Entremeses, édition de Rosell, 1872, t. I, p
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docteur, tâtant le pouls à son malade, lui déclare qu'il souffre d'une « manie, née d'une grande hypocondrie » ; « manie quoi, hypo quoi ? riposte Rana, je perds la tête. » — « C'est une manie, une hypocondrie, insiste le médecin », et quand le patient lui demande ce que c'est, il lui explique « que ce sont des vapeurs enflammées qui montent, parce que les hypocondres sont altérés par l'humeur pituiteuse qu'ils reçoivent. » N'est-ce pas un charabia scientifique analogue à celui des Tomes et des Des Fonandrès de Molière? Dans l'intermède Les alcades, qui est peut-être de Tirso de Molina K l'alcade à qui le médecin ordonne « la saignée et la purgation », lui réplique : « la saignée et la purgation? — Ne revenez plus ici, médecin du diable, vous avez déjà prescrit tout ce que vous savez ». Voulez-vous savoir ce que le valet du Docteur Borrego conseille à un homme qui souffre d'une fluxion? Simplement de lui arracher les yeux pour nettoyer les orbites avec un mouchoir fin; on les remettra en place ensuite. « Qu'importe, dit-il, que le malade reste aveugle s'il est guéri
1. Coleccion de comeclias auelias, con algunos autos y entremeses, t. IV, p. 289 (British Muséum).
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de sa fluxion ' ». Dans le Conseil des médecins [La junta de los médicos), dans Y Epreuve des docteurs [P rue ba de los doctores), dont Fauteur est peut-être Solorzano, il y a des consultations médicales si plaisantes et les relations des « confrères » assassins sont peintes de couleurs si vives que l'auteur du Malade imaginaire et de ï Amour médecin n'en pourra trouver lui-même de plus comiques ni de plus caustiques. Citons encore un passage de l'intermède Le Docteur de Quinones de Benavente^, pour faire voir que la satire des médecins y est presque aussi spirituelle et mordante que chez Molière ; voici comment s'exprime en chantant Bezon, déguisé en docteur :
Un mauvais lettré, messieurs, Ne g-ag-nera jamais son pain.
Parce qu'il ne connaît pas la loi.
De même que la nécessité l'ignore; Mais un médecin, si même Son diplôme date d'hier,
1. Martinenche, Molière et le théâtre espagnol, p. 222. Voir encore, dans le Catalogue de Rocamora, la liste des entremes où les médecins sont bafoués.
2. Édition de Rosell, t. I (Rouanet ne l'a pas traduit), p. 413.
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Avec deux ganls et une barbe,
Commence bientôt à g-agner.
Moi, je ne sais plus que mon mulet,
Mais si je vois un pot de chambre
Je vous dirai ce qu'il y a dedans
De vin^t pas et de plus loin encore.
Si (le malade) meurt, (je dirai) que son heure
[était venue ; Sil vit, je me fais immortel.
Bénite soit la science, amen.
Où Ton ne peut commettre d'erreur.
La coniedia n 'épargna pas les médecins davantage : dans un grand nombre de pièces le galimatias, l'ignorance et la ladrerie des guérisseurs, des apothicaires et des barbiers castillans fournissent la matière de scènes entières. Ce sont surtout les graciosos^ ces représentants du bon sens et de Vhumour, ennemis nés de tout « faste pédantesque » qui, suivant en cela la u vulgar opinion », comme il est dit dans une comedia, s'attaquent aux « ennemis du genre humain » , et persiflent leur latin macaronique et leurs raisonnements, aux grands mots vides de sens. Dans VAcier de Madrid de Lope, le faux médecin Beltran cite à tort- et à travers Galien, Hippocrate et Avicène, appuyant ses conseils
hygiéniques par des doctes sentences en latin : « Quando anima contristatur, corpus maxime gravatur » (acte II, se. 2, 372). Dans De corsaire à corsaire de Lope, le valet Mendo se moque agréablement du charabia médical ^ Mais le plus souvent il ne s'agit pas, dans la comedia, d'ironie légère, mais de satire véhémente ; ainsi, par exemple, dans le Regardez bien celui que vous louez, Fabio s'exprime ainsi : « Je rends mille grâces au médecin, parce que la Mort, ne tombant pas malade, n'a pu mourir encore entre les mains de sa science » . Chez Moreto, les docteurs ne sont pas mieux traités; dans Antioche et Séleucus, dans On ne peut pas garder une femme, on trouve cette définition de la profession médicale : c'est Tart de tuer les hommes ; dans sa comedia qui a pour titre : El parecido en la cor te, il y a une con-