Léo Rouanet ://i/ermèf/es espagnols (1897) Notes, p
2. Dans La industria y la suerte d'AlarcÔn, il y a un faux alg-uazil qu'on envoie pour molester don Juan (acte III, se. 8) ; dans ÏAbre el ojo de Rojas, il y a un fâcheux Julian, qui rappelle Filine de Molière : il veut à toutes forces devenir l'ami de don
qui ont pu lui servir de modèles. L'idée de faire intervenir une série d'importuns qui se succèdent « auprès d'un homme préoccupé d'un intérêt important », cette idée, Molière «pouvait la trouver dans son expérience journalière, ou dans la vie réelle ». Ainsi s'exprime Despois (III, 8) pour établir que Molière n'avait pas besoin de l'emprunter à un canevas italien [Gli interrompimenti diPantalone) oubienà unentremes espagnol où il est fréquent que des personnages épisodiques soient rattachés par un lien factice au tyjD^ qu'il s'agit de peindre. Mais c'est précisémentl'étrange habitude de Molière d'imiter souvent u la vie réelle » à travers les livres ou les pièces de théâtre. Son mérite consiste à voir ce qui, dans l'observation d'autrui, correspond â u l'expérience journalière ». La critique française qui porte aux nues le génie de Molière et dont Despois est un
Clémente qu'il importune au moment même où celuici va à un rendez-vous (I acte, 126 p.) ; l'homme à projet des Fâcheux a, comme l'avait déjà relevé Petitot, « des rapports marqués avec un personnage de Cervantes qui a aussi la manie des projets » {Novelas èjemplares. Coloquio de los perros, p. 370, Leipzig, 1869).
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exemple caractéristique, aime à réjoéter que c'est à la vie elle-même qu'il put emj)runter tel type ou telle donnée ; il put, je le veux bien, mais il ne le fît pas, l'Espagne en témoigne suffisamment ; il est vrai qu'on ne saurait lui reprocher que tout ait été vu, observé et inventé avant lui.
Cherchons maintenant, dans les Fâcheux^ les éléments qui peuvent tirer leur origine de la comedia. Notons tout d'abord que le grand débat institué entre Eraste et Clymène, sur la question « de savoir s'il faut qu'un amant soit jaloux » — sujet qu'avait déjà effleuré Molière, sous rinfluence de rEsj)agne, dans le Dépit amoureux et dans Dom Garde de Navarre — avait déjà eu lieu bien souvent entre les précieuses de la comedia ; c'est de là que cette controverse passa dans les romans de galanterie français et dans les Fâcheux. Eraste nous apjDaraît bien souvent avec l'allure d'un amoureux castillan ; de Villiers reprochait à Molière « de revenir trop souvent sur l'expression de la jalousie » : peut-être cette insistance trouve-t-elle son explication dans la vie privée de Molière ; mais la comedia permit
sans doute à son inclination naturelle de se manifester. ^
Montagne, le valet d'Eraste, nous semble descendre du criado fâcheux que Ton rencontre souvent dans la comedia ; plus d un valet espag-nol excelle dans Tart d'être importun, au grand déplaisir de son maître : Sancho Panza ne l'est- \ il pas parfois lui-même ? Et on en rencontre de | nombreuses variétés dans le théâtre où les i Montagne espagnols citent Sénèque et même ; Aristote, de façon tout à fait intempestive et \ pour irriter le plus possible leurs maîtres... ' L'intimité d'Eraste et de son valet — intimité i qu'on ne rencontre guère dans la comédie i latine ou italienne — est un trait saillant de la comedia, et si « l'on a trouvé qu'Eraste faisait un peu trop d'honneur à son valet en lui racontant si longuement et avec tant de détails la contrariété qu'il venait d'éprouver» ', c'est à l'Espagne, que Molière imite en cette occurrence, qu'il faut s'en prendre. Elle est bien espagnole, cette exclamation d'Eraste lorsqu'il aperçoit Damis qui est attaqué (III acte, 5 scène) : « un