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Variétés littéraires, p

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expose avec une maîtrise que nous ne saurions égaler, sont les nôtres ; nous croyons avec lui que « la vraie définition du style est voisine de celle de l'invention ; » c'est dire qu'on ne saurait, pour le jug-er, ne tenir compte que de la correction, certaines fautes d'écriture étant dues à la nature même de grands écrivains — au nombre desquels Brunetière range Molière — et, en revanche, « on peut n'être qu'un auteur médiocre, et cependant avoir parfaitement écrit. » L'observation scrupuleuse des règles de la grammaire et de la rhétorique ne suffit pas à faire d'un auteur un écrivain, pas plus que l'u invention » ne donne droit au titre de créateur : on n'est pas poète pour avoir trouvé une matière à mettre en vers.

Etre artiste, ce n'est pas simplement inventer ou imaginer, c'est donner à une matière, que d'autres ont pu utiliser déjà, une forme si achevée, une couleur si personnelle qu'elle en recueille comme une vie nouvelle et qu'elle soit, pour ainsi dire, créée une seconde fois ; toute ligne issue de la plume d'un auteur véritable porte le signe de son individualité ; sa puissance d'interprétation apparaît dans toute son

œuvre ; ce qu'il veut nous faire entendre, il le dit de telle manière « qu'il n'apparaisse pas que l'on puisse autrement le dire », c'est-à-dire que sa pensée soit égalée par l'expression. Voilà ce qui assure aux chefs-d'œuvre « un caractère d'éternité », qui les rend impérissables, à travers les siècles.

Nous venons, en somme, d'exposer en bref les arguments qui, selon les admirateurs de Corneille ou de Molière, justifient l'œuvre dramatique de ces poètes. On se réfère d'ordinaire à Shakespeare qui, pour trouver les sujets de ses drames, eut recours aux pièces de ses contemporains, aux chroniqueurs de son pays ou aux vieux nouvellistes italiens ^ Mais il nous paraît que certains critiques de Molière abusent un peu — s'il nous est permis de nous exprimer avec cette franchise — de la justesse des arguments que nous venons d'exposer. En vérité, nous avons toujours été frappés de cette conception des historiens de la littérature française qui tiennent pour originaux ces auteurs du XVII® siècle qui se sont presque bornés à tra-

1. Voir Texcellent ouvrage de G. Brandes : William Shakespeare (1898).

duire les diverses œuvres des auteurs castillans. Tout au plus la traduction est-elle libre parfois ; s'ils remanient un peu leurs modèles, retranchant un détail ici, ajoutant là quelques allusions aux mœurs contemporaines : ils se gardent de nommer Fécrivain étranger qu'ils utilisent.. Je parle des dii ininorum gentium, des nombreux contemporains de Corneille et de Molière qui ont exploité à la fois le répertoire dramatique, le roman et la nouvelle espagnols. Tout en tenant compte des mœurs littéraires de ce tempset de son indulgence pour le plagiat, si la question se posait de nos jours du titre auquel ces auteurs ont droit, on leur accorderait simplement celui de traducteurs, quelquefois mêmed'assez mauvais traducteurs entre les mains desquels For pur se change en un vil métal. Il va; sans dire que ni Corneille ni Molière ne rentrent dans cette catégorie ; leur génie transforma tout ce à quoi ils touchèrent, ils refirent à l'image de leur âme tout ce qu'ils empruntèrent. Il faut considérer néanmoins l'apport étranger dansune œuvre, même lorsqu'elle est de valeur supérieure. « Y a-t-il, après tout, demande Nisard, — pour excuser en quelque sorte les auteurs qui

créent, comme Corneille ou comme Molière — moins de génie à reconnaître la nature dans l'auteur qu'on lit que dans l'original qui passe? » Nous ne croyons pas qu'il soit indifférent que l'image que l'écrivain veut donner de la nature soit la reproduction d'un ouvrage antérieur ou la copie de la réalité : il est plus facile de reconnaître la vérité d'une peinture de la vie et de l'imiter que d'observer directement les choses et d'en donner un dessin fidèle.

Molière vit plutôt la nature à travers les livres. Cette attitude, dira-t-on, ne saurait convenir qu'aux gens qui semblent attribuer une valeur excessive à l'invention proprement dite. En effet, certains critiques, même des critiques français, représentent comme un mérite particulier l'invention prise dans son sens le plus restreint. Citons, sans leur accorder une signification particulière, ces quelques lignes d'une notice ajoutée à la publication (1873) du Desniaisé, de Gillet de la Tessonnerie : « Les Anecdotes dramatiques (t. III, p. 208) font remarquer que l'on n'a pas rendu assez de justice à cet auteur qui est resté inconnu et auquel cependant on est redevable de certains progrès G. HuszÂR. — Molière et V Espagne. 20

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dans l'art dramatique. On peut lui reprocher certainement peu de goût dans le choix des caractères et peu de finesse dans leur exposition ; mais il fut un des premiers en France qui aie composé des pièces de son propre fonds^ (c'est nous qui soulignons) sans les emprunter aux Espagnols ou aux Italiens, selon l'exemple général de son temps. On peut même dire à sa louange qu'il ouvrit la carrière que Molière parcourut avec tant de gloire : ses pièces, la plupart comiques, font ressortir les défauts et les ridicules des hommes ». Il n'entre certes pas dans nos intentions de déclarer que Gillet de la Tessonnerie fut un grand artiste, et de le mettre sur le même rang que Molière, parce qu'il « fut un des premiers en France qui ait composé des pièces de son propre fonds », nous ne voulions que signaler le mérite qu'on attribue à un auteur qui sut se passer des Espagnols et des Italiens. Du reste, cette opinion n'est pas exceptionnelle; on use du même critérium pour certains poètes étrangers ; ainsi le traducteur français de La Mandragore àQ Machiavel^, M. Alcide Bonneau, écrit dans l'Avertissement : « La Mandragore

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