‹ Molière et l'EspagneChapitre 62 sur 109 · Molière, t. IV, p · texte numérisé non relu

Molière, t. IV, p

prétendre que les changements que Molière fit subir à l'original espagnol lui donnèrent une portée plus générale, « européenne » ou humaine : la comedia de Moreto est au nombre des pièces espagnoles, assez rares, — étant donnée la richesse du répertoire théâtral — où l'on sent à peine le « goût du terroir », dont le sujet est, si l'on peut dire, universel : transporter l'action dans un milieu grec est une a modification » sans importance au point de vue dramatique. Le gracioso nommé Polilla devint chez Molière un personnage déjà établi à la cour parce qu' « il est peu vraisemblable qu'une princesse se confie ainsi à un diseur de quolibets qu'elle n'a jamais vu » : la « faute que Molière a évitée » ainsi, suivant l'expression d'Auger, Shakespeare ne l'a-t-il pas commise dans ses drames où, comme dans la comedia, les graciosos, les (( diseurs de quolibets », les bouffons vivent dans l'intimité la plus familière des grands seigneurs eux-mêmes ? Ce n'est pas un côté « local » du théâtre castillan que la licence des « graciosos » qui se permettent de tout dire, même aux personnages royaux qu'ils n'ont jamais vus. Molière lui-même ne s'est pas

toujours, à cet ég-ard, éloigné du drame espagnol : nous Favons constaté à propos des Fâcheux. Ce détail, sans grande importance en somme, nous fait encore voir l'excès de zèle des critiques qui veulent à tout prix mettre en lumière les progrès que Molière aurait réalisés dans ses adaptations.

Au surplus, il nous faut revenir à Moron j^our montrer l'insuffisance de la méthode « comparée » de Despois-Mesnard. Ces savants commentateurs de Molière nous révèlent que ({ M. Fritsche dérive le nom du grec môros, « sot » ou « fou », et rappelle que d'Ouville l'avait donné à un vieux domestique de « sa » comédie de Jodelet astrologue ; cette pièce est de 16461. )) Vous voilà bien informés : le grec et d'Ouville y sont ; en vérité, que peut-on désirer de plus ? Mais Despois-Mesnard, au lieu de citer M. Fritsche, n'auraient-ils jDas mieux fait de dire simplement que Moron est un nom fréquent chez les graciosos espagnols ; c'est de là qu'il a passé dans la comédie de Molière ? Le bouffon, proche 23arent du Polilla de Moreto, ne s'appelle-t-il pas Moron dans la

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