture et la signature de Molière'

Et cette admission forcée, — n'en doutons pas, et disons-le au contraire aussi haut que possible, afin que tout le monde l'entende bien, — ne peut avoir pour l'avenir que des conséquences de premier ordre : puisqu'elle nous permettra, le cas échéant, s'il existe encore de par le monde d'antres autographes de Molière quels qu'ils soient, de reconnaître enfin son écriture, et de découvrir à la simple vue, et de recouvrer définitivement désormais, jusqu'à la moindre page non signée émanant de lui (').

La légende, insufflée, inculquée, apprise et retenue dès l'enfance, possède donc vraiment pour nous des charmes bien réels, assez forts pour que nous ne voulions pas entrevoir seulement la vérité, lorsque, comme on dit si justement, « elle crève les yeux?* La naissance et la filiation d'Àrmande est certainement l'exemple le plus inouï et le plus... démontant que l'on puisse citer à cet égard. Son acte de décès, de 1700 (2), a été admis comme bon et authentique, bien qu'il contienne une impossibilité manifeste]... (3). Car enfin: Armande, la filleule de Magdeleine et la femme de Molière, n'a pas pu venir au monde en 1645, c'est-à-dire alors que, depuis plus de deux ans, son père Joseph est mort, tout au commencement de l'année 1643!... (4). Tournez et retournez les choses comme il vous plaira, il est manifeste qu'ELLE n'a pas pu naître deux ans après la confection de la pièce, authentique celle-là, où il est question, officiellement et en toutes lettres, de son existence et de sa parenté avec les Béjart.

C'est lorsqu'elle avait vingt ans, il n'y a pas à s'y tromper, — et non pas seulement dix-sept, — que Molière l'a épousée! Quoi de plus absolument clair et évident? Va-t-on donc être enfin convaincu? Eudore Soulié découvre le contrat de mariage d'Armande (5), rédigé à une date où l'étrange conspiration contre la vérité « moliéresque » n'avait pas encore commencé, et dans un milieu — une ancienne étude de notaire — impossible à suspecter

Eh bien! tout cela n'a pas empêché l'ancienne et jésuitique théorie de la maternité de Magdeleine, échafaudée et bâtie l'on sait dans quel épouvantable but, de prévaloir et d'être imperturbablement maintenue et remise en avant quand même et sur de nouveaux frais. Il y a des actes, s'écrie M. Loiseleur, il y a des actes auxquels il ne faut pas croire (auxquels, dit-il, Henri Guichard ne croyait pas, — ce qui est bien plus fort encore ! !...), car ils ne disent pas la vérité (6).

— D'accord, puisqu'ils se contredisent les uns les autres, et que le

(i) Cf. t. II, p. 53L note 1, continuée à la page 532.

(») Cf. t. 1", p. 158 et 159.

(3) Cf. t. !•', p. 162, 163, 164.

(*)Cf. t. II, p. 155,156,157.

(S) Cf. t. I", p. 162-163.

(« ) Cf. t. I", p. 593 ; p. 594, note 1 ; p. 595. note 2 ; p. 604 et 605.

même fait historique ne peut pas avoir eu lieu à deux époques et de deux manières différentes! Mais lesquels sont bons? lesquels sont a rejeter? En un mot, quels sont les authentiques, quels sont les faux?

Si Armande, si la petite non baptisée est réellement née tout au commencement de Tannée 1642, ce qui est absolument certain et irréfragable (i), son acte de décès a beau nous dire qu'elle est née en 46i5, nous nous refusons à y croire, nous sommes absolument sûrs du contraire (2). Mais les Moliéristes tant pis, eux, conservent leurs préjugés! Ils renouvellent et répètent à l'envi leurs sourdes insinuations! Ils n'ont rien appris ni rien oublié. Si vous les écoutez, vous vous apercevez qu' Armande est, reste et demeure à toujours, pour eux, la fille de Magdeleine. M. Louis Moland, comme nous et avant nous Moliériste tant mieux, a beau démontrer jusqu'à la dernière évidence que les pièces du mariage d'Armande sont parfaitement en règle et qu'il n'y manque rien (:î), qu'importe? C'est toujours la tradition empoisonnée, partant populaire, qui l'emporte et pour eux constitue le vrai. Ce sont plus que jamais les pièces authentiques qui sont par eux déclarées fausses. Mon compatriote Jules Taschereau est tellement persuadé, lui, qu'Armande est née en 1645 (et non tout au commencement de l'année 164*2), que, ne se donnant pas la peine de prendre ses lunettes, — soin cependant si nécessaire, — il affirme (*) que l'acte de mariage d'Armande donne so>i âge, ce qui n'est pas, et que la date de sa naissance est bien celle-là même qu'indique son acte de décès!... .

Mais l'opinion traditionnelle arrivée jusqu'à nous a suivi le chemin habituel et spécial à la calomnie. Elle s'est formée lentement, mais sûrement. Voyant Armande au milieu de ses frères et sœurs considérés par tous comme tels, les contemporains n'y ont pas entendu malice! Guicliard, par exemple, n'hésite pas un seul instant à désigner expressément Geneviève Béjorf, autrement dit Mademoiselle Aubry (au théâtre Mademoiselle Hervé), comme la propre samr d'Armande (5), car cela est, a cette époque, de notoriété publique (6). Et il n'y a vraiment pas à s'y tromper ! Il n'y a pas de haine qui tienne : h La sœur de la Molière, » dit-on d'elle [Geneviève] couramment, unanimement, dans les pamphlets les plus odieux; cela se colportait, cela s'imprimait de toutes parts, et dans ces termes-là même.

L?s pamphlétaires du temps admetlent bien cependant, car cela commence à se murmurer charitablement tout bas, qu'A rmande était fille de Molière. Ils ne se gênent pas, eux, pour le dire en toutes lettres et plus qu'en toutes lettres (7)! Ils s'empressent de le répandre, de le colporter

(») Cf. t. I", p. 154-165; 165-170; 170-190.

(2) Cf. t. I«, p. 162, I6.'i, 164.

(3) Cf. t. 1", p. 165, note 1; même tome, p. 187-188, 101. («) Cf. t. 1«, p. 159 et 160.

(8) Cf. t. I", p. 586 (note 1, notule b) et 503.

(6) Qu'on se rappelle les frères de Jésus, admis d'abord, niés ensuite par les historiens du Christianisme! Tant il est vrai que les mêmes faits se reproduisent, partout et toujours, se manifestant grâce aux mêmes « raisons d'être » !...

