‹ Molière et l'EspagneChapitre 22 sur 109 · Benedetto Croce : Ricerche ispano-Ua liane (Napoli · texte numérisé non relu

Benedetto Croce : Ricerche ispano-Ua liane (Napoli

2. Menéndcz y Pelayo croit môme que c l'invasion des lettres espagnoles en France remonte pour le moins au milieu du xvi« siècle ». Ilisloria de las ideâs estéticas, t. V, p. 26.

3. Cervantes exerçait aussi une grande influence en Angleterre ; les dramaturges de l'âge d'Elisabeth et de Jaccjues I*^'" s'inspirèrent surtout, en dehors de Lope et de nouvellistes de l'Espagne, des Nouvelles exemplaires

\ de l'auteur de don Quichotte. Voir Bahlsen : Spànische ! Quellen der draniatischen Litt., besonders Englands zu j Shakespeare'' s Zeit [Zeitschrift fur vergleichende Litte-

raturgeschichle, Berlin, 1893, Neue Folge, Band VI,

Heft 3, p. 151.)

et de ses compatriotes. A leur tour, Goldoni, Cico^nini, Gozzi, Marco Napoleone exploitèrent la comedia : le drame castillan, ou plutôt le grand nombre d'adaptations qui s'en faisaient, avait puissamment contribué, au commencement du xvii^ siècle, à rejeter au second plan le théâtre italien de la Renaissance. Un allemand, Gronegk, signalait, dès le xyin*^ siècle, que les Italiens étaient aussi bien que les Français les obligés de FEspagne. « Je ne sais, dit-il, pourquoi les admirateurs des poètes français ou italiens ne cherchent pas à découvrir les sources où ils ont puisé tant de choses, et oublient entièrement des auteurs qui, avec ceux de l'antiquité, ont été les seuls maîtres d'un Corneille, d'un Molière et de tant d'autres grands hommes »^. Les comédiens italiens, qui jouaient à Paris au temps de Molière, firent un grand nombre des canevas de leur commedia deUarte en se souvenant de pièces espagnoles ; et c'est par ces improvisations que bien des comedias parvinrent en France ; mais aussi diverses commedle sosteniite tirèrent

1. Remarques siir le théâtre espagnol, traduites de rallemand du baron Cronegk [Observations historiques sur la littérature allemande (1781).

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leur origine de drames castillans. Molière a donc pu connaître parfois, à travers T Italie, des œuvres dramatiques espagnoles qui ont passé pour des « créations originales » ; mais il est tout simplement ridicule de parler d'influence italienne s'il lui arrive de se servir d'une traduction italienne faite de l'espagnol, puisque les adaptateurs italiens ont très peu changé leurs originaux, n'ajoutant presque rien de leur propre fond ou, si l'on préfère, de leur « génie », à leurs modèles. Notre insistance à parler de l'influence de l'Espagne sur les dramaturges d'au delà des Alpes tendait à rendre plausible que même là où Molière a puisé dans un drame italien non adapté de l'espagnol, il a pu encore, indirectement, prendre quelque chose qui appartint originairement au génie hispanique.

Mais nous ne nous sommes pas bornés à rechercher, dans l'œuvre de Molière, l'empreinte immédiate ou le reflet lointain de l'Espagne ; nous avons envisagé le problème des relations du poète français avec le génie de la race espagnole sous un aspect plus universel : nous nous sommes placés au point de vue de la « littérature européenne ». Nous croyons avec

M. Brunetière qu'il existe une littérature européenne dont les littératures particulières ou nationales ne sont que les manifestations locales et successives ^ et que chacune de ces littératures nationales peut prendre à son tour l'hég-émonie de la littérature européenne. En jugeant les auteurs et les courants littéraires ou le développement des genres sous cet aspect; en cherchant à démêler ce qu'une littérature « nationale » pouvait emprunter à une autre littérature « nationale », considérées toutes deux comme des branches de la littérature « européenne », on peut arriver à faire jaillir une clarté nouvelle non seulement sur la signification de l'emprunt et de l'emprunteur, mais encore sur l'histoire la plus intime des littératures entre lesquelles il y eut échanges d'idées. Il nous appartient donc de faire voir cette parenté qui existe entre l'œuvre du comique français et le génie de l'Espagne ; de chercher comment le génie étranger s'est réfracté dans quelques-unes de ses comédies, ou mieux, comment la matière soi-disant espagnole s'est coulée dans les moules de Molière ; enfin ce qui est résulté du croise-

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