‹ Molière à Bordeaux, vers 1647 et en 1656Chapitre 8 sur 70 · XXXIX. Les Recherches et les Systèmes · texte numérisé non relu

XXXIX. Les Recherches et les Systèmes

« Cinquante-deux écrivains, » disait, en 1869, M. Marius Topin (l'Homme au masque de fer, 3e édition, p. 5), — « cinquante-deux écri- » vains ont tour à tour essayé d'éclairer cette question [du captif de Pi- » gnerol, d'Exilés, de l'île Sainte-Marguerite et de la Bastille], mais sans >) que ta lumière ait été faite, et l'on peut affirmer qu'uN siècle de CON- » troverses et d'efforts n'a pas encore dissipé l'ombre mystérieuse dont » le prisonnier de Saint-Mars est enveloppé. »

(') Au fait, n'avait-on pas retrouve la sainte ampoule?...

(î) Et le fameux prétendu dauphin, le sieur [Saundorf-Louis XVII, avait-il, lui aussi, la prétention de savoir pertinemment, par droit de naissance, qui avait été l'homme au masque de fer, et est-il resté de ceci quelque tradition parmi les membres actuels de sa famille? C'est a ces derniers à nous le dire; mais voilà, je l'avoue, ce que je serais encore assez curieux d'apprendre.

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Ces cinquante-deux écrivains, M. Marius Topin donne leurs noms, à la note 1 de la même page, et nous lui empruntons cette curieuse liste pour l'édification de nos lecteurs :

« Voltaire, Prosper Marchand, le baron de Crunyngen, Armand de la Chapelle, chevalier de Mouhy, duc de Nivernais, La Beaumelle, Lenglet- Dufresnoy, Lagrange-Chancel, Fréron, Saint-Foix, le P. Grifïet, l'historien anglais Hume, de Palteau, Sandraz de Courtilz, Constantin de Renneville, le baron d'Heiss, Sénac de Meilhan, de la Borde, Soulavie, Linguet, le marquis de Luchet, Anquetil, le P. Papon, Malesherbes, Dulaure, chevalier de Taules, chevalier de Cubières, Carra, Louis Dutens, l'abbé Barthélémy, Quentin Crawfurd, de Saint-Mihiel, Bouche, Chainfort, Millin, Spittler, Roux-Fazillac, Regnault-Warin, Weiss, Delort, Georges Ellis, Gibbon, Auguste Billiard, Dufay, bibliophile Jacob, M. Paul Lecointie, M. Letourneur, M. Jules Loiseleur, M. de Bellecombe, M. Mérimée, M. Sardou, sans compter les auteurs d'histoire générale, comme MM. S. Sismondi, Henri Martin, Michelet, Camille Rousset, Depping, et tous ceux qui ont écrit sur cette question des articles de dictionnaires. »

Sans compter non plus les écrivains qui, depuis 1869, ont traité la question, à commencer par M. Marius Topin luimême, dont le livre, qui plus est, a été couronné par l'Académie française.

C'est-à-dire que si nous consacrions un chapitre à chacun de ces auteurs de toutes paroisses, de toute valeur et de toute opinion, nous aurions au moins cinquante-deux chapitres, ce qui serait beaucoup... trop, assurément, surtout si l'on songe que nous ne serions pas ensuite réellement plus avancés, quant au fond même de la question qu'ils se sont tous assujettis à traiter, car aucun d'eux n'est parvenu, finalement, sinon à l'élucider quelque peu, du moins à la résoudre. L'homme au masque de fer a été pris, tour à tour, pour :

1° Le comte de Vermandois ;

2° Le duc de Beaufort;

3° Le duc de Montmouth ;

4° Mattioli ;

5° Un enfant adultérin d'Anne d'Autriche;

6° Un fils de Buckingham et d'Anne d'Autriche ;

7° Le surintendant Foucquet;

8° Un fils du cardinal de Mazarin et d'Anne d'Autriche;

9° Un frère jumeau de Louis XIV; 10° Le patriarche arménien Avedick ;

11° Un chef de complot impliqué dans l'affaire des poisons;

12° Le lieutenant général de Bulonde.

Nous pourrions glaner d'autres noms, encore, dans certains ouvrages peu connus. Mais à quoi bon? Douze nous paraissent, ici, amplement suffisants.

Or, voici ce que nous allons maintenant faire :

Pour chacun des douze chefs repris ci-dessus, nous allons démontrer que l'homme qu'il concerne, considéré à part, ne peut pas avoir été le prisonnier de Saint-Mars, pour telle ou telle raison péremptoire et à laquelle il ne peut y avoir rien de sérieux à répondre. Nous serons finalement aussi avancés, après ce chapitre, que le serait l'homme qui aurait patiemment lu, les uns après les autres, dans le seul but d'apprendre la vérité au sujet de l'homme au masque, les cinquante et quelques auteurs qui ont traité, avant nous, cette question aussi obscure que complexe.

1° Le comte de Vermandois.

C'est la fameuse hypothèse adoptée et soutenue en 1745 par l'auteur des Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse; en 1768, par Fréron, dans l'Année littéraire; en 1789, par l'auteur de Y Histoire du fils d'un Roi, prisonnier à la Bastille.

Louis de Bourbon, comte de Vermandois, fils naturel de Louis XIV et de Mademoiselle de La Vallière, a disparu de la scène du monde le 18 novembre 1683. Or, le prisonnier mystérieux, à cette époque, est déjà sous la surveillance et la garde de Saint-Mars depuis dix ans. C'est « vingt ans environ avant » 1601 », d'après la lettre de Barbezieux, — et non huit ans, — que nous voyons apparaître à Pignerol celui qu'on appellera plus tard le prisonnier de Provence.

2° Le duc de Beaufort.

C'est l'hypothèse défendue tour à tour en 1754 par l'abbé Lenglet-Dufresnoy, dans son Plan de la Monarchie françoise; en 1759, par Lagrange-Chancel, dans l'Année littéraire; en 1789, par Anquetil, dans son livre Louis XIV, sa Cour et le Régent.

François de Vendôme, duc de Beaufort, n'a jamais reparu depuis l'expédition de Candie, en juin 1669. Mais ce n'est qu'en 1673, près de quatre ans après la sortie du 25 juin, que

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nous voyons apparaître, pour la première fois, à Pignerol, celui qui devait être l'homme au masque de fer.

3° Le duc de Montmouth.

C'est l'hypothèse mise en avant par Poullain de Saint-Foix, en 1768 dans plusieurs journaux, en 1770, dans une réponse au Père Griffet, et rééditée, hien des années après, dans la Biographie universelle des frères Michaud par de Sévelinges.

Le duc de Montmouth, fils de Charles II et de Lucie Walthers, décapité le 16 juillet 1685, ne pouvait pas être, douze ans auparavant, pour le moins, enfermé à Pignerol sous la garde de Saint-Mars... ! Car on le suit jusqu'à la date de sa mort sur Péchafaud.

•4° Mattioli.

