ACTE III, SCÈNE IV
la dernière fois, et je vais loin de vous mourir de douleur et d'amour 1
Quand vous êtes entré j'en étais là, je crois.
MOLIÈRE
Quoi! ces débals... c'était...
ABMANDE.
Vraiment... est-ce qu'il semble Que ce soit...
MOLIÈRE
Deux amants qui disputent ensemble.
ARMANDE
Voilà ce bruit de voix que vous avez ouï... Cette querelle...
MOLIÈRE
Hé ! quoi ! vous étiez donc seule ?
ARMANDE
Oui!
MOLIÈRE
Quel naturel ! quel art !.. Vous êtes, sur mon ame. Une comédienne admirable, ma femme.
ARMANDE
Vous me flattez...
Non, non, parfaitement joué...
ARMANDE
Je ne mérite pas...
MOLIÈRE
Si fait.
yO . MOLIERE A CHAMBORD.
ARMANDE, à part.
Dieu soil loué î Il ne soupçonne rien.
MOLIÈRE
Une scène charmante !
Et qui vous fait honneur. Soit amant, soit amante. Vous prenez à ravir l'air de la passion... Et, tenez, vous tremblez encor d'émotion. Oh ! l'actrice est en vous parfaite !.. mais la femme !.. Mon amour n'a jamais ainsi touché votre ame, D'un accent si profond fait vibrer votre voix, Et jeté dans vos sens ce trouble où je vous vois. Oh ! feignez donc aussi pour moi !.. que votre adresse Voile au moins vos froideurs d'un semblant de tendresse ! Par un mensonge enfin répondant à mes vœux, Dites que vous m'aimez... Trompez-moi... je le veux. Mon Dieu ! n'aurai-je point, une fois dans ma vie, A mon tour, une part à ces biens que j'envie : Un regard caressant attaché sur le mien, Des mots d'amour éclos dans un mol entretien. Mots toujours répétés et qui jamais ne lassent ; Une étreinte où les cœurs comme les bras s'enlacent. Si ce bonheur si grand m'avait été donné, Que j'aurais sans regret h l'oubli condamné Une vie aujourd'hui si troublée et si sombre ! Le bonheur est-il moins bonheur caché dans l'ombre ? L'envie eût ignoré mes jours et, près de vous, Le sort le plus obscur m'eût semblé le plus doux. Si la gloire pourtant vous avait été chère, Je l'aurais méritée, Armande, pour vous plaire ; Pour vous, moi n'estimant l'éclat d'un haut renom Ouo si! vous r.Miil heureuse et fière de mon nom.