LES ÉCLECTIQUES
SomMaIRE. — Résumé des doctrines humorales de l’époque. —* Les cacochymies, leurs interprétations. — L’éclectisme de Rivière, médecin de Montpellier ; jugement sur ce médecin. — Les médécins de la Cour; Valot.
Nous entendons par éclectiques ceux qui, à cette. époque, tout en suivant les dogmes de Galien, accueillaïent aussi, dans la pratique, les idées et Pt applications belles Ce sont ceux que Gui Patin gratifie. sans cesse des titres d’empiriques, charlatans, chimistes, paracelsistes, semi-dogmatiques. |
Avant de nous occuper de leur polypharmacie ét de l’antimoine, le grand sujet des querelles de l’é- ’ poque, il A Done de rechercher quelle fut leur règle, de conduite à l'égard de la saignée. Les exagérations | que Gui Patin professe à ce sujet, et son animation | À continuelle contre la plupart de ses confrères, por-. teraient à croire qu’un grand nombre de praticiens de son temps se prononcaient absolument, et par. système aussi, contre ce puissant moyen (nérapeu tique. Il n’en est rien pourtant. La lecture de ses | propres lettres prouve, au contraire, que Vautier, \ Valot, Guénaut, etc. , recouraient à la saignée dans de justes bornes et se confétn tel mieux que lui aux préceptes de Galien et 4e Fernel. 3
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“ C'est ici le lieu de résumer en quelques mots les n° du jour.
- Les maladies les plus communes, disait-on alors, Eèdent de cacochymie, c’est-à- de d’une a Juregorgement de bile ou de pituite, ou de mélanjolie, qui se mêle avec le sang. Elles doivent être Taitées par la purgation.
… La pléthore est une prépondérance de toutes les
aumeurs et du sang lui-même. Elle doit être traitée par la saignée.
Si la cacochymie est une prédominance bilieuse, elle deviendra plus violente si on ôte à la bile son frein, c’est-à-dire le sang qui tempère son acrimonie. msi te est pituiteuse, la crudité ne fera qu'augmenter par la saignée, les spi s’épaissiront, el même la chaleur naturelle s’en trouvera souvent prune
Si elle est mélancolique, la saignée deviendra encore nuisible, parce que cette disposition étant froide et sèche, a besoin de chaleur et d'humidité + l’on Ôterait en tirant du sang.
ñ Ces cinq propositions donnent le fondement des disputes de cette époque.
… Les maladies, disent les dogmatiques, proviennent 4 corruption qui est dans le sang, et, par en S ua: dans les veines. Il faut saigner et ressaigner jusqu'à ce que le sang louable apparaisse.
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Les éclectiques répondent : que la corruption ne peut être enlevée par la saignée; qu'elle ne nettof ni le crasse, ni l’épais, ni le visqueux ; qu’elle nl dissipe point les obstructions. Ils s’autorisent d Galien qui établit que les humeurs corrompues doi vent être tirées ou par Le siêge ou parle vomissemen ou par les sueurs. Ils admettent la saignée dans vraie pléthore sanguine ; mais, dans les cacochymiess plus le sang s'éloigne de sa pureté, moins il en faut tirer. Les malades, disent-ils, finiraient alors pai rendre l’âme, plutôt qu’un sang louable ; car le troné des veines vidées par la saignée ne peut se rempli qu'en tirant des rameaux qui, à leur tour, tirent des organes où siége la corruption. | %
Ce qui jette le plus de confusion dans toutes ces questions, c’est que ni les uns, ni les autres, n@ donnent les signes précis des cacochymies, et que, sur ce point fondamental, ils se contredisent récipre
quement.
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Toutes leurs querelles, toutes leurs disputes, n’au* raient-elles pas dû s'évanouir devant ce passagé d'Hippocrate, si judicieux et si conciliant: | à
« Si l’homme, dit-il, était fait d’une seule matière; les maladies a seraient inconnues ; que si elles sur: venaient, il serait guéri par un seul remède. Mais, étant composé de plusieurs matières, les unes qui échauffent, les autres qui refroidissent, les autres qui dessèchent, les autres qui humectent, d’où sur-
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viennent des maladies diverses, il est nécessaire qu'il y ait aussi plusieurs et divers remèdes. »
En ce temps-là, plus qu’en tout autre peut-être, on savait invoquer, pour le besoin des disputes, des autorités qu'on ne respectait pas toujours.
A cette doctrine des cacochymies, toute galénique, et issue elle-même de l’hippocratisme, si l’on ajoute les données aveugles de l’empirisme et les élucubra- “ions nouvelles des chimistes, on aura les principaux fondements de l’éclectisme du xvri° siècle.
C'est de cette source multiple qu'était sorti, antérieurement, l'assemblage indigeste de moyens médi- ‘“camenteux, pris dans les trois règnes de la nature, jui constitue la matière médicale de Dioscoride, com- “mentée et augmentée par Matthiole dans un énorme -in-folio.
… Ilne serait d'aucun intérêt de donner ici la liste des délayants, des humectants, des échauffants, des
“dessiccatifs, des désobstruanis, des incrassants, des
“cholagogues, des mélanagogues, eic. Toutes ces classi-
“fcations de drogues, basées sur des propriétés où
“vertus thérapeutiques inventées par l'humorisme,
“he sont d'aucune valeur pour la science moderne.
… Pour rester dans notre sujet, nous choisirons seule- “ment, dans les travaux exclusivement pratiques, les D os les plus propres à faire comprendre l'éclec-
“isme de cette époque. Nous les prendrons dans les
Dr NIVELET | 3