C'est l'hypothèse qui trouva généralement le plus de crédit auprès des chercheurs. Elle a été mise en avant et très sérieusement défendue par douze écrivains au moins : en 1770, par le haron de Weiss; en 1786, par Fantuzzi ; en 1789, par Dutens; en 1795, par Chambrier et par Sénac de Meilhan ; en 1800, par Roux-Fazillac; en 1802, par Reith; en 1825, par Delort; en 1830, par Ellis; en 1860, par Depping; en 1864, par Rousset; en 1869, enfin, par M. Ma ri us Topin.

Ercole-Antonio-Maria Mattioli, agent du duc de Mantoue, arrêté le 2 mai 1679, six ans après le prisonnier qui mourut en 1703 à la Bastille, fut placé à Pignerol sous la garde sévère de Saint-Mars, et y resta treize ans après lui, pour être expédié en 1694 aux îles Sainte-Marguerite, où il mourut le 27 ou 28 avril de la même année.

Cet Italien, dont le nom apparaît souvent dans les dépêches, a été mis en avant très ostensiblement, dans le but d'égarer les recherches, par Louis XIV, et indiqué de bonne foi et à mois couverts par Louis XV à ses intimes.

C'est bien son nom, écrit la plupart du temps Matthioly, Marthioly dans les papiers, qui figure sous cette forme : Marchialy, sur le regislre de décès de la paroisse Saint-Paul (').

(') « ... Sur le registre des sépultures, on 1' [le prisonnier masqué] appela Marchiali, nom de pure invention, selon toute vraisemblance. C'était le caprice du gouverneur et quelquefois d'un étranger, qui déterminait le nom qu'on imposait au condamné mis au secret a son entrée dans la prison... Et, pour le dire en passant, si le Masque de fer eût été Matthioli, c'eût été faire preuve d'une grande maladresse que de lui donner, sur un registre public, un nom si approchant du véritable. L'imprudence eût été d'autant plus grande qu'au moment du

C'est bien lui que Louis XIV a nommé au Régent, et le Régent à son tour à Louis XV, comme ayant été l'homme au masque

décès de l'inconnu, l'ancien maître de Matthioli, le duc de Mantoue, était attendu à Paris, où il passa l'hiver de 1703-1701. » Jiles Loiselelu, Trois Énigmes historiques, p. 286-287.

> Par une coïncidence étrange, au moment même de cette mort arrivait à Paris le maître de Matthioly, Charles IV, duc de Mantoue... On [M. Loiseleur] a dit que l'imprudence eût été grande d'inscrire sur les registres de Saint-Paul le nom réel de Matthioly, à l'époque où le duc, arrivant à Paris, pouvait ainsi apprendre sa mort. Nous savons ce qu'il faut penser de l'intérêt que portait Charles IV à son ancien confident... Loin donc de la lui cacher, il est possible qu'on l'ait instruit de cette mort, afin de dissiper tout à fait ses craintes.» Maki us Topih, L'Homme nu masque de fer, p. 373-374.

« J'examinerai, en terminant, un dernier argument invoqué par ceux qui identifient le ministre mantouan et le Masque de fer. Le nom même de Matthioli, légèrement altéré par erreur ou négligence, figure, dit-on, sur le registre mortuaire de l'église Saint-Paul, où le service funèbre du prisonnier masqué fut célébré (a) le -20 novembre 1703. On sait que le nom inscrit sur ce registre est Marchiahj, nom qui ne diffère pas beaucoup, en effet, de l'orthographe qu'ont adoptée, je ne sais trop pourquoi (b), la plupart des écrivains qui ont parlé du ministre mantouan, car la véritable orthographe italienne est Mattioli.

» Dans l'étude qui précède, j'ai déjà fait remarquer combien l'imprudence eût été grande d'inscrire sur les registres de la paroisse dont dépendait la Bastille un nom aussi approchant du véritable, si, en effet, le Masque de fer n'eût été autre que l'ancien ministre du duc de Mantoue, et cela, à l'époque où ce prince, arrivant à Paris, pouvait ainsi apprendre l'horrible vengeance exercée contre son ancien agent. SI. Topin objecte que Charles IV était aussi désireux d'être débarrassé de son complice que pouvait l'être Louis XIV lui-même. Je le veux bien; mais il n'en reste pas moins évident que l'inscription naïvement révélatrice du registre mortuaire est en contradiction avec toutes les précautions précédemment prises. La contradiction n'est qu'apparente, reprend M. Topin, et voici pourquoi. Lorsque l'Homme au masque mourut, on ignorait que Du Junca, le lieutenant de Roi a la Bastille, tint un journal, ce même journal qui a guidé les recherches faites par le P. Griffet sur les registres de la paroisse Saint-Paul. On pensait que les missives racontant l'enlèvement de Matthioli resteraient à jamais impénétrables dans les archives de Versailles. D'ailleurs, le nom du ministre de Charles IV avait disparu dans les dépêches depuis la lin de 1693, et tout lien entre ce ministre et l'homme dont le décès élait enregistré le 20 novembre 1703 semblait rompu.

«Quoi! voilà sur quels futiles motifs le cabinet de Versailles s'est fondé pour inscrire le nom de sa victime sur un registre public! Voilà de quelles naïves illusions il s'est bercé! Quoi! tant d'imprudence après tant de précautions! On n'a pas prévu que la disparition de Matthioli, disparition qui devait avoir causé une certaine émotion en Savoie, inspirerait l'idée de chercher ce qu'il était devenu! On avait pris tant de soins pour abuser les contemporains, et l'on n'en aurait pris aucun pour dérouter l'histoire et la postérité! Ce nom qui avait fait un certain bruit en Piémont, où il était fort connu, on l'a laissé écrire sur un registre que tout le monde pouvait lire, que les curés et les vicaires successifs chargés de tenir l'état civil de la paroisse feuilletaient chaque jour! Le duc de Mantoue, dit-on, ne portait plus aucun intérêt à son ancien ministre. Mais Matthioli laissait des parents : à l'époque de son arrestation, il avait un père, sa femme, deux fils; plusieurs membres de cette famille vivaient encore en 1703. Elle avait, cette famille, grand intérêt à savoir ce qu'était devenu son chef, ne fût-ce qu'afin de pouvoir se mettre en possession de ses biens. Ajoutons qu'il était d'usage, c'est un fait connu, de donner sur les registres mortuaires un faux nom aux prisonniers condamnés

(a) Nous savons que le corps du prisonnier a été inhumé dans h cimetière Saint-Puni, avec le *ecuurs du clergé, bien entendu. Quant au service funibrr. qui aurait été célébré en son honneur eit l'église Saint-Paul, c'est la première fois, nous l'avouons, que nous en entendons parler.

(i) liais, cette orthographe, M. Loiseleur ne l'o-t-il pas, auparavant, adoptée lui-même?

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de fer, ce qui explique à merveille toutes les réponses de Louis XV, que j'ai données dans le précédent article (« Si vous

au secret absolu et morts dans les prisons d'État (a); et c'est justement pour celui dont on avait soigneusement dissimulé le sort terrible (b) qu'on aurait fait une exception; c'est pour lui qu'on aurait commis cette imprudence révélatrice qui contredit si étrangement les précautions antérieures! Loin de corroborer le système qui voit dans Matthioli l'homme au masque, je dis que l'inscription sur un registre public d'un nom si rapproché du sien est au contraire l'un des arguments les plus décisifs contre ce système. » Jules Loiseleur, Trois Énigmes historiques, p. 313, 314, 315, 31G.

