‹ Molière et l'EspagneChapitre 86 sur 109 · Rasgos del ocio, 1661. British Muséum · texte numérisé non relu

Rasgos del ocio, 1661. British Muséum

2. Voir, sur cette imitation de la plaisanterie à i'adresse du pédant Ilortensius, le livre de M. Emile Roy : La vie et les œuvres de Charles Sorel (Paris, 1891), p. 147. Quant aux emprunts faits par Le bourgeois gentilhomme aux Lois de la galanterie, où il y a aussi plus d'un élément espagnol, v. p. 155 du même ouvrage.

G. HuszÂR. — Molière et VEspagne. 16

certains traits amusants de cette comédie. En assistant aux farces que l'on fait à M. Jourdain, plus d'une plaisanterie que le duc et la duchesse préparent à Sancho Panza (1V« livre) nous revient en mémoire. En revanche, M*"^ Jourdain semble avoir hérité du bon sens de la femme de l'écuyer qui deviendra gouverneur de Barataria : cela est surtout visible dans la scène où elle se refuse à prendre un gendre dont la condition est supérieure à la sienne (voir surtout le IIP acte, scène XII, et le 5^ chap. de la deuxième partie du Don Quichotte). La réplique de M. Jourdain à sa femme obstinée dans son propos, vient aussi de Cervantes ^, de môme que le compliment ampoulé qu'il adresse à GélimèneflII. 19) est du style des déclarations t^, ^amoureuses qu'ironisait le créateur « du chevalier de la triste figure ».

On pourrait montrer que le maître d'armes emprunte à l'Espagne plusieurs phrases de son discours (II, se. 2 et 3), car Molière s'inspire ici de Rojas, à travers le Jodelct ducltiste de Scarron ; il

d. Fournier : L'Espagne et ses comédiens^ p. 495, est d'avis que Molière doit ce Irait à la trilogie du roman de Cervantes par Guérin du Bouscal.

y aurait lieu peut-être de rechercher si le comte Dorante invitant sa maîtresse à souper dans une maison étrangère qu'il faitpasserpoursienne, n'est pas une réminiscence du Servir à senor discreto de Lope, où le comte riche et puissant permet au pauvre don Pedro de traiter sa dame dans sa maison jusqu'au jour de leur mariage ; il serait possible aussi de trouver l'indication de la « turquerie » dans le théâtre espagnol, le travestissement plaisant en turcos, moros, etc., étant assez fréquent dans les comedias ironiques^, mais nous ne voulons insister ici que sur la peinture de l'amour à la manière espagnole. Nous avons déjà signalé à plusieurs reprises que Molière adopte un procédé des dramaturges castillans en opposant aux maîtres leurs serviteurs : les amours de Cléonte et de Lucile traversent toujours des phases semblables à celle de Go vielle et de Nicole : le dépit amoureux, la réconciliation se développent parallèlement, avec des détails presque identiques, pour les deux couples qui vont jusqu'à user, dans des situations analogues, du même langage. Les 8^,9"^ et 10*^ scènes

1. Voir : La boba para otros y discretapara si,de Lope ; El desafio de Carlos Quinto, de Rojas.

du IIP acte sont d'essence si espagnole qu'on croit lire des passages de comedia. Et ce qui contribue à donner cette impression c'est que Molière semble employer parfois les expressions mêmes des auteurs castillans ; ainsi quand Lucile se justifie devant Gléonte, en lui disant : « l'aventure dont vous vous plaignez a été causée ce matin par la présence d'une vieille tante qui veut à toute force que la seule approche d'un homme déshonore une lîlle, qui perpétuellement nous sermonne sur ce chapitre, et nous figure tous ces hommes comme des diables qu'il faut fuir », elle nous décrit la tia espagnole telle qu'elle est peinte dans un grand nombre de comedias : voyez plutôt La tia y la sobrina de Moreto • .

Les fourberies de Se ap in sont d'essence italienne, et l'on y découvre à peine quelques éléments espagnols. Bien que la comedia fourmille de valets ingénieux, prêts à inventer toutes

1. C'est dansle Bourgeois (jentilhomme que se trouvent les vers espagnols (troisième ballet) que, selon toute vraisemblance, Molière avait écrits lui-même ; ajoutons que les parties burlesques entremêlées de chansons et de danses de cette pièce rappellent les éléments semblables des farces espagnoles.

sortes de tours dans l'intérêt de leurs maîtres, ceux que joue Scapin à Argante et à Géronte, tiennent plutôt de la perversité italienne que du goût picaresque. Il est probable que les scènes empruntées au Pédant joué de Cyrano de Bergerac proviennent d'une source espagnole, car c'est au delà des Pyrénées que cet auteur allait généralement chercher son inspiration ; quant au dénouement des Fourberies de Scapin, il a tout le romanesque d'une comedia.

Lacomtessed' Escarbagnas, cette sotte « pecque provinciale » est une espèce de précieuse ridicule entichée « des belles manières du grand monde », un de Pourceaugnac du sexe faible ; elle pourrait figurer dans la galerie des portraits grotesques, tracés par les auteurs de la comedia ironique ^ où l'on tire d'heureux effets des usages de la corte et de ceux de la province. Les représentants de la robe et de la finance, MM. Thibaudier et Harpin pourraient être rapprochés du regidor - que bafouent assez souvent les farces bouffonnes de l'Espagne. Mais

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