‹ Molière et l'EspagneChapitre 42 sur 109 · Arfe nuevo de hacer comedias · texte numérisé non relu

Arfe nuevo de hacer comedias

la Critique de V Ecole des femmes et dans V Impromptu de Versailles qu'il faut en aller chercher Texposé le plus complet. Dans la première de ces comédies, il paraît avoir sur les « règles » d'Aristote et d'Horace l'opinion de Lope : ce n'est point assez de les connaître pour faire de belles comédies, « la grande règle de toutes les règles » est de plaire et la pièce qui a conquis ce but, a rempli son rôle. « Car enfin, si les pièces qui sont selon les règles ne plaisent pas €t que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudrait de nécessité que les règles eussent été mal faites. Moquons-nous donc de ■cette chicane oii ils — il s'agit des pédants — veulent assujettir le goût du public, et ne consultons dans une comédie que l'effet qu'elle fait sur nous. Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point de raisonnements pour nous empêcher d'avoir du plaisir. » Voilà comme s'exprime Molière par la bouche de Dorante (Scène VI, p. 359) ; voici ce que dit Lope à la lin de son Nouvel art :

Je soutiens donc ce que j'ai écrit, et reconnais Qu'elles (les comedias) pourraient être meilleures,

mais elles

N'auraient pas eu le succès qu'elles on oblenu, Parce que quelquefois ce qui est contre la règle, Pour cette raison même plaît au goût.

On voit que Lope et Molière donnent la même valeur et la même place aux règles dans Fart dramatique. Dans les détails même de leurs théories poétiques, on constate des accords qu'il serait difficile d'attribuer au pur hasard. Molière n'a-t-il pas pu lire en même temps que les comedias de Lope, son Nouvel art ? Qu'on se reporte aux paroles que nous avons citées : il s'agit « du but à atteindre par la vraie comédie)) qui est

D'imiter les actions des hommes

Et de peindre les mœurs de son siècle.

Molière aussi veut « corriger les hommes en les divertissant », il veut encore que « l'emploi de la comédie soit de corriger les vices » (préface de Tartuffe) et c'est pour cela qu'il fait déclarer par Brécourt, dans V Impromptu de Versailles, que « l'affaire de la comédie est de représenter en général tous les défauts des hommes et principalement des hommes de notre siècle » . Mais lorsqu'il fait dire ironiquement à Du Groisy dont les ouvrages ont « Fap- G. HuszÂH. — Molière et Vl'Jspaç/ne. 9

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probation des savants » que c'est là la chose principale et qu'il n'importe point « qu'il vienne du monde à ses comédies » et que « le public applaudisse », ne rappelle-t-il pas Lope répondant d'un même ton sarcastique à ses détracteurs : ses pièces, dit-il, ont eu du succès parce que de temps à autre, ce qui est contre la règle, plaisait au public par cette raison même ? Et dans la Critique de l Ecole des femmes^ Molière n'exprime-t-il pas encore la même idée par la bouche d'Uranie ? On pourrait continuer ces rapprochements, mais nous croyons avoir rendu plausible cette opinion que 1' « Art poétique » de Lope ne fut pas sans influence sur Molière. Du reste, il n'est pas impossible que l'auteur de V Impromptu de Versailles se soit inspiré aussi des critiques espagnols qui, comme nous l'avons dit déjà, professaient les mêmes principes dramatiques que le créateur de la comedia nueva. Certains auteurs, Tirso de Molina par exemple, avaient eux aussi leur esthétique particulière : il est même curieux que ce dernier exprime dans les Cigarallcs de Toledo où il traite, entre autres, de l'art dramatique, des idées semblables à celles de Molière.

Les comédies de Molière au point de vue de l'influence espagnole.

Ce chapitre est un développement du précédent ; il en constitue comme un appendice ; nous nous efforcerons d'y mettre en lumière l'influence de la littérature espagnole dans son ensemble sur Molière, en nous plaçant au point de vue que nous avons exposé au IP chapitre et qui permet de mieux comprendre la nature de ses imitations ; nous avons aussi à tenir compte de bien des détails qui n'ont pas pu entrer dans la caractéristique générale des rapports qui existent entre l'œuvre du poète français et l'Espagne. En passant en revue toutes ses comédies, nous relèverons donc tous les emprunts qu'il lit à l'Espagne et lorsqu'il transforma ses modèles, nous essaierons de déterminer la valeur de ces modifications. Nous noterons aussi avec soin les analogies dues peutêtre à de simples coïncidences que l'on peut découvrir entre quelques intrigues, certains

passages, diverses scènes ou divers types de la comedia et de Molière.

Je crois que Tinfluence espag-nole se manifeste déjà dans le Médecin volant^ la deuxième farce attribuée à Molière, où l'on trouve la première ébauche de ses satires des médecins : ce qui surprendra sans doute les critiques qui seraient tentés de faire dater de la Princesse dElide l'action de l'Espagne sur l'œuvre du comique français. Despois incline à croire que la pièce de Molière est une reproduction à peu près exacte d'un canevas italien ; « c'est, du reste, ajoute-t-il, un point auquel il ne faudrait pas attacher trop d'importance, s'il ne s'agissait que de la boull'onnerie, médiocre après tout, du Médecin volant ; mais cette farce contient en germe plusieurs des traits vraiment comiques de \ Amour médecin et du Médecin malgré lui. Ces traits appartiennent-ils à Molière ou aux comédiens italiens? Voilà, selon nous, tout l'intérêt de la question » ^ Despois se trompe : le véritable intérêt de la question est de savoir si le canevas italien dont Molière se servit ne procédait pas lui-même d'une pièce espagnole.

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