‹ Molière et l'EspagneChapitre 30 sur 109 · Les poésies du poète espag-nol parurent en · texte numérisé non relu

Les poésies du poète espag-nol parurent en

que Tesprit factice de la poésie pastorale venue d'Italie, agit directement d'abord et puis, en se combinant avec la pastorale plus romanesque de l'Espag-ne, sur les esprits français épris de distinction spirituelle et d'originalité maniérée ; et Ton ne saurait nier davantage que la comedia espagnole, qui subit, surtout à l'époque de Calderôn, les effets funestes du gongorisme, ait contribué à renforcer le courant de la préciosité en France.

En tout cas, il est facile de découvrir, et dans la société et dans la littérature espagnoles, presque toutes les caractéristiques du précieux français. Vers la fm du xvi^ siècle, ou plutôt au commencement du xvii^, le a bel esprit » régnait souverainement dans les cercles d'Espagne^, mais ce fut surtout à l'avènement de Philippe IV (1621) que la mode se répandit parmi les seigneurs et les dames de la cour de « parler bien et spirituellement » ; le luxe prodigieux des

VAdone de Marini en 1623; mais ce dernier avait mis de longues années à préparer les quarante-cinq mille vers de son poème allégorique, connu en manuscrit avant d'être imprimé.

1. Morel-Fatio : L'Espagne au XV!"" et au XVII"^ siècle, Heilbronn, 1878, p. 605.)

G. HuszÂR. — Molière et VEspacjne. 6

fêtes de ce roi fournissait un cadre convenable à leurs façons cérémonieuses et à l'enflure de leurs discours. La manie de latiniser et de préciser était déjà très répandue en Espagne quand les précieuses françaises se laissaient embrasser « pour l'amour du grec ». Les savants espagnols se faisaient gloire de démontrer l'étroite parenté du latin et de l'espagnol, et les belles dames madrilènes prenaient une part active aux débats des érudits et des poètes. Elles ne se contentaient pas dans leurs académies de discuter les théories scientifiques, de chercher quelle est de toutes les sciences la plus utile ' , de critiquer les poésies soumises à leur jugement; mais ellesmêmes s'occupaient de science, et surtout, faisaient des vers, avec une dextérité admirable. Ainsi, parlant d'une dame-poète, Moreto, dans sa comédie : // est impossible de garder une femme ^ fait dire à don Félix : « Elle n'est pas la première, puisqu'il y a aujourd'hui, à Madrid, des femmes qui font des vers tels qu'on en pourrait être jaloux ». Sans tenir compte des autres genres littéraires, il y a, dans la comedia, des exemples sans nombre de « précieuses » et de

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