‹ Molière Essai médicalChapitre 5 sur 30 · D' Maurice Vialard, Essai médical sur Molière (Thèse Bor · texte numérisé non relu

D' Maurice Vialard, Essai médical sur Molière (Thèse Bor

deaux, 1908).

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On peut donc conclure que les membres de la famille de Molière, — à l'exception de son père — moururent jeunes.

Il y alà probablement, une tare héréditaire. Et la descendance même de l’auteur du Médecin malgré lui n’en sera pas épargnée. Mais n anticipons pas.

Notons pourtant que les frères et sœurs de Jean- Baptiste Poquelin subirent la diathèse familiale : Louis baptisé le 6 janvier 1623, meurt vers l’âge de dix ans ; Jean baptisé le 12 octobre 1624, meurt à trente-cinq ans ; Marie-Madeleine, baptisée le 6 août 1625, meurt à vingt-neuf ans, (de ses cinq enfants, trois meurent avant l’âge de dix ans) ; sur Nicolas les renseignements font défaut ; quant à Marie, baptisée le 13 juin 1628, elle meurt (quelques mois après sa mère et presque en même temps que Louis) en janvier 1633, à quatre ans et demi.

Evidemment il est difficile de faire à trois siècles de distance, le diagnostic de la tare qui ravageait, coup sur coup, la nombreuse famille de Molière.

« Le tableau dit le docteur Vialard, est celui d’une famille de malades greffant sur une débilité héréditaire une maladie chronique qui entraine un dénouement fatal à une échéance plus ou moins longue. »

Le même auteur remarque d’autre part que « les pre-

miers enfants, nés au début du mariage, offrent une

bien plus grande vitalité que des derniers nés, issus de parents jeunes encore mais déjà amoindris par leur diathèse ».

Et ceci, évidemment, est bien différent dece que

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l’on observe chez les hérédo-syphilitiques : là, les « premiers fruits de la conception »ne survivent pas, ou même, plus souvent, n’arrivent pas à terme,

On est donc amené à conclure, sans toutefois pouvoir l’affirmer de façon absolue, que les Poquelin ont été la proie d’une tuberculose familiale.

Molière, chargé de cette lourde hérédité, aurait donc eu toutes raisons de ménager ses forces. C’eut été la sagesse.

Et peut-être aussi aurait:il fallu … qu'il s'abstienne Un peu de comédie, — et de comédienne.

Ce n’est pas tout à fait ce qu'iladvint.

Dans l'atelier de son père il pouvait voir dès son enfance, les apprentis à l’ouvrage et apprendre à les aimer. Mais il pouvait aussi admirer, dans la boutique, les belles dames qui venaient choisir les beaux meubles que fabriquait le tapissier du roi. Et il est probable que dès cet âge, — dont on garde devenu grand une telle empreinte — ils’extasia devant les blondeurs des marquises et segrisa de leurs parfums frivoles.

Il allait — comme il seyait à cette époque — à l’école paroissiale de son quartier. On y apprenait la lecture, l'écriture, le latin (langue officielle), la grammaire et le calcul.

A dix ans, le 15 mai 1632, il perdit sa mère.

Maurice Donnay raconte plaisamment que son père

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avait horreur du vide, — ainsi qu'en ce temps-là, on le croyait de la nature... Aussi se remaria-t-il très vite, en avril 1633, avec Catherine Fleurette, fille d'un autre tapissier parisien.

Jean Poquelin, sur qui décidément, les renseignements abondent, avait d’autre part certains dons particuliers. Il suivait à la lettre le neuvième commandement divin et, en mari croyant, faisait « œuvre de chair » aussi souvent qu’il se pouvait. Il avait eu, en quelques années,avec l’aide de Marie Cressé,six enfants. Catherine Fleurette à son tour se mit à la besogne.…

Et, à la suite de deux accouchements trop rapprochés, elle mourut le 12 novembre 1636.

On ne sait quelle influence la belle-mère eut sur le beau-fils, ni comment Jean-Baptiste accuillit la nouvelle venue. Il y a bieñ deux belles-mères dans le théâtre de Molière, mais l’une est une odieuse marâtre (Bélise du Malade Imaginaire) tandis que l’autre (Elmire de Tartujfe) est pour ses beaux-enfants, la plus affectueuse amie. Notre curiosité reste insatisfaite.

IL paraît néanmoins certain que l'absence d’affection maternelle autour de l'enfance de Molière a provoqué une lacune dans son théâtre : les mères y sont aussi rares queles pères — presque toujours veufs et souvent avares — y sont nombreux.

On pense que c’est vers l’époque de la mort de Catherine Fleurette que Jean Poquelin, tapissier du roi depuis quatre ans environ, s'installa au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue des Vieilles-Etuves, à la Maison des Singes, vieux logis à colombages du xv® siè-

cle. Sur le poteau cornier, des singes étaient sculptés grimpant au tronc d’un oranger. C'était un amusant symbole et un présage heureux. Il est bien évident que l'enfant espiègle et moqueur qui vivait là ne pouvait devenir qu'un merveilleux acteur comique.

Pour l'instant son père, qui ne peut deviner pareil avenir et qui lui réserve la survivance de sa charge, l'envoie comme externe au Collège de Clermont : Jean- Baptiste y recevra une instruction et une édacation qui pourront lui servir quand il devra s'occuper des appartements royaux.

C'est à peu près l'époque de la puberté ; nous ne savons pas comment il réagit durant cette période de transition. Mais nous savons qu'il est un jeune garçon très intelligent et que «le succès de ses études fut tel qu’on pouvait l’attendre d’un génie aussi heureux que le sien » (La Grange). a

Il apprend le grec, le français, et le latin très à fond. C’est d’ailleurs la seule langue qu’on ait le droit de parler à l’intérieur du Collège.

Aux distributions de prix on joue la comédie. Jean- Baptiste, lui, ne jouait pas — les rôles étaient réservés aux internes — mais il regardait avec passion. Il comparaît aussi avec ce qu'il avait vu à l'Hôtel de Bourgogne où nous savons que son grand-père le cônduisait souvent.

En 1640 à sa sortie du collège de Clermont (aujourd’hui Louis-le-Grand) le jeune Poquelin lit Plaute et Térence dans le texte. C’est un excellent humaniste. Il aimait la poésie et les poètes : « il les possédoit parfaitement ».

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