Oi Cf. t. Ie -, p. -106 et notes, 594, 595, 606 et 607.

partout. Mais. ?i on les avait quelque peu interrogés et pressés à cet égard, ils auraient été singulièrement embarrassés d'expliquer comment cela pouvait se faire! La prétendue maternité de Magdeleine, ils n"en parlent pas, ils ne la supposent même pas! Aussi bien était-elle, alors, si facilement réfutable ! C'est donc, c'aurait donc été, ainsi que nous 1 avons nous-inème fait remarquer (l), de la vénérable Marie Hervé, de la mère de plus de dix enfants, que Molière, sortant à peine de l'adolescence, aurait obtenu les faveurs... Rien qu'au simple énoncé, il y a des choses qui sont grotesques ! De fait, se serait-on vraiment attendu à celle-là?

« La sœur de la Molière. » Nous citons exactement!... Geneviève Béjart. baptisée à Paris le 2 juillet 1624, la veuve de Léonard de Loménie, sieur de la Yille-Aubiun, remariée depuis le 19 septembre 1672 à Jean-Baptiste Aubi y, était bien, en ell'et, la sœlr véritable et reconnue par tous de t la Molière », c'est-à-dire d'Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, née au commencement de 1642. Je le répète, ce fait était de notoriété publique, tout le monde le savait parmi les contemporains.

Mais chacun meurt à son tour ! Tous les témoins de cette époque vont disparaître les uns après les autres de la surface du globe, et bientôt il n'en restera plus un seul...

Et la calomnie infâme reste, elle! et rien désormais ne lui fera plus obstacle, car tous les souvenirs personnels sont éteints, car tous les contemporains sont morlsi2), car toutes les pièces sont bien détruites et il n'en demeure plus trace. — Et qui donc s'occupera désormais de faire des remarques au sujet de tel ou tel membre, décédé, de la famille Béjart, de ses attaches généalogiques et de sa parenté? Tout cela est oublié. Quant aux recherches mêmes, si admirables, si triomphantes, si couronnées de succès, de Beil'ara, de Jal et d'Eudore Soulié, les spécialistes, les curieux et les « savants », seuls, les connaissent, sans en admettre même, toujours, les plus évidents résultats.'...

Le mystère, l'élément inconnu, pour Guicliard, était, non pas le père d'Armande (que la calomnie, sans autre explication, criait bien haut, sur les toits, ne pouvoir être que Molière), mais sa mère : qui, pour qu'Arma ade et Geneviève fussent vraiment sœurs comme tout le monde le disait, devait être forcément Marie Hervé (3).

Mais à la seconde, et surtout à partir de la troisième génération, les empêchements n'existaient déjà plus. La foule, le vulgaire, la masse du public ne s'occupait plus, et pour cause, des liens de parenté ayant bien pu exister entre les différents Béjart, qu'elle n'avait pas connus, et dont elle se souciait si peu! Les Béjart : à part Arrnande, et aussi un peu Magde-

(i) Cf. t. \". p. ofM, note I ; 590, 606 et note 1, 613. etc.

t-) Les hommes meurent..., mais les institutions ne meurent pas! Et ce qu'il serait impossible de faire accepter à telle époque, oit l'on se souvient encore, il détient si facile de le faire croire quand il ne reste plus ni témoins, ni preuves palpables des faits réels!...

(3) Car enfin, Geneviève n'était assurément pas la fille de Magdeleine, mais bien sa sœur!!... Ta belle comédienne, née en 1618, ne pouvait pas être accouchée de Geneviève le 2 juillet 16-2i(Cf. t. 11. p. 130), alors qu'elle n'avait positivement, elle. que MX a.xs lt demi ! !!...

542 Chap. IX,

leine, qui, dans son temps, fut également une actrice célèbre, la troisième génération avait-elle eu jamais occasion d'en entendre parler? Mais du vivant d'Armande et de Geneviève, on ne mettait pas en doute qu'elles ne fussent les deux sœurs. Voilà ce qui est extrêmement curieux! voilà ce qui n'avait pas encore été remarqué! voilà ce qui ressort définitivement et ce qui est désormais acquis... !

La routine est-elle donc enfin terrassée? la calomnie est-elle donc sérieusement vaincue et à la veille de disparaître? Soyons du moins sûrs d'une chose : Armand e est bien la fille de Joseph Béjart et de Marie Hervé, tout comme Geneviève, tout comme Magdeleine elle-même, et aucun doute ne peut rester à cet égard. Les actes d'Eudore Soulié sont les bons et les vrais; ils ne contiennent, eux, aucun mensonge. Les explications du sagace M. Moland, si fermes et si judicieuses, et les remarques et commentaires dont nous avons cru devoir les accompagner, ne constituent-ils pas définitivement l'évidence même?...

Pour en revenir à notre tableau, dont ces dernières explications nous ont un tant soit peu éloignés, on y reconnaît bien l'entourage exact de Molière, pendant sa vie, subitement interrompue (on finira par le remarquer) d'une manière si surprenante. Que de réflexions les synchronismes qu'il contient ne sont-ils pas de nature à nous suggérer et à faire naître en nous!... Après Armande, dénommée «Mademoiselle Molière», née en 1642, nous n'y trouvons plus, chronologiquement bien entendu, que deux noms : Baron, né en 1653, et la fille de Molière et d'Armande, « Mademoiselle de Montalant », née en 1665.

Ce qui tient le plus de place au contraire dans ce tableau (et il en serait forcément ainsi, remarquez-le bien, dans tous les autres que l'on dresserait sur le même plan), ce sont les personnages ayant précédé notre héros dans la vie. Parmi ceux qui ont fleuri sous le règne de Louis XIII, nous remarquons avec quelque surprise et nous constatons l'antériorité relative de certains hommes qu'à leur influence continue et même tardive nous aurions supposés beaucoup plus jeunes : le vieux d'Assoucy, par exemple, qui voulait mettre la dernière pièce de Molière (1673) : le Malade imaginaire, en musique et en grande partition ('); c'est bien lui, qu'on aurait pu appeler : « un homme de l'autre règne, » car il avait en réalité deux ans de plus par exemple que Pierre Corneille, dont il avait été le collaborateur. Plus âgé encore (né en 1595) était ce bon, et honnête, et droit, et expansif Chapelain, l'auteur présumé de la Lettre sur l'Impostf(tr(2), l'auteur certain du grand poème un peu lourd, consacré à la gloire impérissable de notre Jeanne d'Arc; le sérieux admirateur de Molière, enfin, qui a jeté un des premiers, dans une lettre particulière à Ottavio Ferrari (3), comme le suprême adieu au grand homme disparu! Chapelain était donc un vieillard, à cette dernière époque, puisque, de fait, il était né en 1595, l'année présumée de la naissance de Marie Hervé (4). Et

l1) Cf. 1. 1«, p. 510, note 2, continuée à la page suivante.

