‹ Molière et l'EspagneChapitre 31 sur 109 · Rojas : Lo queqiieria ver el marquéa de Villena · texte numérisé non relu

Rojas : Lo queqiieria ver el marquéa de Villena

« femmes savantes » semblables à celles dont va se moquer Molière. Si donc le cultisme ou conceptisme espagnol et le précieux français se développèrent parallèlement dans les deux littératures, le pays de Galderôn eut avant Trissotin et Armande — peu glorieuse priorité — des « précieux » et des « femmes savantes » ; et, en Espagne et en France, cultistes ou conceptistes et précieux qui causèrent bien des ravages dans le goût et le style espagnol ou français, eurent cependant ce mérite de contribuer à épurer, à affiner et à polir les deux langues.

Mais la réaction contre le gongorisme, — c'est elle qui, au point de vue de notre thèse, nous intéresse spécialement ici — s'était produite assez tôt en Espagne et elle a pu, par conséquent, aider Tesprit gaulois à prendre sa revanche sur cette affectation de pensée, de sentiment et d'expression qui, en grande partie, était nuancée d'espagnol. Des critiques remarquables, comme Pedro de Valencia, Francisco de Cascales, Juan de Jauregui, Faria y Sousa combattaient les théoriciens du cultisme : Angulo y Pulgar, Espinosa y Medrano, sans pouvoir toutefois arrêter le débordement de mauvais goût auquel n'échap-

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paient pas les œuvres des plus notables écrivains. Poètes lyriques, dramaturges, romanciers, moralistes, les écrivains de tous les genres protestaient contre les obscurités du gongorisme et tous — sauf Cervantes peut-être — tombaient dans Fexcès qu'ils avaient dénoncé. Lope s'élevait contre « la barbare rudesse 'qu'on appelle culta » ^ et proclamait que « la clarté est toujours agréable, qu'on écrive ou qu'on parle » -^ et lui-même ne savait pas toujours résister à l'attirance des pensées subtiles, brillantes que revêt un style inattendu : ses antithèses, ses équivoques, ses recherches de finesse n'allaient pas cependant jusqu'à heurter le bon sens. Mais quelques dramaturges comme Galderôn, Rojas et Moreto, qui criblaient de traits le gongorisme, se moquaient des « beaux esprits » et surtout des précieuses, furent victimes euxmêmes du cultisme, du conceptisme ou de l'agudisme, phases diverses de la même maladie.

Plus curieux encore est le cas de Quevedo, qui réagit le plus énergiquement contre le

1. Dans la préface adressée à Marini de sa pièce : VertUy pauvreté et femme, Bibl. Rib, tome LU, p. 212.

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