ACTE III, SCÈNE III. G
Tout fuit ; vos rôvcs d'or s'envolent dans le ciel... Mais le md'nage reste, et c'est l'essentiel. Oh ! c'est un sûr abri pour la femme, et j'enrage Que les hommes n'aient pas ce port aprôs l'orage. Maintenant au théâtre il vous faut dire adieu...
ARMANDE
Moi quitter le théâtre ! et la raison, bon Dieu?
LAUZUN
La raison, la raison... c'est que la solitude
Est mortelle à votre art. Le monde est votre étude ;
Le monde est votre maître, ingrate : il vous apprit
Le secret de charmer et le cœur et l'esprit.
Le ton parfait, le goût et les grâces sans nombre,
Ce sont des fleurs du monde ; elles meurent à l'ombre.
Mais votre beau projet pêche encore en un point.
Dans vos petits calculs vous ne me comptez point.
Vous m'aimiez, et depuis à peine une semaine
Que la cour l'un et l'autre à Chambord nous amène,
Vous m'évitez, et puis vous venez brusquement
Me donner, pour prétexte à votre changement,
Molière !.. Et vous voulez que je croie à ce conte ?
Quelque sot!.. Vous avez un nouvel amour...
ARMANDE. -
Comte !
LAUZUN
Monsieur de Guiche... Mais vous savez si Lauzun S'épouvante du bruit, surtout s'il craint quelqu'un. Ou de Guiche ou Molière, amant, époux, n'importe !..
ARMANDE
Mon Dieu ! n'entends-je point marcher vers cette porte?
On nous écoute !
G() MOLIÈRE A CHA.MBOHl).
LAUZUN
Hé bien 1 lant mieux !
Mais que prétendez-vous, de grâce ?
LAUZHN, s'asseyant.
Rester là.
Vous m'elFrayez
Vous voyez :
ARMANDE
Mais on vient. C'est lâche, c'est infâme ! Rester là !... vous voulez perdre une pauvre femme ! A Molière tantôt j'ai promis, j'ai juré De ne plus vous revoir... Il vient ! Oh ! j'en mourrai ! Il vient ! Epargnez-moi, par pitié, cette honte ! Hé bien ! puisqu'il le faut, je vous aimerai. Comte ; Oui,... je vous aimerai... toujours... uniquement.,. Mais, mon Dieu ! sauvez-moi !
LAUZUN
Vous sauver ! et comment?
11 est trop tard.
ARMANDE
(Elle jette les yeux autour d'elle).
■ Trop tard ! N'est-il pas quelque issue....
O ciel ! là... celte porte étroite, inaperçue... Un oratoire... entrez... entrez... cachez-vous là...
(Lauzun entre dans V oratoire).
Ah! j'avais apporté vos lettres;... les voilà.
(Armande donne à Lauzun un paquet de lettres)
ACTK JII, SckNK IV. 67