‹ Molière et l'EspagneChapitre 8 sur 109 · Le théâtre au XVIP siècle, p · texte numérisé non relu

Le théâtre au XVIP siècle, p

Tous ces auteurs connus et anonymes du xvii*' siècle qui crient au plagiat, sont surtout inspirés par la jalousie : ainsi de Visé. Il reproche à Molière, en termes venimeux, d'avoir pillé Rabelais et Cervantes, — qui l'ont souvent inspiré, nul ne le conteste — et il finit par dire. « On ne peut pas dire que Zoïle soit une source vive, mais seulement un bassin qui reçoit ses eaux d'ailleurs». Les critiques objectifs, nos contemporains en particulier, ont justement repoussé ces grossières attaques. Ils ont absous Molière et ils en sont venus à considérer que c'était un honneur insigne pour un ancien ou un moderne d'avoir subi les emprunts du créateur de la comédie française. C'est une opinion devenue courante ; conformément à la conception de la haute valeur des œuvres de Molière on a envisagé et jugé le rapport qu'il j a entre lui et les modèles qu'il a imités : mais, en vérité, un pareil procédé ne saurait aider à déterminer scientifiquement l'influence d'une littérature étrangère sur un écrivain.

En continuant à parcourir l'immense littérature consacrée à Molière, nous découvrirons de nouvelles inexactitudes et de nouvelles erreurs

relatives à ses rapports avec TEspagne qui seule nous intéresse ici. Linguet, Labeaumelle, dans les introductions qui précèdent leurs traductions des drames espagnols, signalent, d'un mot, que Molière s'inspira des auteurs espagnols : « Molière lui-même, ce restaurateur, ou plutôt véritable créateur de la comédie, dit Linguet dans son Epître à l'Académie Espagnole, a puisé dans cette source féconde ». Mais il semble que ce soit Cailhava qui, le premier, attira l'attention sur cette question dans une étude « critique » où il cita quelques modèles castillans de Molière ^ . Cailhava ne prit pas la peine de faire des recherches originales : il répète ce qu'il avait lu, reproduisant dans son chapitre « des Imitations », les passages où quelque ressemblance avec une pièce espagnole avait déjà été découverte et concluant par une ode à la gloire du poète comique : procédé qui fera école auprès des critiques de Molière.

On a l'espoir, en ouvrant V Histoire comparée des littératures espagnole et française de Puibusque, d'y trouver le résultat d'un travail plus précis et plus complet ; mais ce livre qui

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