‹ Molière et l'EspagneChapitre 51 sur 109 · Œuvres de Molière, t. II, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Molière, t. II, p

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souv^tit mise sur la scène » et il cite Scarron [Joclelet souffleté^ acte III, scène I; acte IV, scène VII ; acte V, scène I) ; puis il ajovite : i( Mais ce qui suffirait pour prouver que, sans qu'il y ait imitation, une situation analogue amène à peu près inévitablement les mêmes idées, c'est le monologue célèbre de Falstaff, dans Shakespeare [Henri IV, \^^ partie, scène XV^) ». Pas un mot de la comedia, le vaste savoir de Despois ne s'étend pas sans doute jusque-là ! Il parle d'analogies inévitables, ignorant que Scarron traduit Rojas, presque mot a mot; quant à Shakespeare que Despois cite si mal à propos, il a très bien pu, lui aussi, s'inspirer de la oomedia espagnole, exploitée par ses contemporains 1. Il ne s'agit donc pas d'une /Coïncidence fortuite : c'est une idée espagnole qui passa les frontières et qui, si l'on peut ainsi s'exprimer, fît fortune en Europe. Ce n'est que pour donner un exemple nouveau de la méthode « comparée » des commentateurs de Molière, que nous avons signalé ce détail

. 1. Bahlsen : Spanische Quellen der dramatischen Lilteratur, besonders Englands zii S/iakespeare''s Zeit (Zeitschrift flir vergi. Litt.), Berlin, 1893.

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avec quelque insistance. Nous devons ajouter que ce n'est pas seulement la poltronnerie éloquente de Sganarelle qui le rapproche d une espèce de criado^ ; il en a Tallure et par ses gestes et par ce qu'il dit, bien que Molière en ait fait un u bourgeois de Paris ». 11 est intéressant de le mettre en parallèle avec Gros- / René qui incarne une autre variété du criado espagnol, celui qui, comme Sanclio Panza, est une sorte d'apologiste de son ventre. Ecoutez le discours qu'il tient à Lélie (scène VU'), vous y reconnaîtrez les arguments que donnent les valets de la comedia en faveur des « bons repas » , qui les aident à supporter les coups de la , fortune ; tout ce dialogue de la VU® scène entre i Lélie et Gros-René a comme un air de comedia. } N'oublions pas non plus Gorgibus; lui aussi, comme son homonyme des Précieuses ridicules^ fait jeter au feu, à la manière de Cervantes,

1. Voir encore l'intermède de Calderôn : El desu/io de Juan Rana (Riv. IV^, G30-631). On trouve même dans une de ses comedias sérieuses : Le purgatoire de Saint- Patrice, un type : Paulin qui, par sa lâcheté conjugale, rappelle un peu Sganarelle (Riv. I, 151). Dans son drame, Basta callar il y a un valet nommé Capricho qui agit à peu près comme Sganarelle pour éviter un duel.

les « méchants écrits », « romans » et « quolibets d'amour » dont la tête de sa fille est « remplie » et qui la détournent d'accepter le mari qu'il lui désigne...

Viardot^ et Fournier- ont prétendu que ûom Gai^cie de Navarre était l'imitation d une comédie héroïque espagnole du même titre ; nous avons vainement cherché la pièce originale, et la seule hypothèse que nous puissions faire est que le modèle castillan de Le gelosie fortunate ciel principe Rodrigo^ de Gicognini, dont s'est servi Molière, est perdu : peut-être le retrouverat-on plus tard. Despois s'en tient aux « analogies inévitables ))-^; une telle attitude ne s'explique que par l'ignorance du répertoire immense du drame espagnol. Nous avons, pour notre part, lu plusieurs centaines de ces pièces et nous avons retrouvé dans Dont Garcie de Navarre l'empreinte de la comedia ; même si l'esprit de ce théâtre ne s'est manifesté qu'indirectement et par l'intermédiaire de l'Italie, on ne saurait

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