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chevalerie étant tous épuisés. Voilà pourquoi le précieux n'était pas une maladie locale, mais européenne ; la poésie lyrique souffrit la première de cette décadence et les autres genres la subirent ensuite.
On pourrait dire que Ton découvre déjà les traits essentiels du marinisme dans l'Arioste ; lancêtre le plus ancien n'en serait pas moins Sénèque, originaire de Cordoue, donc Espagnol, mais qui était aussi Fauteur le plus « européen », le plus cosmopolite de l'antiquité gréco-latine, celui que tous les écrivains de l'Europe moderne purent facilement mettre h contribution : et Ton aurait ainsi une preuve nouvelle de l'unité d'origine de la préciosité. Mais est-ce par un pur hasard que Sénèque s'avise d'être Espagnol? Il n'est, selon nous, que l'avant-coureur du génie espagnol, amoureux de l'emphase outrée, des subtiles expressions, des images extraordinaires, de la phraséologie pompeuse, en un mot de tout ce qui aboutira à corrompre le style, sous prétexte de le rendre original et raffiné. Malgré son universalité, la préciosité, si l'on remonte à ses origines les plus lointaines, est d'abord espagnole;
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elle devient ensuite et tour à tour italienne, française, anglaise, en passant d'un milieu dans un autre, ou plutôt en se nationalisant dans des frontières différentes, après avoir été « européenne ».
11 est presque naturel que le pays où le culte de l'idéal chevaleresque fut poussé à ses extrêmes limites, ait produit, comme corollaire, le style quidevait exprimer cette poésie excessive. Les relations du chevaleresque, du romanesque, de l'héroïque outrés et du précieux sont en effet très manifestes. La prodigieuse exagération des romans de chevalerie et de la pastorale allait de pair avec le cultisme. C'était même un symptôme caractéristique — mais non la cause — de cette maladie du goût. En France, il en allait de même : par les chimères romanesques des Amadis et des Diane énamourée et de Is. comedia, le jDrécieux prit naissance presque indépendamment du gongorisme espagnol ; en Italie, le terrain était déjà, avant Marin i, préparé au développement du « marinisme » par r^ircac/fede Sannazar, VAminte du Tasse, lePastor Fido de Guarini ; toutes ces œuvres avaient, dans une certaine mesure, inspiré D'Urfé, Fadap-
tateur de la Diane énamourée de Monteniayor, qui avait lui-même des obligations à la pastorale italienne.
Gongôra en Espagne, Marini en Italie, ne donnèrent, pour ainsi dire, que leur nom à cette maladie de la langue qui atteignit, dans leurs œuvres, son expression culminante. M. Lanson a raison de dire que ni Ferez Antonio, qu'on considère comme le premier maître des précieux français et qui ne vint jamais à THôtel de Rambouillet, ni Gongôra n'exercèrent d'action directe sur l'expansion de la préciosité en France ; Marini lui-même, qui cependant était l'idole adulée de la société d' (( Arthénice », avait simplement donné plus de force au courant précieux qui existait avant son « avènement » : de sorte que le gongorisme, le marinisme, le précieux se sont développés séparément, malgré l'intime relation qui existait entre ces variétés d'un genre. Il est possible certes que Gongôra doive quelque chose à l'Italie, à travers Luis Garrillo y Sotomayor, le premier « bel esprit » parmi les poètes, qui, vivant en Italie, fut influencé par Marini * ; il n'est pas non plus contestable