‹ Molière Essai médicalChapitre 6 sur 30 · MIO · texte numérisé non relu

MIO

Au collège il était devenu le camarade puis l’ami intime de Chapelle, fils naturel de M. Luillier, maître des comptes et libertin fameux. Luillier était lui-même l'ami de Gassendi. Et comme, en 1641, Gassendi donnait des leçons de philosophie à Chapelle, Jean-Baptiste Poquelin en profita pour y assister.

Il y avait là aussi Bernier, Hesnault et Cyrano de Bergerac. Ils y reçurent la doctrine d'Epicure, — une doctrine d’EÉpicure corrigée un peu par le christianisme.

Chapelle devint un ivrogne et un débauché mais il resta toujours l’ami de Molière. Bernier devint médecin et entreprit de lointains voyages ; il soigna même l’empereur des Indes, le grand Mogol ; mais lorsque Molière s’en prit à la médecine Bernier oublia, peutêtre un peu trop vite, son amitié d'antan. Quant à Cyrano de Bergerac, l’histoire et la légende l’ont conduit jusfu’à nous, bretteur original et gascon spirituel. Molière l’aimait beaucoup. Avec lui 1l allait souvent au théâtre à l'Hôtel de Bourgogne ou au Marais.,

Sans doute, dans son enthousiasme, rêve t-il alors de devenir un jour acteur. Il a l’âge des rêves, des chimères. Il ne s’est guère heurté aux réalités prosaïques de la vie.

Au Marais, il applaudit une jeune comédienne qui peut-être trouble ses rêves junéviles. C’est l’inaccessible étoile à qui tous les collégiens depuis toujours ont rêvé. Pour Jean-Baptiste Poquelin c’est Madeleine Béjart.

Madeleine Béjart |

Peut-être aussi ne fait-il pas qu'y rêver. Cyrano,

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quia quelques années de plus que lui et qui a déjà vécu plus qu’il ne sied, Pemmène sans doute dans les coulisses. Il frôle la Béjart. Il est timide et trop sensible : il ne lui parle pas, Mais il l'emporte probablement dans un coin de son cœur tout neuf, en attendant que ce soit elle qui l’emmène à l’aventure au gré de son caprice et de ses désirs.

Il fait son droit, prend ses licences à Orléans.

Par pure formalité son père lui avait fait prêter serment, en 1637, comme tapissier du roi et valet de chambre de Sa Majesté. Mais en 1642 son père s’inquiète : Jean-Baptiste est un peu trop souvent au théâtre et dans les coulisses... Quand on est tapissier du roi on ne rôde pas parmi des gens dont la profession est contraire aux bonnes mœurs |!

Alors le père Poquelin expédie son fils loin de Paris, à la suite de Louis XIII qui, au printemps de 1642, ouvre la campagne du Roussillon.

Mais c’est une fatalité !.. Louis XIII va se reposer et prendre les eaux à Montfrin, près de Nîmes ; une troupe de comédiens est mandée pour le distraire : et Madeleine Béjart en fait partie. Elle en est même la vedette... Cette fois c’est le coup de foudre réciproque. La comédienne et le jeune tapissier sont unis pour la vie et pour la postérité.

Tout ça, on n’en est pas bien sûr. On n’est sûr de rien ou de pas grand'chôse, avec Molière... Mais enfin c’est possible. Et si ce n’est qu une légende elle est jolie.

En tous cas le 3 janvier 1643, quelques jours avant ses vingt-et-un ans, Jean-Baptiste Poquelin — appelons-

le encore ainsi : cela ne durera plus longtemps — avertit son père qu'il renonce à la charge de tapissier royal.

Emoi dans la famille !

Mais que faire ? — La famille a contre elle une grande et belle fille qui a toute la fraîcheur, tout l'éclat de ses vingt-cinq ans. Elle est déjà célèbre. Et puis elle a une magnifique chevelure d’un blond ardent !.…

Le père Poquelin se fâche. Son fils avec une comédienne, parmi les excommuniés, les prostituées ! Le père Poquelin, certes, se fâche tout rouge.

Mais enfin il est bien obligé de céder.

Jean-Baptiste n'est plus un Poquelin, c’est un Cressé ! C'est de l’atavisme : on n'y peut rien ! .. Il n’a pas seulement comme son grand-père « de la passion pour la comédie » : il en a même pour une comédienne !.…. Evidemment c’est un comble !

Pour elle il fera n'importe quoi, il ira n'importe où, — même en prison...

On le conçoit : pour les Poquelin c'est une catastrophe. Mais pour nous, de si loin, comme cela nous paraît simple, et naturel, et heureux que, pour les beaux yeux d’une jolie fille, un tapissier du roi soit devenu, un jour, sans le savoir, Molière...

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