TRES
de tromper son ami, devient honnête homme et s'accou-
tume à l'être per vim relationis. Et aïnsi est vrai ce qu'a
dit un vieux scoliaste d’Aristote sur les morales : Amicabilia
ad alterum oriuntur ex amicabilibus ad se. Vous serez donc . assuré, s'il vous plaît, de ma fidélité et de mon service, comme d’un homme qui désire être avec vous en aussi
bonne et forte intelligence que si nous étions frères ger- * mains et naturels.
13 juillet 1649.
: Quand je pense à vous, et par conséquent à Lyon, j'au- - rais bien envie d'y aller, de vous y embrasser, et vous y
entretenir, et muluas audire et reddere voces. Je sais bien
que l'aspect d’un si beau pays peut contenter en quelque - façon la curiosité d’un homme ; une si grande ville, deux * belles rivières, la rapidité du Rhône ; tant d'honnêtes gens … qui sont dans votre ville, tant de beaux livres qui se peuvent - trouver, de si bons et francs amis que j'y verrais, et, entre autres, MM. Gras, Falconnet et Garnier, Aumanis majora “ bonis creduntur ; maïs tout cela n’est rien au prix de la joie que j'aurais de m'entretenir en particulier avec vous ë dans votre cabinet, remotis arbitris. Et peut-être que Dieu me . fera quelque jour cette grâce dont j'ai bien envie : aussi * ya-t-il quelque apparence qu’une certaine occasion se présentera qui m'en donnera le moyen...
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Comme je vous tiens pour mon meilleur et plus intime ami, je prends la hardiesse de me découvrir à vous, et vous …— demande avec très-humble révérence que vous ayez cette “bonté, de me donner votre avis du dessein que j'ai de faire une méthode particulière, dont je vous ai par ci-devant écrit quelque chose; maintenant, je vous envoye la copie + du titre que je vous ai désigné. Je vous prie de me mander … s'il est trop long, ou bien ce qu'il y a dans les termes qui empêche que vous m'en donniez votre approbation ; mais
je vous le demande en ami, comme j'espère que vous y. répondrez. Ne me flattez point, je vous prie, faites-moi mon procès, instruisez-moi, et me remettez dans le bon chemin :% Judicioque tuo cadam vel stabo.…. É:
Traitez-moi en ami, avertissez-moi de ce qui vous semble, « dans le titre que je vous ai envoyé, ou me dites quelque chose touchant mon dessein : oc debes amico. De qui vou-w lez-vous que j’attende de bons avis que de vous ? Et combien que je sois naturellement fort docile, je vous avertis ss qu’il y a bien du monde que je n’écouterais pas, s il m'en. 5 voulait donner, et au jugement duquel je ne m'arrêterais. point.
du
19 octobre 1649.
Ne pensez ps m'avoir de l'obligation quand je dis di bien de vous à vos Lyonnais ; j’en suis si content et si très- Ë fort réjoui, qu’il ne faut pas que vous m'en sachiez d'autre gré. Je suis alors du nombre de ceux qui habuerunt mercedem in vi'r sua. Car, puisque je suis en termes de sainte Écriture, fortis illa et suavis de te cogitatio mia et merces Mn el magna nimis, et vous prie de croire qu'il ne. se passe pas de jour que je ne pense à vous plus de trois fois, avec douceur et très-ample satisfaction... Si M. Bailly, Foie chirurgien, vous a parlé de moi, aussi ai-je fait de : vous avec M. Raïnon. J'ai peur que vous ne vous moque de moi quand vous me comparez à un grand luminaire : hélas! je me tiendrais heureux si je pensais être ou avoir place entre les plus petites étoiles du firmament.
3 décembre 1649. &
Est-ce tout de bon que vous me dites que vous gardez toutes mes lettres très-chèrement ? Je n'ai jamais eu cette. opinion qu'elles pussent mériter cet honneur; mais, d'une part, prenez garde qu’elles ne vous fassent tort ou à moi.
Ha
* aussi pour la liberté avec laquelle je vous écris quelquefois … de nos affaires publiques, si mieux n’aimez tout d’un coup en faire un sacrifice à Vulcain, que Catulle, in part casu, - à de bonne grâce nommé fardipedem deum. Tout au pis aller et quoique vous fassiez j'y consens (!).
8 janvier 1650.
Enfin, ; ’ai reçu votre belle et bonne lettre, fort désirée et }avidement attendue, le 5 de janvier, et vous puis jurer qu’il n’y à point eu ici de vin d'Espagne si agréable en toute la | fête des Rois que m'a été la lecture d’icelle; elle m’a réjoui, -cile m'a consolé, elle m'a instruit et enseigné, de sorte que j'en suis out de toutes parts.
8 mai 1650.
