‹ Molière et l'EspagneChapitre 91 sur 109 · The Spanish Draina, p · texte numérisé non relu

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réfuter. « Lope de Vega n'était pas un Molière », dit encore Lewes, entendant par là que «le phénix des génies » n'avait pas la puissance de création du poète français et qu'il ne pouvait faire réaliser à l'art dramatique le même progrès. Que l'œuvre de Lope de Vega fût autre que celle de Molière, cela s'explique par la différence du climat des deux pays, par la dissemblance des caractères espagnol et français, par la divergence de leurs développements historique et littéraire. Nous croyons que l'évolution des genres est déterminée : si le théâtre castillan et le drame français eurent le destin qu'on connaît, cela est dû à cette raison simple qu'il ne pouvait s'accomplir autrement. La comedia de Lope répondait à un besoin de l'esprit espagnol, comme la comédie de Molière répondait à un besoin de l'esprit français. Que les productions de l'esprit français, épris de clarté, de concision, de synthèse soient plus compréhensibles, plus abordables, en un mot, plus « européennes » que celles de l'esprit espagnol auquel ces qualités font légèrement défaut, c'est un fait que confirme, entre autres, la fortune des deux théâtres. Il y a lieu d'en tenir

compte dans un parallèle entre le dramaturge méridional et le poète français, la supériorité du génie français fournissant à l'œuvre de Molière des qualités que Lope devait contrebalancer par les dons de son individualité. Ainsi, à notre avis, si l'on pouvait faire abstraction du caractère national des deux poètes, Lope, par son génie dramatique, atteindrait à la hauteur de Molière, peut-être même le surpasserait-il.

Mais on ne peut guère soutenir cette opinion du critique anglais qu'en « créant » la comédie Molière accomplit une tâche plus difficile que LopedeVega en faisant triompher la « comedia nueva ». Le poète français profita largement de l'œuvre de ses prédécesseurs et de ses contemporains latins, espagnols, italiens et français ; il rencontra, pour presque toutes ses comédies, des modèles assez développés. Lope ne trouva avant lui qu'une œuvre remarquable '.La Célestine, tout le reste n'était qu'ébauché et sans signification particulière. Il créa réellement et la comédie et la tragédie espagnoles, s'inspirant de l'antiquité, des Italiens, mais surtout des genres littéraires éclos sur le sol natal : de la poésie des romances, des romans de chevalerie,

de la pastorale, des autos religieux, etc. Faire à laide de ces éléments dispersés un théâtre qui alimenta la production dramatique de toute TEurope, n'est-ce pas une création presque sans égale dans l'histoire des littératures? N'est-il pas plaisant de trouver, dans un ouvrage sérieux, une assertion de ce genre : « Aussi les dix-huit cents comédies de Lope de Vega ne comptent-elles pas autant qu'un chefd'œuvre de Molière^? » Et cela, parce que ses comédies ne sont pas coulées dans les moules dits classiques de Plante et de Térence. Que seraient Tirso,Moreto, Rojas et les autres, sans ce Lope de Vega que dédaigne un critique anglais, en attendant qu'un Français sacrifie tout son théâtre à un chef-d'œuvre de Molière? Notre étude a dû établir — et nous ne sommes pas

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celle de Molière auraient eu peut-être des destinées moins glorieuses. Il est injuste, en tout cas, de prétendre que Lope réalisa sur ses devanciers un moindre progrès que le comique français ; que l'on se souvienne du rôle que joua le drame

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