Décidément, M. Loiseleur, dans la polémique, — où il est d'ailleurs passé maître quant à ce qui est de l'art de faire ressortir les côtés faibles de son adversaire, — ne conserve ni la même logique serrée, ni les mêmes avantages de raisonnement invincible qui sont, tout le monde le reconnaît, dans la critique des faits proprement dits, son heureux partage. Il lui arrive même de commettre des imprudences d'habile avocat, plus préoccupé de sa cause que de la vérité absolue quelle qu'elle puisse être.

11 fait une différence, que pour ma part j'avoue ne pas apercevoir, entre l'effet produit tour a tour par l'inscription au registre du nom de Marchialy, selon que le ministre du duc de Mantoue serait réellement mort en 1691 à l'île Sainte-Marguerite, ou qu'il serait décédé seulement en 17u3 a la Bastille.

L'inscription du nom Marchialy est certaine, on ne peut la mettre en doute, et elle seule importe au demeurant. Mais je voudrais bien savoir pourquoi elle se trouverait être dans le premier cas [Mattioli mort en 1691] innocente et toute naturelle, et pourquoi, dans le second [Mattioli mort en 1703] elle constituerait une imprudence capitale. Voilà, je l'avoue humblement, ce qu'il m'est absolument impossible de comprendre. Vis-à-vis le duc de Mantoue, ignorant la date de la mort de son ministre, l'inscription du registre Saint-Paul, au cas où elle serait venue à sa connaissance, était destinée à produire toujours le même effet, et à le préoccuper de la même manière. L'imprudence, s'il y en eut une, existerait la même dans les deux cas; elle n'est pas conditionnelle, puisque le fait est indéniable, puisque l'inscription du nom de Uarchiali a bel et bien été apposée sur le registre de Saint-Paul, quel qu'ait été le prisonnier auquel on ait cru devoir l'appliquer.

Le nom de Mattioli, comme nous le faisons ressortir dans la notule b, n'est jamais resté si caché que cela : il ligure dans les lettres, dans les dépêches, dans les archives, de l'aveu mnne (p. 31"2. 311, etc.) de M. Loiseleur. On le divulguait, ce nom, on n'en a pas eu peur, du vivant du prisonnier auquel il appartenait, et, raison de plus, neuf ans après su mort ! C'a été un acte de véritable habileté, de la part de Louis XIV, de le faire appliquer finalement à l'homme au masque. On le fait resservir une fois de plus, et voilà tout. Qui se retrouvera jamais à travers un pareil triple-fond historique et biographique?

Le nom véritable — car il en avait bien un — du prisonnier mystérieux, on ne le retrouve nulle part, il ne doit pas paraître — il ne se dit pas, comme nous raconte le bon et honnête Du Junca.— Sous aucune espèce de prétexte on ne devait le faire figurer de nouveau sur un registre mortuaire. Je dis de nouveau: n'était-il pas déjà inscrit, à Paris même, depuis trente ans et demi (1773), sur le registre des décès et inhumations de la paroisse de Saint-Eustache? Imprudence pour imprudence, on conviendra que celle-là eût été autrement forte que l'autre !.'...

(«) « Voltaire, dit M. Paul Lacroix [Histoire de l'homme au masque de fer. p. 78), n'eût pas été intrigué du nom italien de Marchialy s'il avait lu ce passage des Remarquée historiques sur le château ch la Bastille, imprimées quatre ans plus tard : « Le ministère n'aime pas que les gens connus meurent » ;\ la Bastille. Si un prisonnier meurt, ou le fait inhumer à la paroisse de Saint-Paul, sous le nom » d'un domestique, et ce mensonge est écrit sur le registre mortuaire, pour tromper la postérité. Il y a » un autre registre où le nom véritable des morts est iuscrit. » Ce registre n'a point été retrouvé dans les archives de la Bastille. » J. LoiSELEUlt, Trot* Énigmes historiques, p. 315, note 1.

El'it-il existé à la Bastille, — ce dont il est permis de douter — un registre secret, on peut être bi'in tranquille : jamais le nom du prisonnier mystérieux n'y a été inscrit ! 1...

(6) Où et quand, s'il vous plaît? Le nom de Mattioli n'existc-t-il donc pas dans les dépêches? [Voit encore à la fin de cette note.]

saviez ce que c'est, vous verriez que c'est bien peu intéressant », etc., etc.), et surtout celle qu'il fit expressément à la marquise de Pompadour : c'était un agent du duc de Mantoue.

Pendant ce temps-là, le secret de Louis XIV continuait à être bien gardé, — ou plutôt (car c'est devenu ma conviction de plus en plus intime), était enfin complètement éteint, emporté qu'il avait été dans la tombe par ses derniers possesseurs.

5° Un enfant adultérin d'Anne d'Autriche.

C'est l'opinion soutenue par Voltaire (1771), par Linguel (1783), par Quentin Crawfurd (1789), par Millin (1790).

« Cette opinion, mise en avant par Voltaire, comme pour servir d'explication et de suite à son appréciation dans le Siècle de Louis XIV, n'a pu s'étayer sur aucune pièce sérieuse, par l'impossibilité toute naturelle d'ailleurs de faire concorder les dates avec les différentes phases de l'existence du geôlier, M. de Saint-Mars. Elle n'a donc pu être acceptée qu'à une époque où les documents officiels faisaient absolument défaut; c'est dire qu'elle devait s'éteindre avec la Révolution. Je ne la discuterai donc pas. » Th. Icng, La Vérité sur le masque de fer, p. 95.

M. J. Loiseleur ne traite pas à beaucoup près cette hypothèse aussi dédaigneusement que M. le major Iung : il lui fait l'honneur de l'examiner, de la discuter fort longuement, pages 254 à 271 de son excellent livre : Trots Énigmes historiques, et je dois signaler ce travail à mes lecteurs comme extrêmement curieux et instructif, comme donnant, surtout, considérablement à réfléchir.

6° Un fils de Buckingham et d'Anne d'Autriche.

Cette hypothèse est, au fond, la même que la précédente, avec précision, seulement, pour l'indication du nom du père. Le marquis de Luchet en 1783, Du Hume en 1785, Piegnault- Varin en 1804, Dufay en 1834, l'ont tour à tour mise en avant.

