‹ Molière Essai médicalChapitre 18 sur 30 · CRE · texte numérisé non relu

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La pièce que, d’après Voltaire, l'Europe regarde comme le chef-d'œuvre du haut comique — et qui est aussi la plus pessimiste des comédies, — fut représentée pour la première fois au Palais-Royal le 4 juin 1666.

Chacun, depuis l’école, connaît le Misanthrope et son intrigue ; elle est sixiple, sans complications.

Alceste qui n’admet pas l'hypocrisie humaine parle comme il pense et dit à chacun sa vérité. Il na pour les hommes et leurs vices que mépris et dégoût. Seule, Célimène fait exception pour lui. Ce misanthrope est amoureux d’une coquelte frivole et légère. Hélas ! on le sait bien : « La raison n’est pas ce qui règle l'amour ».….

Célimène, d'ailleurs, ne l'aime pas : elle entend vivre à sa guise sans se soucier des travers de ses semblables.

Maïheureux en amour, Alceste n'est pas plus heureux par ailleurs. Il perd un procès contre un scélérat. Tout se ligue contre lui, il est «trahi de toutes parts, accablé d'injustice » ; il n'y tient plus : il décide « de rompre en visière à tout le genre humain », de se cloitrer en quelque « endroit écarté » où il pourra oublier le monde, et le maudire.

Dans /e Misanthrope, comme dans la plupart de ses autres comédies, Molière s’est peint lui-même en même temps qu’il peignait ses contemporains.

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C'est plus particulièrement en pensant à cette pièce que La Grange et Vinot écrivaient : « Il s’y est joué le premier en plusieurs endroits sur des affaires de sa famille et qui regardaient ce qui se passait dans son domestique. »

Alceste adorant malgré lui la coquette Célimène n’estce pas en effet Molière avec toutes ses faiblesses devant Armande ?

La ressemblance était parfaite. D'autant plus frappante encore que Molière jouait le rôle de « l’homme aux rubans verts », cependant qu’Armande interprétait Célimène ! Ils avaient ainsi, à peu près, la même situation réciproque sur la scène et dans la vie !

Il n'en faut pas conclure pourtant qu’Alceste est tout à fait Molière ni que Célimène est Armande tout à fait. Chaque personnage a eu plus d'un modèle.

Célimène c'était aussi bien, par exemple Henriette d'Angleterre. N'était-elle pas très coquette et frivole ? La galantorie fut, à ce qu'on dit,sa grande occupation : rien ne l'en détournait, pas même les grossesses... (Elle est morte, on l’a vu, victime de sa trop exubérante fécondité).

Molière observait les mœurs de tout le monde. Il réunissait en un seul personnage-type les caractères principaux de plusieurs originaux.

Alceste, au premier acte, est ainsi, à ce qu'on pense, le marquis de Montausier, homme austère et inflexible dont les courtisans riaient sous cape ; Boileau, qu'un méchant vers poussait à bout, lui succède, croit-on. à la fameuse scène du sonnet ; et Molière n'arrive à

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