Prenez la peine de m'écrire un mot, et me mandez quel- . que chose de votre santé et si vous avez été si longtemps … sans m'écrire, mais écrivez-moi seulement de votre santé, « de celle de toute votre famille, quia amore langueo, et en cas que vous ne vouliez plus que je vous écrive, faites-moi le bien de m'en mander la raison, afin que je m'en retienne à l'avenir, si je juge que vos raisons sont bonnes, et en cas … que je le puisse faire, et obtenir cela de moi-même; mais au moins sachez et ue pour très-certain que je suis en un Æ tel deuil de n’avoir plus de vos nouvelles, que jamais la ty- “rannie de Mazarin, la colère de la Reine, la guerre du prince de Condé, le siége de Paris, et les menaces des partisans, même la peur de mourir de faim durant le siége de Paris, ine m'ont pas Ôôté le repos de la nuit et la tranquillité de Pesprit, comme a fait la privation de vos lettres, laquelle je
…. (!} À cette époque, les visites domiciliaires étaient déjà en “grande pratique, et son fils Gharles en fut victime plus tard, en 1668.
crois inexcusable de votre part, si Vous n’avez quelques à fortes raisons: mais il faut quelles soient bien fortes, et … même plus fortes que l'armée que le Mazarin destine à © prendre Bellegarde, et que le canon de M. de M 4 fait mener. %
Mais, à propos, je me souviens fort bien de vous avoir nie par ci-devant mon portrait en huile, selon que vous m’aviez fait l'honneur de le désirer; mais ce n’a été qu'à a charge que vous me traiteriez de même et que me feriez la + faveur de m'envoyer le vôtre ; je vous somme de votre pro. messe et vous prie de me l'envoyer afin que je m'adresse à É: lui quand vous manquerez de m'écrire, comme vous avez à fait depuis deux mois. +
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6 mai 1650. Ë
Je ne fus jamais si empêché, comme je l'ai été dans l'at- J P
tente de vos lettres, non Sani mihi nervos restituisté, me etiam animam reddidisti. J'ai enfin reçu la vôtre datée du
12 avril, laquelle ma consolé véritablement bien fort. + 24 mai 1650. 4
Je vous prie de ne point oublier ni négliger le portrait. | que vous me promettez de vous-même : ce n ’est point pour : moi, c’est pour mes enfants qui vous honorent, comme je fais ; ils sont d'assez bon naturel. Pour moï, je n’en ai pas tant ire présentement, d'autant que je vous vois d'ici, el même je vous peindrais fort bien tel que vous étiez en 1642" si j'étais peintre. Je pense si souvent à vous, que je vous vois à toute heure, et que je vous représente fort souvent en mon esprit qui n’est pas fort subtil; mais aussi ne es pas grande subtilité à être bon et fidèle ami, tel, qe Dieu. aidant, je vous serai toute ma vie ; je sais bien que j'y suis | obligé, «4
91 juin 1650.
M. Ravaud, votre ami, qui vient de gagner ici un procès
: contre les libraires de la rue Saint-Jacques, en donnant
caution, m'a prié de lui en servir, et je l’ai fait pour l'amour
de vous, quoique je sache que le titre De fidejussoribus dans
le droit est appelé le titre des sots. Il pourrait arriver qu’on
- me dira : Fide data, præsto noæa est, à quoi je répondrai
qu'il faut faire pour son ami ce qu’on ne ferait pas pour personne autre.
80 septembre 1650.
Mais pour venir à la vôtre datée du 16 de septembre, je
me plains seulement à vous pour le présent d’une chose :
- c’est qu'elle est trop courte. Vos lettres sont à mon endroit
* ce qu'étaient les oraisons de Démosthène à Cicéron, et celles
de Cicéron à Pline le Jeune et à Quintilien, optima quæ longissima.
| 6 janvier 1654.
Dieu merci, voilà une belle étrenne et très-gracieuse, laquelle m'arrive de votre part; c’est votre lettre sans date, mais pourtant nouvelle, que je reçois avec grande joie,
“inter alia. munera quæ tali die solent offerri. Je suis très- Ë aise que vous et toute votre famille soyez en parfaite santé ; \utinam perennet ! mais je m'étonne de quoi vous avisez de "m'envoyer des présents de prunes de Brignoles, vous et Mademoiselle (‘) Spon, que je respecte tres-fort à cause de
- vous, et que j'aime tant plus chèrement et tendrement, “qu’elle me connaît comme si elle m'avait nourri. Oh ! que “j'aurais été heureux si feu ma bonne mère, opéima sane mu-
({) La femme mariée conservait encore, à cette époque, le » titre de demoiselle.
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lierum, avait eu autant d'esprit que mademoiselle votrem femme ! J'aurais eu ma part de ce bon esprit, et aurais été 4 déniaisé de bonne heure et de bonne sorte; mais je n'ai point été si heureux : non cuivis datum est habere nasum: "M
Puissiez-vous vivre sans pierre, sans goutte et sans ca tarrhe, jusqu’à l'an 1709, afin de faire la centaine parfaite, | 3 et que vous voyiez dans votre famille toutes les bénédiction que Dieu a promises diligentibus se! Je fais part de mes * vœux à Mademoiselle Spon, jusqu’à ce que j'aie le moyen + de lui témoigner et de lui faire connaître par effet jusqu 3 quel point je l'honore comme la meilleure femme de Lyon, i et la fidèle compagne du meilleur ami que j'aie au monde. 3
26 décembre 1656.
