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QUELQUES CRITIQUES SUR GUI PATIN

Dans les diverses parties de notre travail, nous avons envisagé le rôle satirique de Molière contre les médecins de son temps : c’est à ce titre seul que nous l’avons mis en rapprochement avec Gui Patin. Si, ensuite, nous avons fait intervenir Th. Renaudot, ce n’a été aussi que comme grand provocateur des conflits qui devaient préparer des thèmes et fournir des sujets aux comédies de Molière.

Nous ne terminerons pas cette étude sans jeter un dernier coup d’œil sur celui qui en fut l’objectif principal, et qui, par les séductions de son esprit, nous a attiré si souvent à la lecture de ses lettres.

Gui Patin a eu des détracteurs.... lia eu aussi des admirateurs plus nombreux ; et nous comptons parmi ces derniers. Mais nous avons garde de tout engouement, et le rayonnement des qualités les plus brillantes ne doit pas éblouir nos yeux sur ses défauts.

Ses lettres sont remplies de tant de science, de tant d’érudition littéraire, historique et bibliographique ; elles touchent à des faits si multipliés de politique générale et surtout locale en ce temps <|es agitations de la Fronde ; elles sont si variées en appréciations sur les hommes célèbres du passé et du présent ; elles ont des jets d’esprit, des saillies d’humour, des mouvements de bile si imprévus, tantôt contre des confrères indignes, tantôt contre lamoinerie et la secte loyolitique, tantôt contre Mazarin, etc. ; en un mot, elles assaillent l’esprit de tant d’impressions qu’elles laissent au cerveau un étourdissement analogue à celui du kaléidoscope pour les yeux ( i ).

Pour tout esprit libéral et disposé à examiner sans prévention ce qui en ressort pour la libre pensée, cette première impression est tout à fait à l’avantage de l’auteur, et l’on admire, à la fois, son caractère autant que son esprit. Mais, après plusieurs lectures, attentives et réfléchies, si l’esprit reste tout entier, le caractère devient discutable sur certains points.

Après avoir affirmé, précédemment, quelques critiques contre Gui Patin, médecin, nous reconnaissons sans peine qu’un sérieux jugement sur les sujets si multiples de sa science personnelle eèt hors de

(*) Ces lettres, au nombre de 836, dont la moyenne est de 4 à 5 pages, forment 3 forts volumes in-8°.

notre portée. « Notre épée est trop courte », comme il dirait lui-même. Qu’il nous soit permis, seulement, de contredire à l’apologie trop absolue de Réveillé- Parise dans sa notice de l’édition de 1846.

La ligne de conduite de Gui Patin, c’est-à-dire son caractère, sa manière d’agir en regard de la société de son temps, nous semble procéder d’un fonds d’éclectisme philosophique et aussi d’un peu du machiavélisme dont s’inspirait le plus intime de ses amis, Gabriel Naudé, le célèbre bibliothécaire de Mazarin.

Dis-moi qui tu hantes., je dirai qui tu es.

Appliquer ce proverbe à des fréquentations passagères, à des amitiés de peu de durée, ce serait en fausser la portée. On lui doit reconnaître quelque valeur quand il se formule en vue de deux personnalités dont l’attachement inéluctable s’est maintenu pendant toute la vie et dont les goûts sympathiques se sont accentués par des faits qui dénotent les relations les plus cordiales et les plus intimes.

Ces dernières conditions se rencontrent dans les deux existences, quelquefois séparées, de G. Naudé et de Gui Patin.

Dès 1648, celui-ci écrivait à Falconnet :

M. Naudé, bibliothécaire de M. le cardinal Mazarin, intime ami de M. Gassendi, comme il est le mien, nous a engagés, pour dimanche prochain, à aller souper et coucher

nous trois en sa maison de Gentilly, à charge que nous ne serons que nous trois, et que nous y ferons la débauche • mais Dieu sait quelle débauche ! M. Naudé ne boit naturellement que de l’eau, et n’a jamais goûté vin. M. Gassendi est si délicat qu’il n’en oserait boire, et s’imagine que son corps brûlerait, s’il en avait bu : c’est pourquoi je puis bien dire de l’un et de l’autre ce vers d’Ovide :

Vina fugit, gaudetque meris abstemius undis.

Pour moi, je ne puis que jeter de la poudre sur l’écriture de ces deux grands hommes ; j’en bois fort peu et néanmoins ce sera une débauche, mais philosophique, et peutêtre quelque chose davantage ; peut-être tous trois, guéris du loup-garou et délivrés du mal des scrupules, qui est le tyran des consciences, nous irons peut-être fort près du sanctuaire. Je fis l’an passé ce voyage de Géntjlly, avec M. Naudé, moi seul avec lui, tête à tête, il n’y avait point de témoins, aussi n’y en fallait-il point : nous y parlâmes fort librement de tout, sans que personne en ait été scandalisé (').

Plus tard, en 1653, quand Naudé quitte la cour de la reine de Suède pour revenir à Paris, Gui Patin pousse cette exclamation :

J’aime mieux qu’il soit ici que là : tout le Nord ne vaut point ce digne personnage.

La même année, il annonce à Spon la mort de son

{') Je pense, dit Réveillé-Parise, qu’il ne fallait pas de témoins à leur conversation ; elle était assurément bien au-dessus de l’époque où ils vivaient; leur génie pressentait l’avenir, car déjà était commencée la longue lutte de la lumière contre les ténèbres.

bon ami qu’il regrette à toute heure. Il le remercie des quatre vers qu’il a fait en son honneur :

Si vous voulez en faire encore d’autres, ou quelque prose selon votre loisir, vous le pouvez hardiment entreprendre, le temps ne vous presse point. Le pauvre ami était de tel mérite que j’en porterais volontiers le deuil sur le dos, et publiquement, aussi bien comme je le porte dans le cœur.

Réveillé -Parise vient encore confirmer cette si grande intimité : « Il y avait une telle conformité d’opinions, d’idées, de philosophie dans ces deux savants, que leur amitié fut inébranlable : elle était comme d’instinct, de cœur à cœur. »

Avant d’arriver à la révélation que Gui Patin donne plus tard sur le caractère de son ami, il était indispensable d’établir toutes ces constatations de l’entente complète'qui avait régné entre eux. Or, voici ce qu’il dit dans une lettre à Spon en 1663 :

Je ne veux point oublier que M. Naudé faisait grand état de Tacite et de Machiavel; et, quoi qu’il en soit, je pense qu’il était delà religion de son profit.et de sa fortuné, doctrine qu’il avait puisée et apprise in curia romana .

En relevant certains faits dans la correspondance longue et suivie de Gui Patin, on rencontre des contradictions qui semblent découler d’une philosophie analogue à celle de Naudé : peut-être bien que, lui aussi, fut de la religion de son profit et de sa fortune.

Les jugements contradictoires qu’il porte sur diffé-

rents individus ne sont pas rares dans ses lettres. En voici un des plus remarquables :.

Le 15 août 1651, il fait àFalconnet l’énumération de quelques-uns des « incomparables » de la Faculté, c’est-à-dire de ceux qui se sont montrés les plus fermes dans la bonne doctrine. Il en est

Qui lui sont plus précieux que les diamants,

et, parmi eux, il classe Guillemeau.

En janvier 1655, au sujet des violentes disputes auxquelles se livrent Courtaud et Guillemeau, il dit de ce dernier :

C’est un excellent homme, personnage de crédit et d’autorité, et autant homme d’honneur que j’en connaisse; fort habile homme, grand sens, grand esprit, grand jugement ; beaucoup de biens, beaucoup d’amis. Regardez, si M. Courtaud n’est pas fort mal conseillé de s’y prendre comme il fait.

Eh bien, l’année suivante, le 24 octobre 1656, il écrit à Spon en lui annonçant la maladie de Guillemeau : .

M. Guillemeau a été un courtisan recuit et rusé, qui privatæ rei suœ studuit : ex eo tamen laudandus, qu’il a toujours été du bon parti, et dans les bons sentiments de là méthode et de la saignée, de; la paucité des remèdes, de . l’antimoine et de.toute la chimie, qui est, à purement et a proprement parler, la fausse monnaie de notre métier.

Et, deux mois après, voici l’oraison funèbre qu’il lui fait :

Je vois bien des gens qui ont en divers temps connu feu

M. G-uillemeau, mais je n’en vois aucun qui en ait jamais autant su que moi. Nous étions de même licence ; je l’ai hanté trente-deux ans entiers, et j’ai eu participation de l’esprit du compagnon, courtisan autant que pas un : callidissimum et æstuosissimum histrionem aulicum intus et in cute opprime novi. Son autre médecin avec moi était le bonhomme Bar alis, qui ne l’a bien connu qu’après sa mort : je n’y ai point été trompé. Il ne m’a rien laissé par testament, il y a plus de vingt-quatre ans que je l’ai cru ainsi : ex perspecta Jiominis indole. Cet homme se jouait de son esprit, sed ad rem suam potissimum attendebat.

On voit le rapprochement des dates dans cet exposé des faits ; il est tel que la versatilité de l’auteur ne reste guère facile à expliquer par de bonnes raisons ; faut-il en trouver la cause dans cette phrase qui, après tout-, sent la déception : il ne m’a rien laissé par testament

Réveillé-Parise a dit : « Quoique Gui Patin aimât à gagner de l’argent par sa profession, on ne voit rien en lui de l’homme avide de s’enrichir par toutes voies et moyens; il se vante même d’être complètement guéri de la philargirie. »

«Par toutes voies et moyens », non, sans doute ; il est loin d’aller jusque -là : mais l’amertume de son langage contre sa belle-mère et son beau-père, et les variations de ses jugements sur Guillemeau sont loin de prouver son désintéressement.

La lettre qui annonce à Spon la mort de sa bellemère a quelque chose de pénible à entendre:

Elle mourut sur le soir, fut enterrée le lendemain avec beaucoup de cérémonies, ut fit apud nos, fort inutiles et superflues, ut pote quœ potius ad morem, quant ad rem pertineant. Nous ramenâmes ici le lendemain le bonhomme son mari, qui est plus décrépit qu’elle, combien qu’il soit de quelques années moins vieux : ad dementiam senilem prope redactus, miseram vitam trahit. On nous fait espérer qu’après sa mort nous aurons une grande succession : quod utinam tandem contingat ! On nous fait ici de grands habits de deuil à la bourgeoise, quod invitus patior; mais c’est qu’il faut hurler avec les loups et badiner avec les autres bêtes. Non minima pars est Ttumanæ sapientiœ posse pati ineptias hominum; et ceux qui ne s’y peuvent accoutumer ou ranger n’ont qu’à faire comme a fait ma belle-mère, eo \ migrandum est, unde negant redire quemquam. C’était une excellente femme dans le soin du ménage et dans la peine qu’elle y a prise. Pour sa grande économie, il eût mieux valu que son mari fût allé le premier; mais, sic plaçait superis, quærere plura nefas. Je ne me saurais donner la peine de la pleurer beaucoup, vu qu’elle était trop vieille et trop souvent malade.

Six mois auparavant, sonbeau-père avait été atteint d’une pneumonie grave. Après avoir détaillé avec complaisance les succès de huit saignées subies par . ce vieillard de 80 ans, il ajoute :

Bien des gens auraient peine à croire cela et croiraient plutôt quelque fable d’un julep cordial. Il m’en témoigne bien du contentement, mais, quoiqu’il soit fort riche, il ne donne rien non plus qu’une statue. La vieillesse et l’ava-

riee sont toujours de bonne intelligence ; ces gens-là ressemblent à des cochons qui laissent tout en mourant et qui ne sont bons qu’après leur mort ; car ils ne font aucun bien pendant leur vie. Il faut avoir patience ; je ne laisserai pas d’avoir grand soin de lui. Dieu m’a donné le moyen de me passer du bien d’autrui et de vivre content jusqu’ici sans avoir jamais pensé à mal ; il ne m’ennuiera jamais de sa longue vie.

On lit aussi dans la notice,de Réveillé-Parise :

«Une de ses qualités était d’aimer à dire, à signaler l’utile, même avec témérité. »

Cette appréciation nous semble irréfléchie ; car, de la part de Gui Patin, l’utile se trouvait souvent en butte à un parti pris, à des préventions mal fondées, à des complaisances. Pourquoi combattait-il avec: tant de passion la chimie nouvelle?... Parce qu’elle était fille de l’alchimie, sans doute... Mais, ce grand ami de l’utile s’est-il fait un devoir de jeter seulement les yeux sur. cette science naissante ? a-t-il songé à l’éprouver, à la soumettre à la moindre étude, à la moindre expérimentation ? Loin de là, il n’a su lui opposer que la négation la plus inerte, et se retrancher dans une résistance passive que rien ne justifie.

Pourquoi n’adopte't-il ni ne rejette-t-il entièrement la grande découverte de Guillaume Harvey ?... Parce qu’il voulait complaire à son protecteur Riolan... Est-ce bien là qu’il a mis « son esprit, son courage et sa plume au service de la vérité ? »

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Que Réveillé-Parise vante sa force morale, la fermeté de son caractère dans l’accomplissement de ses fonctions de doyen ; qu’il le représente s’identifiant à sa position de haut dignitaire, caput facultatis, vindex disciplinas, custos legum; là Gui Patin est vaillant dans son rôle de défenseur des droits et des prérogatives de la Faculté et de la corporation.

Mais, où est passée cette énergie en présence de certains faits qui ressortent de ses lettres ?

Que devient l’acerbe censeur de tant de personnalités quand il apprend que le chimiste Arnaud médite contre lui un pamphlet portant le titre : Patims fustigatus? Ses lettres vont nous l’apprendre :

A Spon, 17 septembre 1649.

M. Mosnier, ami de M. Duprat, me vient de donner avis qu’un sien ami, chirurgien à Lyon, nommé M. Hébert,Ta averti qu’on imprime à Lyon un livre contre moi, intitulé : Patinus fustigatus, dont l’auteur est un nommé Arnaud, médecin de Montpellier. Cette nouvelle ne m’étonne ni ne me surprend pas. Nom contentiosum ingenium infelicis sœculi, ad quod me Deus reservavit ; mais en attendant que je puisse voir ce chef-d’œuvre, je vous prie de m’enseigner qui est cet Arnaud, de quelle vie et de quel âge, quel est son dessein ; si vous le pouvez savoir, pourquoi il écrit contre moi : si c’est en faveur des chimistes ou des apothicaires, ou si c’est qu’il entreprenne de réfuter toutes les vérités que j’ai mises en mes deux thèses, ou bien si c’est contre mes mœurs et ma personne. S’il me dit des injures je les lui laisse et lui pardonne ; s’il me dit des vérités et des raisons, de sorte que j’y puisse apprendre quelque

chose, je lui en saurai gré ; s’il mérite réponse, je la lui promets, pourvu que j’en aie le loisir.

A Falconnet, 4 octobre 1650.

Je reconnais fort bien en votre personne ce que j’ai déjà souvent découvert en d’autres occasions, que nous n’avons rien de si précieux en notre vie qu’un bon ami. Le bonhomme Cicéron a dit quelque part : Per amieos res secundœ ornantur, adverses sublevantur. Yotre bonté m’en fournit une nouvelle preuve très-certaine, par la peine que vous avez prise de voir M. Arnaud et de conférer avec lui pour moi, dont je vous remercie très-humblement. Je vous dirai donc pour ce que vous me mandez de lui, que je le trouve bien plus raisonnable en ce que lui-même vous a dit, et au billet que vous m’avez envoyé écrit de sa main, qu’en ce qu’on m’avait mandé du titre qu’il prétendait donner à son livre ; ce titre était purement satirique, diffamatoire et capable de faire faire un procès, tant à l’auteur qu’à l’imprimeur, en faisant condamner l’imprimeur à l’aménde et l’ouvrage au feu ; au lieu que, hors le titre injurieux, M. Arnaud pourrait défendre sa chimie et impugner ma thèse, laquelle en ce cas je serais obligé de défendre et de fait je le ferais de bon cœur si les objections en valaient la peine.

L’affaire, que l’on croirait arrêtée d’après cette lettre, ne l’est pas encore d’après la suivante :

A Spon, 18 octobre 1650.

J’ài aujourd’hui appris que le livre de M. Arnaud contre moi est un in-quarto qui sera gros, et ne peut être achevé si tôt ; qu’il est intitulé à chaque page : Patinusver leratus. Voilà un titre manifestement satirique, scandaleux et diffamatoire. Je vous prie d’en conférer avec MM. Garnier et

Falconnet, et leur dire que je crois qu’il faut agir contre lui et contre l’imprimeur, nomme injuriarum, ce titre étant purement diffamatoire. Je serais bien curieux de savoir pourquoi cet homme m’en veut, et quel tort je lui ai jamais fait, ou à lui ou aux siens.

Une seconde lettre à Falconnet est humble et quasisuppliante :

2 décembre 1650.

