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Moland qui s'est acquis par ses travaux sur Molière une lég^itime autorité, a publié un livre sur Molière et la comédie italienne ; il y fait mention de l'influence du théâtre espagnol. Voici l'opinion qu'il exprime à ce propos : « Il y a donc, dans l'œuvre et dans le génie de Molière, une part à faire à l'Espagne, comme une part à faire à l'Italie. Toutefois, cette part est bien moins considérable. L'influence du théâtre espagnol sur notre grand poète comique n'est pas comparable à celle exercée par le théâtre italien. Les principales créations de l'Espagne qu'il s'est appropriées, El burlador de Sevilla et Don Garcia de Navarra, lui sont venues par un détour, en passant par l'Italie. Il n'a pas surtout la même parenté d'esprit avec les auteurs comiques d'au-delà des Pyrénées qu'avec ceux d'au-delà des Alpes : lors même qu'il use des incidents et des ressorts que ceux-là peuvent lui procurer, sa comédie n'a jamais, ou bien rarement, l'allure ni le ton de la comédie espagnole. Là est la différence importante, la grande inégalité qui existe dans le tribut que les deux littératures méridionales lui ont apporté ^ . »
]. Molière et la comédie italienne (Paris, 1867), Préface, p. III.
MOLIÈRE ET 1/ ESPAGNE lo
Il n'y a dans les assertions de Moland qu'une part de vérité : car il n'est pas exact que le théâtre italien ait eu sur Molière une action plus profonde que la comedia ; cela apparaîtra au cours de notre ouvrage. Moland ne semble pas avoir connu l'Espag-ne ; il a cru que la dette de Molière se bornait aux quelques passag-es dont on retrouve l'origine chez les auteurs espagnols. D'ailleurs, ceci n'est qu'une parenthèse, l'auteur de Molière et la comédie italienne n'a montré que bien superficiellement en quoi l'œuvre de Molière a été modifiée, si toutefois modification y a, par l'esprit du théâtre italien ; il s'est borné à relever des emprunts, à indiquer des analogies ; il a amassé des matériaux, il ne les a pas mis en œuvre.
Les études sur Molière, nous l'avons déjà fait remarquer, sont pour la plupart des panégyriques qui frisent parfois le mauvais goût : l'auteur qui a eu le bonheur de fournir quelque trait au grand comique français, est condamné à une gratitude profonde. L'opinion de Viardot, qui répétait d'ailleurs les paroles de lord Holland, est presque isolée : « Si Lope de Vegal n'eût point écrit, disait-il, les chefs-d'œuvre ;
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ide Corneille et de Molière n'auraient peut-être jamais existé ». Il déclare sans se retrancher derrière une autorité, que si nous devons en partie Corneille à l'Espagne, nous lui devons aussi et dans la même mesure, Molière '. Fournier, dans son article sur les comédiens espagnols 2, se montre également fort équitable pour l'Espagne. On ne s'est soucié selon lui que de l'Italie dans l'œuvre de Molière ; or, « oublier l'Espagne dans ce qu'il a fait, c'est oublier la moitié de ses sources, tout une face de son inspiration, tout un côté du manteau à deux nuances de Mascarille et de Gros-René ». Mais même ces critiques qui signalent que Molière a des grandes obligations envers l'Espagne, omettent de préciser en quoi elles consistent et quelle est leur importance.
Ses éditeurs se sont contentés aussi de généralités vagues sur l'influence espagnole ; dans leurs commentaires, ils ne citent le théâtre espagnol que pour dire que le poète « a daigné s'en sou-
1. L. Viardot : Essai sur r histoire du théûtre espagnol (Revue des Deux Mondes), 1833, t. II, p. 387. — Damas- Hinard, dans sa Notice sur Lope de Vega qui est jointe à ses traductions du théâtre espagnol (1841), disait la même chose.