Quand j'aurai reçu votre portrait, je ferai mes efforts de | lui chercher quelque place honorable. Vous pouvez bien croire qu’il me sera très-cher : je tâcherai de ne vous mettre en pire compagnie que feu M. Naudé et Gassendi, dont le“ premier a été mon intime très-particulier trente-deux ans à entiers, et l’autre y eût succédé s’il eût plus longtemps vécu. | FE
Mars 1661.
J’ DRE par la dernière que M. Barat m'a fait l'hon- | neur de m'écrire que votre mal est augmenté, dont Je suis 3 bien fâché. Au nom de Dieu, pensez à vous et prévenez . l'apoplexie qui vous menace par la saignée, laquelle est leu plus sûr remède. Si votre sang vient une fois à s’échauffer, il gagnera le cerveau par un transport et l’étouffera, si vous ne vous servez de ce puissant remède contre la pléthore, » laquelle trompe les plus fins. Pensez-y donc et faites à ma. prière quelque chose pour votre santé, afin que nous puis=M sions encore une fois nous revoir avant que de mourir. :
Sans date, 1663.
op très-cher et précieux ami, je vous rends grâces très- Po Le de votre dernière et belle lettre : plût à Dieu que » je pusse vous en envoyer de pareilles de deçà, et qui don- - nassent autant de réjouissance et de satisfaction comme la -vôtre m'en a donné, que j'ai relue plusieurs fois : decies repetita placebunt. T6 vous remercie très-humblement de - tous les soins que vous prenez pour moi, de toutes les peines : que je vous donne pour mes petites curiosités qui font une - partie de mon étude ou au moins de mon divertissement. » Vous savez ce qu'a dit en pareil cas Pline : maæima pars - hominum amænitatem in studiis quærit (1).
Conune on vient de le voir, les vrais sentiments ï ? d'amitié de Gui Patin pour Ch. Spon se manifestent en toutes circonstances : à la simple idée de s’entretenir en particulier remotis arbitris ;.. au sujet d’un avis sincère réclamé pour une œuvre projetée ;... où à propos d'un portrait... C’est toujours une affirmaà “tion de sentiments tels qu'il en peut exister entre des L fr ères germains et naturels.
…. Dire du bien de son ami est la plus belle récom- Ro tant il est heureux d’en trouver l’occasion. Eu amore, pour un silence de deux mois...…; il y a du ton et du langage d’un dépit amoureux, des ‘émotions qu'un amant éprouve pour celle dont il est
- (1) La dernière lettre imprimée de la correspondance avec “Spon est du 18 avril 1664. Il est vraisemblable que d'autres “lettres ont été perdues, puisque Spon survécut à Gui Patin et ne mourut qu'en 1684.
épris... Ce portrait auquel il ne tient que pour lui u adresser des reproches, au lieu de l'original, n ’estce pas à la fois la pensée la plus fine, le sentiment le. plus gracieux et le plus délicat. . Une lettre refait ses nerfs et lui rend la vie; les Re longues sont les . meilleures !… Et ce n’est ni pathos ni fleurs de rhétorique : ses expressions sont charmantes dans leur simplicité ; c’est l’effusion du cœur qui conduit sa plume; biens loin de chercher à définir l'amitié, c’est par l’expau: sion de ses sentiments qu’il la n Assurément, ces préoccupations, cette attention fixée sur-tout ce qui peut intéresser son ami, SON tout à fait en dehors du principe : Chacun pour soi dont Gui Patin avait pu être soupconné. Toutes ce expressions d’un Cœur aïmant ne compensent-elles pas grandement et n’effacent-elles pas les petites taches que nous avons relevées dans son Carac tère ?
est deux que nous avons distinguées entre Deal pi d’autres. L’une met en Éxicenee les habiles et déti- |
phique au coup le plus sensible dont son cœur pa ternel ait pu être touché. È La première, amenée par une boutade qu'il était
ane
- Join d’avoir provoquée, fera comprendre à quel degré de passion pouvaient s'élever alors les discussions … sur les choses occultes.
* Au commencement du xvri‘ siècle, les progrès de » la science et de la raison secouaient déjà efficacel ment les croyances ‘superstitieuses dont l’époque de * Henri IIT avait donné tani d'exemples. Mais ii est . écrit que ces Croyances au surnaturel auront toujours “ des partisans, parce qu’il y aura toujours des esprits ; faibles. Notre xrx° siècle lui-même n’a-t-il pas encore - des cabinets de cartomanciens, de somnambules ?
" En1631, Gui Patin était au début de sa carriere médicale . il avait 30 ans. Sa passion de bibliophile le le possédait déjà et il faisait collection de toutes les “ thèses de la Faculté de Paris qui avaient précédé son époque. À cet effet, il était entré en relation avec les ” praticiens de Troyes.
D Les passages suivants démontrent que des méde- » cins de valeur avaient encore foi alors dans les qua- « lités occultes des médicaments. Au sujet d’une fièvre « contagieuse qui régnait à Paris, il écrit à Belin: