El castigo sin venganza, de Lope
exprima bien souvent, — trop souvent au gré de l'éminent critique espagnol, M. Menéndez Pelayo, qui lui reprocha « une manie didactique ». Pour faire pénétrer sa philosophie dans l'esprit de ses auditeurs, il la répéta jusqu'à en devenir monotone : à aller contre la nature, on s'expose à un échec ridicule et lamentable. Mais cette conception naturaliste ne comjDorte pas une morale très élevée ; c'est la sagesse de l'égoïsme et de l'intérêt bien entendu : on reconnaît bien là la prudence des criados, des lacayos et des escuderos, ou plutôt de leur ancêtre Sancho Panza, qui s'oppose à la manière d'être des caballeros. Cependant la tendance à moraliser est très visible chez Alarcôn ; et d'une manière générale, les sentences ne manquent pas à la comedia, mais les auteurs n'ont pas toujours l'art de les mettre en relief ; nous croyons avoir démontré que c'est jDrécisément au théâtre espagnol que Molière emprunta le plus grand nombre de celles qui ont trait à la femme. Il arrive que la plupart des héros du drame castillan expriment des opinions morales qu'on ne s'attendait pas à trouver sur leurs lèvres; il en est de même chez Molière
qui fait dire à ses personnages bien des choses qui ne conviennent ni à leur condition, ni à leur âge, ni à leur qualité, qui, en un mot, ne s'accordent pas avec leur caractère.
Enfin, on a loué et on loue Molière de ne pas s'être soucié de l'intrigue; mais il ne faut pas oublier combien, dans la comedia, son mouvement est rapide et ce que ses péripéties ont d'attachant. Il semble vraiment que certains critiques aient élaboré des théories poétiques spéciales pour l'œuvre de Molière : ses comédies manquant un peu d'action, ils considéreront presque comme une qualité éminente de « négliger » (c'est le mot favori des panégyristes de Molière) l'intrigue. C'est cependant un art que de la bien conduire : les dramaturges castillans y excellèrent. Il n'existe peut-être dans aucun théâtre une situation tragique ou comique qu'on ne retrouve chez Lope ou chez l'un de ses successeurs; nul ne sut, comme eux, soutenir pendant les trois actes l'intérêt d'une pièce. Nous n'entendons pas ici faire l'apologie des intrigues compliquées, mais elles sont nécessaires dans une certaine mesure ; toutefois ce n'est pas l'absence des enchevêtrements de l'imbroglio que
nous déplorons chez Molière, ce que nous voudrions, c'est que l'action, qui languit parfois, fût plus vive. N'a-t-il pas dit lui-même que « les comédies sont faites pour être jouées » ^ c'est-à-dire qu'on ne doit les juger que par l'effet qu'elles produisent à la scène : or, telle pièce, intéressante à la lecture, ennuie lorsqu'on la voit jouer. On m'objectera que le développement des caractères et la peinture des mœurs compense chez le poète français le défaut d'une fable attachante ; mais bien des exemples, pris dans la comediaméme, montrent qu'une intrigue bien nouée n'est point incompatible avec une étude poussée des caractères. Voyez les comedias d'Alarcôn : La vérité suspecte, Il n^y a pas de mal qui ne tourne à bien, Les murs ont des oreilles: les caractères y sont nettement et vigoureusement dessinés ; cependant l'intrigue qui, il est vrai, leur est subordonnée se noue avec aisance et se délie heureusement. Alarcôn évite les complications auxquelles se complaisent ses émules; le plan de ses pièces reste simple, clair et sobre ; il prouve qu'il est possible , sans se conformer « aux