‹ Molière et l'EspagneChapitre 11 sur 109 · Revue des Provinces · texte numérisé non relu

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venir » ; parfois ils n'en font même pas mention. Dans la belle édition de Despois-Mesnard, chaque / pièce est précédée d'une notice où les emprunts / faits par Molière à toutes les littératures étrangères, l'espagnole notamment, donnent lieu à des observations assez étendues. Mais nous verrons — car, c'est de cette édition que nous nous servons dans notre étude — qu'ici encore, on donne des relations de Molière et de l'Espagne une idée absolument fausse.

Aurons-nous recours, pour la découvrir, à un ouvrage espagnol ? Ce serait en vain : le développement de la critique en Espagne est loin de correspondre à la richesse des œuvres originales; on ne peut donc exiger d'elle un tel effort. Si l'on considère la profonde influence que la littérature espagnole a exercé sur le roman, le drame, la poésie lyrique et les autres genres français ^t que l'on recherche ensuite les ouvrages où •elle a été mise en lumière, on en trouve fort peu, et dans ce petit nombre, l'Espagne disparaît presque. Nous n'entendons pas lui en faire reproche : l'histoire comparée des littératures est une science assez récente ; mais nous nous étonnons de ne pas trouver chez les Espagnols

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des éditions correctes, c'est-k-dire strictement philologiques de leurs classiques. Ils procèdent actuellement à la publication des vieux auteurs castillans ; peut-être cette heureuse tentative nous enlèvera-t-elle le motif de plaintes de ce genre. Nous nous sommes servis, dans notre livre, de la Bihlioteca de autores espanoles de Ribadeneyra ; quand les œuvres que nous citions ne figuraient pas dans cette collection, nous avons eu recours aux éditions originales du British Muséum,

Les introductions qui, dans la. Bibliothèque de Ribadeneyra, précèdent les œuvres de chaque auteur, fournissentquelques renseignements utiles ; ainsi Hartzenbusch dans ses commentaires des œuvres de Lope, de Tirso, de Calderôn, d'Alarcon ; Guerra y Orbe dans ceux de Moreto et Mesonero Romanos dans ceux d'Hurtado de Mendoza, citent des comedias qui ont inspiré Molière. Mais ce ne sont que des indications de sources, des rapprochements de passages semblables, et s'ils parlent de Tinfluence générale de l'Espagne sur Molière, c'est d'un mot vague. Voici comment s'exprime Jovellanos : «laThalie espagnole avait franchi les Pyrénées pour ins-

pirer le grand Molière » ; le théâtre espagnol (( fut aussi l'arsenal immense où les restaurateurs delà scène classique, le grand Corneille et l'immortel Molière venaient prendre leurs armes principales et les tremper ^ ». Le plus fervent admirateur du théâtre classique français, Fernandez de Moratin qui qualifiait Lope et Galderonde corrupteurs du drame de leur pays, reconnaît que Molière « portait sur la scène quelques comédies de cet auteur (il s'agit de Galderon) qui obtenaient et obtiennent encore beaucoup d'applaudissements et l'approbation des Français ^. » Gotarelo y Mori, dans un intéressant article où il cherche à montrer comment les œuvres de Molière ont pénétré en Espagne ^, cite aussi, après d'autres, il est vrai, quelques passages de comedias que Molière reproduisit. On trouve de précieuses indications sur les courants littéraires en France et en Espagne, bien que la question que nous traitons n'y soit qu'effleurée, dans l'excellent ouvrage de Menéndez y Pelayo : Histoire des idées esthétiques en Espagne.

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