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corps brûlerait, s’il en avait bu : c'est pourquoi je puis.bien
dire de l’un et de l’autre ce vers d'Ovide :
Vina fugit, gaudetque meris abstemius undis.
Pour moi, je ne puis que jeter de la poudre sur l'écriture“
de ces deux grands hommes ; j'en bois fort peu et néan-
moins ce sera une débauche, mais philosophique, et peut- | être quelque chose davantage ; peut-être tous trois, guéris
du loup-garou et délivrés du mal des serupules, qui est le tyran des consciences, nous irons peut-être fort près du
sanctuaire, Je fis l’an passé ce voyage de Gentilly, avec M. Naudé, moi seul avec lui, tête à tête, il n'y avait point
de témoins, aussi n’y en fallait-il point : nous y parlâmes fort librement de tout, sans que personne en ait été scan-
dalisé (!).
Plus tard, en 1653, quand Naudé quitte la cour de la reine de Suède pour revenir à Paris, Gui Patin pousse cette exclamation :
J'aime mieux qu’il soit ici que là : tout le Nord ne vaut
point ce digne personnage,
La même année, il annonce à Spon la mort de son «
(" Je pense, dit Réveillé-Parise, qu’il ne fallait pas de témoins « à leur conversation ; elle était assurément bien au-dessus de « l'époque où ils vivaient; leur génie pressentait l'avenir, cat déjà était commencée la longue lutte de la lumière contre les
ténèbres.
… bon ami qu'il regrette à toute heure. Il le remercie - des quatre vers qu'il a fait en son honneur:
- Si vous voulez en faire encore d’autres, ou quelque prose selon votre loisir, vous le pouvez hardiment entreprendre, + le temps ne vous presse point. Le pauvre ami était de tel “ mérite que j'en porterais volontiers le deuil sur le dos, et “publiquement, aussi bien comme je le porte dans le cœur.
* Réveillé-Parise vient encore confirmer cette si “grande intimité : « Il y avait une telle conformité “d'opinions, d'idées, de philosophie dans ces deux sa- “vants, que leur amitié fut inébranlable : elle était ; comme d’instinct, de cœur à cœur. »
“ Avant d'arriver à la révélation que Gui Patin donne
plus tard sur le caractère de son ami, il était indis-
: pensable d'établir toutes ces constatations de l’entente
complète qui avait régné entre eux. Or, voici ce qu’il
À dit dans une lettre à Spon en 1663 :
: Je ne veux point oublier que M. Naudé faisait grand état de Tacite et de Machiavel; et, quoi qu’il en soit, je pense
put il était de la rhgion de son profit et de sa FER doc- trine qu'il avait puisée et apprise ?n curia romand.
En relevant certains faits dans la correspondance longue et suivie de Gui Patin, on rencontre des Contradictions qui semblent découler d’une philosophie
analogue à celle de Naudé : peut-être bien que, lui aussi, fut de la religion de son profit et de sa fortune.
Les jugements contradictoires qu'il porte sur diffé -
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rents individus ne sont pas rares dans ses lettres.
En voici un des plus remarquables :
Le 15 août 1651, il fait à Falconnet l’énumération
de quelques-uns des «incomparables » de la Faculté,
c'est-à-dire de ceux qui se sont montrés les pis |
fermes dans la bonne doctrine. Il en est Qui lui sont plus précieux que les diamants,
et, parmi eux, il classe Guillemeau.
En janvier 1659, au sujet des violentes disputes
auxquelles se livrent Courtaud et Guillemeau, il dit de ce dernier :
C’est un excellent homme, personnage de crédit et d'au-
torité, et autant homme d'honneur que j'en connaisse ; fort habile homme, grand sens, grand esprit, grand jugement ;
beaucoup de biens, beaucoup d’amis. Régates si M. Cour-
taud n’est pas sn mal conseillé de s’y prendre comme 17 fait.
Eh bien, l’année suivante, le 24 octobre 1656, ïl
écrit à Spon en lui annonçant la maladie de Guil-*
lemeau :
M. Guillemeau a été un courtisan recuit et rusé, qui privatæ rei suæ studuit : ex eo tamen laudandus, qu’il a tou-…
jours été du bon parti, et dans les bons sentiments de la
méthode et de la saignée, de la paucité des remèdes, de.
l’antimoine et de toute la chimie, qui est, à purement et à proprement parler, la fausse monnaie de notre métier.
Et, deux mois après, voici l’oraison funèbre qu ü lui Fe
Je vois bien des gens qui ont en divers temps connu feu .
ét let A:
: Se UT
M. Guillemeau, mais je n’en vois aucun qui en ait jamais au- “tant su que moi. Nous étions de même licence ; je l'ai hanté “trente- deux ans entiers, et j'ai eu participation de l'esprit “du compagnon, courtisan autant que pas un : callidissimum “et œstuosissimum histrionem aulicum intus et in cute apprime “novi. Son autre médecin avec moi était le bonhomme Bara- “lis, qui ne l’a bien connu qu'après sa mort: je n’y ai point “été trompé. Il ne m'a rien laissé par testament, il y a plus de vingt-quatre ans que je l’ai cru ainsi: ex perspecta hominis “indole. Cet homme se jouait de son esprit, sed ad rem suam “potissimum attendebat.
» On voit le rapprochement des dates dans cet exposé des faits ; il est tel que la versatilité de l’auteur ne reste guère facile à expliquer par de bonnes raisons ; faut-il en trouver la cause dans cette phrase “qui, après tout, sent la déception : ÿ ne m’a rien laissé par testament ?.….
Î Réveillé-Parise a dit: « Quoique Gui Patin aïmât “à gaoner de l’argent par sa profession, on ne voit rien en lui de l’homme avide de s’enrichir par toutes “voies et moyens; ilse vante même d’être compléte ment guéri de la philargirie. »
& « Par toutes voies et moyens», non, sans doute ; il “est loin d'aller jusque-là: mais l’amertume de son Roue contre sa belle-mère et son beau-père, et les “variations de ses jugements sur Guillemeau sont loin : prouver son désintéressement.