‹ Molière et l'EspagneChapitre 46 sur 109 · OEuvres de Molière, t. I, p · texte numérisé non relu

OEuvres de Molière, t. I, p

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le dépit amoureux suivi d'une prompte réconciliation est emprunté aux seizième et dix-septième scènes du II'- acte du Chien du Jardinier de Lope de Vega ; peut-être Despois aurait-il été lui-même de cet avis, s'il avait lu ces passages du drame cité, mais le savant commentateur de Molière n'a pas eu recours à ce procédé qui n'est g-uère d'usage quand il s'agit du théâtre espagnol. On trouve, en outre, dans le Dépit amoureux une si fine psychologie de l'amour qu'on sent dans cette pièce, malgré son apparente frivolité, le soufïle de cette Espagne pour qui l'amour était, dans la vie, la chose essentielle. Ainsi, quand Eraste, au commencement de la pièce, parle de l'amour, de la jalousie, des rivaux, son langage rappelle dans une certaine mesure celui des cahalleros passionnés de la comedia ; et quand il dit :

Et Ton ne saurait voir, sans en être piqué, Posséder par un autre un cœur qu'on a manqué,

il ne profère, pourrait-on dire, qu un « lieu commun » ; mais il ne faut pas oublier que ce principe d'amour n'avait jamais été mis en relief

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avec plus de subtilité, ni de fréquence que dans le drame castillan ; c'est aussi, à vrai dire, la pensée fondamentale du Chien du jardinier : Diana, l'héroïne de cette pièce, sent sa flamme amoureuse se rallumer en faveur de Téodoro lorsqu'elle croit qu'une autre va posséder son cœur (acte 11, scène 19*^).

Le dialogue d'Eraste et de Gros-René, ou plutôt la deuxième scène du IV'^ acte est encore dans le goût espagnol. Gros-René raconte à son maître qu'il a été rebuté et que Lucile n'a pas voulu écouter la nouvelle qu'il venait lui apporter de sa part et, à ce propos, maître et valet expriment sur les femmes des aphorismes qui font songer au langage de certains personnages i de la comedia, en pareille occasion. Gros-René est d'avis que la femme, « animal dont la nature est fort encline au mal », est gâtée par l'excessive galanterie des hommes ; Lélie veut brûler d' « une nouvelle flamme >; pour punir son amante du mépris qu'elle lui témoigne : il applique ce précej)te fréquent dans la comedia d'après lequel les « femmes étant poison, l'un se guérit par

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