(2) Cf. t. I", p. 341 ; 353, note 2 [continuée p. 354 — voir tout à la fin] ; 495- 496; etc., etc.

(3) Cf. t. 1", p. 496, 574 en note.

(*) En lui donnant, à Marie Hervé, «73 ans» le jour de sa mort (jeudi 9 jan-

le grand âge de l'auteur de la France délivrée ôte à Boileau toute excuse de l'avoir si vivement attaqué, — non sans laisser passer fort heureusement, une petite fois, le bout de l'oreille; et cela quand il nous dit:

II est le mieux rente de tous les beaux esprits (') !

Le duc d'Espernon, lui, est plus âgé encore : il est né, comme Gassendi [qu'il dépassera de six ans d'existence], en 1592; il ouvre notre liste; bien qu'il ne faille pas cependant le prendre pour le fameux duc d'Espernon des régnes d'Henry III et d'Henry IV, le héros des romans de la Reine Margot, de la Dame de Monsoreau et des Quarante-Cinq d'Alexandre Dumas, avec lequel tant de Moliéristes l'ont cependant, tour à tour, maladroitement confondu, ainsi que le faisait si malignement et si heureusement remarquer M. Anaïs Bazin (!).

Cette longue, cette imposante suite, celte véritable procession de personnages remarquables, éminemment pittoresques, et se rattachant tous si étroitement à notre Molière, — qui les accompagne et leur fait comme les honneurs du tableau, — est bien de nature, ainsi que je le faisais remarquer tout à l'heure, à jeter les penseurs instruits dans de sérieuses réflexions.

Molière, dans sa carrière si brusquement arrêtée — il serait peut-être plus juste de dire : coupée en deux, — est toujours tour à tour malade ou convalescent. La postérité immédiate a cru vraisemblable que ce qui durait depuis si longtemps pût finir tout à coup et par un funeste dénouement. On est si porté à commenter doctement le passé et à donner une explication plausible aux faits qui ont eu lieu! Mais les témoignages des contemporains, c'est-à-dire de ceux qui ont vu, qui ont observé sur le vif et qui ont écrit incidemment, sont ceux qui doivent toujours compter le plus! Celui extrêmement précieux de La Grange (3) nous en dit long: Grâce à l'auteur du Registre, et plus tard de la Préface, nous apprenons, en effet, à n'en pouvoir douter, que la toux et la fluxion de Molière ne furent nullement la cause de sa mort. Et cet autre témoignage, non moins inattendu et véritablement fulgurant, dont nous parlions encore tout à l'heure, quelques pages plus haut [cf. p. 510 et 541] : celui de Guicbard (4), voulant cependant vilipender « la Molière», et nous initiant très naturellement au détail que tout le monde savait alors, c'est-à-dire en nous apprenant que Geneviève et Armande étaient soeurs, n'est-il pas plus décisif que toutes les assertions intéressées, que toutes les brochures, que tous les pamphlets?...

L'identité de notre grand Molière avec l'Homme au masque de fer,

vier 1C70), M. Georges Monval la ferait naître deux ans plus tard, en 1597 par conséquent (Chronologie moliéresque, p. 211), ce qui aurait l'avantage précieux de nous éloigner de plus en plus du grand âge qu'accordaient si bénévolement les anciens Moliéristes à la mère de Magdeleine, de Geneviève et d' Armande.

Au commencement de 1642, date certaine de la naissance d' Armande, Mark Hervé n'aurait donc eu que quarante-cinq ans,

I») Boileau-Despréacx, Satire IX, vers 218.

(î) Cf. t. II, p. 277, 278, 279.

0*) Cf. t. I», p. 531, 532, 533, 531. 535.

(*) Cf. t. I", p. 593, 604-605.

544 Chap. IX,

identité mise en discussion et présentée pour la première fois en 1882-1883 par Ubalde dans la brochure : le Secret du Masque de fer, écrite à Vichy, publiée à Bordeaux, vient d"èlre enfin traitée, par celui qui écrit ces lignes, avec le développement et les détails que comportait naturellement une question si nouvelle et si inattendue, — et, osons le dire enfin, si importante. Mais je me suis bien gardé, dans le vaste paragraphe en quarante-deux articles que je lui ai consacré, de 1 affirmer, cette identité, trop complaisamment, et de l'imposer, surtout, en quoi que ce soit, à mes lecteurs et au public. J'ai établi, au contraire, plusieurs fois et avec intention marquée, que je n'étais nullement sur (pouvais-je aller plus loin?) que Molière ne fût pas mort dans son lit, rue de Richelieu, le 17 février 1673 au soir (')• H y a plus : dans le tableau même qui suscite et motive ces dernières pages, tout l'espace de temps compris entre 1673 et 1703, — dans la ligne horizontale correspondant au nom si glorieux de Jean-Baptiste Poquelin de Molière, — est rempli, par moi, à l'aide de timides points d'interrogation. C'est dans l'intérêt même de la question, et connaissant le public, que je fais ces réserves complaisantes. Il faut y regarder à deux fois avant d'exposer une opinion un peu hardie, et je crois que celle dont il est ici question ne laisse rien à désirer à cet égard.

Car elle est neuve et étrange, l'idée de rapprochement qu'Ubalde a rencontrée inconsciemment, en proie il est vrai à une surexcitation « passionnelle » absolument dévorante, et singulièrement propice à bien des audaces! J'ai eu soin de dire au reste (J) une chose absolument vraie et que je n'ai pas cherché un seul instant à celer: c'est que la pièce dernière, la plus convaincante de toutes, celle à laquelle il ne resterait plus rien à opposer (en un mot, le nom véritable du mystérieux prisonnier inscrit sur un document réel du temps), est celle qui manque le plus, celle qui ne pourra jamais être fournie, — d'après du moins toutes les apparences (3).