« Le marquis de Luchet, dit M. Iung (p. 96), appuyait son dire du prétendu déshonneur de la reine Anne d'Autriche et de la disparition de l'enfant adultérin qui en aurait été la conséquence en 1625, sur une déposition de Mademoiselle de Saint-Quentin, ancienne maîtresse du petit-fils [du fils!] du marquis de Louvois, le marquis de Barbezieux; mais ce fut en vain que, sur l'indication du marquis, on rechercha la déposition de Mademoiselle de Saint-Quentin, qui devait habiter Chartres; on ne trouva naturellement trace ni de la personne ni de sa déposition. »

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Nous avons déjà vu, dans l'article précédent [XXXVIII], page 68 et note 2, intervenir la mystérieuse Mademoiselle de Saint-Quentin et sa prétendue déposition par trop fantaisiste. Nous avons coustaté, en outre, ce que ce soi-disant témoignage valait. Ah! si l'on allait ainsi, comme les auteurs de la Bastille dévoilée, au fond de tous les on dit et de tous les racontars! que resterait-il, de la plupart de ces dépositions passablement audacieuses, en dernier lieu et comme résidu suprême?

7° Le surintendant Foucquet.

C'est dans le numéro du 13 août 1789 des Loisirs d'un patriote français que, pour la première fois, fut mise en avant et soutenue l'hypothèse que l'homme au masque de fer n'était autre que le surintendant Foucquet. Le bibliophile Jacob, faisant sienne cette opinion par l'importance qu'il lui a donnée, le talent qu'il a mis à la soutenir, lui a consacré tout un volume publié à Paris en 1837, in-8°, chez l'éditeur Victor Magen, imprimé chez Veuve Dondey-Dupré, et dont il a paru une seconde édition grand in-18, trois ans après, dans la Bibliothèque choisie de H.-L. Delloye.

L'Homme au masque de fer n'a pas été le surintendant Nicolas Foucquet, et cela par la trop bonne raison que ce dernier est certainement mort le 22 mars 1680, et que de 1673 à 1680 (années pendant lesquelles le mystérieux prisonnier était à Pignerol), on suit parfaitement les diverses péripéties de l'existence de l'ex-surintendant Foucquet...!

8° Un fils du cardinal de Mazarin et d'Anne d'Autriche.

Toujours Anne d'Autriche! Toujours la pauvre reine, la femme de Louis XIII et la mère de Louis XIV, mise en accusation ! Cette fois-ci cependant son enfant aurait été légitime; la princesse Palatine, duchesse d'Orléans, n'a-t-elle pas dit qu'il y avait eu un mariage secret entre la reine Anne d'Autriche et le cardinal de Mazarin?

Le baron de Veltheim, en 1789, M. de Saint-Mihiel, dans un livre publié à Strasbourg en 1791, ont soutenu cette invraisemblable hypothèse (').

(J) « Actuellement, avec les exigences de judicieux examen qui commencent à former peu à peu le fond de l'esprit des nations modernes, il faut plus que des légendes ou des visions d'enfants malades pour faire accepter du public une opinion aussi hasardée que celle du baron de Veltheim, basée sur les récits littéraires d'une princesse électorale allemande en quête de romans intéressants pour ses

On va voir dans la neuvième hypothèse que ce fut encore, et pour la quatrième fois, Anne d'Autriche que l'on désigna comme ayant été, — en état de mariage cette fois et par le fait de Louis XIII, — la mère de l'homme au masque de fer.

9° Un frère jumeau de Louis XIV.

C'est là l'hypothèse la plus populaire, la plus chère aux imaginations romanesques, « la plus vivement acceptée, dit (p. 106) » M. Th. Iung, par le puhlic élégant mais ignorant, par le y> clergé et les romanciers. » Ce fut Jean-Louis-Giraud Soulavie, tour à tour prêtre catholique, ministre à Genève, membre de la Société des amis de la Constitution (1752-1813), qui la mit, le premier (l), en avant, et avec quel succès! Le théâtre, le roman s'en sont tour à tour emparés. Émise seulement en 1790, on peut dire avec raison qu'elle a éclipsé et fait oublier toutes les autres. Soulavie, Cubières, Carra, Chamfort, Dulaure, Sismondi, Levasseur, Michelet l'ont soutenue tour à tour; Fournier et Arnould (1834), sans oublier surtout Victor Hugo (dans les Jumeaux, 1839), l'ont mise en drames; Masini, en romance (Toujours seul! ou le Masque de fer); Alexandre Dumas, en roman, et quel roman ! le Vicomte de Bragelonne, que nous avons tous dévoré, pendant notre adolescence! Le nommé L. Letourneur — dernier, suprême triomphe! — n'a-t-il pas raconté l'historiette des deux enfants dans un petit volume publié à Nancy, par « la Société de Saint-Victor, nous dit » M. Iung, pour la propagation des bons livres et des arts » catholiques,... avec l'approbation de MgI' l'évêque de Chàlons o (Marie -Joseph -François -Victor Mayer de Prilly). Ce fut la » péroraison, dit très spirituellement (p. 109) M. le major » Iung, et ce sera ma conclusion. »

On pense bien que je ne vais pas raconter de nouveau une histoire si connue... dont celle du faux Louis XF//(Naiïndorf) n'atteindra jamais elle-même l'immense, l'incomparable popularité. — Quel dommage, pourtant, que ce ne soit qu'une légende !

10° Le patriarche arménien Avedick n'a jamais pu être le prisonnier mort à la Bastille en 1703. Il a bien été à la Bastille,

correspondants d'au delà du IUiin, avides de tout ce qui se passe de scandaleux en France. » Th. Iung, La Vérité iur le masque de fer, p. 100. (M Dans ses prétendus Mémoires du cardinal de Richelieu.

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lui aussi, c'est vrai. — Mais il est mort à Paris, rue Férou [où demeurait Athos, dans les Trois Mousquetaires], aux environs du Luxembourg, le 21 juillet 1711, c'est-à-dire, en réalité, huit ans après le Masque de fer! Il fut enterré au cimetière de Saint-Sulpice, et non pas à celui de la paroisse Sainl- Paul.

C'est M. le chevalier de Taules qui, en 1825, fit de cette dixième hypothèse l'objet de son livre : Du Masque de fer (1 volume in-8°, Paris, Peytieux, éditeur), ainsi que nous apprend (p. 109) M. Iung. On trouve sur Avedick de très curieux renseignements dans l'Homme au masque de fer de M. Marius Topin, 3« édition (1870), pages 184-201 et 375-410.

11° Un chef de complot impliqué dans l'affaire des poisons, et dont M. Th. Iung, l'auteur de cette hypothèse, ne nous dit pas, finalement, le véritable nom. Je remarquerai que chaque fois que le très remarquable érudit, que l'éminent historien militaire nous parle, dans son livre, de celui qui en est le héros, il quitte tout à coup la méthode expérimentale et a posteriori, qu'il pratique en maître dans toutes les autres pages de la Vérité sur le Masque de fer, pour devenir soudain affirmatifet faire de l'a priori — le tout sans explication.

Piien de moins net ni de moins précis, d'ailleurs, que cet aventurier de Péronne, dont on ne connaît, dont on n'apprend ni le nom ni l'histoire réelle, et qui serait ainsi devenu, pendant les trente dernières années de sa vie, de la part de Louis XIV, l'objet et le motif des précautions les plus extraordinaires, et, en apparence, les moins motivées.

