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Dans sa situation de besoigneux habile, il comprit,
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- qu'il importait de ne pas entrer dans les ornières de l'École, et il se posa en partisan de l’antimoine et de la chimie nouvelle.
Soit qu'il eût entrevu que sa position médicale pouvait rester précaire encore longtemps, soit qu’il füt poussé par son instinct industriel et par ses aspirations versla fortune, il fonda un bureau d'adresses, ou de rencontre, dont les bureaux de placements d'aujourd'hui ne sont que la continuation.
. Bientôt iladjoignit à cette création l’ouverture d’un
moni-de-piété, à limitation de ce qui existait déjà en lialie; et, pour couvrir son but mercantile par une œuvre philanthropique,ilannoncçait, en même temps, des consultations gratuites et charitables pour les pau- .vres. Puis, quelque temps après, il ouvrait, au milieu de tout cela, un laboratoire de chimie.
Ce cumul d'établissements ne suffisant pas à son infatigable activité, il arriva, avec le concours du . Célèbre d’Hozier, à créer la Gazette, œuvre agréable à Richelieu et à Louis XIII, et qui devait lui servir aussi, dans ses visées médicales, à des réclames pour l’antimoine, pour les apothicaires, et pour l'École de Montpellier. Plus tard, pour répondre au - dénigrement que ses adversaires attachaient à sa qualification de gazetier, il'se faisait nommer historio-
graphe de la Couronne.
Tant d'entreprises, dressées pour la plupart envers
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et contre la Faculté, constituaient un terrible joüteur. Aussi, jusqu’en 1643, c’est-à-dire jusqu’à la mort de Richelieu et de Louis XIIT qu'avait précédée celle du Père Joseph ("), Renaudot soutint-il, avec avantage, le siége qu’il avait ouvert contre les dogmatiques. Mais, exposé à la réaction du Parlement par la perte de ses imposants protecteurs, il eut bientôt à subir le grand désastre de son procès de 1644.
La petite armée d’antimonistes qu’il avait formée autour de lui et qui grossissait d’année en année, redoubla de vigueur pour battre en brèche, avec lui, l’École de Paris. Le destin ne voulut pas qu'il assistât au grand triomphe de 1666 ; il mourut, en pleine lutte, le 25 octobre 1658.
Le vieux Renaudot (écrit Guë Patin, 12 novembre 1653) mourut ici le mois passé, gueux comme un peintres C’est son fils, le conseiller des monnaies, qui fait aujourd’hui la Gazette.
- Renaudot était né en 1584.
Les lettres de Gui Patin ne respirent guère, en ce qui concerne Renaudot, que de la rage et du dépit;
(*) L'âme damnée de Richelieu, frappé d'apoplexie le 18 décembre 1638. Il succomba trois jours après, au domicile même de Richelieu qui dit en soupirant : « J'ai perdu mon bras droit .»
elles se montrent dépourvues de raison et d’argu- “hents sérieux. Il est remarquable aussi qu’elles laissent toutes passer comme inaperçues, les innovations si remarquables, non-seulement du bureau d adresses, du mont-de-piété, du laboratoire de “Chimie, mais encore celle des consuliations gratuites. La bot Gazette a l’honneur d’une courte citation en 1650 :
Il ne se fait ici du tout rien qui vaille, si ce n’est la Gazette, qui est une chose fort récréative et fort consola- “live aussi, en tant que cette babillarde ne dit jamais de mauvaises nouvelles, bien que nous en sentions beaucoup en cette saison.
… Si l’on comprend que la Faculté n’ait pas osé con- Lredire aux créations de Renaudoë tant qu’elles furent placées sous l’aile protectrice de Richelieu, il y a lieu de s'étonner que Gui Patin n’en dise mot dans ans ses lettres intimes. Caustique et bilieux dans là jubilation de ses succès, on le voit rester muet Sous le poids de ses contrariétés et de ses revers. En effet, ce n’est qu'après l'échec de Renaudot en 1642 et son écrasante condamnation en 1644, que la verve de Gui Patin s’anime contre lui.
- Jusque-là, la seule lettre qui touche indirectement au gazetier est en date de 1641. Elle a rapport à un fait qui remonte à 1637, où le doyen du jour, Hardouin de Saint-Jacques, sh qu'il eût été circonvenu par Renaudot, soit qu'il eût cédé à ses tendances
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personnelles, avait commis un scandale dans la Faculté. Écoutons à ce sujet Gui Patin:
Pour l’antimoine, je ne sais pas ce que notre Faculté en ordonnera ; il eût toujours bien mieux valu que Saint- Jacques ne l’eût fourré dans l’antidotaire, comme il a.fait, nobis insciis et invitis, imo et inconsultà facultate, et ne pas toucher cette corde, quæ habet aliquid odiosum. M. Moreau a répondu au factum du gazetier avec beaucoup de doctrine et toute sorte de modestie. Ce bureau d'adresses, meus agyrta convitiator et sycophanta deterrimus, y a fait une réponse pleine d’injures de harengères, où il élude et se moque des raisons de M. Moreau, sans répondre à quarante chefs qui lui étaient objectés... Si ce gazetier n’était soutenu de l'Éminence, en tant que nebulo hebdomadarius, nous lui ferions un procès criminel, au bout duquel il y aurait un tombereau, un bourreau, et tout au moins une amende honorable; mais il faut obéir au temps. (Lettre à M. Belin, docteur-médecin à Troyes.)
Cette félonie d'Hardouin de Saint-Jacques avait, été pour Renaudot une arme puissante et un appui précieux. Gui Patin le sentait, et, 20 ans plus tard, il montrait une sorte de résignation en rappelant cette affaire :
Notre Faculté n’a rien fait en quoi elle se soit oubliée,. mais bien négligée, comme la bonne dame fait souvent Nos anciens avaient travaillé à l’antidotaire ; les papiers en. étaient toujours en dépôt entre les mains du doyen. Hardouin de Saint-Jacques, étant parvenu à cette charge, les ramassa et les fit imprimer, ui aucuparetur graciam pharmacopolorum, sans un simple consentement de la Faculté, laquelle fut tout étonnée de voir en ce livre pro thesauro, carbones, pro luce tenebras, pro remedio venenum. Plusieurs
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en grondèrent et parlèrent de réformer cela, on n’en fitrien; “si bien que tout en est demeuré là, et en ce cas, tolerat que non probat, Il en sera néanmoins parlé quelque jour, mais je ne puis pas encore vous dire si tôt quand ce sera. … Quand je donnai le bonnet, il y a deux ans, j'en parlai “amplement dans un discours exprès et publiquement, et . “qui fut fort approuvé. Les sieurs Saint-Jacques sont « des charlatans, ne dicam pejus. (Id.)
…. En 1640, l’œuvre des consultations charitables de- “vait amener un véritable conflit avec la Faculté. L'idée pratique de Renaudot n’était-elle pas propre, en effet, à suggérer de sérieuses réflexions aux dogmatiques de l’École qui avaient savouré si longtemps, “ dans leur statu quo, une complète quiétude? : Argumenter dans des séances solennelles où les “ amours-propres se surexcitaient; faire consister les - épreuves en des discussions théoriques sur les doc- - trines et les livres consacrés et approuvés par la Fa- - culté ; tout cela était propre à faire des rhéteurs et … des sophistes plutôt que des praticiens.
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Renaudot, assisté de ses deux fils et secondé par Û des médecins de l'École de Montpellier et des petites universités de province, avait vu les étudiants re- » chercher près de lui un genre d'instruction que » l’École de Paris ne leur donnait pas. Examiner, in- * terroger des malades, assister à des conférences sur