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Voltaire : Sommaire des Amants magnifiques

2. (( N'était-ce sa date, qui est 1650, disent Despois- Mesnard à propos de Don Sanche, on y aurait soupçonné les mêmes allusions » aux amours de Lauzun et de la grande Mademoiselle. L'origine de la pièce de Corneille tteste, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à (( la date », qu'elle rie présente qu'une analogie fortuite avec l'histoire des amours des personnages cités.

au début de la pièce, la scène entre Sostrate et Glitidas fait Fimpression d'une ouverture de comedia ^ ; Tamoureux est tellement absorbé par sa passion que, se parlant à lui-même, il n'aperçoit pas Glitidas s'efforçant en vain de luiadresserlaparole;il s'exprime dans une langue à la fois tendre et respectueuse, comme les hidalgos, quand il se trouve en présence de celle qu'il adore (IV, 4) ; il fait même songer à Segismundo de la Vie est un songe ^ de Galderôn, quand, craignant les revers de la fortune qui s'est montrée propice, il s'écrie: « Giel ! n'est-ce point ici quelque songe glorieux par lequel les dieux me veulent flatter, et quelque réveil malheureux ne me replongera-t-il point dans la bassesse de ma fortune? (V, 2) » Garlos, de Don Sanche, ne s'exprimait pas autrement^ dans une situation analogue, ce qui expliquerait la parenté du héros de Molière, de Gorneille et de Galderôn, et ferait de Sostrate un des ancêtres de la lignée des Hernani, des Ruy Blas, etc.

1. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, dans La traicion busca el castigo, don Andresse conduit exactement de la même façon, p. 243.

2, Je crains encore du sort un revers ridicule.

L'attitude d'Eriphile ressemble aussi beaucoup à celle des héroïnes altièresdesdramaturg'es castillans ; bien qu'elle aime un homme d'un rang inférieur au sien, elle sait ce qu'elle doit à son « honneur » : <( j'aurais assez de pouvoir sur moi-même, dit-elle, pour imposer silence à cette passion, et me mettre en état de ne rien faire voir qui fût indigne de notre sang » (IV, 1), c'est ainsi que parlaient, en de telles conjonctures, les damas de Lope ou de Galderôn. C'est vraiment un « lieu commun » de la (( comedia héroïque » de laisser au véritable amoureux le soin de choisir entre deux rivaux, comme on le fait pour Sostrate qui est l'arbitre des deux amants magnifiques ; les femmes elles-mêmes aiment à placer l'élu de leur cœur dans cette situation pénible dont l'issue pourra favoriser leur désir secret, sans que Vhonor soit « compromis » ; enfin l'aventure merveilleuse qui permet à la princesse d'épouser celui qu'elle aime, est aussi dans le goût romanesque du drame espagnol i. Clitidas, « plaisant de

1. Il y a, dansFArcaf/ia deLope,une scène analogue à celle des Amants magnifiques ; Cardenio, pour favoriser l'amour d'Anfriso, « se cache derrière la statue de

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cour », reproduit, avec quelques modifications^ le Moron de la Princesse d'Élide, — à laquelleles Amants magnifiques ressemblent par certains côtés ; — il est, lui aussi, bien que plus sérieux et plus digne, de la famille des- « graciosos » espagnols. Despois-Mesnard font remarquer que « Molière, six ans plus tôt^ avait « imaginé » quelque chose de semblabledans la Princesse cVElide! » C'est trop oublier un certain Moreto qui, dans Polilla, lui avait donné un excellent modèle pour son Moron . . . Glitidas profite, en outre, des leçons du Tristan du Chien du Jardinier de Lope.

Le Bourgeois gentilhomme n'est pas aussi éloigné, par les types et les mœurs qu'il représente, de la vie espagnole du xvii^ siècle que le caractère « contemporain » et « français » de^ cette comédie-ballet pourrait le faire supposer, M. Jourdain, s'il avaitfranchi les Pyrénées, aurait

Vénus et prête à la déesse un oracle aussi menteur que celui d'Anaxarque. » Mart., 3io/. et le th. es/)., 197. Les satires lancées contre l'astrolog-ie se trouvent aussi dans^ cette comedia de Lope ; elles sont, du reste, fréquentes danslethéàtre et dans les nouvelles. Quevedo, dans ses^ poèmes, n'épargne pas non plus les Anaxarque espagnols.

certainement rencontré plus d'un compagnon dans ce pays où sévit, au début du xvii^ siècle en particulier, une véritable furie d'ennoblissement qu'attaquaient aussi bien les poètes satiriques que les moralistes. Dans Ventremes del aguador de Moreto ^, on trouve même une sorte de pendant féminin au bourgeois vaniteux de Molière : il s'agit d'une femme, entichée de noblesse que son mari, grâce à des railleries, parvient à guérir de ses prétentions. Les mauvais tours qu'on joue à M. Jourdain ont une saveur picaresque : ce n'est donc pas par l'effet d'un pur hasard que certains passages du Bourgeois gentilhomme offrent des analogies avec le Francion, de Sorel, qui s'inspira beaucoup desromans issus de la lignée de Lazarillo-.

Mais c'est le Don Quichotte de Cervantes — nous avons déjà constaté son influence sur l'œuvre de Molière — qui semble avoir suggéré

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