Tome IV, p
ainsi dire, que Texpression de l'hostilité que manifestent quelques criados castillans aux femmes, et Molière qui se borne ici à traduire Moreto, apporte ainsi une preuve à Tappui de notre assertion. Despois-Mesnard insinueront-ils peut-être que leur poète ne se souvient que de lui-même et qu'il ne s'agit que d' « une association d'idées fortuite, amenée par l'analog-ie des situations » , comme ils l'ont fait à propos de la lutte entre l'amour-propre et la ^poltronnerie de Sganarelle ? Une pareille assertion s'accorderait avec une méthode qui permet d'étudier les modèles de Molière en négligeant autant que possible l'Espagne : en voici d'aillevu^s une application nouvelle. Quand Moron reproche à la princesse (acte III, scène V) — d'après le Polilla de Moreto (acte III, scène IV) — d'empêcher Euryale d'être à une autre femme, bien qu'elle ne l'aime pas, il lui déclare que « c'est faire justement comme -le chien du jardinier ». Sur quoi Despois-Mesnard expliquent, à l'aide des Curiosités françaises d'Oudin (1640), le sens de cette expression. Mais pourquoi omettent-ils de dire que le Chien du jardinier est une comedia de Lope où ce thème est développé et où
Ton trouye « ce système de dédain », imité dans le Dépit amoureux'!
Les diyertissements auxquels la Princesse crÉlide seryait de cadre, rappellent les fies tas espagnoles, également représentées en présence des souyerains, au milieu du plus grand luxe. Molière n'a-t-il pas pu songer à quelque pièce mythologique de Moreto ou de Galderon ' qu'égayaient des chansons, la musique et des ballets, en composant ses comédies à spectacle? Psyché, dont il écrira le premier acte et la première scène des deuxième et troisième actes, conhrme cette 023inion qu'ici encore il imite un genre qui ayait été fort à la mode en Espagne, surtout au commencement de la décadence du drame psychologique.
Tartuffe yient aussi d Espagne ; où aurait-il pu trouyer de meilleures conditions pour naître et grandir, cet homme qui sait s'accommoder ayec le ciel, cet « Escobar traduit sur le
1. Voir, entre autres, La finyida Arcadia de Moreto et Calderôn (1651), El mayor encanlo amor (1635), Los ires mayores produjios (1636), Apolo y Climene (1639), El hijo delsol (1639), La Purpura de la rosa (1660) de Calderôn, Céfaloy Pocris, comedia burlesca (1662).
théâtre? ^ » Vous savez comment il raisonne, lorsqu'il veut séduire Elmire, la femme d'Orgon:
Le ciel défend, de vrai, certains contentements, Mais on trouve avec lui des accommodements ; Selon divers besoins, il est une science D'étendre les liens de notre conscience, Et de rectifier le mal de Faction Avec la pureté de Tintention.
(acte IV, scène V«). N'est-ce pas (( la grande méthode de diriger l'intention » , combattue par Pascal, que cherche à appliquer, à la réalisation d'un singulier besoin, cet indigne disciple de Sanchez et de Garamuel - ? Nous avons fait allusion, au second chapitre, à la décadence du sentiment religieux en Espagne qui a produit une foule d'hypocrites semblables au protagoniste de Molière et aux satires que ne leur épar-