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prunts de « lieux communs » : « les excellentes plaisanteries » sur les médecins qu'on trouve chez Molière sont presque toutes des u lieux communs », mais on les rencontre avec une fréquence singulière dans les intermèdes et les comedias espagnols antérieurs à ses comédies.
Les réflexions que Sganarelle fait au troisième acte (scène I) sur l'agrément de la profession de médecin qui permet de « gâter un homme sans qu'il en coûte rien », ne viennent point nécessairement du Licencié Vidriera de Cervantes ' ; elles sont exprimées, presque de la même manière, dans les intermèdes et comedias : c'est encore un « lieu commun ». Enfin Lucinde qui, pour servir son amour, feint d'être muette, rappelle Lucia de : // nest pire sourd de Tirso de Molina, qui fait semblant d'être sourde, jusqu'à ce qu'on lui propose le mari qui lui plaît.
Mélicerte, que Molière n'avait pas même fait imprimer, fut écrit, comme la Pastorale comique et le Sicilien, à l'occasion des fêtes galantes auxquelles le Ballet des Muses servit de cadre. Le poète n'avait pas eu le temps d'achever cette
L Petitot : Œuvres de Molière, p. 489-490.
« comédie pastorale héroïque » ; il n'en avait composé que deux actes où Tintrigue est à peine nouée. Au j)oint de vue des rapports avec TEspa^ne, Mélicerte est cependant une pièce intéressante ; on j découvre l'élément que la Diane amoureuse de Montemayor avait mis à la mode jusqu'en France, et que les auteurs des comedias eux-mêmes avaient utilisé ^ ; ils aimaient à transposer ces sortes de pièces dans un milieu antique, comme Molière d'ailleurs ; ni les uns ni les autres au surplus ne se souciaient beaucoup de la « couleur locale ». Les derniers actes de Mélicerte^ ceux qui n'ont pas été écrits, étaient réservés à l'élément héroïque ; ce qui eût encore rapproché Molière de la comedia. Mais ce n'est pas seulement par la Mascarade espagnole que Mélicerte fait songer à l'Espagne ; selon nous, cette agréable pastorale montre que l'esprit romanesque, nourri en France par le génie espagnol, agit sur Molière en dépit du caractère généralement réaliste de son œuvre. . .
1. Voir, par exemple, El verdadero amante, une comedia pastorale qui date de la première jeunesse de Lope de Vega. L'histoire amoureuse de Jacinto et Belarda s'y déroule dans un cadre de mythologie grecque.
Le Sicilien ou V Amour peintre^ (( à-propos de carnaval de cour », est entièrement dans le goût espagnol ; Despois-Mesnard ne se refusent pas à admettre que Molière en ait rencontré l'idée (( dans une comédie ou dans une nouvelle étrangère, soit italienne, soit espagnole », mais ils croient nécessaire de répéter une fois de plus qu'il ne commit pas de « plagiat », car il savait toujours, en empruntant, « garder son originalité » Il n'est pas nécessaire de déclarer à tout propos, comme le font ces savants et consciencieux commentateurs, que Molière n'est pas un plagiaire: on ne peut le traiter ainsi, même si l'on découvre chez lui quelque imitation textuelle ; notre but, répétons-le encore à propos du Sicilien, est de marquer l'empreinte profonde du génie espagnol sur son œuvre, et il ne suffît pas, pour l'atteindre, de citer un texte de comedia ou de nouvelle où il ait puisé « quelques traits comiques »... Entre le Sicilien et le drame castillan il y a un rapport assez étroit, sans qu'on puisse désigner une comedia déterminée qui lui ait servi de modèle. Mahren-
Les Tirsis, Phillis, Amarillis ont peuplé la comedia avant de pénétrer dans le théâtre français.
holtz avait écrit au sujet de cette pièce que « la pensée fondamentale... en avait été développée avec un tragique puissant dans Le peintre de son déshonneur de Galderon » ^ Le seul point commun des deux pièces est que, dans l'une et dans l'autre, lapeinture est un stratagème qui favorise l'intrigue. Le Sicilien rappelle plutôt ces comedias gaies, de vive allure, où l'amoureux s'introduit auprès de celle qu'il aime, sous le déguisement d'un astrologue [El astrôlogo fingido de Galderon), d'un maître de danse [Maestro de danzar de Lope), d'un médecin, d'un professeur, d'un tailleur [Santiago el verde de Lope), etc. Gailhava avait prétendu que « le voile qui facilite l'évasion d'Isidore » vient d'El escondido y la tapada de Galderon ; mais dans un grand nombre de drames castillans les femmes voilées (« tapadas ») se servent de la ruse d'Isidore et de Glimène du Sicilien : ce trait peut donc aussi bien avoir été suggéré à Molière par quelque autre drame ou intermède espagnol. Ce qui importe, c'est d'établir qu'un lien général existe entre cette agréable comédie et le théâtre castillan