« L'homme au masque aurait été, selon lui [M. Iung], arrêté près de Péronne, comme impliqué dans la grande affaire des poisons, [comme] le chef ou l'un des chefs d'un vaste complot dirigé contre le gouvernement de Louis XIV. Après avoir successivement donné à cet énigmatique personnage quantité de noms différents, l'auteur finissait par lui attribuer, sans motifs suffisamment probants, celui de Marchiel, qu'il prétendait lire, au lieu de Marchialy, sur l'acte de décès (') du prisonnier mort à la Bastille en 1703; il ne parvenait point à établir de liaison évidente entre l'affaire des empoisonneurs et le drame du Masque, entre le prisonnier de Péronne et celui de Pignerol. » J. Loiseleur, Trois Énigmes historiques, p. 321.

(') Ce n'est pas sur l'acte de décès, mais bien sur le registre de Du Junca, que ce nom de Marchiel se trouve : il est bon de no pas le perdre de vue.

Mais le prisonnier de Péronne, même après les explications de M. Th. Iung, est et reste le plus inconnu des hommes. Il n'a jamais été un personnage très en évidence, un homme célèbre. On ne s'explique pas le mystère absolu dont l'aurait entouré Louis XIV, ni encore moins, surtout, le masque en velours noir dont il aurait été condamné à couvrir son visage, sa vie durant, et qui fut évidemment destiné à cacher à jamais, aux yeux de ceux qui purent l'apercevoir traversant une cour de prison, une physionomie trop connue de tous, surtout à Paris.

12° Le lieutenant général de Bulonde.

Cette hypothèse, par laquelle nous terminerons notre revue des personnages dans lesquels on a cru reconnaître l'Homme au masque de fer, est celle mise en avant par MM. Emile Burgand et commandant Bazeries, dans leur volume intitulé le Masque de fer, Révélation de la correspondance chiffrée de Louis XIV, publié à Paris, en 1893, par la librairie de MM. Firmin-Didot et Ce.

Cet ouvrage, qui a rendu le très grand service, à ceux qui étudient ce difficile problème, de mettre sous leurs yeux les deux pages du Journal de Du Junca exactement reproduites par l'héliographie, donne des résultats très nouveaux : la découverte et la révélation, par M. le commandant Bazeries, du grand chiffre de Louis XIV' , et sa reconstitution très fidèle et très complète par cet officier.

Si réellement les dépèches écrites avec « le grand chiffre de 1691 » avaient contenu le secret et le nom de V Homme au masque de fer, nous posséderions aujourd'hui, à n'en pas douter, ce qu'ont tant et inutilement cherché les fouilleurs et les travailleurs les plus intelligents, les plus sagaces et les plus opiniâtres.

Par malheur, ces dépèches ne concernent pas, ne peuvent pas concerner le fameux prisonnier, et voici pourquoi : en 1691, le vrai masque de fer, le prisonnier de Pignerol, d'Exilés, de l'ile Sainte-Marguerite et de la Bastille, est depuis dix-huit ans et demi déjà sous les verrous; — depuis vingt ans, s'il fallait [mais il ne le faut pas] prendre exactement au pied de la lettre la fameuse dépêche du marquis de Barbezieux à Saint- Mars après la mort de Louvois, la seule imprudence commise

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par le ministère d'État clans toute cette affaire, — car les écrits restent.

Et puis, le personnage tant cherché, et si peu trouvé, ne peut pas avoir été le lieutenant général Vivien Labbé, seigneur de Bulonde, par la raison évidente que, outre qu'il n'a été prisonnier qu'à partir de 1691 (*), Bulonde est parfaitement inconnu de la postérité, et que son visage n'était, à proprement parler, ni connu de tous, ni facilement reconnaissable pour les hommes de son temps. Il n'a jamais paru sur aucune scène autre que celle de la guerre, et couvrir son visage d'un masque aurait été la plus grande des inutilités. On aurait aperçu sa figure! Eh bien! après? Qui donc aurait été à même de le reconnaître, — et qu'aurait-il bien pu résulter même de la constatation de son identité véritable?

On peut être tranquille, d'ailleurs. Le nom de l'homme au masque de fer, nous ne nous lasserons pas de le répéter, n'a jamais été écrit sur aucune pièce officielle se rapportant à lui. Aurait-on, et c'est un point important à bien spécifier, toutes les pièces, toutes, échangées, à propos de ce personnage, et avant son transfert à la Bastille, entre Saint-Mars, le ministre d'État et même Louis XIV, alors qu'il était à Pignerol, à Exiles, aux îles Sainte-Marguerite, ainsi que la clef et la transcription spéciale des dépêches écrites en chiffres, on ne serait pas, en réalité, beaucoup plus avancé qu'on ne l'est aujourd'hui. On n'arriverait jamais jusqu'au nom réel de ce mystérieux prisonnier, par la raison qu'à part Louis XIV et deux ou trois confidents forcés et d'une discrétion à toute épreuve, ce nom, personne ne Va jamais su! Tandis qu'on a parfaitement appris en temps et lieu ceux de Mattioli, d'Avedick, et même de nos jours celui de Bulonde, sauvegardé cependant par « le grand chiffre » ! !

La raison de ce fait trop évident, raison à laquelle il n'y a lien à opposer, c'est que le grand Roi, désirant que ce nom ne fût pas connu après lui, n'a pas permis qu'il figurât une seule fois dans la correspondance. Le seul nom qu'il a laissé mettre secrètement en avant à propos du mystérieux prisonnier mort

(M «Le personnage (disent, p. 194, MM. Burgaud et Bazeries) que l'Histoire a » baptisé du nom de manque de fer, est l'ancien prisonnier de la dépèche de Bar- «bezieux... » —Ce n'est pas nous qui faisons dire cela à ces messieurs!... Donc, ce n'est pas Bulonde!!!

à la Bastille, et cela sur le registre mortuaire, c'est celui de Marchialy, Marthioly, Malthioly, Mattioli, personnage très réel, mais décédé, neuf ans avant le fameux prisonnier, aux îles Sainte-Marguerite.

Le secret a donc été d'autant mieux gardé, que pendant les dernières années de la vie de Louis XIV, lui seul en est resté l'unique dépositaire et le maître absolu; et que ce secret, qui n'avait pas été divulgué, n'a plus été, désormais, confié à personne.

XL. La fin de non-recevoir imaginée par M. Jules Loiseleur. — Il nous reste, avant de conclure, à examiner le système — tout négatif celui-là — imaginé au sujet du masque de fer, par le très ingénieux et très sagace M. Jules Loiseleur, le savant bibliothécaire de la ville d'Orléans, ma patrie.

Aussi bien ce système est-il le seul qui ait résisté jusqu'ici aux efforts réitérés des critiques. Il parait difficile, en effet, de réfuter l'homme dont la manière de voir spéciale est précisément de n'en avoir aucune, dont le but réel et avoué est de nier, de détruire toutes les théories qui ont été mises en avant jusqu'à lui.

