SERMENT DU CANDIDAT
Molière.
La Faculté.
Juras gardare statuta Per faeultatem prescripta Curn sensu et jugeamento.
De non jamais te servire De remedüs aucunis Quam de ceux doetœfaeultatis, Maladus dût-il erevare Et mori de suo malo.
Quod observabis jura, statuta,
Leges et laudabiles consuetudines Hujus ordinis.
Quod totis viribus contendes Adversus medicos, illicitepracticanles Nulli parcendo, cujuscumque Ordinis aut conditionis fuerit.
Certes, la scène est plaisante, et la plaisanterie serait tout à fait de bon goût sans les charges qui la compliquent.
Si à Molière seul revient l’honneur de tout l’esprit qu’elle comporte, quel talion pourrait suffire à châtier les trois félons qui ont fourni des étrivières contre la Faculté, leur mère ?
Mais c’est à Mauvillain, à cette nature militante, emportée, violente dans sa haine, que doit incomber surtout la plus grande part de ce rôle malfaisant. M. Maurice Reynaud, dans sa savante étude sur les Médecins au temps de Molière ( 1 ), ouvrage brillant à la fois par les richesses de son érudition, l’élévation des vues, la netteté des appréciations, la distinction et
(') Paris, 1862. Didier et Cï e , libraires-éditeurs.
la clarté du style, vient donner quelque poids à cette appréciation.
Le plus connu de ces médecins, celui qui doit à son amitié avec Molière'une célébrité qu’il n’aurait jamais conquise par lui-même, et à qui l’opinion publique prêtait, du vivant même de notre auteur, une active collaboration à ses pièces médicales, c’est le D r Mauvillain. On sait que c’est en faveur de son fils que fut écrit par Molière, le placet suivant, qui se trouve en tête du Tartufe :
« Sire,
« Un fort honnête médecin, dont j’ai l’honneur d’être le malade, me promet et veut s’obliger, pardevant notaire, de me faire vivre encore trente années si je puis lui obtenir une grâce de Votre Majesté. Je lui ai dit, sur sa promesse, que je ne lui demandais pas tant, et que je serais satisfait de lui, pourvu qu’il s’obligeât de ne me point tuer. Cette grâce, Sire, est un canonicat de votre chapelle royale de Vincennes, vacant par la mort de..., etc.
« Le canonicat fut, en effet, obtenu. N’est-il p as singulier que nous ne possédions de Molière qu’une seule lettre par laquelle il sollicite pour un autre les faveurs royales, et que ce soit justement pour un médecin? Le ton badin de ce placet prouve assez qu’il n’avait pas besoin de réconciliation avec les. médecins. En tous cas, ce morceau témoigne d’une grande intimité entre les deux amis. Est-il possible
de savoir quelque chose sur ce personnage, à qui revient peut-être une. certaine part dans plusieurs chefs-d’œuvre? »
M. Maurice Reynaud donne ensuite le détail des scènes de violence qui se produisirent, en pleine école, entre Blondel et Mauvillain. Ces scènes se renouvelèrent et se prolongèrent jusqu’au moment où la secte antimoniale vit son triomphe complet par l’élection de Mauvillain au décanat.
« En voilà bien assez, dit M. Maurice Raynaud, pour faire voir que Mauvillain n’est pas, tant s’en faut, un homme impartial et au-dessus des préjugés et,des passions de son corps. Il est néanmoiDs trèsbien placé pour fournir à Molière les situations et les détails techniques dont son ami a besoin pour ses comédies. D’une part, il a de vieilles rancunes contre un parti naguère puissant qui l’a par deux fois exclu delà Faculté, et il ne se fait aucun scrupule de livrer à l’ennemi des médecins les termes, les usages, les secrets défauts et les travers de la génération médicale qui le précède, et qu’il cherche à supplanter. D’autre part, il est doyen, et, malgré ses liaisons avec Guénaut et Desfougerais, il doit nourrir contre eux un peu de méfiance mêlée de jalousie, que tout médecin étranger à la cour a pour ceux de ses confrères qui courent les places et les honneurs. Joignez-y l’intempérance de langue et l’esprit sati-
rique qui lui sout naturels : voilà de quoi expliquer bien des choses ! »
Oui, les choses ont dû se passer de la sorte. Et c’est ainsi que l’antipathie de Molière pour les médecins s’entretenait et s’animait au contact de Mauvillain et de ses deux complices.
II e PARTIE