En l'envisageant, cette question, de très près et sous tous ses aspects, et à mesure que j'en développais les conséquences possibles, j'ai senti ma conviction gran lir; et malgré les réserves que j'ai dû m'imposer, un peu pour la forme, et dans l'intérêt même de la thèse que je soutenais, je me dois à moi-même de déclarer et de certifier sérieusement en terminant que je crois de plus en plus (cette formule est la vraie) à l'emprisonnement de Molière, opéré, qu'on le remarque bien, sur le modèle du châtiment infligé sur la scène au bon monsieur Tartuffe : incarcération conçue, préparée et exécutée, sinon sous la haute direction de ce dernier, du moins, il n'en faut pas douter, à son instigation première et bien reconnaissable

Comme tant de beaux génies dont il est inutile de rappeler ici les noms, Molière, en atteignant pleinement et complètement le but suprême qu'il poursuivait depuis si longtemps, n'a nullement échappé ensuite à la ven-

(i) Cf. spécialement t. II, p. 112 et 113.

(2) Cf. t. I", p. 492, t. II, p. 100 [au haut de la page], 10-i [2« et 3» alinéas], 109, 113 [Début de l'article XL1I|, 293 [les deux dernières lii/ncs de la note 1.]

(3) Cf. t. II, p. 54, 83, 89, 95, 96, etc.

geance, redoutable et imminente, des vindicatifs et trop puissants ennemis qu'il avait irrités — et vaincus. Rien de si périlleux que la gloire acquise aux dépens des méchants et des traîtres. Mais, bien qu'il se soit, dit-on, presque repenti d'avoir écrit, publié et fait jouer Tartuffe ('), notre auteur se rendait parfaitement compte à l'avance, ne fût-ce que par intuitions passagères, il n'en faut pas douter (*), à quels dangers trop réels il s'exposait en le mettant au jour; et on peut enfin dire, somme toute, que c'est vraiment de gaieté de cœur qu'il s'est jeté, si courageusement, dans le terrible péril où sa liberté a si complètement sombré.

Je raconte plus loin, dans ma Postface (*), comment, de quelle manière, à quelle occasion cette question de l'Homme au masque est venue se greffer, tout naturellement, à celle du séjour à Bordeaux de Molière et de sa troupe. La découverte de M. Dast de Boisville, sans laquelle le présent livre n'existerait pas, m'a été, surtout, singulièrement profitable. Non seulement ce travailleur, aussi infatigable qu'obligeant, a bien voulu mettre à ma disposition tout ce que, en cherchant beaucoup, il est parvenu à rencontrer concernant Molière à Bordeaux, mais encore, — et je lui adresse ici, pour ce, l'expression de ma gratitude, — dès le premier jour, il a consenti à me laisser traiter et présenter personnellement au public, dans un livre spécial, un sujet qui lui revenait, à lui, si naturellement de droit, de par sa découverte.

Au tableau d'ensemble synchronique que nous venons d'offrir à nos lecteurs, et dont nous nous sommes appliqué à faire ressortir en même temps, par des exemples, le genre d'utilité tout spécial, il nous parait à la fois pratique et avantageux de joindre ici une seconde Table, élément de clarté très différent, mais non moins important, qui nous semble absolument indispensable pour achever de familiariser ceux qui veulent étudier de prés la vie de Molière avec certaines péripéties encore peu connues de son existence, et pour les empêcher surtout de confondre entre eux des faits et des dates de haute importance, et dont la succession, dans le Temps, demande à être rigoureusement tirée à clair.

Pour donner à ce nouveau document toute l'utilité qu'il comporte, par rapport aux deux volumes qu'il a pour mission spéciale d'accompagner et de résumer à très grands traits, il nous semble surtout nécessaire de ne lui faire embrasser que les seules parties, parfois très espacées, de la vie du grand homme que nous nous sommes donné pour mission de traiter dans cet ouvrage (*), et avant toute chose d'éviter absolument les développements qui n'ont que faire ici, puisqu'ils existent déjà, de fait, dans mes deux volumes mêmes.

Répétons-le : nous avons d'autant moins, dans les pages qui vont suivre, à embrasser la vie complète de Molière, que cette dernière n'est nullement l'objet du présent ouvrage, dont ces dernières feuilles sont comme

(i l Cf. t. I*r, p. 353, note 3.

(«)Cf. t. I«, p. 240.

(3) Cf. ci-après, t. II, p. 537.

(') Voyez le dernier alinéa de la note qui suit immédiatement celle-ci, ci-contre, page 346.

546 Chap. IX,

une sorte de récapitulation chronologique. Il y a des périodes entières, en effet, dans l'existence du grand dramatiste, que nous nous sommes absolument interdit de traiter, par la raison qu'elles ne se rattachent, par aucun côté, ni aux différents séjours de Molière à Bordeaux, ni à ses fins dernières à Paris, double objet de notre travail C1).

Bien entendu nous allons suivre, dans ce second tableau, non pas l'ordre successif de nos chapitres, paragraphes et articles (on en trouvera la liste dans notre Table des matières); mais, ce qui est très différent, l'ordre, cette fois strictement et rigoureusement chronologique, des faits que ces divisions contiennent; en ayant surtout grand soin, à peine avons-nous besoin de le dire, de placer la série des événements multiples, traités spécialement dans les quarante-deux articles du § 9 de notre chapitre deuxième. à leur vraie date : c'est à-dire, de fait, tout à la fin de notre second tableau d'ensemble, — que voici :

Quelques dates de la Vie de Molière.

1622. ib janvier. Baptême de Molière.

1632. ii mai. Enterrement de la mère de Molière.

1636. A la rentrée des classes. Molière entre au collège de Clermont, chez les Jésuites.

1637. i8 décembre. Molière prête serment, comme survivancier de la charge de son père.

lOil. Fin juillet. Molière va faire sa philosophie chez Gassendi avec Cliapelle, Bernier et Cyrano.

(i) Sous ce titre : les Datts principales de la vie de Molière, nous avions depuis longtemps pensé à composer et à publier un livre devant avoir sa raison d'être, son importance et son intérêt. Nous y renonçons définitivement, par la raison que ce livre existe aujourd'hui et n'est plus à faire :

C'est la Chronologie moliéresque de M. Georges Monval, qui vient de paraître (1897) à Paris, à la librairie des Bibliophiles (E. Flammarion, successeur). Ce livre est composé avec beaucoup de soin, et on peut le recommander sérieusement aux Moliéristes; car, comme dit lui-même l'auteur dans son introduction, «il peut » suggérer plus d'un rapprochement inattendu (p. Il), » et nous l'avons constaté nous-même plus d'une fois en le parcourant.

En résumé, ce petit livre a un mérite très réel. Par exemple, il nous a appris, personnellement, plusieurs faits que nous ignorions parfaitement; et nous nous empressons de le reconnaître, puisque c'est la vérité.

Pour en revenir a notre second tableau, ce que nous disons plus haut, "a la fin de l'alinéa qui motive cette note, n'a rapport qu'aux périodes parfaitement claires, de la vie de Molière, constituant ce que M. Loiseleur appelle avec si juste raison, ses « années de gloire ». Quant à l'espace de temps qui commence à septembre 16i'i et finit à la fameuse représentation de la salle des Gardes du Vieux Louvre (2i octobre 1658), tout nous commandait au contraire de le remplir de notre mieux avec les dates de tous les événements arrivés jusqu'à nous. Ajoutons que, pour cette partie de notre tableau, la Chronologie moliéresque de M. Georges Monval nous a été vraiment fort utile. — Mais nous tenons à dire, par exemple (prévoyant une insinuation peu charitable que certains seraient peut-être tentés de faire), que les Quelques dates de la vie de Molière ne sont nullement un abrégé ni un extrait de l'important petit livre de M. Monval. A cet égard, nous ne pouvons qu'inviter simplement les lecteurs de bonne foi à comparer ce dernier avec la présente lin de chapitre; ils seront vite édifiés à cet égard.

1612. Commencement. Naissance d'Armande-Grésinde-Claire-Elisabeth Béjart, fille légitime de Joseph Béjart et de Marie Hervé, son épouse.

ltiii. Premiers mois. Molière est étudiant en droit.

1642. Deuxième trimestre. Voyage [probable] de Molière en Roussillon à la suite du roi Louis XIII.

1642. Juillet. Retour de Molière à Paris.

1642. Automne. Molière fait connaissance des Béjart et devient l'amant de Magdeleine, sœur aînée et marraine de sa future femme.

1643. (; janvier. Molière renonce à ses droits à la charge de son père, et annonce à ce dernier qu'il veut se faire comédien.

1643. Février. Mort de Joseph Béjart le père.

1643. 10 mars. La veuve Béjart, au nom de ses cinq enfants, renonce à la succession de son défunt mari.

1643. 30 juin, fondation de l'Illustre Théâtre.

1643. 12 septembre. Location à Paris du jeu de paume des Mestayers. 1643. 31 octobre. Engagement de l'orchestre de l'Illustre Théâtre. 1643. 3 novembre. Séjour à Rouen de la nouvelle troupe.

1643. Décembre. La troupe est de retour à Paris et fait ses derniers préparatifs pour l'inauguration de la salle des Mestayers.

1643 La Fontaine de Jouvence, ballet en deux parties attribué

[à tort] à Molière.

1644. 3 janvier. Représentation d'ouverture de la troupe. 1644. 28 juin. Engagement du danseur Daniel Mallet.

1644, 0 septembre. Obligation de la compagnie à Louis Baulot. 1644. 11 décembre. Trois obligations de l'Illustre Théâtre à François Pommier.

1644. 20 décembre. Marché passé entre Antoine Girault et l'Illustre Théâtre pour son déménagement à la Croix-Noire et la remise du Mestayer en l'état primitif.

1645. 8 janvier. Inauguration, par la troupe de Molière, du Théâtre de la Croix-Noire au Port Saint-Paul, rue des Barrés et quai des Ormes.

1645. 10 janvier. Mise en vente de la Mort de Sénèque, tragédie de Tristan l'Hermite.

1645. 20 juillet. Mise en vente de la Mort de Chrispe, tragédie de Tristan l'Hermite, et à'Artaxerce, tragédie de Magnon.

1645. Avant septembre. Le « Balet » de l'Oracle de la Sibyle de Pansoust, dansé par les gentilshommes et les officiers de Gaston d'Orléans pendant que Molière était encore à Paris.

1645. 2-4 août. Molière prisonnier au Grand-Chàtelet.

1645. 13 août. Obligation à Léonard Anbry, signée par cinq des comédiens de l'Illustre Théâtre.

1616. Mars. Le duc d'Épernon, gouverneur de la Guienne, est à Paris.

1646. 28 avril. Mise en vente du Dictateur Romain, tragédie d'André Maréchal, dédiée au duc d'Epernon.

1646. 24 août. Le duc d'Epernon esta Agen.

1646. 12 octobre. Mise en vente de Josaphat, tragédie de Magnon. dédiée au duc d'Épernon.

54 Chap. IX,

1647. 31 niai. Le duc d'Épernon est à Agen.

1647. Août-septembre. La troupe du duc d'Épernon est à Albi.

1647. Octobre. Une quittance de 500 livres est signée, à Carcassonne, par les comédiens Du Fresne, Du Parc et Réveillon.

1648. 23 avril. Arrivée à Nantes de Molière, de Dufresne et de leur troupe.

1618. 18 mai. Les Béjart signent, à Nantes, au baptême d'Isabella Réveillon.

1649. Mai. Représentation à Toulouse, au Capitule, d'une comédie à l'arrivée du comte de Roure, par Molière, Du Fresne et leurs artistes.

1649. 21 octobre. « Molière écrit à Poitiers pour demander au maire d'y » passer deux mois. » (G. Monval : Chronologie, p. 61.)

1649. 26 décembre. Ch. Dufresne et Magdeleine Réjard sont parrain et marraine à Saint-Paul de Narbonne.

1650. 10 janvier. Mademoiselle de Brie et Molière tiennent sur les fonts, à Saint-Paul de Narbonne, l'enfant d'Anne XXX.

1650. 13 février. Ch. Dufresne est à Agen.

1650. Mai. «Molière à Toulouse? » (G. Monval: Chronologie, p. 63.)

1650. 11 décembre. Molière écrit et signe, à Pézenas, une quittance de 4,000 livres.

1651. ... Séjour de Molière à Pézenas.

1651. 14 avril. Molière donne reconnaissance, à Paris, des sommes qu'il a reçues de son père.

1652. 19 décembre. Réveillon est parrain à l'église Sainte -Croix de Lyon.

1652. Fi h [ou 1653 commencement]. Représentation à Lyon, avec une distribution curieuse, de l'Andromède de Pierre Corneille.

1653 [ou 1655] Première représentation, à Lyon, de l'Estourdy de

Molière.

