OEuvres de Molière, t. II, p
lo6 MOLIÈRE ET l'eSPAGiNE
néanmoins en contester rorigine. Cicognini (mort aux environs de 1G60) s'est très souvent inspiré des pièces castillanes du xvu^ siècle, il en a fait de nombreuses traductions ; c'est lui qui représentait « l'école espagnolisante » dans la trag-édie et la comédie italiennes de son époque. On connaît la source esjaagnole de la plupart de ses adaptations de Galderôn [La vida es sueîîo, El mayor monstruo los celas), de Rojas (Casarse por vencjarse) ; pour d'autres, l'original semble comme celui de Le gelosie fortunate ciel principe Rodrigo, être perdu ; il en est ainsi de La moglie di quatlro mariti dont l'origine espagnole est certaine ^ . Au point de vue de la littérature comparée, il est curieux de noter par quelles voies et quels détours des sujets dramatiques <( nationaux » pénètrent dans des pays étrangers et font pour ainsi dire, le tour de l'Europe. On aurait tort de croire que Molière qui, d'après une adaptation italienne, fait une pièce française à l'espagnole, procède seul de cette manière ; un auteur Allemand, Schwiger
1. Klein : Geschichte des Drainas, t. V, p. 707, cite El castiçjo del penséque et El vergonzoso en palacioy de Tirso, comme lui ayant fourni plus d'un trait.
en use de même pour faire de Le gelosie fortunate del principe Rodrigo une pièce allemande sans se douter peut-être qu'il utilise des matériaux espagnols. Un autre Allemand, Georg^ Greflinger, traduit, vers 1652, El palacio confuso de Lope (dont Corneille s'est inspiré dans son Don Sanche d'Aragon) d'une adaptation hollandaise de D. Fuyter ; bien des pièces espagnoles passèrent en Allemagne au xvii® siècle, grâce aux traductions qu'on publiait des œuvres de Rotrou, de Scarron, etc..
"*- Rappelons, pour montrer sous quelle forme on retrouve la comedia dans Dom Garcie de Navarre, que cette sorte de jalousie qui caractérise le héros de Molière, est, par excellence, de couleur espagnole. Dans le théâtre castillan, les caballeros sont d'une incroyable susceptibilité pour tout ce qui touche à l'amour ; la moindre chose provoque leur jalousie ; ils sont prompts à soupçonner leurs dames et à commettre les actions les plus extravagantes pour des motifs tout à fait insignifiants. Dom Garcie n'aime-t-il pas Elvire de cet amour passionné, irréfléchi et ombrageux? Elvire, de son côté, a — bien qu'amoureuse — la fierté d'une dame
castillane : elle se défend noblement contre les injustes accès de jalousie de son amant, elle sait ce qu'elle doit à son honneur, à sa « gloire », à sa « naissance », mais elle est tendrement affectueuse quand dom Garcie s'abandonne au désespoir. Du reste, il n'est pas un seul personnage de cette comédie qvii n'ait une allure espagnole; l'intrigne, le dialogue qu'anime un souffle de passion, le dénoûment même sont tout à fait dans le goût de la comedia.
L'Ecole des Mardis est très étroitement liée au théâtre espagnol, malgré tout ce que dit DesjDois dans la Notice dont il ht précéder l'édition de cette pièce.
Il se réclame d'Antoine de la Tour ' dont les ouvrages sur l'Espagne « fourmillent d'erreurs », selon M. Menéndez y Pelayo - ; cet auteur, si sévèrement jugé par le savant espagnol, ayant (( eu l'extrême obligeance de lire les deux pièces », déclare qu'il n'y a absolument rien, dans la Discreta enamorada de Lope,qui lui ait rappelé VEcole des maris. La critique compa-