‹ Molière et l'EspagneChapitre 39 sur 109 · Recipe para esa tos · texte numérisé non relu

Recipe para esa tos

Aquain de guaraar dobloiiis, Sirupi conversationis De otra mujer, iincias dos; Que con esto y fregatoruni De piernis, esa inquietud Cesarâ, y tendras salud In saecula seculorum.

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sultation de médecins (junta de médicos) qui aboutit à une rixe plaisante fort semblable à celles de Molière. Le docteur Carlino, d'Antonio de Solis, nous fait voir un médecin qui confond les divers remèdes, qui ne songe qu'à gag-ner de l'argent et qui, avant accepté déjouer le rôle équivoque d'entremetteur, finit 2Dar être roué de coups. Cependant, parmi les auteurs de €omedias, c'est Tirso qui décoche aux « homicides professionnels » les épigrammes les plus malicieuses et les plus mordantes. Dans la Vengeance de Tamar^ dans Marthe la pieuse, dans YArcadie feinte, dans YAmour médecin, dans Don Gil aux chausses vertes, et surtout dans La prudence chez la femme, il est âpre contre les médecins. Dans cette dernière comedia, l'un d'eux veut empoisonner le roi; la reine découvre le projet criminel et force son auteur à avaler le breuvage. « Je suis le premier médecin, s'écrie-t-il alors, qu'on châtie parce qu'il tue ». La satire des médecins, tout en étant donc « contemporaine » ou plutôt « européenne » chez Molière, a fort bien pii être alimentée par la tendance hostile aux docteurs, qui se manifestait plus spécialement

dans le roman picaresque, dans Tintermède et même dans la conîedia.

La guerre que lit Molière aux « faux dévots >♦ et aux « hypocrites », aussi implacable, mais moins continue que celle qu'il avait faite aux médecins, n'en est pas moins essentiellement caractéristique de son œuvre. Nous savons ce qu'il faut penser des attaques que l'auteur de Tartufje dirigea contre la « fausse dévotion » : nous ne doutons pas qu'il n'ait visé, à travers les faux dévots et les hypocrites, la vraie dévotion, la religion elle-même. 11 continue en quelque sorte la vieille tradition gauloise des fabliaux, des contes ou des satires, parfaitement irrévérencieuse à l'égard du prêtre, et il y ajoute l'esprit de la Renaissance, foncièrement réfractaire à toute contrainte anti-naturelle. Cet universel courant anti-religieux remonte assez haut dans les littératures modernes de l'Europe; Boccace, en fut, pour ainsi dire, ravant-coureur ; de son œuvre, comme nous l'avons fait remarquer déjà, se dégage cette philosophie de la nature que proclama la Renaissance, que défendit Rabelais, qu'exprimèrent

les Essais de Montaigne, ce génie dont il semble que le naturalisme païen ait inspiré, plus de trois siècles après, l'auteur de Zarathoustra lui-même... Molière se rattache à ce courant européen, tout en étant ovi plutôt tout en paraissant être « de son temps ». Car, ce siècle où jansénistes et gallicans se débattaient contre les jésuites, vit fleurir la faussé dévotion et Thypocrisie, et l'auteur de Tartuffe, censeur des mœurs contemi^oraines, avait dû partir en guerre contre elles. Mais, si l'on se rappelle que les coups qu'il dirigeait contre les faux dévots et les hypocrites, devaient en réalité atteindre, et vigoureusement, la vraie religion — cette lutte s'accordait avec sa conception, naturaliste, opposée à toute contrainte morale — on ne verra dans les mœurs et dans l'esprit de l'époque que la cause occasionnelle qui lui permit de manifester son opposition à la religion et qui la renforça. Et ici encore l'Espagne ne joua j as un rôle médiocre, puisque, en s'attaquant à la foi, c'était contre un élément essentiel de son génie que réagissait l'esprit français du xvii'^ siècle. En Italie et en France, quand on bafouait les prêtres ou les hypocrites, on en

voulait toujours un peu, même avant Molière, à la relig-ion elle-même; en Espagne, le principe de la foi était si profondément ancré dans toutes les couches de la population que jamais auteur ne s'était enhardi jusqu'à nier la nécessité de la discipline religieuse K Aussi une grande partie de la littérature espagnole est-elle animée d un souffle catholique passionné et va-t-elle jusqu'à la superstition.

Négligeons l'immense production des autos que l'on peut rapprocher des mystères : l'esprit ^profondément religieux de la race se manifeste dans le domaine de la comedia. Galderôn cultiva ce genre particulièrement et donna dans Le prince constant le modèle du drame religieux, bien que le catholicisme très méridional de cette pièce ait un fort goût de terroir. Corneille, dans Polyeucte et dans Théodore -^ Rotrou, dans son Sainf-Genest, utilisèrent l'inspiration religieuse du drame castillan à caractère sacré ; d'ailleurs

1. Notons toutefois qu'il existe un ouvrage, une sorte de drame intitulé : La farce du maricKje datant de 1542, qui, « dans la satire de l'état sacerdotal, va jusqu'à Fincroyable ». Creizenach : Geschichte des Drainas, 111,159.

2. Voir notre Corneille et le théâtre espagnol (Paris, 1903).

ce n'est ni par ces pièces, ni par la comedia que le catholicisme « méridional » se répandit en France pendant la première moitié du xvii^ siècle ; c'est plutôt grâce à la littérature théologique qui, après avoir eu un immense développement en Espagne, inonda la France. La multitude des ouvrages à caractère religieux manifeste la merveilleuse fécondité du génie ibérique, qui a le défavit d'être porté à l'exagération, à l'enflure, allant toujours aux extrêmes. Le tempérament espagnol n'a jamais connu le juste milieu ; l'outrance du chevaleresque et du romanesque poussé à la caricature, la déformation de la langue aboutissant au cultisme, la religion dégénérant en dévotion extravagante et en un simjîle formalisme : ce ne sont que les manifestations diverses d'un esprit toujours porté aux excès les plus violents. On connaît l'influence du goût espagnol sur le catholicisme français et la littérature de cette époque. Il suffit de lire M. G. Lanson ^ pour se faire une idée de l'action profonde qu'exerça sur la foi, en France, la conception superstitieuse et libertine

1. Revue cV histoire littéraire de la France, 1896, pp. 45-70.

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du catholicisme espagnol, avec ses raffinements subtils, sa casuistique ingénieuse, sa morale relâchée. « Le mélange de. mysticisme et de sensualité, d'ingéniosité et d'extravagance qu'enfermaient en eux les œuvres de Loviis Grenade et de Ribadeneira, de Sainte Thérèse et de Jean de la Croix devient alors à la mode en France et cherche à s'infiltrer dans notre catholicisme. Paris, Rouen et Lyon sont à cette époque les grands centres d'impression des livres de la dévotion espagnole. Le fameux Escobar fait paraître à Lyon sa Théologie morale en huit volumes, et il déclare à Bertaut qu'il n'y a pas dans son pays d'imprimeurs pour entreprendre de grands ouvrages, « qu'ils envoyent tous imprimer à Lyon ou à Anvers. » De 1G20 à 1 650, si l'on voulait établir la liste des 2:)rédicateurs, confesseurs, hagiographes et théologiens espagnols qui furent édités et traduits en France, on assisterait à une véritable invasion » ^

C'est contre ce catholicisme espagnol ou (( méridional » par excellence que se révolta le génie français : et l'on pourrait dire que, également opposé aux débordements du chevaleresque

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