1653. 19 janvier. Molière signe, à Lyon, au mariage de Du Parc avec Marquise-Thérèse de Gorla.

1653. 11 mars. Ouverture, à Pézenas, des États du Languedoc présidés par le comte de Bieule.

1653. 2 juin. Clôture des États, à Pézenas.

1653. Septembre. La troupe est appelée à la Grange-des-Prés; elle est autorisée à prendre le nom de Troupe de M. le prince de Conti.

1653. 10 novembre. Molière et sa troupe jouent, à Montpellier, dans la maison du président d'Atgel.

1654. G janvier. Baptême, à l'église Saint-Pierre de Montpellier, d'un enfant: Jean-Baptiste Du Jardin, né le 10 novembre 1653, tenu sur les fonts par Molière et par Magdeleine de l'Hermite.

1654. 22 février. Le prince de Conti est nommé gouverneur de la Guienne.

1654. 8 mars. MUe Du Parc accouche, à Lyon, d'un garçon.

165i. 26 mars. Mlk Du Parc, à Lyon, est marraine.

1654. 3 novembre. Molière est toujours à Lyon. A-t-il été à Vienne (Dauphiné) dans l'intervalle'.'

165*. 7 décembre. Ouverture, à Montpellier, des États du Languedoc, présidés par le prince de Conli.

1654 D'après Rœderer, première représentation, à Béziers [à Montpellier, dit Grimarest], de la farce des Précieuses, de Molière.

1655. 7 février. Représentation, à Montpellier, du Ballot des Incompatibles, devant le prince de Conti, par Molière, Joseph Béjart, La Pierre, Vitrac, Seguin, Martial. Joachim, etc.

1(555. 14 mars. Clôture des Etats du Languedoc, à Montpellier. La troupe de Molière reçoit 8,000 livres (pour quatre mois).

1655 D'Assoucv, l'auteur de la musique d'Andromède, rencontre

Molière et sa troupe à Avignon.

1655. 20 avril. Molière appose sa signature, à Lyon, sur l'acte de mariage du comédien Faure [et non pas Foulle] Martin et de la comédienne Reynes [registre de Lyon] ou Reynier [registre de Bordeaux].

1655. Septembre. Molière et sa troupe vont successivement à Lavagnac, Mèze, Lunel, Gignac, Marseillan, Agde, Nissan, Montagnac [itinéraire indiqué par M. Georges Monval].

1655. 4 novembre. Molière et sa troupe, commandés, assistent, à Pé/.enas, à l'ouverture des États du Languedoc par le prince de Conti.

1656. 22 /écrier. Fin de la session de Pézenas, où se trouvait la troupe du prince de Conti, dirigée par Molière, Du Fresne et les Béjart.

1656. 24 février. Molière écrit et signe, à Pé/.enas, une quittance de 6,000 livres.

1656. 3 mai. A Narbonne depuis le 26 février, Molière parait dans un accord sous forme de police, entre Dufort et C.tssaignes d'une part, Molière et Magdeleine Béjart de l'autre.

1656. Eté et automne. Molière est à Bordeaux, établi avec sa troupe dans la paroisse Saint-Chris toly, et donne des représentations au jeu de paume de Barrou'.a.

1655. 6 août. Naissance à Bordeaux, à quatre heures du soir, sur la paroisse Saint-Christoly, du fils de Faure Martin et d'Anne Reynier.

1656. 15 août. Molière et MUe De Brie tiennent à Bordeaux, à l'église Saint-André, l'enfant [Jean-BaptisteJ de Faure Martin et d'Anne Reynier.

1656. 11 novembre. Ouverture, à Béziers, des États du Languedoc, présidés par le comte de Bieule.

1656. 5 décembre. François II d'Épinay, marquis de Saint-Luc, gouverneur et lieutenant du Roi dans la province de Guierme, écrit aux consuls d'Agen pour leur recommander une troupe de comédiens qui viennent de jouer à Bordeaux.

1656. Décembre. Première représentation à Béziers, aux États présidés par le comte de Bieule. de Dépit amoureux, de Molière [date douteuse],

1657. 16 avril. Béjart aîné reçoit la somme de 500 livres des Etats du Languedoc.

1657. 15 mai. Le prince de Conti retire à la compagnie, dirigée par Molière et les Béjart, son titre de Troupe de M. le prince de Conti.

1657. i&juin. Dufort cité par Magdeleine Béjart devant la Bourse de Toulouse.

550 Chap. IX,

1657. Novembre. Molière rencontre à Avignon Pierre Mignard, dit le Romain, chez son frère Nicolas Mignard, de Troyes, dit «Mignard d'Avignon ».

1658. 10 janvier. Molière assiste, à Lyon, à l'enterrement du petit Du Parc.

1658. 10 janvier. Magdeleine Béjart reçoit, de Dufort, la somme de 3,750 livres.-

1658. Carnaval. Molière est à Grenoble, avec sa troupe.

1658. 30 avril. Molière est à Rouen, au jeu de paume des Deux-Maures.

1658. 12 juillet. Location pour dix-huit mois, par Magdeleine Béjart, à Rouen, du jeu de paume des Marais, à Paris.

1658. 24 octobre. Molière et sa troupe représentent, à Paris, devant le Roi, dans la salle des Gardes du vieux Louvre, Nicomède, de Pierre Corneille, et le Docteur amoureux, comédie [depuis perdue] de notre auteur.

1658. 2 novembre. Première représentation, a Paris, de l'Estourdy [ou les Contretemps],

1658. Novembre. « Molière demeure sur le quai de l'École, en la maison » de l'image Saint-Germain. » (G. Monval : Chronologie, p. 97.)

1658. 0 décembre. Première représentation, a Paris, de Despit amoureux.

1659. 16 avril. Molière et sa troupe, au château de Chilly-Mazarin [près Longjumeau], jouent, pour le maréchal de la Meilleraye, Dépit amoureux, en présence de Louis XIV et de sa cour.

1659. 18 avril. Représentation de la petite pièce Gros-René écolier.

1659. 26 août. Mariage Citoys-Gobert.

1660. 11 octobre. Le Roy accorde à Molière la salle du Palais-Royal. 1660. 16 octobre. Le Médecin volant est représenté au Louvre, pour

le Roy.

1660. 16 novembre. Le privilège accordé par erreur à Neufvillenaine, pour Sganarelle ou le cocu imaginaire, est définitivement supprimé.

