‹ Molière et l'EspagneChapitre 32 sur 109 · La (lama boba, tome XXIV, p · texte numérisé non relu

La (lama boba, tome XXIV, p

néant poétique de Gongôra. Ennemi personnel de Fauteur des Solitudes, il attaquait avec véhémence Tobscurité de ses poésies où l'abondance des images extraordinaires et la richesse d'un style peu banal ne permettent de découvrir ni une idée, ni même un sujet et où l'auteur met tout son art à jong-ler avec les mots; cependant, il est difficile de faire passer Quevedo pour un défenseur du bon goût ; il n'échappa au gongorisme qu'il combattait, que pour succomber à son opposé, non moins funeste, le conceptisme, tandis que Gracian, luttant contre cette forme d'affectation, tombait dans ïagudisme. On ne trouve pas, chez Quevedo, une forme artistique vide ; l'élément intellectuel a chez lui, comme chez tous les conceptistes, une place prépondérante : il se manifeste par tout un monde nouveau d'allégories, d'expressions fantastiques et de métaphores, créés par les conceptistes ', et aussi par une tendance à la satire qui contrebalance les excès de l'imagination. Le premier représentant duconceptisme était un poète ségovien, Alonso de Le-

1. Voir Menéndez y Pelayo : Historia de las idéas estéticas, t. 2, vol. 2, p. 488.

desma, auteur des Conceptos espirituales (IGOO), mais il ne fît qu'attacher son nom à une forme de mauvais goût, où Quevedo, sans avoir subi son influence, excella. Voilà ce que fut l'adversaire du cultisme et surtout des précieuses. On conçoit que les grands écrivains ne soient pas restés tout à fait indemnes des atteintes du mal qui, en Europe, ravageait tous les genres littéraires ; il y a de Teuphuïsme dans Shakespeare, et Molière, l'ennemi implacable du « bel esprit » employa parfois, semble-til, la langue des précieux — peut-être les attaques dirigées contre son style ne sont-elles pas sans rapport avec ce fait — mais il est sans exemple que même les œuvres de jeunesse du chef de la réaction contre le mauvais goût, ne soient que l'expression d'un mauvais goût d'autre forme et que cet auteur finisse par propager une erreur littéraire au moins égale à celle qu'il combattit. Quevedo y Villegas néanmoins put fournir quelques traits aux prédécesseurs de Molière ou au poète lui-même, sur les « précieuses ridicules » ou les « femmes savantes » qui, citant Tertullien et Plutarque, affectent de latiniser ou de gréciser et parlent une langue si dis-

tinguée qu'en fin de compte, elle est incompréhensible. Je ne cite pas ses sonettes, ses lettrilles et Jàcaras, sortes de jDoèmes qui représentent des scènes de la vie picaresque, mais la Perlnola^ la Culta latiniparla et la Boussole des ciiltistes peuvent rappeler les Précieuses ridicules et les Femmes savantes. Lope, Calderon et Rojas fourniront d'autres armes aux adversaires français du marinisme. Grâce à Dieu, on commence à ne plus lire dans les histoires de la littérature française que <( Molière conjura le péril » ^ de la corruption de la langue : Agrippa d'Aubigné, Sorel, Tabbé de Pure et surtout Scarron avaient déjà accompli, et en partie — cela est à noter — avec l'aide de l'Espagne, la besogne qu'on attribue généralement à l'auteur des Précieuses ridicules. On sait que le premier représentant de cette opposition fut l'auteur des Aventures du baron Fœneste ; que Sorel, dans son Berger extravagant, entendait, comme il le dit dans sa préface ~, en raillant les excès des romans chevaleresques

1. Moland : Molière, sa vie, ses ouvrages {Pdiris, 1887), d. 107.

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