M. Loiseleur, passé maître dans l'art difficile de la discussion, est bien résolu à ne s'incliner que devant de bonnes et solides preuves. Sa critique, à propos du masque de fer, a été surtout un véritable dissolvant. Il ne faut pas nous y tromper : cet écrivain, ainsi que nous le disions tout à l'heure, n'est pas plus en réalité pour un système que pour un autre, il n'est pour aucun. En essayant aujourd'hui d'offrir ces preuves que M. Loiseleur n'a jamais eues, lui, en sa possession, astreignonsnous, surtout, à ne pas changer la question de place, et à ne jamais faire dire à l'érudit Orléanais, tout en examinant de très près ses raisons, que ce qu'il a vraiment dit. En un mot, citons-le, lui-même, le plus que nous pourrons; et, sans nous flatter d'y toujours réussir, — car la tâche est ardue! — attachons-nous à répondre directement et sans ambages, autant que faire se peut, à ses propres objections et raisonnements.

«Le mystère était d'autant plus impossible à percer qu'il n'y avait jamais eu de mystère, pas d'autre du moins que celui qui pesait indis-

90 Ghap. II,

tinctement sur tous les prisonniers mis au secret absolu (*). » Jules Loiselecr, Trois Énigmes historiques, p. 292.

En un mot, la thèse qui forme le pivot solide de la théorie Loiseleur, thèse contenue dans les lignes qui précèdent, peut être amplifiée et précisée de la manière suivante : Parmi les prisonniers mis au secret absolu sous Louis XIV, il n'y en a pas eu un, plus mystérieux, et qui ressorte, comme tel, plus particulièrement que les autres (*). Eh bien ! acquiescer à cette proposition, c'est nier l'évidence, et il va m'ètre, je l'espère, possible de le démontrer.

La lettre de Barbezieux, qui date de 1691, est la seule imprudence, je l'ai déjà dit, — aussi provient-elle d'un jeune homme, — qui ait été commise par le ministère d'État à l'égard du prisonnier que je m'obstine à trouver plus mystérieux que tous les autres mis, comme lui, au secret absolu (3). Cette dépêche, en effet, est une trace; elle constitue une preuve. Elle justifie, en un mot, sans les éclairer autrement, dix-huit années et demie d emprisonnement antérieur.

Une différence bien certaine et bien remarquable qui existe entre ce prisonnier et les autres, c'est le silence constant gardé sur son nom. Mattioli (voir Loiseleur, p. 211), Avedick (voir Topin, chapitre XIV), nous sont connus sous leurs noms véritables, grâce aux dépêches. Le prisonnier de Provence, le prisonnier de Piyncrol, l'ancien prisonnier, oh! que non pas. Du Junca nous dira dans son Journal, en 1698 : c< un » ensien prisonnier qu'il [Saint-Mars] avet à Pignerol, lequel » il feit tenir touiours masqué, dont le nom ne se dit pas. » Est-ce assez clair? Et ceci encore en 1703, lors du décès : « le prisonnier inconnu, touiours masqué d'un masque de » velours noir... .» Voilà le prisonnier au secret absolu qui, pour moi, ne ressemble à aucun des autres, et doit être mis absolument à part. Les autres ont un nom, celui-là n'en a pas. Si on lui en donne un, sur le registre de décès, on a soin de l'empruntera un autre prisonnier mort, neuf ans avant

l1) fi) Avant tout : la différence capitale (en laissant, bien entendu, le masque de côté) qui existe entre l'homme au masque de fer et les autres prisonniers de la Bastille mis comme lui au secret absolu, c'est que lui seul n'est nommé par son nom dans aucune dépèche, sur aucun registre, et ne possède aucun dossier spécial.

(3) Je souligne, dans cette phrase, les expressions mêmes de M. Loiseleur.

lui, à l'île Sainte-Marguerite. Je ne parle pas encore du masque, le réservant pour bientôt.

Pendant que Mattioli, lui, est resté à Pignerol, «il y a j> toujours à Exiles, pendant qu'il est dans la première de ces » citadelles, un captif mystérieux, plus mystérieux qu'il » ne l'a jamais été, un inconnu, sur qui l'imagination publi- » que s'exerce...» Qui dit cela? — M. Loiseleur, pages 248 et 249.

Saint-Mars, après cinq ans de séjour à Exiles, est nommé aux îles Sainte-Marguerite, et il écrit à Louvois le 20 janvier 1687 : c( Je donnerai si bien mes ordres pour la garde de » mon prisonnier, que je puis bien vous en répondre, Monsei- •■) gneur, pour son entière sûreté... *> Mon prisonnier! pas autre chose : c'est ce dernier qui arrive aux îles le 30 avril 1687 avec Saint-Mars, enfermé dans une chaise de toile cirée. Il ne fallait pas qu'on le voie.

Et c'est M. Loiseleur lui-même qui nous dit ensuite (p. 253) : «Les vraisemblances les plus pressantes établissent que » le prisonnier qui fut transféré des îles Sainte-Marguerite à la » Bastille, en 1698, n'était point l'ancien ministre du duc de » Mantoue, mais l'inconnu amené aux îles en avril 1687, et » sur qui l'attention publique est dès lors éveillée par le mys- » tère dont on l'entoure; celui que les ordres adressés à Saint- » Mars par le cabinet du Roi désignent toujours par ces vagues f> expressions : « votre prisonnier ;», ou « votre 'prisonnier de j> Provence». Pour réfuter plus solidement M. Topin, on le voit, M. Loiseleur se découvre lui-même. Nous avons déjà cité toute cette argumentation excellente, mais il était bon, mais il était utile de la donner de nouveau : car M. Loiseleur parle d'or, en celte occasion comme en tant d'autres. Continuons donc avec empressement à le citer :

ft Arrivé à ce point, le lecteur sera sans doute amené à réfléchir sur l'explication donnée par Voltaire au problème du Masque de fer, et à se dire que tant de précautions devaient avoir pour but de couvrir an important secret d'État. Cet incognito si scrupideusement maintenu, l'absence dans la correspondance ministérielle et sur les registres du secrétariat d'une dénomination pkécise pour désigner le malheureux prisonnier, la manière dont on le fit voyager, l'espèce de mystère dont il fut entouré, tant en Provence qu'à la Bastille, le masque qu'on va bientôt lui voir imposer, toutes ces particularités semblent autant d'arguments

92 Ghap. II,

en faveur du système da Voltaire. » Jules Loiseleur, Trois Énigmes historiques, p. 253, 254.

Mais M. Loiseleur s'aperçoit vite de ses imprudences! Il cherche tout aussitôt à se ressaisir : « Qu'on ne se hâte pas » toutefois de prononcer. Pour le faire avec fondement, il faut, 9 préalablement, connaître le régime intérieur des prisons » d'État sous Louis XIV, et en particulier celui de la Bas- » tille. » (P. 254.) M. Loiseleur aura beau faire : avec son admirable talent de discussion auquel je suis le premier à rendre hommage, il n'arrivera jamais à expliquer à ses lecteurs même par à peu près, à plus forte raison à les convaincre et à leur faire admettre que si l'inconnu n'est nommé nulle part, dans aucune dépèche, sur aucun registre; que si le mystère l'environne partout et toujours; que si ce prisonnier est obligatoirement tenu, lui seul, de porter un masque dans les escaliers, la cour et les corridors de la Bastille, cela tient... au régime intérieur de cette prison d'État 0)!!...