1661. 11 août. Magdeleine Béjart parait, dans les Fascheux, en costume de naïade.

1661. 14 septetnbre [dit le Bibliophile Jacob. — 13, dit M. Monval, chronologie, p. 123]. Le Fagotier, farce attribuée à Molière.

1661. 20 novembre. Molière et Magdeleine Béjart tiennent, à Paris, sur les fonts de l'église Saint-Merry, une enfant de Marin Prévost et d'Anne Brillait.

1662. 23 janvier. Contrat de mariage de Molière.

1662. 20 février. Mariage, à Saint-Germain-l'Auxerrois, de Molière et d'Armande Béjart.

1662. 9 mai. A Saint-Germain-en-Laye, la Jalousie de Gros-René [avec D. Japhet],

1662. 26 décembre. Première représentation de V École des Femmes; commencement de la ligue des dévots contre Molière.

1663. 21 janvier. Molière et sa femme sont parrain et marraine d'un enfant Du Parc, à Paris, à Saint-Eustache.

1(363. il mars. Louis XIV fait une pension de 1,000 livres à Molière, qui réplique par le Remerciement au Roy.

1603. im juin: Première apparition d'Armande Béjart, sur la scène, dans le rôle d'Élise dé la Critique de l'Ecole dêé Femmes.

1603. 93 juin. Molière est parrain d'un enfant Boudet, à Paris, à l'église Saint-Eustache.

1603. S août. Molière et M"8 Du Parc sont parrain et marraine, à Saint- Eustache, de la fille de La Thorillière.

1663. Novembre. Tourne en ridicule dans l'Impromptu de Versailles, le comédien Montikuiy dénonce insidieusement et faussement Molière à Louis XIV comme ayant commis un crime épouvantable.

1664, l'J janvier. Naissance de Louis Poquelin, premier enfant Je Molière.

1064. 10 février. Louis Béjart et Armande tiennent, sur les fonts de l'église Saint-Eustache, une fille de Marin Prévost et d'Anne Brillait.

1664. 98 février. Baptême de Louis Poquelin, à Saint-GermainlAuxerrois. Parrain : Louis XIV; marraine : Madame.

1664. 12 mai. Les trois premiers actes de l'Hypocrite [1er titre du Tartuffe] sont représentés à Versailles dans la sixième journée des fêtes données sous le nom des Plaisirs de l'Isle enchantée.

1664. 25 mai. La Casaque, farce attribuée à Molière [et qu'aurait retouchée en 1808 Alexandre Duval en lui donnant le nouveau titre de la Tapisserie], est représentée, à la réouverture, avec l'École des maris.

1664. Après le '28 juillet et avant le 1er août [13 août, dit M. Monval, Chronoh, p. 155]. Publication du Roi glorieux au monde, libelle contre Molière par le curé de Saint-Barthélémy Pierre Boullé.

1664. 31 août. Premier placet de Molière, en réponse au Roy glorieux au monde.

1604. Septembre. Sonnet de Molière à Lamothe le Vayer [publié en 1667]. 1664. 25 septembre. Beprcsentation, à Villers-Cotterets, des trois premiers ad es du Tartuffe.

1664. 11 novembre. Enterrement du petit Louis Poquelin, âgé de dix mois.

10H4. 25 novembre. Molière est présent, ainsi qu'Armande, au contrat de mariage de Geneviève Béjart et de Léonard de Loménie.

1664. 29 novembre. Molière fait représenter au Baincy, par ordre du prince de Condé, son Tartuffe en cinq actes.

1665. 15 février. Première représentation de Dom Juan; brochures et pamphlets qu'il suscite.

1665. 20 mars. Dom Juan est joué pour la quinzième et dernière fois, après laquelle il disparait subitement et complètement de l'affiche.

1665. 13 juin. Le Favori, avec prologue [perdu] écrit par Molière.

1665. 4 août. Baptême à Saint-Eustache, d'Esprit-Magdeleine Poquelin. fille de Molière et son second enfant. Parrain : Modène; marraine : Magdeleine Béjart.

1665. 8 novembre. Seconde représentation, au Baincy, du Tartuffe de Molière.

552 Chap. IX,

1606. 26 octobre. Contrat de mariage de Modène et de Mn« de l'Hermite. Le mariage a lieu à l'église Saint-Paul.

1667. 11 avril. Mort de Molière, annoncée et démentie.

1667. 5 août. Première et unique représentation de Panulphe ou l'Imposteur.

1667. 6 août. Le Premier Président notifie à Molière l'ordre de suspendre les représentations de sa pièce.

1667. 1 août. Molière adresse à Louis XIV, alors à Lille, son second placet par La Grange et La Thorillière.

1667. 11 août. Ordonnance de l'archevêque de Paris contre le Tartuffe.

1667. 20 août. Publication de la Lettre sur la comédie de « l'Imposteur ».

1669. 3 janvier. Molière reparait enfin sur la scène du Palais-Royal.

1069. 5 février. « La grande résurrection » de Tartuffe, représenté publiquement à Paris au Palais-Royal.

1669. 19 novembre. Privilège de la Critique du Tartuffe, comédie.

1669. 1er décembre. Élomire hypocondre, pamphlet de Le Boulanger de Chalussay.

1670. 24 juin. Date d'un autographe de Molière (très douteux) découvert derrière la toile d'un ancien tableau de sainteté attribué à Sébastien Bourdon.

1670. 15 novembre. Molière etMUe de Brie tiennent la petite Beauval sur les fonts baptismaux, à Saint-Germain-en-Laye.

1671. 30 mars. Molière et Geneviève Jennequin tiennent un enfant de Rochefort et de Magdeleine Desurlis sur les fonts de l'église Notre-Dame d'Auteuil.

1672. 9 janvier. Magdeleine Béjart fait son testament. 1672. 11 février. Mort de Magdeleine Béjart.

1672. 15 septembre. Molière présent au contrat de mariage entre J.-B. Aubry des Carrières et Geneviève Béjart, veuve Loménie de la "Villaubrun.

1672. 15 septembre. Naissance de Pierre-Jean-Baptiste-Armand Poquelin, troisième et dernier enfant de Molière.

1672. 1er octobre. Baptême de Pierre-Jean-Baptiste-Armand Poquelin, à Saint-Eustache. Parrain : Pierre Boileau ; marraine : la fille de Pierre Mignard.

1672. 12 octobre. Convoi à Saint-Eustache de l'enfant précédent, mort le 10.

