‹ Molière et l'EspagneChapitre 74 sur 109 · Voir notre étude, Corneille et le th. esp · texte numérisé non relu

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le contraste avec Alceste est frappant ! Si Alceste n'est pas un type vraiment français, malgré sa ressemblance avec le portrait que donna mademoiselle de Scudéry du duc de Montausier, s'il n'est pas l'ami du ne qiiid miniis^ du juste milieu ou, si vous aimez mieux, de ce bon sensqu'incarnent g"énéralement les caractères de Molière, n'est-ce pas précisément parce qu'il y a dans son esprit quelque chose d'outré, de rare, peut-être même d'irréel ? Ces épithètes ne s'appliquent-elles pas à la plupart des chevaliers de la comedia, parents de don Quichotte^ comme les représentants de la sagesse pratique le sont de Sancho Panza ? Transplanté dans un milieu français, opposé à Philinte, le caractère « cornélien » ou plutôt « castillan » d'Alceste, prend un relief plus puissant encore, bien que Molière l'ait adouci autant qu'il lui fut possible.

Mais ce qui achève de faire ressortir l'empreinte de la comedia sur le Misanthrope^ c'est la passion jalouse du trop vertueux Alceste. Nous en avons d'ailleurs une preuve^

1. Dans le 5® acte (scène I) où Alceste parle de la corruption et de l'injustice de la société, il nous fait souvenir des pensées de ce genre du chevalier de la Manche,

pour ainsi dire, matérielle : don Garcie peut être considéré comme une première épreuve d'Alceste ; Moland va même jusqu'à douter « que Molière eût fait l'un s'il n'avait pas fait l'autre » ^ : or, nous croyons avoir démontré l'origine espagnole de Don Garcie. L'amour exalté d'Alceste, la sensibilité maladive de son cœur, sa soif de vengeance lorsqu'il croit que Célimène lui est infidèle (IV^ acte, I'"'^ scène, p. 520), le rapprochent beaucoup des chevaliers de la comedia profondément amoureux, d'une jalousie facilement irritable et aussi prompte à se venger qu'à se fâcher. Quand Alceste exprime d'une façon touchante sa passion qui lui fait souhaiter que son amante soit pauvre, misérable, sans naissance (acte IV, scène III), car ainsi il pourrait avoir « la gloire » de la u voir tenir tout des mains » de son amour, — il nous fait songer à une héroïne de Lope qui paraît avoir la même conception égoïste de l'amour : dona Angela ~ désire que son amant, don Juan, devienne pauvre, misérable, qu'il soit abandonné de tous, pour

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