(•) Je viens de dire que M. Loiseleur, s'apercevant de ses imprudences, cherchait îi se ressaisir. Il ne l'a jamais plus cherché que dans la page suivante, que je ne dois pas oublier de citer, et que, comme on va voir, je n'ai pas été le seul à remarquer :

« ... 11 y a eu aux iles Sainte-Marguerite, dès 1687, quand Matthioli était encore à Pignerol, un prisonnier plus mystérieux que lui, captif depuis longtemps, et dans lequel l'imagination populaire voyait déjà le fils de Cromwell ou le duc de Beaufort. Est-ce cet inconnu, est-ce Matthioli, est-ce un troisième captif (?) qui fut, en 1698, transféré à la Bastille? Personne ne le pourrait dire. I.e (il qui lie le masque de fer, soit au prisonnier transporté d'Exilés aux îles Sainte-Marguerite en 1687, soit à l'un des prisonniers transférés de Pignerol dans ces îles au cours de 1691, ce fil se rompt pendant le séjour de l'un et de Vautre en Provence, sans qu'il soit possible d'en rattacher les deux extrémités. Pour opérer la jonction, on n'a plus d'autre lumière que ces mots employés par Barbezieux : n votre ancien prisonnier, » mots qui s'appliquent aussi bien à l'un qu'à l'autre des deux captifs dont il vient d'être question, quoiqu'ils paraissent mieux conrenir au captif venu d'Exilés qu'à Matthioli. « J. Loiseleur, Trois Énigmes historiques, p. 317.

Ce dernier membre de phrase: quoiqu'ils paraissent mieux conrenir..., c'est l'irrésistible vérité qui éclate, qui fait soudain irruption, et que M. Loiseleur ne peut pas retenir. Sa logique, son bon sens, sa droiture, son caractère tout entier l'en empêchent!... Mais alors... à quoi bon sa remarque précédente, puisqu'elle ne sert plus à rien? Si les mots employés par Barbezieux paraissent mieux convenir, c'est M. Loiseleur lui-même qui l'avoue, au captif venu d'Exilés qu'à Matthioli (a), il faut féliciter l'honorable bibliothécaire; il faut vanter bien haut, ce ne sera que justice, sa franchise, qui le porte à avouer la vérité quand même, lui en savoir un véritable gré. Qu'il nous dise après cela (p. 317; que le masque que porte le prisonnier ne prouve pas grand'chose, nous sommes désormais tranquille : l'importance à nulle autre pareille du masque, son exceptionnelle êtrangeté, sont au-dessus de toute

(«) Le troisième captif, dont j'ai signalé plus haut le rapide passage par un timide point d'interrogation, s'évanouit du coup ! Il n'en e§t plus question ! J'aurais cependant tenu à faire sa connaissance.

Arrivons maintenant à celte question du masque :

« Pourquoi ce masque? Pourquoi cette mesure singulière, et en apparence (?) exceptionnelle? Avait-elle pour but, comme Voltaire le pensait, d'empêcher qu'on ne recontiût, dans les traits de l'infortuné, quelque

ressemblance trop frappante? La question vaut la peine qu'on s'y arrête. » Jules Loiseleur, Trots Énigmes historique*, p. 281.

Après avoir établi que ce fut dans un but d'humanité que, lors de la translation du prisonnier des îles à la Bastille (1698), on ne renouvela pas pour lui l'usage de la chaise couverte de toile cirée, qui l'avait si fort fatigué, lui, toujours malade, pendant le trajet d'Exilés aux îles (1687), M. Loiseleur nous dit :

t Voilà pour l'adoption du masque pendant le voyage : Voyons maintenant pourquoi l'inconnu continua de le porter à la Bastille toutes les fois qu'il paraissait clans les cours ou à la chapelle. » (P. 282.)

L'explication est longue, elle dure quatre pages. Elle est, de plus, difficile à suivre. Rien surtout de clair, de catégorique. Enfin, elle n'aboutit définitivement à rien autre chose qu'à ceci : « II [le prisonnier] ne pouvait endurer la privation du grand » air... Il était arrivé avec un masque de velours. Rien n'était » plus naturel que de lui faire porter ce masque (*) toutes les fois » qu'il se promènerait dans les cours ou qu'il recevrait la visite « du médecin. » (P. 285. ) Mais M. Loiseleur est un homme de trop d'esprit et de finesse pour croire que ces quelques lignes seraient suffisantes pour satisfaire et convaincre tous ses lec-

attaque et n'ont pas besoin qu'on rehausse leur frappante singularité qui saule au.r yeux; elles constituent l'évidence même.

■ Cest à Sainte-Marguerite, disent à leur tour (p. 134-135), en citant le bibliothécaire Orléanais. MM. Burgaud et Bazcries, que se fait la confusion sur l'identité du prisonnier masqué. — M. Loiseleur dans son judicieux et remarquable travail. le iiit ressortir d'une façon particulièrement saisissante... — 11 est facile, croyonsnous, de rattacher lks DEUX EXTREMITES De EtL. — Aucun ordre de mise en liberté n'a trait aux prisonniers de Sainte-Marguerite pendant la période de trois années qui a suivi le transfèrement des détenus de Pignerol en Provence »

L'un des deux prisonniers meurt, et c'eut Ualtioli... 11 est facile, en effet, et MM. Burgaud et Bazeries ont raison de le dire, de tirer la conclusion.

(i; Mais il est entendu, — et il n'y a plus besoin de revenir là-dessus,— que l'usage du masque est un excellent moyen, bien supérieur a celui de la chaise «ouverte de toile cirée de 1687, pour permettre au prisonnier de respirer et de prendre l'air dans la cour sans que l'on voie son visage. La vraie qdestioh, celle que M. Loiseleur semble ne pas vouloir aborder, est toujours celle-ci : Pourquoi Louis XIV ne voulait-il pas que l'on aperçût les trait* de la physionomie de cet homme:' Voilà, voilà, ce qui différencie ce dernier de tous les autres prisonniers, tenus ou non au secret, que renfermait alors la Bastille.

94 Chap. II,

teurs (l). 11 les entremêle donc, il les fait précéder et suivre d'une foule de considérations sur Mlle de Launay, Lauzun, Foucquet, l'usage du masque en Italie, — et surtout, et toujours, le régime particulier des prisons d'État, parfaitement insuffisante nous expliquer pourquoi le fameux prisonnier avait un masque et pourquoi les autres n'en avaient pas.

« Pour être d'un usage fort rare (?) à la Bastille, la précaution dont le prisonnier de Saint-Mars fut l'objet ne constituait pas, selon toute vraisemblance, un fait unique et sans précédents. Il est probable qu'il y a eu plusieurs masques de fer, et que le dernier en date, celui qui mourut en 1703. hérita, par une synthèse qui s'opère aisément dans l'esprit public, de toutes les particularités propres à ses prédécesseurs. » Jules Loiseleur, Trois Énigmes historiques, p. 286.

