Morillot : Scarron et le genre burlesque, p
qui se rattachent aux intermèdes espagnols, bien que l'idée de la vengeance exercée par Martine se trouve en germe dans le fabliau du Vilain mire. Il n'y a presque aucun personnage de cette comédie qui ne soit esquissé avec un caractère plus ou moins comique dans les entremeses K Nous ne mentionnerons que le Docteur simple de Lope de Vega où une plaisante consultation d'un faux médecin fait songer à celle du Médecin malgré lui. Perico, sorte de valet joyeux (bobo), conseille au garçon du médecin, Lorenzo, de s'affubler de la robe de son maître, de recevoir les malades et de leur prescrire des remèdes : l'argent ainsi gagné, ils se le partageront. Aussitôt fait que dit. Les deux valets, forts de la devise « sangrar » et « purgar », se mettent à l'œuvre. Une femme vient demander une consultation pour son mari malade ; les faux médecins l'auscultent sans pitié et lui prescrivent un remède dont elle meurt ; la police intervient, ainsi que le vrai médecin ;
1. Martinenche : Molièreet le théâtre espagnol, p. 232- 234, cite à ce propos trois intermèdes : Los alcaldes, Los cuàtro galanes et La Guitarra, « qui fait songer au début du Médecin malgré lui ».
la petite pièce finit dans le tumulte d'une mêlée burlesque à laquelle tous les personnages prennent part. Mais si les intermèdes ne suffisaient pas à fournir les situations et les traits comiques qui égaient le Médecin malgré lui, on en trouverait, dans les comedias, un grand nombre qui purent inspirer Molière.
Hartzenbusch et Schack ont signalé un passage d'une pièce de Tirso de Molina : La feinte Arcadie qui présente une analogie frappante avec la sixième scène du IIP acte de la comédie de Molière ; dans la comedia, le valet déguisé en médecin introduit son maître auprès d'une malade dont celui-ci est amoureux ; le faux docteur lui fait tâter le pouls de la patiente, et pour qu'il puisse lui causer librement, il parle à tort et à travers aux assistants comme Sganarelle, usant d'un latin barbare, mêlé d'espagnol, oùUes noms de Galien, d'Hippocrate, d'Esculape reviennent fréquemment; son stratagème finit par être découvert, et on lui « paie sa cure à coups de bâton » . Il n'est pas impossible que Molière ait
1. On peut rapprocher le langage de ce faux docteur de celui que fait entendre Mendo dans la pièce de Cosarioà Cosario de Lope,v. notre IP chapitre, p. 100.
mis Tirso à contribution, mais il est plus probable que c'est de VAcier de Madrid qu'il retint la ruse de la maladie qui permet à la jeune lîlle d'approcher son amante Dans cette pièce de Lope, Bélise se fait ordonner par le valet, dég-uisé en médecin, de celui qu'elle aime, des promenades au grand air; au cours de ces sorties, elle rencontre naturellement son galant qui achève de la conquérir, et le père, ainsi joué, est contraint de consentir au mariage. Despois- Mesnard font remarquer, à propos des deux pièces que nous venons de citer, « qu'en indiquant deux sources, on les rend Tune et l'autre fort incertaines. Elles le sont d'autant plus que le stratagème imaginé en faveur des deux amants devait être comme un lieu commun à l'usage de tous les théâtres 2. » Lorsqu'ils n'usent pas de leur méthode d'élimination, qu'ils ne parlent pas de « coïncidences fortuites » ou qu'ils ne répètent pas que Molière a imite en maître » (voir ce que nous avons dit à propos du Sganarelle de Don Juan), Despois-Mesnard qualifient ses em-
1. Nous y avons déjà renvoyé à propos du Médecin volant et de V Amour médecin.