‹ Molière et l'EspagneChapitre 48 sur 109 · Despois : Molière, t. II, p · texte numérisé non relu

Despois : Molière, t. II, p

2. Voir, par exemple, L'alcade de soi-même, de Lope de Veg-a.

intermédiaire, chez beaucoup d'auteurs français : chez Marivaux, dans le Jeu de V Amour et du Hasard^ voire même chez Victor Hugo, dans Ruy Blas, malgré la différence des caractères et des développements de ces pièces.

El mayorazgo figura de Solôrzano, traduit aussi par Scarron sous le titre de V Héritier ridicule^ a pu également inspirer Molière dans ses Précieuses ridicules K Ce n'est pas seulement l'intrigue, mais le fond même de cette comédie qui rappelle la pièce dtt poèié français : un valet se déguise en seigneur, avec Tassentiment de son maître, pour le venger d'une dame dont l'amour n'est pas assez désintéressé ; les moyens dont il use ne laissent pas d'avoir beaucoup d'analogie avec ceux qu'emploie Molière pour ridiculiser les précieuses. Ce valet a l'attitude recherchée d'un bel esprit et on pourrait le rapprocher du marquis de Mascarille ou du vicomte de Jodelet ; son nom même : Marino, a quelque chose de symbolique ; il se conduit comme les valets des Précieuses ridicules, parle la langue des cultistes, c'est-à-dire à lo gongorio. Il nous semble que la scène où l'on voit ce maître-valet

1. Morillot : Scarron et le genre burlesque^ p. 288. G. HuszÂH. — Molière et VEspsujne. 10

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(amo-criado), élégamment vêtu, entrer dans la maison de la dame Elène pour lui faire sa cour avec une affectation excessive de distinction, a suggéré à Molière les dixième, onzième et douzième scènes de ses Précieuses ridicules : il a utilisé soit Scarron, soit la pièce orig-inale. Signalons aussi la parenté lointaine qui existe entre la comédie française et Vlntermède des contes feints (sans nom d'auteur) qui, au fond, ne diffère guère des Contes feints de Benavente^. Mais il serait aisé de relever dans d'autres auteurs espagnols imités par les contemporains de Molière et par le poète lui-même, des traits qu'on retrouve dans les Précieuses ridicules. M. S. Grisv^old Morley- a rapproché la plaisante indignation de Mascarille appelant ses valets imaginaires de l'intermède attribué à Lope : Le marquis d\[lfarache, où ce marquis espagnol, au nom picaresque, manifeste une colère du même gerire. Toutefois il serait difficile de décider si c'est Lope que Molière imite directement ou Tristan l'Her-

i. Flor de entreineses y sainetes de diferenles aiitores (1657). British Muséum.

2. Publications <>f modem laïKjiuKje ; Association of America, t. XIX, 11° 2.

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mite dont le Parasite (acte I, se. 5) offre un passage analogue, inspiré aussi par quelque auteur castillan. Despois a noté bien des détails que Molière a empruntés aux Lois de galanterie de Sorel; mais ici encore, le savant commentateur de Molière use de la « méthode d'élimination ». Car Sorel a très souvent subi l'influence de la littérature espagnole, et notamment dans l'ouvrage dont il est question ici, il a largement puisé dans les parodies des lois somptuaires qu'on trouve dans les Pragmatiques de Quevedo ^

En ce qui concerne « les précieuses » ellesmêmes, nous avons déjà dit dans le chapitre précédent qu'elles étaient très nombreuses à la cour de Madrid; les auteurs de comedias leur décochent bien par-ci, par-là, quelques traits satiriques; ainsi Lope se moque d'une dame, rebelle au mariage, qui, n'aimant que les belles et bonnes comparaisons, n'épousera qu'un homme qui fasse de jolies métaphores"^; mais, quand il s'agit d'amour ou plutôt de galanterie, ils représentent presque toutes leurs dames avec

1. Mérimée, Essai sur la vie et les œuvres de Quevedo (Paris, 1886), p. 131.

2. Eniremés de las comparaciones dans les Fiestas del santisimo sacramento {Zaragoza, 1644). British Muséum.

des couleurs qui conviendraient à une peinture des Gathos et des Magdelon. Dans L'homme pauvre tout est projets de Galderôn, dona Beatriz tient dans sa maison une académie d'amour; on y emploie un lang^age guindé très voisin de celui des précieuses de Molière ; dans Dédain contre dédain de Moreto, que nous retrouverons chez notre auteur sous le nom de La princesse d'Elide, dona Diana nous offre encore un type de précieuse espagnole ; mais, en général, comme nous l'avons déjà noté, quand les femmes espagnoles s'entretiennent d'amour avec leurs galants, elles s'attendent toutes à ce qu'on leur voue le culte idolâtre que don Quichotte avait pour sa Dulcinée. Ecoutez plutôt ce que demande dona Elvira au chevalier don Félix dont l'amour se montre un peu impatient :

Quelles nuits avez-vous passées

Au froid, pour le souci

Que vous avez eu de me voir?

Quelles peines vous ai-je causées?

Combien de Maures avez-vous vaincus

Pour moi?^

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