Je vous remercie de la Chimie de M. Arnaud, laquelle j’examinerai de bon coeur dès que je l’aurai. Je vous prie de trouver bon que je lui fasse mes très-humbles recommandations, et de l’assurer que je veux être son ami et son serviteur, s’il l’a agréable. Ma thèse ne doit point l’irriter contre moi, vu que je n’en veux qu’à l’abus de la chimie, et au désordre que nos chimistes de deçà commettent tous les jours par leur effronterie et leur ignorance. Je n’ai garde de blâmer M. Arnaud, que je ne connais point; mais c’est -autre chose de l’antimoine, qui fait ici beaucoup d’homicides tous les jours.

La troisième lettre à Falconnet exprime une satisfaction complète :

30 décembre 1650.

Je vous remercie de toute mon affection dé la peine que vous avez prise de me rendre ami de M. Arnaud ; il m’a envoyé une lettre toute civile ; voilà que je lui fais réponse.. Je pense qu’à l’avenir, par votre moyen, nous serons toujours bons amis; je vous prie de la lui faire tenir, et de l’assurer que je suis son très-humble serviteur, et que je le serai toute ma vie : tâchez qu’il vous montre celle que je lui écris.

Grâce à cet excellent ami, Gui Patin respire plus à l’aise. On voit combien il redoute pour lui-même ces étrivières qu’il applique aux autres si volontiers. On comprend dès lors pourquoi il recommande assez souvent le silence et le mystère sur les faits qu’il dévoile dans sa correspondance. C’est que, s’il aime à fustiger, il redoute d’être fustigé.

Le plus comique encore, dans cette affaire, c’est la manière dont il en rappelle, quatre ans après, le souvenir à son ami Spon.

Le 26 mai 1654, il lui demande gaiement :

Qu’est devenu notre Provençal chimiste, M. Arnaud, qui était arrêté à Turin dans les prisons de l’Inquisition ? En est-il sorti ses braies nettes ?

Et quatre ans ensuite, le 27 août 1658, il lui pose cette question qui amène un flot de bile contre les chimistes :

Mais, à propos de moines et de fripons, je vous prie de me dire deux choses ; la première est : que peut être devenu un certain Arnaud, moine chimiste qui voulait autrefois écrire contre ma thèse De sobrietate, qui fut prisonnier à Turin, et qui avait voulu autrefois être ministre à Genève ? La seconde est : quand aurons-nous le Paracelse de Genève y... Et hoc unum nobis deerat ad felicitatem sœculi, que Paracelse fût imprimé de notre temps, afin que ce prince des charlatans et effronté imposteur en produise d’autres de nouveau, comme s’il n’en était pas assez partout, et que quelque canton du royaume en pût manquer, quis enim non viens abundat tristibus illis et obscœnis nebulonibus ae cini-

flonibus, qui carbonum suorurn fcetore omnes inficiunt ; et le monde est si sot qu’il se fie à leurs impostures.

Cette verve retrouvée, au sujet d’Arnaud, si elle a son côté qui étonne, n’est-elle pas aussi du dernier plaisant? Elle le sera davantage encore si onia rapproche d’une appréciation de Gui Patin sur les hommes timorés.

Voici ce qu’il écrivait à Spon le 10 mars 1648 :

Tout le monde n’est pas également hardi en ce pays $ ceux qui pensent être sages y adorent aussi le veau d’or et révèrent la fortune des méchants. Comme je pressais un homme de ce parti sur ce châtrement de mes thèses, il me dit que tout le monde n’était point si heureusement hardi que moi, et que Bezoard idolurn fatuorum était bien pensé, mais qu’il n’était pas besoin de l’écrire. Je me moquai de cette objection ridicule, et lui demandai s’il dormait bien la nuit, s’il n’avait point peur du loup-garou ou des esprits qui reviennent de nuit ; que pour ceux du jour je n’en avais nulle appréhension. Voyez jusqu’où va la peur de perdre un teston ou la bonne grâce d’un apothicaire, dont je fais moins d’état que du trique-nique, comme dit le bon M. Estienne Pasquier en ses Recherches de France. Pour moi, je me console avec le bon roi David, et dis de bon cœur apres lui : Discite justo, quoniam bene.

S’il n’avait point peur des esprits qui reviennent de nuit, il avait bien eu, quelque appréhension des projets d’Arnaud, et avait craint, un moment, de ne pas s’en tireras braies nettes.

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