1672. 12 décembre. Double baptême des deux jumelles de La Grange, à Saint-Eustacbe. Verneuil et MUe Molière (Annande) tiennent l'une; Molière et M"e de Brie tiennent l'autre.

1673. 11 février. Molière est parrain, à Saint-Sauveur, d'une fille de Claudine Mallet et de Jean Uscet de Beaucbamp, petite-fille du danseur Daniel Mallet.

1673. 11 février. Quatrième représentation du Malade imaginaire, à l'issue de laquelle Molière ne mourut pas sur le théâtre. 1673. 21 février. Convoi funèbre de Molière au cimetière Saint-Joseph,

1673. Février, Commencement de la captivité et do la mise au secret, au donjon de Pignerol, du mystérieux détenu de Saint-Mars.

1676. 16 juillet. « Requeste d'inscription de taux, en forme de faction », par Henry Guichard.

1681. Octobre. Le prisonnier de Saint-Mars est transporté de Pignerol à Exiles.

1682. Premier semestre. Denys Thierry [Barbin, dit M. Loiseleur se basant sur le Bibliophile Jacob"), refuse de faire imprimer la traduction, par Molière, du De Natura rentra de Lucrèce.

1682. 90 août. Publication à Paris, chez Denys Thierry, de l'édition définitive des Œuvres de Molière y compris les postfuones, et disparition, par la même occasion, des autres manuscrits de Molière.

1687. 30 avril. Le mystérieux prisonnier et son geôlier Saint-Mais, après un voyage de douze jours, arrivent aux lies Sainte-Marguerite et Honorât, sur les cotes de Provence.

1688 Publication, à Francfort, du pamphlet de la Fameuse Comédienne.

1691. 13 août. Le marquis de Barbezieux, fils de Louvois, écrit maladroitement à Saint-Mars une lettre destinée à devenir, par la suite, d'une très haute importance historique.

1698. 18 septembre. Arrivée à la Bastille, sous l'escorte de Saint-Mais, du prisonnier masqué venant des îles Sainte-Marguerite.

1700. 30 novembre. Mort à Paris, rue de Touraine, de M,le Armande Guérin d'Estriché, la « veuve » remariée de Molière.

1700. 2 décembre. Acte de décès [mensonger quant à lage], de la « veuve » de Molière, inscrit à Paris sur le registre de la paroisse de Saint- Sulpice.

1703. 19 novembre. Mort de l'homme au masque de fer, à la Bastille.

1703. 20 novembre. L'homme au masque de fer est enterré à Paris, au cimetière Saint-Paul.

170i. 15 décembre. Fontenelle appose sa signature au bas de l'approbation de la Vie de M. de Molière, par Jean-Léonor LE GALLOIS, sieur de GRIMAREST.

Ainsi resserrée dans ses très justes et très étroites limites, cette simple suite de dates et d'événements rapprochés les uns des autres acquiert immédiatement un relief, une clarté, une évidence lumineuse que ne récuseront pas, nous l'esp irons du moins, les lecteurs qui auront bien voulu nous accompagner jusqu'ici (').

Dans mon Avant-Propos, j'avais tout d'abord averti ceux qui ouvriraient ce livre que ce titre, que je ne changerais pas pour un autre : Molière à Bordeaux, annoncé en premier plan au frontispice de mon ouvrage, se.a't

(•) Afin de donner vraiment à cette réunion de dates la plus grande utilité qu'elle puisse avoir, nous nous sommes fait une loi sévère de la rendre aussi restreinte et aussi laconique que possible. Quant on veut seulement éclairer un travail qui existe, il faut bien se garder surtout de le recommencer. La fixation des principales dates, sans détail aucun, est ce qu'il y a de vraiment nécessaire et ce qui importe seul ici.

554 Chap. IX, § 8.

peut-être beaucoup moins justifié, dans son intérieur, que, pour ma part, je ne l'aurais désiré, car je me trouvais, à cet égard, dans le cas de « la plus belle fille du monde ». Mais si, contraint et forcé par la pénurie des renseignements, j'ai été bref au sujet des différents séjours et stations de Jean-Baptiste Poquelin et de ses compagnons et associés dans la capitale de la Guienne, je crois, — ou du moins j'espère, — avoir un peu pris ma revanche comme a analyste » et rapporteur dans les discussions animées (*) auxquelles les découvertes de M. Dast de Boisville ont donné lieu : discussions dans lesquelles les écrivains bordelais, par leur bon sens, leur franchise, leur libre fantaisie et leur humour, ont eu si complètement le dessus sur certain opposant parisien à courir trop hâté.

A propos de Molière, du reste, et sans vouloir offenser personne, la Province, depuis quelque temps, a pris l'excellente habitude de se montrer et de revendiquer, à l'égard de ce grand homme, sa place au soleil. A la veille même de l'inauguration de la statue de Molière dans cette intelligente ville de Pézenas, à bon droit si heureuse et si fière de son g Moliérisme», la polémique bordelaise, soutenue par une grande partie de notre presse locale à propos de l'acte découvert par M. Dast de Boisville, acte dont on prétendait nier l'authenticité d'abord, l'importance et la valeur ensuite; cette polémique a largement prouvé le prix et la haute satisfaction que «la reine du Midi », la noble ville de Bordeaux, attachait à avoir reçu dans ses murs, elle aussi, la visite du grand comique et de sa troupe.

Au lendemain des fêtes superbes et souverainement cordiales, dignes de Molière, dignes de Pézenas (2), dignes de notre pays, et qui ont laissé, Dieu merci, dans notre cher Midi français, tant de beaux, et précieux, et durables souvenirs, je suis personnellement heureux d'avoir, dans ces deux volumes, fait ressortir de tout mon mieux l'admiration si vive qu'a toujours éprouvée notre grande cité pour l'auteur incomparable qui fut Molière, et de m'ètre attaché, eu outre et surtout, dans la mesure entière de mes faibles moyens à réhabiliter, à. l'aide de rapprochements nouveaux, la mémoire injustement attaquée de celui qui, aussi honorable qu'il fut grand et bon, était en butte depuis si longtemps aux calomnies les plus inlâmes, les plus atroces, les plus imméritées! Puissé-je y avoir réussi, et avoir complètement justifié, en même temps, la belle proposition de Stendhal qui sert d'épigraphe à mon ouvrage!...

(i) Voir t. II, p. 313-325 et 345-366.

(2) Voir t. II, p. 45i, note 2, continuée p. 452.

Postface, 555

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