Molière [Les grands écrivains de la France); t. V, p
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dance à diminuer la valeur des matériaux provenant de l'Espag-ne, comme si Ton eût craint de rendre Molière moins glorieux, en avouant qu'il fut l'obligé de TEspagne. Tel est, en vérité, l'état d'esprit d'Edouard Thierry qui, parlant du rapport du Tartuffe et du Polyandre de Sorel^ qui lui-même s'inspira beaucoup de l'Espagne, blâme doucement les critiques qui recherchent ce que Molière prit aux autres, « en donnant lieu de croire au public mal édifié que ce grand créateur tirait de l'invention d' autrui autant que de la sienne ' ». Sans leur accorder une portée particulière, nous tenons ces paroles pour très caractéristiques... Elles expriment cette
1. Le Moliériste, X*^ année, p. 168. — On peut encore citer à ce propos un passag-e charmant de Mahrenholtz qui, en rappelant que Schack et Schlegel traitèrent L^Ecole des maris, L'Amour médecin, Les Femmes savantes, Le Médecin malgré lui, des copies « d'une infériorité incommensurable » ajoute en son nom personnel : « Il ne faut pas s'étonner que des critiques français d'une impartialité relative à l'égard de Molière soient allés à l'autre extrême et n'aient pas voulu reconnaître les emprunts évidents qu'il fit aux pièces espagnoles » ! (Molière in seineni Verhàltniss zur spanischen Komôdie [Herrig's Archiv], t. LX, p. 285). On sait que le critique allemand était des partisans de Molière.
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juste pensée que les Français voient sans plaisir qu'on affirme, en le prouvant, que leur idole prit son bien un peu partout : le ton même dont ils définissent les rapports de Molière et de tout le théâtre du xvii*^ siècle avec l'Espagne révèle cet état d'âme. Il ne serait pas exagéré de dire qu'ils méprisent cette littérature méridionale dont ils sont les débiteurs et qu'ils connaissent mal.
Le singulier patriotisme (qu'on nous permette de le dire), d'après lequel « il faut aimer et admirer Molière avec passion », ne saurait se concilier avec une critique impartiale et rend malaisée la recherche de l'influence espagnole. Sans^ même^ aller jusqu'au Moliériste où notre poète est traité de « demi-dieu », où l'on déclare que personne ne peut être « mis en parallèle avec lui » , où l'on affirme que « Shakespeare se fût agenouillé devant Corneille et Molière », on peut trouver chez un critique français, qui n'est pas un fanatique, ces paroles hautaines : Molière « est Fun des trésors de notre patrimoine national et on ne peut chercher à l'amoindrir sans nous blesser dans notre patriotisme. Aucun temps ni aucun pays n'ont produit un nom
qu'on lui puisse opposer, etc. ^ ». Et ce n'est pas là l'expression d'une pensée isolée. Son exagération la rend plaisante : à moins de vouloir rendre la critique impossible, on ne peut lui interdire d'abaisser un auteur ou de l'élever. Cette dernière attitude exigerait qu'on inventât de nouvelles épithètes élogieuses : en vérité, peut-on ajouter quelque chose à un jugement qui fait de Molière « un peintre de mœurs supérieur à Balzac ! -» . Un écrivain compare-t-il ou préfère-t-il à Molière un « rival », il est sacrilège ! M. Bergerat avant dit que « la comédie aux cent actes divers de La Fontaine laisse loin pour l'observation, le style et la poésie, toute l'œuvre de Molière ^ », Henri de La-Pommeraye déclara que c'était là « une grosse hérésie ».
On n'a pas oublié l'article où Edmond Schérer eut le courage de réagir contre la (( moliéromanie », et qui provoqua une indignation comparable à celle qu'avait causée le parallèle de Louis Veuillot entre Molière et