‹ Molière Essai médicalChapitre 17 sur 30 · MOUSE · texte numérisé non relu

MOUSE

Molière lui fit ses confidences.

Il était depuis longtemps persuadé « qu’il y avait fort peu de femmes qui méritassent un attachement sincère ; que l'intérêt, l’ambition et la vanité font le nœud de toutes leurs intrigues». Armande ne valait pas mieux que les autres. Aussi avait-il pris la résolution « de vivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme coquette et qui est bien persuadé, quoi qu’on puisse dire, que sa réputation ne dépend pas de la méchante conduite de son épouse ».

C’est toute la théorie de l’Ecole des Femmes.

Mais il y a loin de la théorie à la pratique, et ce n’était pas sans se faire grande violence qu'il avait résolu « de vivre avec sa femime dans cette indifférence » et « sans se servir des privilèges que donne le mariage » |! La séparation fut pour lui un véritable désastre moral. Son ‘esprit était complètement bouleversé. À Chapelle, son confident, il se découvrait tout entier : « Si vous saviez ce que je souffre, lui disait-il, vous auriez pitié de moi. »

A cette époque il est en pleine crise de désespoir, en pleine neurasthénie. Cette désillusion dernière (venant s'ajouter à lous ses déboires, à loutes ses déceptions, à tous ses soucis) le jetait dans le pessimisme le plus complet.

Sa santé était délabrée, son cœur brisé, mais il contiouait quand même à travailler : depuis longtemps il était habitué à tous les surmenages. Directeur et acteur, il n'oubliait pas qu'il était auteur aussi.

Depuis 1664, il avait entrepris le Misanthrope : en ce

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printemps de 1666 il y met la dernière main, Page à page il s'y débat contre la vie. Il dit aux hommes son amertume el son dégoût. Depuis Tartuffe, hélas, il doute de tout bien davantage: de l’amitié et de l'amour, du beau, du bien et du vrai, de l'honnêteté, du droit et de la raison.

Il ne sait plus où il en est. C’est maintenant son heure ténébrense, cette heure que chaque être humain traverse un jour, où il découvre que tout est vanité, qu il n’existe rien que le néant.

La plupart, pour oublier, s'accrochent à une chimère : Molière est revenu de tout, il ne croit plus en rien, L'âge des rêves s’est enfui.

Il fait noir en lui, noir autour de lui. Neurasthénie !

Ses amis Rohault et Mignard essayent de l’en tirer : il s’y replonge. Ce n'est plus qu’un pauvre homme qui cultive ses idées tristes.

— Evidemment, devait:on lui dire, tout va mal. Ce n’est pas une raison pour s’aller pendre. Soyons, morbleu, un peu plus philosophes.

Mais Molière n'entendait pas.

À quoi bon vivre en philosophe une vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue !

— Laissez-moi, simplement, suppliait-il,

« Dans ce petit coin sombre, avec mon noir chagrin »|

Et dans sa solitude, quand Rohault et Mignard étaient partis, il ouvrait aussitôt fébrilement son manuscrit ; d'uné voix sourde il en déclamait les tirades vengeresses et cela le soulageait.

LAS OURES

Mais c'était à peine suffisant. Car il était encore, bien

plus qu'Alceste, misanthrope !

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