Ilamburgische Dramaturgie (Haml)urg
pu écrire que « Molière est si grand que chaque fois qu'on le relit on éprouve un nouvel étonnement » ?... Ils ont pu se tromper l'un et l'autre. Le comte de Schack, dans son ouvrage précieux sur la poésie dramatique des Espag-nols, avait, lui avissi, jugé Molière avec sévérité. « Le premier poète comique français ne fut pas plus heureux, disait-il, que le plus grand des tragiques dans ses emprunts aux Espagnols. Ses compatriotes en conviennent eux-mêmes : ils déclarent sans embarras que les pièces qu'il imita sont les plus faibles et cela n'est point sans signification. Molière fît des drames espagnols un usage très étendu : cela n'apparaît pas seulement dans les comédies dont le plan tout entier est emprunté aux poètes du peuple méridional, mais encore dans celles où quelques scènes et quelques situations sont seules d'origine étrangère» K Mais le comte de Schack s'est borné, lui aussi, à constater chez Molière les réminiscences de Lope, de Tirso, de Moreto, de Galderon, il n'est pas allé au fond du problème, bien qu'il ait du théâtre espagnol une connaissance profonde. Les Fran-
1. Geschichte der dramatischen Kunsl und Lilteratur inSpanien, t. II, p. 685.
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çais lui reprochent volontiers d'aA^oir un parti pris contre leurs classiques ; nous serions plutôt tentés de croire qu'ils se hâtent à l'excès de traiter de « franzosenfresser » les critiques dont les jug-ements ne sont pas favorables à leurs grands poètes. Aussi bien, il ne s'agit pas ici des sentiments intimes du comte de Schack : la justesse ou la fausseté de ses assertions sont seules en cause.
Un autre critique allemand, Valentin Schmidt, avait indiqué, dans son excellent livre sur GaldenSn, que ce poète avait été mis à contribution par Molière. Brinckmeyer, dans son Histoire de la littérature espagnole dit de quel secours la comedia fut au théâtre français ; il n'éprouve aucun enthousiasme pour les œuvres du xvii^ siècle traduites ou adaptées de l'espagnol. Signalons le reproche qu'il fait aux Français de parler avec dédain du théâtre de l'Espagne. « Les Français, dit-il, sont d'autant moins fondés à parler avec mépris et dédain de la littérature dramatique espagnole que les Espagnols furent leurs vrais maîtres dans l'art dramatique (et en bien d'autres choses) et certaines pièces que les Français font figurer avec orgueil au nombre de
leurs chefs-d'œuvre ne sont que des adaptations ou de simples traductions d'originaux espagnols » ^
Si certains critiques allemands ont été sévères, nous pourrions même dire injustes, pour Fauteur du Misanthrope et pour tous les poètes dramatiques du xvii^, siècle qui s'inspirèrent de la comedia, la plupart d'entre eux portèrent aux nues le génie de Molière. Nous ne ferons mention que de ceux qui se préoccupèrent, même incidemment, du problème que nous étudions. Fer dinand Lotheissen, dans son ouvrage sur Molière (1880), ne se soucie pas de l'influence espagnole ; mais Mahrenholtz signale les sources étrangères, espagnoles entre autres, où Molière a puisé ; ils font tous deux la part la plus large au génie de Molière ; et Mahrenholtz n'estime pas que l'empreinte de l'Espagne sur le poète français ait été profonde. Il pense que si Molière ne domine pas d'aussi haut les dramaturges espagnols du xvii^ siècle que les Romains et les Italiens, il leur a, par contre, moins d'obligations qu'à ceux-ci. « Il ne leur emprunte que
1. Abriss einer dokumentierten Geschichte cler spanischen Naiionallilteratur {Leipzig, 1844), p. 18.
des scènes isolées, des arguments inférieurs, des traits de caractère insignifiants, mais il ne leur emprunte pas les pensées fondamentales et les traits dominants de ses comédies » K Nous verrons que cela n'est pas exact, et ce critique ne fut pas plus heureux dans l'article qu'il consacra à Molière dans ses rapports avec la comédie espagnole '-.
L'ouvrage allemand le plus caractéristique sur Molière est dû à C. Humbert : Molière, Shakespeare et la critique allemande (Leipzig, 1869) ; ses compatriotes mêmes n'ont pas écrit à sa louange un tel panégyrique ; c'est de l'idolâtrie pour Molière, qu'il oppose et préfère à Shakespeare, comme Riimelin, le chef de la réaction anti-shakespearienne en Allemagne lui avait opposé et préféré Schiller et Gœthe. Dans son ouvrage d'ailleurs diffus et mal composé, Humbert recueille toupies jugements favorables portés en Allemagne sûr Molière ; personnellement, il professe pour lui une admiration sans réserve et flétrit avec indignation cevix de ses compatriotes qui osèrent l'attaquer. Il crible Schack et Kreys-