On va loin, très loin, quand on se permet l'emploi des locutions telles que : selon toute vraisemblance, et : il est probable, que je m'étonne de trouver sous la plume d'un érudit aussi sérieux que l'est M. Loiseleur, ou plutôt, il n'y a plus de motif alors pour s'arrêter... Tout s'avance hardiment, tout s'assure, tout s'affirme à haute et intelligible voix, tout se certifie... j'allais presque dire tout se prouve. Qu'on relise les quelques lignes de M. Loiseleur que nous venons de citer, et qui précèdent immédiatement le présent alinéa. Nous professons une haute estime pour celui qui les a écrites : aussi lui ferons-nous l'honneur de ne pas les discuter, car, en vérité, à cela nous aurions trop beau jeu.

Voici maintenant les conclusions de l'auteur :

«Le prisonnier fut traité exactement comme l'étaient tous ceux qui étaient condamnés au secret absolu... (2)(p. 290). — Les hôtes de la Bastille étaient répartis dans les tours suivant la nature de leurs crimes... Or, le masque de fer était, logé à la Bastille dans la tour qu'habita un instant... l'espion Constantin de Renneville...; on peut donc conjecturer, avec une

(*) Elles expliquent bien comment, sans recourir à la chaise couverte de toile cirée, on réussit à empêcher de voir les traits du prisonnier, en lui mettant simplement un masque sur la figure; mais elles x'expliqcest pas le pkixcipal. ce que l'on voudrait tant savoir et ce qui fait surtout question ici, quoi que M. Loiseleur dise et fasse : elles ne disent pas (elles n'essayent môme pas de poser la question) pourquoi Louis XIV tenait tant et d'une manière si particulière à ce qu'on n'aperçût pas la physionomie de l'inconnu. Elle était donc grandement reconnaissable, cette physionomie? Elle était donc familière a tous? Encore une fois, voilà la vraie question, celle que se garde bien de poser M. Loiseleur.

(2) Mais non, puisque l'on retrouve leurs noms, à eux, dans la correspondance ! mais non, puisqu'on ne leur couvrait pas le visage d'un masque pour empêcher d'apercevoir et de reconnaître leurs traits.'!...

grande vraisemblance, qu'il était puni pour fait d'espionnage. On peut. admettre de plus qu'il était dépositaire de graves secrets intéressant le gouvernement français, soit qu'il les eût surpris, soit qu'on les lui eut confiés. Ainsi s'expliquerait le secret rigoureux auquel il fut soumis dans ses diverses prisons: mais il n'était certes [ceci est un a prioril] ni plus important à garder ni de plus haute extraction que le moine également inconnu qui habita, lui aussi, le donjon de Pignerol et qui, comme lui, fut jusqu'à sa mort soumis au secret absolu. C'est son obscurité, même tpii a épaissi les ténèbres qui couvrent son origine, son crime et son nom véritable. » Jules Loiseleur, Trois Énigmes historiques, p. 290-2'Jl.

Que la fable, que l'imagination populaire aient fait des leurs au sujet de l'histoire du prisonnier de la Bastille, qui en doute? Rien n'est plus clair, rien n'est plus évident, et tout le monde, je pense, est parfaitement d'accord sur ce point. Mais il reste un fonds solide, qui n'a rien de légendaire, lui; qu'il est impossible de nier, et qui résiste victorieusement à toutes les critiques, à toutes les réfutations des incrédules.

En résumé, Louis XIY ne voulait ni que Von sache le nom, du prisonnier, ni que Von voie ses traits. Son nom était donc bien populaire? Ses traits étaient donc bien connus? Voila ce a quoi il faudrait répondre. Et ces deux particularités sont plus que suffisantes pour que l'on ne puisse confondre l'homme au masque de fer avec aucun autre détenu, au secret ou pas au secret, quel qu'il soit.

Le prisonnier a existé. On le suit, dans toutes ses prisons et jusqu'à sa mort, sans solution aucune de continuité. Son existence et sa mise au secret préoccupaient vivement Louis XIV7, et aussi, par suite de l'importance que le Roi y mettait, son ministre d'État. Jamais nulle part, sur aucun document, lettre, compte ou registre, ce mystérieux inconnu ne fut nommé, ne fut désigné autrement que par des périphrases vagues, incapables de mettre sur la voie de ce qu'il avait été, de ce qu'il avait fait. Partout où il passa, il excita la plus vive curiosité. On craignait tellement de laisser voir les traits de son visage, de nature sans aucun doute à déceler ceux d'une personnalité connue et bien marquante, qu'on lui couvrait la figure d'un masque en velours noir, ce qui est sans autre exemple. On lui donna, quand il mourut, sur le registre de Saint-Paul, le nom d'un prisonnier décédé depuis neuf ans aux îles Sainte* Marguerite. Quel ensemble extraordinaire de précautions I

96 Ghap. II,

Il y a eu un mystère, enfin, mystère très réel, et dont Louis XIV, mort après Louvois, mort après Saint-Mars, mort après Barbezieux, mort après Armande, a sans doute et définitivement emporté le secret dans la tombe, car il ne semble pas qu'il ait eu besoin de le confier, depuis, à personne autre. Ce secret a donc été éteint à tout jamais. Sur le registre de Saint- Paul, le Roi a fait inscrire le nom défiguré de Mattioli. Au régent, il a parlé seulement et malignement du ministre italien, dont Philippe d'Orléans a transmis le nom à Louis XV, lequel le confia à Madame de Pompadour sur ses vives instances, laquelle l'ébruita comme on devait bien s'y attendre... ! Et que d'érudits de bonne foi, instruits par une filière de vieux courtisans, furent absolument dupes de cette ruse royale et, pleins d'ardeur et d'enthousiasme, se lancèrent à qui mieux mieux sur cette fausse piste, laquelle obtint, jusqu'à nos jours et de nos jours même, un succès si complet!

Ce qu'il y a de certain, ce qui ressort de ce que nous savons •positivement, c'est que l'hôte successif de Pignerol, d'Exilés, de l'île Sainte-Marguerite et de la Bastille, qui préoccupait si fort Louis XIV, n'était ni un vulgaire espion, ni le premier venu. « Il n'y a pas de fumée sans feu! »

Tout ce que dit M. Loiseleur contre le système Mattioli est absolument irréfutable. L'hypothèse chère à M. Topin, sournoisement jetée en pâture à tout hasard aux futurs chercheurs par Louis XIV lui-même, a été enterrée définitivement par M. Loiseleur, qui n'en a cependant pas aperçu les origines. Elle ne ressuscitera plus désormais, et c'est à juste titre (cf. Burgaud et Bazeries, p. 134) que M. Th. lung l'a qualifiée d'absolument discréditée.

Avec une rare originalité, avec une sagacité hors ligne et une force de raisonnement contre lesquelles rien ne saurait prévaloir, M. Loiseleur a clôturé à jamais, par une fin de non-recevoir, les recherches personnelles et par les moyens ordinaires concernant le fameux homme au masque. Il s'est aisément convaincu que la solution du problème était désespérée. — Quand le dernier possesseur d'un secret qui n'est inscrit nulle part meurt sans l'avoir divulgué à personne, on doit considérer ce secret comme à jamais perdu. Tout, du moins, le donne

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