Storia délia leiteratura italiana (1781), Liber III
Molière tout ce qui y est dû aux Italiens, elles deviendraient beaucoup plus minces. Mais cela ne nous apprend pas en quoi ils ont ag-i sur son esprit. Il est commode de s'en tenir aux idées toutes faites et l'on reproduit encore Fopinion des partisans de l'influence italienne qui considèrent l'auteur de Tartuffe comme leur grand tributaire, sans doute pour servir la g-loire littéraire de leur pays. M. Pietro Toldo, dans quelques études publiées récemment, essaie de retrouver les dettes de ses devanciers et indirectement, celles de Molière lui-même. Ces travaux qui sont estimables, ne peuvent remplacer le grand ouvrage où il serait traité de l'influence de l'Italie sur la comédie française du xvii'' siècle.
Chez les Ang-lais, Lewes, dans son volume sur le drame espagnol, insiste sur l'inspiration que les auteurs dramatiques français du xvii^ siècle ont puisée chez les Espagnols ; mais il note que ses compatriotes et les autrss nations sont aussi leurs obligés. « Il ne suflit pas de dire que les deux Corneille, Scarron, Molière, Quinault et Lesage ont traduit et adapté les ouvrages et les pièces des auteurs espagnols. Il ne suffît pas de
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dire que nos écrivains les pillaient sans scrupule. Pour exprimer vraiment ce qui leur est dû, il faut dire que le drame européen est saturé d'influence espagnole ^ ». Il fait un parallèle entre Lope de Vega et Molière, tout à l'avantage de celui-ci, puisque en glorifiant « les œuvres immortelles » du comique français, il déclare que « Lope de Vega n'était pas un Molière ». Gela est vrai sans doute, mais non pas au sens du critique anglais : nous discuterons son opinion, lorsque nous comparerons Lope de Vega et Molière.
La critique allemande, une partie au moins de cette critique, a eu à l'égard du théâtre classique français, une attitude curieuse. La réaction contre l'influence française dont Lessing" et Herder furent les initiateurs, semble l'avoir rendue perspicace et lui avoir fait découvrir les faiblesses de l'œuvre de Molière. Lessing- lui-même n'est pas très favorable à notre poète : il va jusqu'à dire que Destouches aurait donné, dans quelquesunes de ses pièces, « des modèles d'un comique plus fin et plus haut que celui auquel on était accoutumé chez Molière, même dans ses pièces
1^ 1. The Spanish Draina (London, 1846).
les plus sérieuses i ». Guillaume Schlegel dénigra Molière avec acharnement : on l'accuse d'avoir été animé parmi esprit de veng-eance. Lord Byron aurait recueilli de la bouche même de Schlegel ces paroles : « Je médite une terrible veng-eance contre les Français, je leur prouverai que Molière n'est pas un poète », nous ne croj^ons pas k leur authenticité. Nous ne serons pas toujours d'accord avec Schlegel ; nous n'acceptons pas sa théorie d'après laquelle la comédie et la tragédie doivent former un contraste absolu ; mais toutes ses appréciations sur Molière ne sont pas k rejeter, malgré Gœthe et Heine. Pour Gœthe, Schlegel n'a jamais pardonné k Molière d'avo'ir raillé le pédantisme des femmes savantes et il le détestait parce qu'il sentait qu'ils n'avaient pas, dans leurs veines, une goutte du même sang. Suivant Heine, Schlegel « prit Molière en aversion, comme Napoléon prit en aversion Tacite ». On ne disputera pas, je pense, k Balzac une place dans la lignée des grands écrivains, où Gœthe figure au premier rang. Balzac n'a-t-il pas soutenu que Walter Scott était le premier romancier du monde ; pourquoi Gœthe n'eût-il